Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Encore un Concours important pour nous Français que cette édition munichoise ! D’abord, notre pays y fait son retour grâce à Antenne 2 qui décide de prendre en charge la sélection du candidat et la diffusion de la soirée (la manifestation ne quittera plus jamais le service public). Mais surtout, c’est la dernière fois qu’une chanteuse française l’emporte… même si elle ne représente malheureusement pas l’Hexagone 🙁 Redécouvrons ensemble le…

28ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 23 avril 1983

en direct de la Rudi-Sedlmayer Halle de Munich (R.F.A.)

présenté par Marlene Charell

L’organisation du Concours

Enfin gagnante en 1982 de la plus grande compétition musicale européenne, l’Allemagne organise une deuxième fois le Concours vingt-six ans après la finale à Francfort-sur-le-Main. C’est cette fois Munich, troisième ville la plus peuplée du pays après Berlin et Hambourg, qui est désignée comme ville-hôtesse. On choisit la Rudi-Sedlmayer Halle, qui porte le nom de l’ancien président de l’Association Sportive du Land de Bavière, pour recevoir participants et spectateurs. La salle, aujourd’hui rebaptisée Audi Dome du nom de son sponsor principal, comprend 6700 places et a vu se dérouler les compétitions de basketball lors des Jeux Olympiques de 1972 de sinistre mémoire.

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La Rudi-Sedlmayer Halle, à Munich

Revenues sur leur décision de boycotter le Concours jugé trop commercial, l’Italie, la Grèce et la France croient à nouveau en leurs chances de victoires et signent leur grand retour à la compétition. La dernière voit en particulier sa sélection nationale et la diffusion de la soirée prise en charge par Antenne 2, qui n’avait pas pu l’année précédente pallier à temps l’abandon de TF1. En revanche, l’Irlande se voit confrontée à un mouvement social des techniciens de la RTÉ qui protestent contre des restrictions budgétaires – l’empêchant de fait de mettre en place une sélection pour l’Eurovision. Le pays de Dana et Johnny Logan passe donc son tour, et l’effectif de nations concurrentes ne fait qu’égaler celui de 1978 et 1981 : 20. Côté artistes, seuls deux se représentent face aux jurys : Guy Bonnet pour la France et Jahn Teigen pour la Norvège.

Antenne 2 (1975-1983)
Le logo de la 2ème chaîne publique française

Pour la 1ère fois de son histoire, l’Australie diffuse la grande finale dans l’état de Victoria et les Nouvelles Galles du Sud. Le succès va être si grand auprès du public que le pays des kangourous retransmettra le Concours tous les ans… jusqu’à y être invité par l’UER au milieu des années 2010 et en devenir un participant annuel dès 2015.

Les règles

Le système de vote est inchangé et l’annonce des points est également reconduite. Aux commentaires, les habituelles vedettes : Léon Zitrone pour Antenne 2, Terry Wogan pour BBC 1, Jacques Mercier pour la télévision belge, Daniel Pe’er pour la radio israélienne et André Torrent pour RTL Radio.

La présentation et l’orchestre

Pour la deuxième fois après Moira Shearer en 1972, c’est une danseuse qui est chargée d’animer la soirée. Née Angela Miebs en 1944, Marlene Charell (qui a choisi son pseudonyme en hommage à la star Marlene Dietrich et au danseur et directeur de théâtre Erik Charell) a commencé sa carrière à Las Vegas en 1962 avant d’intégrer la troupe du Lido six ans plus tard. Surnommée Mademoiselle Longues-Jambes (le Concours de Munich permettra amplement d’en juger), elle apparaît même au début des années 70 dans une série télévisée britannique auprès d’Engelbert Humperdinck (futur candidat du Royaume-Uni en 2012).

Marlène Charell — Wikipédia
Marlene Charell

L’orchestre est pour sa part dirigé par Dieter Reith (1938-2020). Pianiste auprès de grands jazzmen comme Stan Getz, Toots Thielemans ou Kenny Clarke, il s’est aussi spécialisé dans la technique du son, ce qui lui a permis d’arranger les musiques de nombreuses émissions de radio et de télévision dans les années 70, y compris celle des JO d’été de Munich.

