Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            La quatrième et dernière édition du Concours à se tenir à Luxembourg marque le début d’une nouvelle ère pour la plus grande compétition musicale d’Europe. En effet, il est symbolique que l’animatrice de la soirée et deux des trois membres du groupe vainqueur soient encore aujourd’hui les plus jeunes à avoir officié sur scène (même si Richard et Louis Herrey verront des demoiselles encore plus jeunes qu’eux l’emporter). De plus, la date choisie pour la diffusion allait installer une tradition en vigueur pratiquement chaque année depuis : c’est en mai que l’Europe doit s’unir pour chanter ensemble… sauf en 2020 🙁 Redécouvrons donc ensemble le…

29ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 5 mai 1984

en direct du Théâtre Municipal de Luxembourg (Grand-Duché de Luxembourg)

présenté par Désirée Nosbusch

L’organisation du Concours

Gagnant pour la 5ème fois du Concours Eurovision à Munich l’année précédente, le Grand-Duché organise donc à nouveau la manifestation. Comme en 1973, c’est le Nouveau Théâtre, rebaptisé Théâtre Municipal, de Luxembourg qui accueille artistes et public. Pour l’occasion, on demande à Roland De Groot (déjà recruté par les Pays-Bas en 1970, 1976 et 1980) d’imaginer les décors du spectacle – des panneaux mobiles très originaux que la régie va modifier et éclairer différemment lors de chacune des chansons présentées.

Grand Théâtre - LCTO
Le Théâtre Municipal de Luxembourg

Alors que l’Irlande fait son retour après un an d’absence et que la Grèce s’éclipse à nouveau (prétextant qu’elle n’a pas trouvé de titre satisfaisant pour concourir…), Israël se voit dans la même difficulté qu’en 1980. La date du 5 mai prévue pour la retransmission du Concours coïncide avec le jour férié de Yom HaZikaron (où l’état hébreu célèbre ses soldats morts pour la patrie et les victimes du terrorisme). Il lui est donc impossible de s’aligner au départ et Jérusalem préfère déclarer forfait, empêchant ainsi Ilanit (déjà candidate pour son pays en 1973 et 1977) de venir interpréter sa chanson Balalaika. Son absence aurait pu être compensée par l’Islande, qui souhaitait intégrer la compétition, mais le pays des geysers n’ayant pu trouver de quoi financer sa participation, lui aussi doit se contenter de diffuser le Concours. Bref, l’effectif retombe à 19 pays participants.

Comme lors de l’édition munichoise, seuls deux artistes retentent leur chance : Izolda Barudžia (membre du trio Aska en 1982 et choriste de Daniel l’année suivante) se présente en duo, alors que la vedette allemande Mary Roos fait son grand retour, douze ans après le podium qu’elle a décroché à Édimbourg.

Les règles

Le système de vote est inchangé et l’annonce des points est également reconduite. Aux commentaires, les habituelles vedettes : Léon Zitrone pour Antenne 2, Terry Wogan pour BBC 1, Jacques Mercier pour la télévision belge et le regrettable Roald Øyen pour la NRK.

Roald Øyen - Alchetron, The Free Social Encyclopedia
Roald Øyen

La présentation

Pour la première fois depuis 1956, c’est une toute jeune fille – elle n’a pas encore vingt ans – qui est appelée à présenter le Concours. Née en 1965 d’un père luxembourgeois et d’une mère italienne, Désirée Nosbusch participe aux représentations théâtrales de la troupe de son lycée avant de décrocher quelques rôles dans des séries télé italiennes. Installée à Manhattan avec sa famille au début des années 80, elle a déjà tourné dans quatre films quand RTL Télévision lui demande d’assurer la charge écrasante d’animatrice du Concours. Le moins que l’on puisse dire est que cette expérience lui sera bénéfique, puisqu’elle sera remarquée par de nombreux metteurs en scène qui lui demanderont d’apparaître dans leurs films. On la verra ainsi dans le film des frères Taviani, Good Morning Babylon, en 1987 et auprès de Christophe Malavoy dans Jean Galmot, aventurier trois ans plus tard. Quelques semaines après le Concours, le chanteur autrichien Falco (célèbre pour son tube Der Kommissar) lui propose même un duo, Kann es Liebe sein ?

