Hello, chers lecteurs fidèles de l’EAQ ! ! !

            La 1ère édition du Concours de la décennie 1980 va, comme d’autres auparavant et plus tard, soulever pas mal de polémiques de la part de ceux qui vont considérer le titre gagnant comme indigne de l’emporter. Certains vont relever le peu d’intérêt musical d’une telle chanson, d’autres vont trouver assez ridicule la mise en scène choisie, d’autres encore vont faire remarquer à quel point les interprètes auront chanté faux sur la scène dublinoise. Tout cela en pure perte car la victoire, bien qu’acquise de très peu, débouchera sur un raz-de-marée dans les charts européens : la 1ère place dans 9 pays en plus de celle décrochée parmi les ventes de disques nationales ! ! ! Allons donc ensemble redécouvrir le…

26ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 4 avril 1981

en direct du RDS Simmonscourt Pavilion de Dublin (Irlande)

présenté par Doireann Ní Bhriain

L’organisation du Concours

Après la victoire de Johnny Logan à La Haye, c’est logiquement l’Irlande qui est appelée à organiser le nouveau Concours. On choisit très vite la date de diffusion, le samedi 4 avril 1981 (plus jamais une édition de l’Eurovision ne sera retransmise aussi tôt dans l’année), et la salle qui doit accueillir artistes et spectateurs. Après le Gaiety Theatre de Dublin en 1971, c’est au Simmonscourt Pavilion (lui aussi situé dans la capitale) qu’échoit l’honneur de voir se produire les candidats de chaque pays. C’est à l’époque la plus grande salle, avec ses 1600 places, à avoir accueilli la manifestation – pas étonnant pour une halle habituée à héberger des salons agricoles et hippiques. Des menaces ayant été proférées par l’IRA, un service de sécurité de tout premier ordre est mis en place, ce qui s’avère nécessaire si on considère qu’il faudra à un moment évacuer l’hôtel où séjournent les délégations à cause d’une alerte à la bombe. En attendant, tout se met en place (avec l’aide financière de l’UER) : les répétitions du 31 mars au 4 avril (ouf !), la générale et la réception officielle avant la grande soirée.

Pavilion House, Simmonscourt, RDS, Ballsbridge, Dublin 4 To Let ...
Le Simmonscourt Pavilion, à Dublin

Alors que tout le monde s’attend à ce que le record de pays participants soit battu avec les retours annoncés d’Israël et de la Yougoslavie, le Maroc fait vite savoir qu’il ne concourra pas (à cause de son mauvais classement l’année précédente ou du retour de l’État hébreu ?). Il est rapidement suivi par l’Italie, mécontente des scores obtenus depuis 1978, et qui jette l’éponge pour la première fois depuis la création de la compétition. De même, Monaco fait part de son désintérêt et décline l’offre de revenir – décision qui va tenir vingt-cinq ans ! ! ! Heureusement, la famille s’agrandit avec l’arrivée de Chypre, un joie immense pour la Grèce et… on ne sait pas pour la Turquie 😛 Bref, on en revient à un total de 20, déjà atteint lors de l’édition parisienne.

Le drapeau de la Chypre – Les plus beaux drapeaux du monde
Chypre, premier nouveau pays des années 80

Quatre ans après l’édition 1977, dix anciens candidats retentent leur chance: Jean-Claude Pascal vient célébrer la première victoire qu’il a apportée au Luxembourg (nul autre artiste n’a jamais auparavant ni depuis attendu aussi longtemps – 20 ans – pour un deuxième essai) ; Peter, Sue & Marc égalent le record de quatre participations établi par Fud Leclerc en 1962 ; Tommy Seebach et sa choriste Debbie Cameron représentent le Danemark pour la 2ème fois ; Marty Brem se présente seul pour l’Autriche, un an après avoir foulé la scène du Concours avec Blue Danube ; Maxi, candidate pour l’Irlande en 1973, fait partie du groupe Sheeba ; Cheryl Baker, membre de Co-Co en 1978, se produit au sein de Bucks Fizz pour le Royaume-Uni et le Suédois Björn Skifs ferme la compétition pour la deuxième fois de sa carrière – en continuant à regretter de ne pas avoir la possibilité de chanter en anglais 🙁

Les règles

Le système de vote est inchangé et l’annonce des points est également reconduite, avec de nombreuses vedettes aux commentaires ou à la révélation des votes. Beaucoup de grands noms rempilent : Patrick Sabatier pour TF1, Terry Wogan pour BBC1, Jacques Mercier pour la RTBF et André Torrent pour RTL Radio. Et de petits nouveaux (pas toujours nouveaux d’ailleurs…) font leur apparition : la Verdunoise Marylène Bergmann (née dans la même ville que moi :P) pour Télé Luxembourg, Ossi Runne pour la chaîne finlandaise YLE, Daniel Pe’er pour la radio israélienne et Denise Fabre comme porte-parole du jury français.