Dieter Reith – Universität Mainz – Stuttgart und Umgebung ...
Dieter Reith

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir les habituelles images qui présentent la ville–hôtesse et sa région, augmentées cette année de vues de toutes les grandes villes du pays. Bref, une présentation de 6 minutes, qui annonce l’une des soirées les plus longues de toute l’histoire du Concours. Enfin, chacun entend la voix de Marlene Charell, qui appelle sur scène tous les artistes participants (interprètes, choristes, musiciens et chefs d’orchestre), provoquant de ce fait un embouteillage énorme devant le décor métallique – qui fait étrangement penser à des radiateurs géants :O

All participants of the Eurovision Song Contest 1983 News Photo ...
La scène envahie par les artistes

Il faut donc attendre dix minutes pour mettre un visage sur le nom de la présentatrice, qui ouvre la soirée en allemand, en anglais et en français, ce qu’elle fera pendant presque trois heures. Quand on pense que de nos jours, trois voire quatre animateurs n’arrivent même pas à baragouiner trois mots de français et s’évanouissent à moitié quand ils parviennent à en bafouiller deux, on se dit que les choses ont bien changé au Concours LOL Mais place aux chansons (annoncées directement par Marlene dans les trois langues, sans carte postale, à côté de compositions florales rappelant les drapeaux des pays candidats) :

1. FRANCE : Vivre par Guy Bonnet (né en 1945)

        Paroles : Fulbert Cant                                    Musique : Guy Bonnet             Chef d’orchestre : François Rauber

            Sélection : 1ère place à la sélection française le dimanche 20 mars 1983 à Paris

            C’est une finale particulièrement relevée qu’Antenne 2 a mise en place : d’anciennes Eurostars (Joël Prévost, Guy Bonnet, Isabelle Aubret ou Jean-Paul Cara) vont affronter de futures vedettes (la Compagnie Créole). Mais une partie des techniciens devant travailler sur l’émission étant en grève, c’est dans les décors du jeu L’Académie des 9 que Jean-Pierre Foucault présente les chansons candidates, épaulé par Marie Myriam. Alors que tous pensent que Vive le Douanier Rousseau va nettement l’emporter, c’est Guy Bonnet que les Français appelés au téléphone décident d’envoyer en Bavière ! Vivre (premier exemple de contribution reprenant un titre déjà utilisé par le passé) est beaucoup moins intéressant musicalement que Marie-Blanche, même si le texte est très bien écrit, et la fin est très mélodramatique. Mais les jurys ne lui en tiendront pas rigueur et le récompenseront d’un Top 10 en fin de soirée.

2. NORVÈGE : Do – re – mi par Jahn Teigen (1949-2020)

        Paroles : Jahn Teigen & Herodes Falsk          Musique : Anita Skorgan & Jahn Teigen

            Chef d’orchestre : Sigurd Jansen

Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le vendredi 25 février 1983 à Oslo

            On ne change pas une équipe qui perd : après Nora Brockstedt, Kirsti Sparboe, les différents membres du groupe Bendik Singers et Anita Skorgan, les Norvégiens décident de renvoyer au Concours un ancien perdant, Jahn Teigen, demeuré célèbre pour son zéro pointé décroché à Paris en 1978. Vainqueur du MGP devant Ketil Stokkan (futur double représentant de son pays), le toutefois sympathique Jahn interprète cette chanson pleine de légèreté et de bonne humeur, qu’il a écrite avec son épouse Anita, présente d’ailleurs parmi les choristes. Indiscutablement la meilleure de toutes leurs contributions, et le meilleur classement qu’ils aient jamais obtenu. Remarque : perdue dans ses notes, Marlene fait une boulette et énonce Johannes Skorgan comme chef d’orchestre :O

3. ROYAUME-UNI : I’m never giving up par Sweet Dreams

        Paroles et Musique : Ron Roker, Jan Pulsford & Phil Wigger            Chef d’orchestre : John Coleman

Sélection : 1ère place à A Song for Europe présentée par Terry Wogan le mercredi 24 mars 1983 à Londres