Désirée Nosbusch: „Klaus Kinski hat mich bedrängt und eingesperrt ...
Désirée Nosbusch

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir les habituelles images qui présentent la ville–hôtesse et les plus beaux sites du pays. Pendant la diffusion de la vidéo, l’orchestre, dirigé par Pierre Cao comme onze ans plus tôt, joue des extraits de chacun des cinq titres vainqueurs pour le Luxembourg, ainsi que de L’amour est bleu. Puis, sous les mobiles de Roland De Groot assemblés de manière à former un gigantesque 4 rouge, apparaît Désirée Nosbusch – savant mélange de fraîcheur et de maladresse. Maîtrisant parfaitement cinq langues (français, anglais, allemand, italien et luxembourgeois), elle n’hésite pas à les mêler dans les mêmes phrases pour ouvrir la cérémonie et lancer la première carte postale :

1. SUÈDE : Diggi-loo, Diggi-ley par Herreys

        Paroles : Britt Lindeborg        Musique : Torgny Söderberg              Chef d’orchestre : Curt-Eric Holmquist

            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 25 février 1984 à Göteborg

            Vainqueurs de la sélection suédoise face à neuf autres artistes (dont Elisabeth Andreasson, membre du duo Chips en 1982), les frères Herrey ne sont pas venus faire de la figuration à Luxembourg. Malgré le jeune âge de deux d’entre eux qui n’ont pas encore atteint leur vingtième année, le trio fait preuve d’une énergie et d’une bonne humeur forcément marquantes en tout début de compétition. Et leurs chemises colorées, ainsi que les bottines dorées dont ils parlent dans leur chanson, attirent inévitablement les regards. Ah ces Scandinaves, ils commencent à comprendre comment fonctionnent les jurys, et les années 80 semblent déjà leur ouvrir grand les bras…

2. LUXEMBOURG : 100% d’amour par Sophie Carle (née en 1964)

        Paroles : Jean-Michel Bériat & Patrick Jaymes                                 Musique : Jean-Pierre Goussaud        

            Chef d’orchestre : Pascal Stive                                                        Sélection : interne

            Même quand le Concours est organisé dans un théâtre situé dans la capitale d’un micro-état, même quand la cérémonie est présentée par une toute jeune fille, même quand l’émission ne dure que deux heures, il faut croire qu’organiser cette grande fête de la musique doit coûter bien cher ! Sinon, comment expliquer que le Grand-Duché, (presque) toujours à l’affût de grandes voix, ait pu choisir comme représentante une jeune femme aussi mauvaise chanteuse que Sophie Carle ? Alors oui, elle a un charme ravageur, oui les auteurs de la chanson ont écrit deux ans plus tôt Africa pour Rose Laurens… Mais quelle mouche a piqué RTL ? ? ? Seule consolation : Jean-Michel Bériat se fait suffisamment remarquer pour signer dans les années qui suivent Ève, lève-toi pour Julie Piétri, Boule de flipper pour Corynne Charby, Je t’aime à l’italienne pour Frédéric François ou La même eau qui coule pour Michel Sardou… excusez du peu. Sophie, quant à elle, apparaîtra au cinéma dans de grands films, comme À nous les garçons avec Franck Dubosc ou Triplex de Georges Lautner.

3. FRANCE : Autant d’amoureux que d’étoiles par Annick Thoumazeau (née en 1960)

        Paroles : Charles Level           Musique : Vladimir Cosma                   Chef d’orchestre : François Rauber