Fichier:Marylene-bergmann.jpg — Wikipédia
Marylène Bergmann

La présentation et l’orchestre

Pour la première fois (si l’on excepte les récidivistes Jacqueline Joubert et Katie Boyle) depuis la naissance du Concours, c’est à une jeune femme qui a déjà fréquenté les cercles eurovisionnesques que l’on confie les rênes de la soirée : Doireann Ní Bhriain, déjà très connue dans son pays. Outre qu’elle est la fille d’une grande comédienne irlandaise auprès de laquelle elle a fait ses débuts à la télévision à l’âge de huit ans en 1960, elle est célèbre pour animer Women Today, un programme d’actualités à la radio, depuis plusieurs années. Diplômée en langues française et espagnole, elle maîtrise tout aussi bien l’anglais que le gaélique irlandais, et s’affirme donc comme le choix idéal pour animer une telle manifestation. Coucou Marlous 😉 Sans compter que dix ans plus tôt, elle avait rempli la fonction d’interprète de la RTÉ lors du premier concours dublinois. L’animatrice parfaite, je vous dis.

Anyone know why the voice lady on the Luas changed - Page 3 ...
Doireann Ní Bhriain

Les 46 musiciens sont pour leur part dirigés par Noel Kelehan (1935-2012), qui est déjà par le passé apparu neuf fois dans la fosse d’orchestre pour accompagner les contributions de son pays – dont le vainqueur sortant. Pianiste de formation, la future star des Concours des années 1990 a surtout interprété du jazz, mais entrera dans le livre des records en dirigeant l’orchestre à 29 reprises, de 1966 à 1998 ! Il partira en retraite en 1999, l’année même où tout accompagnement en direct sera banni par l’UER. Un symbole bien triste, mais très parlant…

Jazz Mine No. 246 Saturday 8th. February 2020 incl. Noel Kelehan ...
Noel Kelehan

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent découvrir des images des sites les plus typiques de l’Irlande (côtes sauvages, ruines anciennes, villes modernes), ainsi que des œuvres d’art profanes ou religieuses (bijoux, calices et autres ornements en métal) on ne peut plus celtiques. Même les courses de chevaux et les matchs de football gaélique sont évoqués ! Puis, arrive sur scène la très belle Doireann Ní Bhriain, qui ouvre la soirée en gaélique, français et anglais et annonce que plus de 500 millions de personnes s’apprêtent à regarder la compétition. En deux minutes, la présentation est pliée – ce que les animateurs de ces dernières années sont littéralement incapables de faire 😉

1. AUTRICHE : Wenn du da bist par Marty Brem (né en 1959)

        Paroles et Musique : Werner Böhmler                                              Chef d’orchestre : Richard Österreicher

            Sélection : 1ère place à la finale autrichienne le jeudi 26 février 1981 à Vienne

            Pour la première sélection nationale de son histoire, le pays d’Udo Jürgens décide de faire confiance au tout jeune Marty Brem, qui s’était fait remarquer l’année précédente à La Haye au sein du groupe Blue Danube. On lui demande d’interpréter trois chansons, lesquelles sont soumises au vote du public – qui choisit Wenn du da bist, une douce ballade romantique. Mais un grand mystère reste inexpliqué : qui a eu l’idée saugrenue de faire accompagner Marty d’une choriste en justaucorps munie d’un casque de footballeur américain et de longues chaussettes en laine ? ? ? La sanction en fin de soirée va être terrible.