            Vainqueur de sa sélection nationale après un quatuor et un duo, le trio Sweet Dreams n’a qu’un espoir lorsqu’il se présente sur scène à Munich : ne pas revivre ce qu’il a dû subir à Londres un mois plus tôt. En effet, ayant débuté leur chanson assis sur trois tabourets, les jeunes gens avaient vu les fils de leurs micros s’empêtrer dans les pieds de leurs sièges au moment où ils se levaient. Heureusement, l’Allemagne – à la pointe de la technologie – leur donne des micros sans fil ! À quoi ça tient quand même, la réussite d’une prestation 😛

4. SUÈDE : Främling par Carola Häggkvist (née en 1966)

        Paroles : Monica Forsberg                  Musique : Lasse Holm              Chef d’orchestre : Anders Ekdahl            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 26 février 1983 à Malmö

            Comme leurs voisins norvégiens, les Suédois font confiance au même duo d’auteurs – compositeurs que l’année précédente pour l’édition 1983. Mais plutôt que de voter pour Kikki Danielsson (membre du duo Chips présent à Harrogate), ils lui préfèrent la toute jeune Carola, qui remporte presque deux fois autant de voix que sa rivale. En Allemagne, l’énergie et la voix de la benjamine de la soirée impressionnent… même si elle ne l’emporte pas. En revanche, tout le monde est persuadé qu’elle prend déjà rendez-vous avec le Concours pour y faire encore mieux.

5. ITALIE : Per Lucia par Riccardo Fogli (né en 1947)

        Paroles : Riccardo Fogli & Vincenzo Spampinato                    Musique et Chef d’orchestre : Maurizio Fabrizio

Sélection : interne

            Pour son retour au Concours après deux ans d’absence, l’Italie – pourtant mécontente des scores obtenus à la fin des années 70 – reprend la même recette : la sélection en interne d’un artiste qui n’a pas remporté le célèbre Festival de la Chanson de San Remo. Même si le titre choisi est de qualité et porté par un interprète investi, l’issue sera la même que pour les dernières contributions transalpines : un milieu de tableau.

6. TURQUIE : Opera par Çetin Alp (1947-2004) [Étoile au Firmament # 63] & the Short Waves [dont Recep Aktuğ (1954-2020)]

        Paroles : Aysel Gürel                                                             Musique et Chef d’orchestre : Buğra Uğur

Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le vendredi 4 mars 1983 à Istanbul

            Le moins que l’on puisse dire de la Turquie en cette 28ème édition, c’est qu’elle ne s’inspire d’aucun titre gagnant, ni même d’aucune de ses anciennes contributions, mais propose quelque chose de très différent. Vainqueur de sa sélection nationale devant Beş Yil Önce on Yil Sonra (futurs candidats en 1984) et Ayşegül Aldinç (représentante turque deux ans plus tôt), Çetin Alp fait naître chez lui les plus grands espoirs tant sa voix de basse est belle et ample. Mais il aurait fallu que la composition d’Opera soit plus cohérente, car les multiples influences musicales de la chanson sont bien mal associées, et l’ensemble est très indigeste. Le très beau timbre de l’artiste ne sauve malheureusement pas l’ensemble, et la sanction va encore une fois être terrible à l’issue de la période de votes.

7. ESPAGNE : ¿ Quién maneja mi barca ? par Remedios Amaya (née en 1962)

        Paroles : Isidro Muñoz           Musique et Chef d’orchestre : José Miguel Evóras               Sélection : interne

            Deuxième chanson consécutive à ne cocher aucune des cases requises pour être qualifiée de chanson typiquement Eurovision, la proposition espagnole s’inspire bien plus des mélodies andalouses et du flamenco que de la pop internationale. Cette impression d’attachement à ses racines est encore renforcée par les mouvements de Remedios sur scène et par le fait qu’elle s’y présente pieds nus. Mais est-ce le titre en lui-même, la présentation ou la tenue dont elle est vêtue qui vont déplaire aux jurys ? La jeune femme va en tout cas essuyer le même affront que celui qui l’a précédée dans la soirée… Il ne fait pas bon tenter l’originalité en ce 23 avril.