Sélection : 1ère place à la finale française le dimanche 25 mars 1984 à Paris

            Ce n’est certainement pas un duo d’auteur – compositeur inconnu qui est récompensé par le public à l’issue de la finale française, présentée par Jean-Pierre Foucault et Catherine Ceylac au Studio Gabriel, dans les décors de Champs-Élysées, la célèbre émission de Michel Drucker. Le parolier, Charles Level, a écrit plus de 1000 chansons, entre autres pour Marcel Amont, Charles Aznavour, Annie Cordy (La Bonne du curé, c’est de lui), Dalida, Michel Delpech, Sacha Distel, Yves Duteil, Mireille Mathieu, Régine ou Line Renaud. Vladimir Cosma a quant à lui composé de nombreuses musiques de films (Alexandre le Bienheureux d’Yves Robert, Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury, Diva de Jean-Jacques Beineix, La Boum de Claude Pinoteau, La Chèvre de Francis Véber…) ou de génériques de feuilletons télé (Michel Strogoff, Sam et Sally, Médecins de nuit, Les Roses de Dublin…). En 1983, il a signé la superbe chanson du non moins sublime feuilleton La Chambre des dames (avec Marina Vlady et Henri Virlojeux), interprétée par une jeune femme originaire de Fréjus, Annick Thoumazeau. Inutile de dire que les attentes d’Antenne 2 sont très, très hautes pour cette édition luxembourgeoise du Concours.

4. ESPAGNE : Lady, Lady par Bravo

        Paroles : Amaya Saizar                      Musique : Miguel Blasco                     Chef d’orchestre : Eddy Guerin            Sélection : interne

            Bien peu de choses à dire sur la chanson sélectionnée en interne par la TVE si ce n’est que tout le pays veut effacer l’affront subi l’année précédente par Remedios Amaya (une dernière place avec zéro point). La chanson, dont les paroles ont été écrites par la chanteuse du groupe, n’a pour moi rien d’extraordinaire et s’oublie assez vite. Elle va pourtant permettre à l’Espagne de retrouver le podium, cinq ans après Betty Missiego.

5. NORVÈGE : Lenge leve livet par Dollie De Luxe

        Paroles et Musique : Benedicte Adrian & Ingrid Bjørnov                              Chef d’orchestre : Sigurd Jansen

Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 7 avril 1984 à Oslo

            C’est une victoire à l’arrachée que les deux auteures – compositrices – interprètes ont remportée à Oslo début avril : les chansons occupant les quatre premières places se tiennent en quatre points (la vétérane Ellen Nikolaysen est un peu plus loin) ! À Luxembourg, le duo reproduit quelque peu la chorégraphie du groupe belge Pas De Deux de l’année précédente… ce qui est une mauvaise idée, car il termine en fin de soirée à la même place (l’antépénultième) que ses prédécesseurs flamands :O Aujourd’hui, si les Français se souviennent des deux jeunes femmes, c’est pour le très beau succès qu’elles ont rencontré chez nous en 1985 avec leur mélange de La Reine de la nuit de Mozart et de Satisfaction des Rolling Stones.

6. ROYAUME-UNI : Love games par Belle and the Devotions

        Paroles et Musique : Paul Curtis & Graham Sacher                                       Chef d’orchestre : John Coleman

Sélection : 1ère place à A Song for Europe présentée par Terry Wogan le mercredi 4 avril 1984 à Londres

            Tout semble s’annoncer pour le mieux quand arrivent à Luxembourg Kit Rolfe (choriste du groupe Sweet Dreams, dissimulée dans le décor à Munich) et ses deux danseuses. Elles délivrent d’ailleurs une prestation tout à fait acceptable de leur chanson (écrite par Paul Curtis, qui avait offert Let me be the one aux Shadows en 1975), bien soutenues par leurs propres choristes, elles aussi cachées en coulisses – un prêté pour un rendu, en somme. Sauf que, dès que la chanson se termine, le public les hue copieusement… une triste première au Concours 🙁 La faute à ces choristes retenues loin des regards des spectateurs ? Ou plutôt à une terrible anglophobie suite aux énormes dégâts causés en novembre précédent par des hooligans britanniques, furieux d’avoir vu leur équipe nationale éliminée du Championnat d’Europe de football ? Dans les deux cas, les trois pauvres artistes n’étaient guère à blâmer.