2. TURQUIE : Dönme dolap par Modern Folk Trio & Ayşegül (née en 1957)

        Paroles et Musique : Ali Kotacepe                                                    Chef d’orchestre : Onno Tunç

Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması

            Seule des cinq participants à la sélection turque à proposer deux chansons, Ayşegül Aldinç se classe première et troisième avec le trio Modern Folk (effectivement folk, mais bien peu moderne…). Le titre choisi par le public est assez entraînant et agréable à l’écoute, mais à Dublin la fraîcheur de la jeune femme n’est guère partagée par ses choristes. Sans parler de la chorégraphie qui sent vraiment la naphtaline. Ce sera donc un quatrième cuisant échec pour la Turquie.

3. ALLEMAGNE : Johnny Blue par Lena Valaitis (née en 1943)

        Paroles : Bernd Meinunger                 Musique : Ralph Siegel           Chef d’orchestre : Wolfgang Rödelberger

Sélection : 1ère place à Ein Lied für Dublin, présentée par Katja Ebstein le samedi 28 février 1981 à Munich

            Pour la 3ème année consécutive, le public allemand fait confiance au duo Siegel – Meinunger pour obtenir enfin une victoire qui échappe au pays depuis vingt-cinq ans. Comme l’année précédente, c’est une chanteuse expérimentée qui est envoyée au Concours, puisque Lena Valaitis avait participé à Ein Lied für Den Haag en 1976. Et comme l’année précédente, la chanson va faire son effet et monter très, très haut. Mais pas assez haut.

4. LUXEMBOURG : C’est peut-être pas l’Amérique par Jean-Claude Pascal (1927-1992) [Étoile au Firmament # 24]

        Paroles et Musique : Sophie Makhno, Jean-Claude Petit & Jean-Claude Pascal        

Chef d’orchestre : Joël Rocher                                                                    Sélection : interne

            Pour célébrer sa première victoire vingt ans plus tôt, le Grand-Duché décide de rappeler le grand Jean-Claude Pascal. RTL espère bien sûr un excellent classement, mais la chanson proposée, même si elle est extrêmement bien écrite et composée et remarquablement interprétée, n’est plus à l’image de ce que les jurys attendent. Et la présence de la future vedette Carole Fredericks dans les chœurs auprès des frères Costa n’y change rien, c’est un milieu de tableau qui échoit au petit état en fin de soirée.

5. ISRAËL : Ha’laylah par Habibi Group

        Paroles : Yuval Dor & Shlomit Aharon                        Musique : Shuki Levy              Chef d’orchestre : Eldad Shrem  Sélection : 1ère place à Kdam Erovizyon le mardi 3 mars 1981

            Il est étrange de constater que parfois, une chanson que le public va adorer dès la première écoute passe totalement inaperçue aux yeux de certains artistes. C’est le cas de Hallelujah, titre vainqueur en 1979 et qui avait été refusé à la fois par Yardena Arazi (candidate au Concours 1976) et par le groupe finalement gagnant de la sélection israélienne (face à Milk and Honey et Avi Toledano) en cette année 1981. La formation tente de sauver la face avec cette chanson agréable, mais bien moins marquante. Seule consolation : la mise en scène (les choristes qui rejoignent l’interprète principale pour former un groupe plus compact) sera adoptée par nombre de futurs représentants israéliens dans les années à venir, parfois jusqu’à la caricature.

6. DANEMARK : Krøller eller ej par Tommy Seebach (1949-2003) [Étoile au Firmament # 58]

& Debbie Cameron (née en 1958)

        Paroles : Keld Heick               Musique : Tommy Seebach                 Chef d’orchestre : Allan Botschinsky

Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 28 février 1981 à Copenhague

            Sans doute déçu par le classement médiocre obtenu par Bamses Venner à La Haye, le public danois décide de redonner sa chance à Tommy Seebach, qui avait obtenu un Top 10 deux ans plus tôt. La chanson choisie est remarquable à plus d’un titre : le texte est particulièrement soigné (il faut aimer les enfants, et partant tout un chacun, qu’il ait les cheveux frisés ou pas), la musique est extrêmement entraînante et la prestation vocale et scénique est très assurée. Debbie Cameron, qui était déjà du voyage à Jérusalem, se lance d’ailleurs dans une danse endiablée, qui agite les franges de sa robe très années 20 au moins autant que celles de Salomé en 1969 😛

7. YOUGOSLAVIE : Lejla par Seid Memić-Vajta (né en 1950)

        Paroles et Musique : Ranko Boban                                                    Chef d’orchestre : Ranko Rihtman    

Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le samedi 28 février 1981 à Belgrade

            Pour son grand retour après cinq ans d’absence, la Yougoslavie – une fois n’est pas coutume – préfère tabler sur les chances d’un soliste homme plutôt que sur celles d’un groupe. Ayant battu à Belgrade Novi Fosili et Srebrna Krila, deux formations qui se classeront très haut au Concours à la fin des années 1980, le chanteur bosniaque à la voix rauque et à la barbe fleurie espère bien emmener son pays vers un Top 10 qu’il n’a pas atteint depuis huit ans. Mais malgré la présence dans les chœurs de la sublime Ismeta (chanteuse du groupe Ambasadori honteusement sous-noté en 1976), c’est un nouvel échec pour le seul pays slave en compétition.