8. SUISSE : Io cosi non ci sto par Mariella Farré (née en 1963)

        Paroles : Nella Martinetti                  Musique : Thomas Gonzenbach & Remo Kessler         

Chef d’orchestre : Robert Weber      Sélection : 1ère place à la finale suisse le samedi 26 mars 1983 à Zurich

            Après les deux superbes places obtenues à Dublin et à Harrogate, la Suisse espère enfin une victoire en Allemagne. Elle y croit d’autant plus que la chanson que doit interpréter Mariella Farré a été écrite par Nella Martinetti, celle-là même qui avait signé les paroles d’Io senza te en 1981. Malheureusement, la jeune fille ne parvient pas à faire de ce titre autre chose que ce qu’il est : une chanson agréable à écouter, mais qui ne marque pas. Ce qui est rédhibitoire au Concours 🙁 Question : arrivée dernière de la sélection suisse avec Dis-moi tout, Daniela Simons (future Eurostar en 1986) aurait-elle pu faire mieux ?

9. FINLANDE : Fantasiaa par Ami Aspelund (née en 1953)

        Paroles : Kaisu Liuhala                       Musique : Kari Kuusamo          Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le vendredi 28 janvier 1983 à Helsinki

            Malgré les trois chansons qu’il interprète en finale nationale, le multirécidiviste Kirka (il en est à sa septième tentative depuis 1972 :O) doit s’incliner devant Ami Aspelund, qui prend ainsi sa revanche sur l’année précédente où elle avait été battue par Kojo. Elle espère faire mieux que sa sœur Monica, qui avait décroché la 10ème place à Londres, six ans plus tôt. Et il est vrai que Fantasiaa est bien plus facile d’accès et dans l’air du temps que Lapponia… Deuxième boulette de Marlene : elle appelle sur scène Ami Aspesund 🙁

10. GRÈCE : Mou les par Christie (née en 1956)

        Paroles : Sofia Fildisi                        Musique : Antonis Plessas    Chef d’orchestre : Mimis Plessas            Sélection : 1ère place à la finale grecque le vendredi 18 mars 1983 à Peania

            Battue par Elpida quatre ans plus tôt, Christie Stassinopoulou gagne enfin son billet pour la grande finale et permet à la Grèce de faire son retour à la compétition. Elle bat à sa sélection nationale neuf adversaires, dont Cleopatra (la vraie, pas celle de Samira Efendi !) qui devra attendre neuf ans avant de fouler la scène de l’Eurovision. En Allemagne, la jeune femme ne brille pourtant pas dans sa robe écarlate, et sa chanson bizarrement construite ne récolte qu’une deuxième partie de tableau, à l’instar des cinq interprètes qui l’ont précédée.

11. PAYS-BAS : Sing me a song par Bernadette (née en 1959)

        Paroles : Martin Duiser                      Musique et Chef d’orchestre : Piet Souer                

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 23 février 1983 au Congresgebouw de La Haye

            Comme chacun de ses quatre adversaires, Bernadette Kraakman présente deux chansons à sa finale nationale. C’est la seconde, Sing me a song  (dont seul le titre est en anglais) qui l’emporte d’un tout petit point devant la chanson arrivée deuxième. Bien soutenue par ses choristes, dont la célèbre Sandra Reemer (triple représentante des Pays-Bas dans les années 70), la délicieuse Bernadette (décidément très chouette) va envoûter les jurys de sa voix cristalline.

12. YOUGOSLAVIE : Džuli par Daniel (né en 1955)

        Paroles : Mario Mihaljević                 Musique : Milan Popović         Chef d’orchestre : Radovan Papović

Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le vendredi 4 mars 1983 à Novi Sad

            Comme tous les ans, la sélection yougoslave voit concourir les groupes et artistes les plus célèbres du pays, tous plus motivés les uns que les autres pour défendre les couleurs nationales. Parmi eux, Indeksi, Novi Fosili et Bebi Dol (futures Eurostars) qui doivent tous s’incliner devant un jeune Monténégrin. Daniel, pseudonyme de Milan Popović, soumet aux juges européens un titre pop-rock de sa composition, très enlevé et efficace, qui va faire son effet à Munich et décrocher le meilleur classement pour la Yougoslavie depuis 1962 ! ! ! Dans les semaines qui suivront le Concours, la version anglaise, Julie, va même intégrer les charts dans plusieurs pays. Remarque : comme pour les Pays-Bas et la Norvège, on aperçoit parmi les choristes (très sautillantes) de Daniel une ancienne participante au Concours, Izolda Barudžija du trio Aska.