7. CHYPRE : Anna Maria-Lena par Andy Paul

        Paroles et Musique : Andy Paul                                                        Chef d’orchestre : Pierre Cao

            Sélection : 1ère place à la finale chypriote

            Pour sa première sélection nationale, l’île méditerranéenne propose un plateau très réduit (seulement quatre artistes) mais extrêmement diversifié : deux solistes hommes, une ancienne choriste ayant déjà foulé la scène de l’Eurovision (Lia, sœur d’Anna Vissi, accompagnait Stavros et Constantina à Munich) et le premier Grec à participer au Concours, Jimmy Makulis (candidat pour l’Autriche en 1961 ! ! !). C’est l’auteur – compositeur Andy Paul qui l’emporte avec une chanson… comment dire ? Incontournable pour tout bêtisier qui se respecte. Quant à la coiffure du charismatique Andy et aux tenues de ses choristes… je ne me prononcerai pas, j’ai décidé d’être gentil 😛

8. BELGIQUE : Avanti la vie par Jacques Zegers (né en 1947)

        Paroles : Jacques Zegers                   Musique : Henri Seroka          Chef d’orchestre : Jo (pas Guy !) Carlier

Sélection : 1ère place à la finale belge le vendredi 2 mars 1984 à Bruxelles

            Troisième Jacques à représenter la Belgique au Concours après Jacques Raymond et Jacques Hustin (oui, cette remarque n’a aucun intérêt), Jacques Zegers a remporté la finale nationale face à neuf artistes, dont Franck Olivier (candidat pour le Luxembourg en 1985) et Jo Lemaire, qui avait fait une reprise très remarquée de Je suis venue te dire que je m’en vais, de Serge Gainsbourg, en 1981. La très belle voix du chanteur et l’atmosphère qu’il installe avec ses choristes sur scène vont faire un bel effet auprès des jurys européens…

9. IRLANDE : Terminal 3 par Linda Martin (née en 1952)

        Paroles et Musique : Johnny Logan                                                   Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1ère place à National Song Contest le samedi 31 mars 1984 à Dublin

            Après quatre échecs avec son groupe Chips, Linda Martin remporte enfin la finale irlandaise en 1984. Elle empêche donc ainsi le groupe Sheeba (seulement 4ème) de faire son retour au Concours trois ans après sa prestation dublinoise. La 3ème marche du podium est pour sa part occupée par Charlie McGettigan, qui devra attendre dix ans avant de représenter son pays avec le succès que l’on sait. La victoire de la jolie rousse, pour être très serrée (elle ne gagne que de deux points), n’en est pas pour autant inattendue, son titre étant écrit par le dernier vainqueur pour l’Irlande, Johnny Logan. Mais pour elle aussi, il va falloir faire preuve de patience avant de se voir octroyer la première place.

10. DANEMARK : Det’ lige det par Hot Eyes

        Paroles : Keld Heick                           Musique : Søren Bundgaard   Chef d’orchestre : Henrik Krogsgaard            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 18 février 1984 à Copenhague

            Vainqueur de la finale danoise pour un seul petit point, le duo formé par Kirsten Siggaard et son pianiste Søren Bundgaard barre la route pour Luxembourg à plusieurs Eurostars : Tommy Seebach (candidat danois en 1979 et 1981) termine 4ème, alors que John Hatting (membre du groupe Brixx en 1982) échoue à la fois avec sa nouvelle formation Trax et en solo, aux 6ème et 8ème rangs. Au Grand-Duché, Kirsten éblouit par sa voix et son énergie, et emmène le pays d’Andersen au pied du podium final, exploit que le Danemark n’a plus réalisé depuis plus de vingt ans ! ! ! C’est donc la deuxième fois en cinq ans qu’un texte de Keld Heick (également auteur de Disco tango) décroche un Top 10. Remarque : pour la première (mais pas la dernière) fois, une jeune femme enceinte participe au Concours.

11. PAYS-BAS : Ik hou van jou par Maribelle (née en 1960)

        Paroles et Musique : Peter van Asten & Richard Debois                    Chef d’orchestre : Rogier van Otterloo

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 14 mars 1984 à Hilversum

            Battue par Linda Williams à la sélection néerlandaise trois ans plus tôt, Maribelle prend sa revanche en 1984 en occupant les deux premières marches du podium à Hilversum. Certains la placent même parmi les favorites pour la victoire finale, mais après la chanson émouvante de Corinne Hermès l’année précédente, une nouvelle chanson romantique peut-elle encore l’emporter ? Maribelle, qui porte si bien son nom, déploie tout le charme dont elle est capable pour convaincre les jurys le grand soir… mais sans succès.