8. FINLANDE : Reggae OK par Riki Sorsa (1952-2016)

        Paroles : Olli Ojala                 Musique : Jim Pembroke                    Chef d’orchestre : Otto Donner        

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 21 février 1981 à Helsinki

            S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas retirer à la Finlande, c’est sa volonté chaque année de proposer des chansons très différentes de ce qu’elle a envoyé auparavant. 1981 ne fait pas exception avec un titre reggae – un grande première au Concours – interprété par un chanteur à l’énergie évidente. Après, on peut s’étonner qu’il ait choisi d’adopter un look qui rappelle bien plus celui de Rod Stewart que celui de Bob Marley… Les jurys n’ont pas dû comprendre non plus car ils vont lui réserver, comme à cinq des sept interprètes passés avant lui, une deuxième partie de tableau bien vexante. Mais pas surprenante.

9. FRANCE : Humanahum par Jean Gabilou (né en 1944)

        Paroles : Joe Gracy                            Musique : Jean-Paul Cara       Chef d’orchestre : David Springfield

            Sélection : 1ère place à la finale française présentée par Fabienne Égal le dimanche 8 mars 1981 à Paris

            Après deux demi-finales diffusées les week-ends précédents, TF1 présente au public six chansons – dont une interprétée par Frida Boccara, gagnante du Concours 1969. Mais c’est Humanahum, écrit par le duo qui a signé L’Oiseau et l’enfant, que les téléspectateurs choisissent pour défendre les couleurs de la France. Le texte est profond, la musique est sublime, l’interprétation du chanteur tahitien Jean Gabilou (dont l’épouse vient juste de décéder pendant la semaine de répétition) est bouleversante. Même l’acide Terry Wogan la cite comme étant la meilleure chanson de la soirée, et les spectateurs présents dans la salle lui réservent à la fin de sa prestation une ovation extrêmement prometteuse. Autant dire que les attentes du diffuseur français sont très, très élevées.

10. ESPAGNE : Y sólo tú par Bacchelli (né en 1952)

        Paroles et Musique : Amado Jaen    Chef d’orchestre : Juan Barcons                   Sélection : interne

            À chaque fois que j’entends cette chanson, je ne peux m’empêcher de fredonner Le monde est fou, le monde est beau de Julio Iglesias, sorti en 1978. Pour moi, ce titre est un authentique plagiat du tube du créateur de Manuela et Gwendolyne. Je ne dois pas être le seul à avoir cette impression, car les jurys de l’époque vont classer Bacchelli lui aussi en deuxième partie de tableau.

11. PAYS-BAS : Het is een wonder par Linda Williams (née en 1955)

        Paroles : Bart van de Laar                  Musique : Cees de Wit            Chef d’orchestre : Rogier van Otterloo

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 11 mars 1981 à Rotterdam

            Regroupant cinq artistes – dont Ben Cramer (candidat pour les Pays-Bas en 1973) et Maribelle (future représentante pour son pays en 1984) – qui interprètent deux titres chacun, la finale néerlandaise est remportée par la charmante Linda Williams (rien à voir avec notre regrettée Linda William’ à nous, Français). Une chanson agréable, qu’on prend plaisir à écouter, mais qui, malheureusement, ne marque pas suffisamment pour décrocher un Top 5.