13. CHYPRE : I agapi akoma zi par Stavros (né en 1948) & Constantina (née en 1963)

        Paroles et Musique : Stavros Sideras            Chef d’orchestre : Michalis Rozakis              Sélection : interne

            Auteur du texte de la chanson Monika, qui a décroché un Top 10 deux ans plus tôt, Stavros Sideras revient avec une chanson qu’il a lui-même écrite et composée. Pour autant, il ne se présente pas seul sur scène, puisqu’il interprète son titre en duo avec Constantina (dont les frère et sœur représenteront Chypre en 1997). Parmi ses choristes, on distingue également deux jeunes femmes promises au plus bel avenir au Concours : Elena Patroklou et Evridiki Theokleous. Pour l’heure, la chanson chypriote convainc beaucoup moins que celles de 1981 et 1982, et termine en bas de tableau, prélude à une série de plusieurs mauvais classements successifs.

14. ALLEMAGNE : Rücksicht par Hoffmann & Hoffmann

[dont Günter Hoffmann (1951-1984) Étoile au Firmament # 8]

        Paroles : Volker Lechtenbrinck           Musique : Michael Reinecke   Chef d’orchestre : Dieter Reith

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für München le samedi 19 mars 1983 à Munich

            Pour la première fois depuis cinq ans, le public allemand ne choisit pas un titre écrit par le prolifique duo Siegel – Meinunger pour défendre les couleurs du pays au Concours. C’est cette fois une chanson émouvante qui remporte la finale nationale, devant la future Eurostar Ingrid Peters (l’ancienne participante Wencke Myhre termine 5ème). Le pays de Nicole récolte un beau succès en Bavière, mais la destinée tragique du chanteur laissera à Rücksicht une marque indélébile de souffrance et de gâchis.

15. DANEMARK : Kloden drejer par Gry Johansen (née en 1964)

        Paroles : Flemming Gernyx, Christian Jacobsen & Billy Cross           

Musique : Flemming Gernyx, Christian Jacobsen & Lars Christensen Chef d’orchestre : Allan Botschinsky

Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 5 mars 1983 à Copenhague

            Parce qu’il a fortement apprécié l’aventure eurovisionnesque vécue l’année précédente au sein du groupe Brixx malgré le médiocre classement obtenu, John Hatting décide de se présenter à nouveau à la sélection danoise, mais cette fois-ci en solo. En dépit de ses fortes attentes, il ne termine que 5ème et doit s’incliner, tout comme Kirsten Siggaard (future triple représentante au Concours), devant la toute jeune Gry Johansen. Malheureusement, la demoiselle chante particulièrement faux le soir du 23 avril, et c’est à nouveau un très mauvais classement pour le Danemark.

16. ISRAËL : Chai par Ofra Haza (1957-2000) [Étoile au Firmament # 46]

        Paroles : Ehud Manor                         Musique : Avi Toledano       Chef d’orchestre : Silvio Nanssi Brandes

Sélection : 1ère place à Kdam Erovizyon à Jérusalem

            À nouveau sur le podium l’année précédente, Israël veut à tout prix marquer les esprits et l’emporter à Munich. Une victoire en Bavière serait un signal fort onze ans après l’attentat des Jeux Olympiques, dans cette ville où le nazisme est né et a prospéré. La sélection nationale permet d’ailleurs tous les espoirs : alors que Yardena Arazi, candidate à La Haye en 1976 et co-présentatrice à Jérusalem en 1979, se classe comme l’année précédente deuxième, mais pour un seul petit point (Izhar Cohen est un peu plus loin), un titre met tout le monde d’accord. Composé par Avi Toledano (2ème à Harrogate) sur un texte d’Ehud Manor (déjà auteur de quatre contributions pour le pays, dont A-ba-ni-bi), Chai (‘’Vivante’’) a tout du symbole, et le talent de la superbe Ofra Haza, associé à l’allant de ses choristes, ne peut que convaincre les jurys européens. Sauf que… Remarque : Mais pourquoi a-t-on indiqué comme titre de la chanson israélienne ce fade Hi, qui n’a rien à voir avec les paroles revendicatrices de la chanson ?