12. YOUGOSLAVIE : Ciao amore par Izolda (née en 1963) & Vlado (né en 1953)

        Paroles : Milan Perić                          Musique : Slobodan Bućevac   Chef d’orchestre : Mato Došen

Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le vendredi 23 mars 1984 à Skopje

            Pour la première fois depuis très longtemps, la sélection yougoslave ne voit concourir aucun des groupes qui s’alignent pourtant chaque année pour obtenir le très recherché billet pour l’Eurovision : pas de Novi Fosili ni de Srebrna Krila, pas d’Indeksi ni de Pepel in Kri. En revanche, plusieurs Eurostars rempilent : Daniel, 4ème à Munich, et l’une de ses choristes, Izolda (également membre du trio Aska) proposent chacun un titre. La jeune femme n’est pas seule et interprète Ljubavna prica br. 1 avec Vlado Kalember, ancien leader de Srebrna Krila (le monde de la musique est petit dans les Balkans). Le duo l’emporte et part à Luxembourg avec sa chanson, rebaptisée Ciao amore. Mais avant même la retransmission de la soirée, le scandale éclate : la vidéo réalisée en prévision du Concours est jugée choquante par plusieurs délégations (on y voit en effet Izolda les seins nus et le couple se baigner dans le plus simple appareil), dont celle de la Turquie, qui refusera de la diffuser. Beaucoup de bruit pour rien, aurait dit le grand William Shakespeare, surtout si on juge la qualité du titre présenté…

13. AUTRICHE : Einfach weg par Anita (née en 1960)

        Paroles : Walter Müller                     Musique : Brigitte Seuberth   Chef d’orchestre : Richard Österreicher

            Sélection : 1ère place à la finale autrichienne le jeudi 22 mars 1984 à Vienne

            Largement gagnante de sa sélection nationale, Anita Spanner se présente sur la scène de l’Eurovision pleine d’espoir. Parmi ses choristes, se trouve d’ailleurs Gary Lux, membre du groupe Hurricane qui a décroché un Top 10 pour l’Autriche l’année précédente, et sur qui elle peut compter vocalement parlant. La déconvenue est par conséquent très lourde en fin de soirée, avec un total de point extrêmement bas. Heureusement, Einfach weg se classera à la première place des charts du pays et se vendra très bien dans les semaines qui suivront le Concours.

14. ALLEMAGNE : Aufrecht gehn par Mary Roos (née en 1949)

        Paroles : Michael Kunze                     Musique : Michael Reinecke   Chef d’orchestre : Pierre Cao

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Luxemburg le jeudi 29 mars 1984 à Munich

            Comme beaucoup d’autres avant et après elle, l’Allemagne considère qu’une chanson écrite et interprétée par des artistes ayant déjà réussi au Concours ne peut que fonctionner. Et il faut reconnaître que, malgré les difficultés personnelles qu’elle traverse (la presse fait ses choux gras du départ inattendu de son époux, qui vient de la quitter), Mary Roos est une très bonne chanteuse, et son titre a été composé par celui qui a signé la musique de Rücksicht, sur un texte de Michael Kunze, auteur de Bye bye I love you pour Ireen Sheer et Telegram pour Silver Convention. Sauf que parfois, les plus belles mécaniques s’enrayent et n’apportent pas le succès escompté…

15. TURQUIE : Halay par Beş Yil Önce, On Yil Sonra

        Paroles : Ülkü Aker                            Musique et Chef d’orchestre : Selçuk Başar

Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le samedi 25 février 1984 à Istanbul

            Un an après avoir été battu par Çetin Alp, le quatuor Beş Yil Önce, On Yil Sonra (‘’Il y a Cinq Ans, Dix Ans Plus Tard’’) parvient à vaincre en finale nationale deux Eurostars : Ayşegül Aldinç et Neco (représentants turcs en 1981 et 1982) – ce dernier avec pourtant trois titres proposés. Une nouvelle fois, la Turquie a du mal à convaincre, mais elle semble s’installer de manière un peu plus solide chaque année et améliore petit à petit son classement dans la compétition.