12. IRLANDE : Horoscopes par Sheeba

        Paroles : Joe Burkett                         Musique : Jim Kelly                Chef d’orchestre : Noel Kelehan

Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 1er mars 1981 à Dublin

            Après un premier échec en 1978, le trio féminin Sheeba remporte sa sélection nationale avec un titre composé par celui qui avait déjà signé la chanson de Sandie Jones neuf ans plus tôt. Rien de bien irlandais cette année, mais une vraie proposition disco pop dans la droite ligne des propositions allemande ou belge de 1977. Une contribution un peu superficielle mais rythmée, et dont l’attrait est renforcé par des costumes de scène pour le moins… remarquables 😛

13. NORVÈGE : Aldri i livet par Finn Kalvik (né en 1947)

        Paroles et Musique : Finn Kalvik                                                       Chef d’orchestre : Sigurd Jansen     

Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix présenté par Sverre Kjelsberg le samedi 7 mars 1981 à Oslo

            Deuxième artiste à porter un accessoire sportif après la choriste autrichienne masquée (oui, je ne m’en remets pas…), le premier auteur – compositeur – interprète de la soirée se présente habillé d’un maillot de football et muni de sa guitare. Autre grand mystère pour moi : comment la Norvège, qui ne parvient que rarement à intégrer le Top 10, peut-elle espérer marquer les jurys avec une chanson si banale, et interprétée avec autant de paresse ? Rien d’étonnant si le pays accumule les très mauvais classements à l’époque. Remarque : on peut voir la double représentante Anita Skorgan susurrer dans les chœurs.

14. ROYAUME-UNI : Making your mind up par Bucks Fizz

        Paroles : Andy Hill                             Musique : John Danter           Chef d’orchestre : John Coleman     

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe présenté par Terry Wogan le mercredi 11 mars 1981 à Londres

            La 26ème édition du Concours a un air de revanche pour le Royaume-Uni. En effet, le groupe qui le représente comprend deux jeunes femmes bien décidées à venger l’honneur britannique ou familial : l’une, Cheryl Baker, a échoué hors du Top 10 avec son précédent groupe en 1978 et l’autre, Jay Aston, veut faire mieux que son frère, membre de Prima Donna, arrivé troisième de la compétition un an plus tôt. Et tout est fait pour marquer les esprits des jurys : une musique très entraînante, des passages de danse à la limite de l’acrobatique et une chorégraphie qui va rentrer dans toutes les mémoires, jusqu’à occuper les bêtisiers et autres rétrospectives consacrés à l’histoire de l’Eurovision !

15. PORTUGAL : Play-back par Carlos Paião (1957-1988) [Étoile au Firmament # 15]

        Paroles et Musique : Carlos Paião                                                     Chef d’orchestre : Shegundo Galarza

Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 7 mars 1981 à Lisbonne

            Après son échec de l’année précédente, le jeune étudiant en médecine Carlos Paião ne fait qu’une bouchée de ses adversaires d’un soir lors de la finale portugaise : renvoyés dans les cordes José Cid (représentant de son pays à La Haye), Doce et Maria Guinot (futures candidates en 1982 et 1984) ! En Irlande, le deuxième auteur – compositeur – interprète de la compétition offre une prestation de tout premier ordre, tout à la fois drôle, enjouée, ironique, et portée par de très bons choristes (dont Ana Bola, membre du groupe Os Amigos présent à Londres en 1977). Je trouve par conséquent scandaleux le classement final obtenu par le Portugal. Le public a dû être du même avis à l’époque vu l’ovation qu’il lui a faite à la fin de sa chanson.

16. BELGIQUE : Samson par Emly Starr (née en 1957)

        Paroles : Kick Dandy & Penny Els                    Musique : Kick Dandy & Giuseppe Marchese

        Chef d’orchestre : Giuseppe Marchese          Sélection : 1ère place à Eurosong le samedi 7 mars 1981 à Bruxelles

            Après trois demi-finales, la toute jeune Emly Starr (rien à voir avec Joey) remporte la sélection de son pays face à neuf autres artistes, dont Stella et Liliane Saint-Pierre, futures représentantes belges en 1982 et 1987. Parmi les choristes qui l’accompagnent, on découvre Nancy Dee – que le diffuseur flamand avait menacé d’envoyer à Jérusalem à la place de Micha Marah si celle-ci n’acceptait pas de chanter Hey nana. Une maigre consolation pour la jeune femme, sans compter que le classement de la Belgique en fin de soirée ne sera guère brillant…

17. GRÈCE : Feggari kalokerino par Yiannis Dimitras (né en 1954)

        Paroles : Yiannis Dimitras       Musique et Chef d’orchestre : Giorgos Niarchos      Sélection : interne