17. PORTUGAL : Esta balada que te dou par Armando Gama (né en 1954)

        Paroles et Musique : Armando Gama                                                 Chef d’orchestre : Mike Seargent

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 5 mars 1983 à Porto

            Armando Gama, le deuxième auteur – compositeur – interprète de la soirée, a assez facilement remporté sa finale nationale, au nez et à la barbe (c’est le cas de le dire) du sympathique Carlos Paião, représentant portugais à Dublin deux ans plus tôt. Sa chanson, dans le plus pur style lusitanien, laisse un peu froids les jurys, qui ne lui attribuent qu’un rang assez médiocre. Ce qui est assez compréhensible, à mon sens. 

18. AUTRICHE : Hurricane par West End

        Paroles : Heli Deinboek & Heinz Nessizius                                         Musique : Peter Vieweger      

Chef d’orchestre : Richard Österreicher

Sélection : 1ère place à la finale autrichienne le jeudi 17 mars 1983 à Vienne

Comme d’autres concurrents de cette édition munichoise, le groupe autrichien a remporté de très peu sa finale nationale : Waterloo (représentant de son pays en 1976) n’a été battu que de 12 points ! Les autres candidats, dont Gary Lux – membre de West End – n’ont récolté que des miettes 🙁 En Allemagne, la chanson du premier boys band de l’histoire du Concours attire l’attention par son énergie, sa bonne humeur, sa chorégraphie et son numéro de danse particulièrement marquant. J’aurais bien rajouté par les costumes endossés par les artistes… mais bien loin de moi l’idée de critiquer les tenues enfilées par … oops pardon, pour Hurricane 😉

19. BELGIQUE : Rendez-vous par Pas De Deux

            Paroles : Walter Verdin & Paul Peyskens        Musique : Walter Verdin         Chef d’orchestre : Freddy Sunder

            Sélection : 1ère place à Eurosong le dimanche 7 mars 1983 à Bruxelles

            Mais que serait le Concours sans psychodrame ? L’édition 1983 ne fait pas exception à la règle. Particulièrement mécontent par le choix du jury qui a désigné vainqueur de la finale belge le groupe Pas De Deux, le public – qui ne supporte pas la chanson Rendez-vous où ne figurent que deux phrases – décide de quitter la salle à l’annonce des votes des experts. C’est donc devant une salle quasi vide que la formation réinterprète le titre gagnant ! ! ! À Munich, personne n’abandonne son siège… mais la proposition belge ne fait pas plus d’heureux 🙁

20. LUXEMBOURG : Si la vie est cadeau par Corinne Hermès (née en 1961)

            Paroles : Alain Garcia                                    Musique : Jean-Pierre Millers            

Chef d’orchestre : Michel Bernholc              Sélection : interne

Disposant d’un vivier d’artistes relativement limité, le Grand-Duché de Luxembourg a toujours les yeux et les oreilles qui traînent chez ses voisins français, belges ou allemands. Au début des années 80, il remarque la jeune Corinne Miller, qui vient de participer à l’enregistrement d’un album avec Julien Clerc pour une comédie musicale, 36 Front Populaire… qui ne sera jamais montée, les producteurs craignant la réaction de la droite au pouvoir face à ce spectacle qui glorifie les idéaux d’extrême-gauche. Mais tout n’est pas perdu pour la jeune fille, car RTL lui demande de représenter le micro-état au Concours Eurovision 1983 avec Si la vie est cadeau, refusée par le comité de sélection d’Antenne 2 :O Corinne, désormais nommée Hermès (dieu du commerce et des voyageurs), s’envole donc pour Munich où l’attend la plus belle des récompenses…

L’entracte

            Les 20 chansons candidates ayant été interprétées, Marlene Charell rappelle que le temps est venu pour les jurys nationaux de voter. En attendant les résultats, public et téléspectateurs peuvent admirer la reine de la soirée accomplir ce qu’elle maîtrise le mieux : danser. Accompagnée d’un ballet monté pour l’occasion, elle fait découvrir à tous une chorégraphie spécialement mise en place pour illustrer de nombreux succès allemands ou internationaux, dont Strangers in the Night. C’est la première fois dans l’histoire du Concours que la présentatrice donne autant d’elle-même pour rendre la soirée vivante. C’est donc un peu essoufflée qu’elle annonce à tous le début des votes, félicitée par le scrutateur de l’UER, Frank Naef – qui se lève même de son siège (grande première) pour venir lui baiser la main. Ce à quoi elle répond par : « Merci, tu es gentil ! » Comme quoi le Concours permet de créer des liens 😉