16. FINLANDE : Hengaillaan par Kirka (1950-2007) [Étoile au Firmament # 75]

        Paroles : Jussi Tuominen                    Musique : Jukka Siikavire    Chef d’orchestre : Ossi Runne

Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 18 février 1984 à Helsinki

            Éliminé à sept reprises depuis 1972, Kirka décide de jeter toutes ses forces dans la bataille en proposant pas moins de sept titres à la sélection finlandaise de 1984 ! ! ! Le public (par conviction ou par lassitude, allez savoir…) lui octroie enfin le billet nécessaire pour représenter son pays au Concours. Sonja Lumme et Anneli Saaristo sont priées de patienter encore un peu et de s’inspirer de la détermination de Kirka. En attendant, l’opiniâtre et énergique Finnois ramène enfin à son pays un Top 10 que personne n’avait décroché depuis sept ans. Avec autant de sept autour de lui, il aurait pu au moins terminer 7ème 😉

17. SUISSE : Welche Farbe hat der Sonnenschein ? par Rainy Day

        Paroles et Musique : Günter Loose                                                    Chef d’orchestre : Mario Robbiani

            Sélection : 1ère place à la finale suisse le samedi 4 février 1984 à Lugano

            Avec une chanson écrite par celui qui avait signé Wunder gibt es immer wieder pour Katja Ebstein en 1970, le trio Rainy Day bat de très peu Arlette Zola (3ème à Harrogate) et Carole Rich (future représentante helvète en 1987) lors de la finale suisse. Il espère bien que la météo des points lui sera clémente à Luxembourg, mais c’est une tempête d’indifférence que le groupe va soulever, avec pour résultat le plus mauvais classement de la confédération depuis 1967 🙁

18. ITALIE : I treni di Tozeur par Alice (née en 1954) & Franco Battiato (né en 1945)

        Paroles : Rosario Consentino & Giusto Pio       Musique : Franco Battiato      Chef d’orchestre : Giusto Pio

Sélection : interne

Ignorant toujours les vingt artistes ayant disputé la finale du Festival de San Remo (dont les Eurostars Bobby Solo, Iva Zanicchi, Romina Power et Al Bano, et les futurs candidats italiens au Concours Anna Oxa, Enrico Ruggeri et Toto Cutugno), la RAI préfère sélectionner comme représentants Alice et Franco Battiato. Le titre qu’ils interprètent est certes original et se démarque de tout ce qui est proposé en ce 5 mai, mais le manque de charisme de Franco, ses faussetés en début de chanson et la composition très particulière du morceau me laissent pantois devant l’excellent classement que l’Italie décroche en fin de soirée :O

19. PORTUGAL : Silêncio e tanta gente par Maria Guinot (1945-2018)

            Paroles et Musique : Maria Guinot                                                                Chef d’orchestre : Pedro Osório

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le mercredi 7 mars 1984 à Lisbonne

            Pour sa deuxième participation à la sélection portugaise, la pianiste Maria Guinot propose une chanson qu’elle a elle-même écrite et composée. Arrivée en tête du premier tour de vote, elle confirme lors du deuxième tour et prend le pas sur Fernando Tordo et Doce (anciens candidats au Concours), ainsi que sur Adelaide Ferreira (qui représentera son pays l’année suivante). Elle peine toutefois à séduire les jurys le grand soir et c’est finalement à nouveau un milieu de tableau pour la patrie d’Amália Rodrigues.