            La chanson la plus romantique de la soirée est proposée par la Grèce. La douceur de l’interprétation, le charme de Yiannis et de sa pianiste, la beauté de cette magnifique langue grecque… Comment ne pas se laisser séduire par cette chanson si bien composée et orchestrée ? Moi, je ne résiste pas et j’estime toujours quarante ans plus tard que le pays n’a jamais fait mieux dans ce style. A masterpiece, comme on dit outre-Manche 🙂

18. CHYPRE : Monika par Island

        Paroles : Stavros Sideras                   Musique : Doros Georgiadis                Chef d’orchestre : Michalis Rozakis

            Sélection : interne

Pour sa première participation au Concours, l’île méditerranéenne demande à Doros Georgiadis (qui a composé Socrates pour Elpida deux ans plus tôt) de défendre les couleurs chypriotes à Dublin avec un groupe monté de toute pièce pour l’occasion. Étonnamment, le titre va se classer très haut, alors qu’il est à mon sens bien plus faible que la chanson grecque, passée juste avant. Parfois, je ne comprends pas tout…

19. SUISSE : Io senza te par Peter, Sue & Marc (nés en 1949, 1950 et 1948)

        Paroles : Peter Reber & Nella Martinetti       Musique : Peter Reber            Chef d’orchestre : Rolf Zuckowski

            Sélection : 1ère place à la finale suisse le samedi 21 février 1981 à Genève

Parfois, il faut s’entêter, ne rien lâcher, s’armer de courage et repartir au combat… pour enfin sortir vainqueur de la bataille. Pour sa 4° participation, le trio suisse interprète en italien (après le français, l’anglais et l’allemand) une magnifique ballade, sans conteste la meilleure de toutes leurs contributions au Concours. Le succès a un prix, ici la patience, et Peter, Sue & Marc – même s’ils ne gagnent pas – marquent enfin durablement la plus grande manifestation musicale d’Europe.

20. SUÈDE : Fångad i en dröm par Björn Skifs (né en 1947)

        Paroles et Musique : Björn Skifs & Bengt Palmers                            Chef d’orchestre : Anders Berglund 

            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 21 février 1981 à Stockholm

            Pour son retour à la compétition, le susceptible Björn Skifs – qui déplore toujours l’impossibilité de chanter en anglais pour quiconque ne représente ni le Royaume-Uni, ni l’Irlande – a choisi d’interpréter un titre plus rock, en totale opposition avec la chanson qui vient de le précéder. Alors, que dire ? Un grand Mouais… et je ne parle pas des gants gris ni du pantalon et du tee-shirt lilas,  on ne s’attaque pas aux tenues des artistes. Ou si ?

L’entracte

            Les 20 chansons candidates ayant été interprétées, Doireann Ní Bhriain revient sur scène et annonce en anglais, français et gaélique que les jurys nationaux vont maintenant voter. En attendant les résultats, public et téléspectateurs patientent en regardant la prestation du groupe Planxty qui interprète Timedance, une prestation de 7 minutes qui récapitule l’histoire de la musique en Irlande. Il est accompagné des danseurs du Ballet de Dublin. Le morceau rencontrera un succès phénoménal suite au Concours, puisqu’il se classera troisième des ventes de disques et qu’il influencera de manière évidente le groupe Riverdance.

Le vote et les résultats

            Après un début de vote un peu difficile (la porte-parole autrichienne commence l’annonce des points par les 5 qu’elle attribue à l’Allemagne), la révélation des décisions de chaque jury se poursuit sans encombre. Le tableau de votes fait un peu des siennes à un moment, effaçant la totalité des points français et en affichant 310 pour l’Irlande :O Il apparaît vite cependant que la victoire se jouera à très peu, et en effet les votes s’éparpillent et placent en tête à tour de rôle cinq pays – ce qui n’a jamais été le cas depuis l’instauration du système de vote en 1975. Le moment le plus amusant de la soirée : Doireann appelle à plusieurs reprises la porte-parole yougoslave, qui ne répond pas. Quand elle entre enfin en contact avec elle, c’est pour l’entendre lui répondre qu’elle n’a pas les votes en sa possession. Éclat de rire général dans la salle.