Le vote et les résultats

            Conservant sa bonne (?) habitude de tout indiquer dans les trois langues qu’elle maîtrise parfaitement (ou presque), Marlene se lance alors dans la révélation trilingue des points – ce qui prend un temps énorme, presque une heure !

            P L A C E S C O R E   F R A   N O R     U K   S U È   I T A   T U R   E S P   S U I   F I N   G R È   N E D     Y O U   C H Y   A L L     D A N   I S R   P O R   A U T   B E L   L U X
FRA 8 56   3     10     10 6 7 2 3 4 4   1 3     3
NOR 9 53     5 3   6         8     1 8 4 6 3 7 2
UK 6 79 5 5   12 2 5   8   5 5   6 3 5   2 10   6
SUÈ 3 126 6 12 8   8 7 2 5 10 10 3 1 7 12 10 8 4 8 5  
ITA 11 41 7     2   4 3   1 2   8 1     6 7      
TUR 19 0                                        
ESP 19 0                                        
SUI 15 28   1     7   1         7           6 1 5
FIN 11 41 1 2 6     3   4   8       7   7   2   1
GRÈ 14 32 3           12   5       12              
NED 7 66 2 7 1 6 4 2   12 3     5 5 2 4 3   4 2 4
YOU 4 125   8 12   1 12 10   12 6 7   8 6 12 10   1 12 8
CHY 16 26   4           1       6   5 1 5     4  
ALL 5 94 10 10 7 8 6     2 4 1 10       3   8 7 6 12
DAN 17 16     2 7   1 4           2              
ISR 2 136 8 6 10 5 3   6 7 7 3 12 10   10 7   10 12 10 10
POR 13 33 4     1     5 6 2   6 2               7
AUT 9 53     3 4 5 10       4 4 4 3   6 2 5   3  
BEL 18 13     4       8                   1      
LUX 1 142 12     10 12 8 7 3 8 12 1 12 10 8 2 12 12 5 8  

Le Luxembourg remporte donc une 5ème victoire, égalant ainsi le record de la France établi en 1977. Pour la deuxième année consécutive, Israël échoue à la 2ème place, juste devant la Suède – qui annonce là une belle série d’excellents classements. Comme la Belgique l’année précédente, la Yougoslavie rate le podium d’un point. En bas de tableau, l’Espagne repart bredouille (pour la 3ème fois après 1962 et 1965), tout comme la Turquie qui n’avait jamais vécu cet affront auparavant.

Corinne Hermès est rappelée sur scène pour recevoir sa médaille des mains de Nicole, gagnante en 1982. Puis, elle réinterprète Si la vie est cadeau avec beaucoup d’émotion, avant que le directeur de l’UER ne fasse un petit discours de remerciement en français. Les auteur et compositeur de la chanson sont également récompensés, comme le veut la coutume.

Mon Top 10

            L’édition 1983 est pour moi dans la continuité des trois précédentes : une moitié des chansons candidates me plaisent vraiment, au point que je les écoute encore régulièrement aujourd’hui.

  1. ISRAËL : Chai par Ofra Haza
  2. SUÈDE : Främling par Carola Häggkvist
  3. LUXEMBOURG : Si la vie est cadeau par Corinne Hermès
  4. AUTRICHE : Hurricane par West End
  5. FINLANDE : Fantasiaa par Ami Aspelund
  6. NORVÈGE : Do – re – mi par Jahn Teigen
  7. ALLEMAGNE : Rücksicht par Hoffmann & Hoffmann
  8. ROYAUME-UNI : I’m never giving up par Sweet Dreams
  9. YOUGOSLAVIE : Džuli par Daniel
  10. PAYS-BAS : Sing me a song par Bernadette

Lanterne rouge : ESPAGNE : ¿ Quién maneja mi barca ? par Remedios Amaya

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie personnelle : andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 25 avril à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Cette semaine, 30 votants se sont exprimés pour établir le classement de l’EAQ de cette édition munichoise. Très peu de suspense pour les deux premiers, qui se sont détachés très vite, avec des écarts conséquents. En revanche, à nouveau une très forte dispute pour la 3ème place, qui ne s’est décidée que dans les dernières heures. Conséquence : seul RV a trouvé le podium final, et ce pour la troisième fois consécutive !!!