L’entracte

            Les 19 chansons candidates ayant été interprétées, Désirée Nosbusch revient sur scène et rappelle à sa manière (en mêlant le français, l’anglais et l’allemand) comment la suite de la soirée va se dérouler pour les jurys nationaux. En attendant les résultats des votes, public et téléspectateurs s‘amusent devant les facéties du Prague Theatre of Illuminated Drawings, qui mime de courtes saynètes comiques évoquant les interludes de la télévision des années 40 et 50. Puis, de retour sur scène, Désirée s’adresse à Frank Naef, scrutateur de l’UER, qu’elle tutoie comme Marlene Charell un an plus tôt. Décidément, l’Eurovision devient de plus en plus comme une grande famille… pour Frank Naef 😛

Le vote et les résultats

            P L A C E S C O R E   S U È   L U X     F R A   E S P   N O R   U K   C H Y   B E L   I R L   D A N     N E D   Y O U   A U T     A L L   T U R   F I N   S U I   I T A   P O R
SUÈ 1 145   6 6 4 10 7 12 7 12 12 10 4 12 12 3 8 10 6 4
LUX 10 39       7     7   5 5   8     4     3  
FRA 8 61 2       2 6 3 10     12   8       4 7 7
ESP 3 106 10 8 10   6 4 6 3 7 7 2 2 6   12   3 8 12
NOR 17 29 8 7           1 3         2   6 2    
UK 7 63 3 1   3 8   2 2 8 1 4 1 2 7 1 4   10 6
CHY 15 31 4   1           4 10   12              
BEL 5 70   12 12 2 3           8   3 4 5 10   1 10
IRL 2 137 12 5 3 10 4 8 10 12   3 7   10 10 10 7 12 12 2
DAN 4 101 5 3 8 6 12 12 5 8 10   3 6 4 5 2 5 1 5 1
NED 13 34   2 7 8   1     6     5         5    
YOU 18 26     2     3 8             3 8 2      
AUT 19 5                 1 4                  
ALL 13 34     4   7 2   6   2 5   1         2 5
TUR 12 37 6         5   4 2   1 10       3 6    
FIN 9 46 7   5 1 5   4     6   3 5 1 6       3
SUI 16 30 1         10 1 5   8           1   4  
ITA 5 70   10   12 1               7 6 7 12 7   8
POR 11 38   4   5             6 7   8     8    

La Suède remporte donc une deuxième victoire, dix ans après le groupe ABBA. L’Irlande termine deuxième, devant l’Espagne – qui ne doit son podium qu’aux douze points attribués par son voisin portugais, au détriment du Danemark. Celui-ci réalise toutefois son meilleur classement depuis sa victoire vingt et un ans plus tôt. Belgique, France et Luxembourg terminent dans le Top 10, ce qui est un exploit de plus en plus rare pour les pays francophones. En revanche, c’est un peu la débandade pour les trois pays germanophones puisque l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche se retrouvent dans la partie droite du tableau.

Corinne Hermès est alors appelée sur scène pour remettre leurs médailles aux artistes vainqueurs (interprètes, auteur, compositeur et chef d’orchestre)… même si la sécurité a du mal à laisser tout ce monde monter sur scène 😛 Puis, le trio suédois, encore plus sautillant, interprète à nouveau sa chanson (cette fois-ci, en une version mêlant suédois et anglais) après que Désirée a donné rendez-vous aux téléspectateurs le samedi suivant (?), sous le regard amusé du grand-duc héritier Henri et de son épouse Maria Teresa.

Mon Top 10

            Après plusieurs Concours de grande qualité, voilà une édition que je qualifierais de particulièrement faible : seuls les trois titres présents sur mon podium me plaisent vraiment. Il m’a donc fallu compléter mon Top 10 avec des titres proposés par des interprètes dont j’apprécie d’abord le timbre ou la technique vocale.

  1. SUÈDE : Diggi-loo, Diggi-ley par Herreys
  2. DANEMARK : Det’ lige det par Hot Eyes
  3. ROYAUME-UNI : Love games par Belle and the Devotions
  4. FRANCE : Autant d’amoureux que d’étoiles par Annick Thoumazeau
  5. BELGIQUE : Avanti la vie par Jacques Zegers
  6. NORVÈGE : Lenge leve livet par Dollie De Luxe
  7. PAYS-BAS : Ik hou van jou  par Maribelle
  8. TURQUIE : Halay par Beş Yil Önce, On Yil Sonra
  9. ALLEMAGNE : Aufrecht gehn par Mary Roos
  10. IRLANDE : Terminal 3 par Linda Martin