            P L A C E S C O R E   A U T   T U R     A L L   L U X   I S R     D A N   Y O U   F I N   F R A   E S P   N E D     I R L     N O R   U K   P O R     B E L   G R È   C H Y   S U I   S U È
AUT 17 20   6       1     5 6                   2
TUR 18 9       1     3 5                        
ALL 2 132 5 12   3 8 8 2 7 8 12 3 6 4 7 12 10 5 8   12
LUX 11 41 10   5   3     4 3 1         4       6 5
ISR 7 56 8     4       6     7 7 8 4 5       4 3
DAN 11 41   1 1 7         4 3 2     5 2 12       4
YOU 15 35   4           8       2 1     5 2 3 10  
FIN 16 27         2       1 2 5 5     1       5 6
FRA 3 125 12   12 12 7 2 4 10     6 4 5 1 10 3 8 7 12 10
ESP 14 38   10     6           4 3 10   3       2  
NED 9 51 3 5 3   4 7     2 7       6 7 2 3 2    
IRL 5 105 7 3 6 10 10 12 5   6 5 10         1 10 12 1 7
NOR 20 0                                        
UK 1 136 4 8 4 5 12 10 10 3 7 8 12 10 3   6 8 6 4 8 8
POR 18 9     8                           1      
BEL 13 40 1 7     1 6 8 2           3     7 5    
GRÈ 8 55 6   2 6     1     10   1 2 8   6   6 7  
CHY 6 69         5 3 6       8 8 7 10   7 12   3  
SUI 4 121 2 2 7 8   4 12 12 10 4 1 12 12 12 8   4 10   1
SUÈ 10 50     10 2   5 7 1 12       6 2   4   1    

Comme dit plus haut, les votes sont très serrés (les quatre premiers se tiennent en 15 points). Après avoir mené la course en début de votes, la France termine sur la 3ème marche du podium. L’Irlande, qui lui avait succédé comme leader, se contente de la 5ème place. La Suisse et l’Allemagne, qui elles aussi pensaient être sur le point de l‘emporter, occupent les 4ème et 2ème rangs – soit une nouvelle médaille d’argent pour Siegel et Meinunger. Et c’est finalement le Royaume-Uni (le seul à obtenir des points de tous ses adversaires, même si seulement deux d’entre eux lui ont donné douze points) qui décroche une 4ème victoire. En bas de tableau, la Norvège retrouve la dernière place (la sixième de son histoire), à nouveau avec 0 point.

Les quatre membres de Bucks Fizz remontent donc sur scène, fous de joie devant cette victoire obtenue à l’arrachée, et reçoivent leur prix des mains de Johnny Logan et de son auteur – compositeur Shay Healy. Puis, ils interprètent une deuxième fois Making your mind up. Avec toujours autant de faussetés 😛

Eurovision winners promise to bring some 'Fizz' to Lancashire ...
Bucks Fizz et leur médaille

Mon Top 10

Pour répondre à la question que notre ami Valifran posait à l’issue de la révélation des votes de la Rétrospective précédente, j’établis tous les ans un classement à l’issue du Concours, que je conserve ensuite. Pour les éditions antérieures à 1983, je les ai mis en place plus tard bien sûr. Quand je publie une Rétrospective, je ré-écoute évidemment les chansons candidates et je modifie éventuellement mon classement d’origine. Mais les différences sont infimes, il faut croire que je n’évolue pas musicalement parlant LOL

            En tout cas, 1981 est un Concours globalement de bonne qualité, je trouve, tout comme le précédent. La preuve : un certain nombre de chansons font toujours partie de ma playlist, et je les écoute encore souvent. Lesquelles ? Voyez ci-dessous !

  1. ROYAUME-UNI : Making your mind up par Bucks Fizz
  2. FRANCE : Humanahum par Jean Gabilou
  3. SUISSE : Io senza te par Peter, Sue & Marc
  4. PORTUGAL : Play-back par Carlos Paião
  5. GRÈCE : Feggari kalokerino par Yiannis Dimitras
  6. ALLEMAGNE : Johnny Blue par Lena Valaitis
  7. DANEMARK : Krøller eller ej par Tommy Seebach & Debbie Cameron
  8. ISRAËL : Ha’laylah par Habibi Group
  9. PAYS-BAS : Het is een wonder par Linda Williams
  10. LUXEMBOURG : C’est peut-être pas l’Amérique par Jean-Claude Pascal