20. Turquie : Opera par Çetin Alp & the Short Waves : 2 points d’un seul votant (merci Yvonne) – 1 place par rapport à 1983 puisque le pays est seul à la dernière place

19. Suisse : Io cosi non ci sto par Mariella Farré : 23 points de 6 votants (maximum 7 points) – 4 places

18. Chypre : I agapi akoma zi par Stavros & Constantina : 24 points de 6 votants (maximum 7 points) – 2 places

17. Espagne : ¿ Quién maneja mi barca ? par Remedios Amaya : 30 points de 8 votants (maximum 7 points) + 2 places

16. Norvège : Do – re – mi par Jahn Teigen : 30 points de 10 votants (maximum 5 points) – 7 places

15. Danemark : Kloden drejer par Gry Johansen : 37 points de 7 votants (maximum 12 points de Juju) + 2 places

14. Grèce : Mou les par Christie : 42 points de 9 votants (maximum 12 points de Gérald) score identique

13. Belgique : Rendez-vous par Pas De Deux : 48 points de 8 votants (maximum 12 points de PLG) + 5 places

12. Autriche : Hurricane par West End : 48 points de 12 votants (maximum 10 points) – 3 places

11. Portugal : Esta balada que te dou par Armando Gama : 64 points de 16 votants (maximum 10 points) + 2 places

10. France : Vivre par Guy Bonnet : 66 points de 17 votants (maximum 10 points) – 2 places

9. Pays-Bas : Sing me a song par Bernadette : 75 points de 16 votants (maximum 10 points) – 2 places

8. Italie : Per Lucia par Riccardo Fogli : 80 points de 15 votants (maximum 12 points de Nico) + 3 places

7. Royaume-Uni : I’m never giving up par Sweet Dreams : 89 points de 18 votants (maximum 10 points) – 1 place

6. Finlande : Fantasiaa par Ami Aspelund : 122 points de 20 votants (maximum 12 points de Minsk, Augures et Lolotte) + 5 places

5. Yougoslavie : Džuli par Daniel : 145 points de 26 votants (maximum 12 points de Duncky) – 1 place

4. Suède : Främling par Carola Häggkvist : 161 points de 25 votants (maximum 10 points) – 1 place

3. Allemagne : Rücksicht par Hoffmann & Hoffmann : 165 points de 24 votants (maximum 12 points de Pauline, tHEO et Yom) + 2 places

2. Luxembourg : Si la vie est cadeau par Corinne Hermès : 216 points de 27 votants (maximum 12 points de Gwendal, Kikichouchou, Jean-Michel, Benoît, Julien, Yvonne, Picasso et Taron) – 1 place

  1. Israël : Chai par Ofra Haza : 273 points de 29 votants (maximum 12 points de Franck, RV, Denez, Phileurophage, Valifran, Philippe n°2, Jérémie, Gaël, Zipo, Garfieldd et Francis) + 1 place

Nous offrons donc une 3ème victoire à Israël en six éditions – avec son record de notes maximales (11). Le Luxembourg est deuxième, devant l’Allemagne… qui repousse la Suède et la Yougoslavie. Bel exploit du pays de Nicole, qui signe ainsi un 5ème podium consécutif :O

Beaucoup de disparités sont à remarquer entre ce classement et celui des jurys de 1983 : la Finlande fait une belle remontée (je suis fier de vous, mes votants :P) mais la Norvège s’effondre (là, je vous en veux pas mal, par contre). Enfin, Chypre, Suisse et Turquie obtiennent leurs plus mauvais classements de ces rétrospectives, tout en bas du tableau.

Voilà pour ces résultats. Je vous attends dès ce soir pour le Concours 1984. Portez-vous bien et continuez à aimer l’Eurovision !!!