Lanterne rouge : SUISSE : Welche Farbe hat der Sonnenschein ? par Rainy Day

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie personnelle : andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 2 mai à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : De nouveau 32 votants cette semaine ont fait part de leurs préférences au sujet des 19 chansons candidates à cette édition. Ce qui ressort de ce scrutin, c’est que le consensus a été très difficile à trouver : 12 pays (un record) ont obtenu la note maximale ! Du coup, le suspense a été intense pour les sept premiers, dont les positions ont été fixées à seulement quatre jurys de la fin… et personne n’a deviné le podium final 🙁 Enfin, grande première depuis la rétrospective de 1956 : c’est un titre que je déteste qui l’a emporté… mais c’est le jeu, ma pauvre Lucette !

19. Chypre : Anna Maria-Lena par Andy Paul : 9 points de 2 votants (maximum 7 points) – 4 places par rapport au classement officiel de 1984

18. Autriche : Einfach weg par Anita : 28 points de 8 votants (maximum 8 points) + 1 place

17. Suisse : Welche Farbe hat der Sonnenschein ? par Rainy Day : 28 points de 9 votants (maximum 8 points) – 1 place

16. Yougoslavie : Ciao amore par Izolda & Vlado : 45 points de 11 votants (maximum 10 points) + 2 places

15. Finlande : Hengaillaan par Kirka : 47 points de 12 votants (maximum 8 points) – 6 places

14. Luxembourg : 100% d’amour par Sophie Carle : 51 points de 10 votants (maximum 12 points de Gaël) – 4 places

13. Norvège : Lenge leve livet par Dollie De Luxe : 51 points de 11 votants (maximum 12 points de Denez) + 4 places

12. Turquie : Halay par Beş Yil Önce, On Yil Sonra : 53 points de 11 votants (maximum 8 points) score identique

11. Allemagne : Aufrecht gehn par Mary Roos : 69 points de 16 votants (maximum 12 points de Nico) + 2 places

10. France : Autant d’amoureux que d’étoiles par Annick Thoumazeau : 102 points de 22 votants (maximum 12 points de Juju) – 2 places

9. Royaume-Uni : Love games par Belle & the Devotions : 118 points de 19 votants (maximum 12 points de Benoît) – 2 places

8. Portugal : Silêncio e tanta gente par Maria Guinot : 118 points de 21 votants (maximum 10 points) + 3 places

7. Pays-Bas : Ik hou van jou par Maribelle : 132 points de 21 votants (maximum 12 points d’Augures et Garfieldd) + 6 places

6. Espagne : Lady, lady par Bravo : 140 points de 25 votants (maximum 12 points d’Arnaud et Duncky) – 3 places

5. Belgique : Avanti la vie par Jacques Zegers : 148 points de 21 votants (maximum 12 points de Pauline, Jérémie et PLG) score identique

4. Danemark : Det’ lige det par Hot Eyes : 159 points de 24 votants (maximum 12 points de RV et tHEO) score identique

3. Irlande : Terminal 3 par Linda Martin : 171 points de 26 votants (maximum 12 points de Franck et Kikichouchou) – 1 place

2. Suède : Diggi-loo, diggi-ley par Herreys : 187 points de 26 votants (maximum 12 points de Marie, Yom, Phileurophage, Zipo, Taron et Francis) – 1 place

  1. Italie : I treni di Tozeur par Alice & Franco Battiato : 200 points de 25 votants (maximum 12 points de Gérald, Minsk, Gwendal, Valifran, Picasso, Philippe, Julien, Yvonne, Lolotte et Jean-Michel) + 4 places

De grandes disparités, donc, entre le classement officiel et le nôtre, avec de fortes progressions et baisses de 4 à 6 points. Finalement, nous distinguons l’Italie pour la 3ème fois après 1958 et 1964, devant la Suède et l’Irlande. L’Allemagne sort du Top 10 pour la première fois depuis 1976 et Chypre réalise son plus mauvais score des rétrospectives avec une dernière place très nette.

Voilà pour les votes de cette 29ème rétrospective. Je vous attends dès ce soir pour un nouveau vote. Prenez bien soin de vous, et continuez à aimer l’Eurovision !