Lanterne rouge : NORVÈGE : Aldri i livet par Finn Kalvik

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie personnelle : andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 11 avril à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 33 cette semaine à nous prononcer sur cette édition irlandaise du Concours, établissant un nouveau record de participants 😀 Comme en 1981, le suspense a été à son comble, tant pour les places sur le podium que pour les dernières du classement !!! Félicitations en tout cas à RV et Garfieldd, qui ont deviné qui allaient être les trois médaillés. Mais tout de suite, découvrons nos choix :

20. Norvège : Aldri i livet par Finn Kalvik : 19 points de 6 votants (maximum 8 points) score identique par rapport à celui d’origine

19. Yougoslavie : Lejla par Seid Memić-Vajta : 22 points de 6 votants (maximum 10 points) – 4 places

18. Espagne : Y sólo tú par Bacchelli : 23 points de 6 votants (maximum 6 points) – 4 places

17. Autriche : Wenn du da bist par Marty Brem : 24 points de 7 votants (maximum 6 points) score identique

16. Turquie : Dönme dolap par Modern Folk Trio & Ayşegül : 29 points de 7 votants (maximum 12 points de Sakis) + 2 places

15. Belgique : Samson par Emly Starr : 42 points de 12 votants (maximum 12 points de Juju) – 2 places

14. Finlande : Reggae OK par Riki Sorsa : 50 points de 11 votants (maximum 8 points) + 2 places

13. Suède : Fångad i en dröm par Björn Skifs : 58 points de 16 votants (maximum 8 points) – 3 places

12. Chypre : Monika par Island : 65 points de 12 votants (maximum 12 points de Franck) – 6 places

11. Irlande : Horoscopes par Sheeba : 78 points de 15 votants (maximum 10 points) – 6 places

10. Grèce : Feggari kalokerino par Yiannis Dimitras : 81 points de 16 votants (maximum 12 points d’Yvonne) – 2 places

9. Israël : Ha’laylah par Habibi Group : 82 points de 16 votants (maximum 10 points) – 2 places

8. Luxembourg : C’est peut-être pas l’Amérique par Jean-Claude Pascal : 91 points de 17 votants (maximum 12 points de Pauline) + 3 places

7. Pays-Bas : Het is een wonder par Linda Williams : 93 points de 21 votants (maximum 10 points) + 2 places

6. Royaume-Uni : Making your mind up par Bucks Fizz : 120 points de 20 votants (maximum 12 points de Marie, Duncky et Francis) – 5 places

5. Danemark : Krøller eller ej par Tommy Seebach & Debbie Cameron : 147 points de 26 votants (maximum 12 points de Kikichouchou) + 6 places

4. Portugal : Play-back par Carlos Paião : 155 points de 27 votants (maximum 12 points de Zipo et Yom) + 14 places !!!!!

3. Suisse : Io senza te par Peter, Sue & Marc : 229 points de 28 votants (maximum 12 points de Picasso, Gérald, Nico, Minsk, Valifran, Benoît, tHEO, Lolotte, Phileurophage et Augures) + 1 place

2. Allemagne : Johnny Blue par Lena Valaitis : 249 points de 31 votants (maximum 12 points de Julien, Gwendal, Phlippe n°2, Gaël et Jean-Michel) score identique

  1. France : Humanahum par Jean Gabilou : 257 points de 30 votants (maximum 12 points de RV, Denez, Jérémie, Garfieldd, Taron, Betty et PLG) + 2 places

Nous couronnons donc la France pour la 6ème fois – ce qui est aussi un record – et repoussons le Royaume-Uni vainqueur à la 6ème place. C’est ainsi la première fois depuis 1973 que nous sommes en désaccord avec les jurés. L’Allemagne échoue pour la 4ème fois sur la deuxième marche du podium, juste devant la Suisse, qui avait pourtant longtemps mené la danse et reste le pays à avoir récolté le plus de 12 points (dix exactement). Ces deux pays ne réussissent décidément pas à l’emporter chez nous depuis 1956 🙁

Le Portugal réalise une magnifique progression de 14 places, ce qui me remplit de joie, accompagné par le Danemark, seul des pays scandinaves dans le Top 10. En revanche, Irlande et Chypre subissent une belle déculottée :O En bas de classement, la Turquie, l’Espagne, la Yougoslavie et la Norvège réalisent leurs pires scores de ces rétrospectives.

Voilà pour 1981. Rendez-vous dès ce soir pour l’édition de Harrogate. Bonne journée à tous, et prenez bien soin de vous !!!