Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            C’est aujourd’hui à l’une de mes éditions préférées du Concours que je vous invite. Je considère en effet au moins la moitié des titres candidats comme des incontournables que tout le monde devrait connaître. Je les écoute très régulièrement depuis des années et un certain nombre d’entre eux font partie de mes Top 10 nationaux. D’ailleurs, lorsque cette série de Rétrospectives sera terminée, je songe à vous demander de voter pour les représentants de chacun des pays ayant un jour participé à notre Concours favori, afin d’établir un classement de toutes les chansons proposées par nation. Seriez-vous partant ? En attendant, je vous emmène redécouvrir le…

24ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 31 mars 1979

en direct du Binyaney Ha’ouma Centre à Jérusalem (Israël)

présenté par Yardena Arazi et Daniel Pe’er

L’organisation du Concours

Suite à la victoire d’Izhar Cohen l’année précédente à Paris, c’est Israël qui est chargé d’organiser la nouvelle édition du Concours. Des dents grincent inévitablement, car certains regrettent que la compétition ait lieu en-dehors des frontières du continent européen. De plus, au pays de Golda Meir, plusieurs chefs religieux orthodoxes s’élèvent contre la diffusion un soir de sabbat d’une émission musicale. On avance donc la date de la soirée au 31 mars – ce qui fait du 24ème Concours de l’Eurovision le dernier à s’être tenu durant le mois des giboulées. Et c’est par conséquent à Jérusalem, aux Bâtiments de la Nation (en hébreu : Binyaney Ha’ouma), que sont conviés artistes et spectateurs.

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Le Binyaney Ha’ouma Centre, à Jérusalem

Les vingt nations présentes à Paris en 1978 posent toutes leurs candidatures pour cette nouvelle édition. Mais la Turquie, considérant Israël comme l’un des principaux responsables de la crise pétrolière qui sévit depuis plusieurs semaines, décide de se retirer alors qu’elle a déjà choisi sa chanson, Seviyorum, et ses interprètes, Marta Rita Epik & 21. Peron (prévus initialement en 11ème position). On murmure à l’époque que les pays arabes auraient fait pression sur la Turquie, condamnant sa participation à une cérémonie tenue dans un pays que certains ne reconnaissent pas. La Yougoslavie faisant la sourde oreille, l’effectif de pays candidats redescend ainsi à 19. En total désaccord avec Ankara et Belgrade, quatre artistes tentent cependant une nouvelle fois leur chance : Anita Skorgan revient pour la Norvège deux ans après son premier essai raté, Anne-Marie David (gagnante pour le Luxembourg en 1973) représente la France, la Néerlandaise Sandra Reemer et le trio suisse Peter, Sue & Marc défendent pour la troisième fois les couleurs de leurs pays.

Les règles

Le système de vote est inchangé et la révélation des points est également reconduite, avec la délicieuse Fabienne Égal comme porte-parole du jury français. Marc Menant assure les commentaires pour TF1 et TMC, et André Torrent pour RTL Radio. On conserve également la règle qui impose à chaque artiste d’interpréter sa chanson dans une des langues officielles de son pays.

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Fabienne Egal

La présentation et l’orchestre

Comme l’année précédente, c’est un duo qui va présenter la soirée. Yardena Arazi (née en 1951) n’est pas une inconnue pour les Eurofans puisqu’elle a représenté son pays au Concours de La Haye au sein du groupe Chocolate, Menta, Mastik. La sixième place obtenue trois ans plus tôt a permis à la formation de se produire en Europe de l’Ouest et au Brésil, où les trois jeunes femmes ont chanté en anglais, allemand et français – une formalité pour Yardena, dont la maman était une cousine du célèbre mime Marcel Marceau. Mais en 1978, elle décide de quitter le groupe et de se lancer dans une carrière solo. Sort à la même époque son premier album, constitué de chansons écrites par une autre fameuse Eurostar, l’Allemand Bernd Meinunger.

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Yardena Arazi

Son partenaire d’un soir, Daniel Pe’er (1943-2017), est tout aussi célèbre dans son pays. Apparu pour la première fois à la télévision à l’âge de 12 ans dans une émission musicale consacrée aux enfants, il devient journaliste en 1962 avant de se voir confier plusieurs émissions d’informations. Dans les années qui vont suivre le Concours, il va garder un lien avec la musique puisqu’il va présenter à plusieurs reprises Kdam, la sélection nationale israélienne.

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Daniel Pe’er

Les musiciens sont pour leur part dirigés par Izhak Graziani (1924-2003), un trompettiste né en Bulgarie nommé à la tête de l’orchestre de l’IBA en 1960. Il est surtout célèbre pour ses collaborations avec le grand compositeur américain Leonard Bernstein.

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Izhak Graziani

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent découvrir des images aériennes de Jérusalem sur une musique douce jouée par l’orchestre. Comme chaque année, les sites les plus remarquables apparaissent à l’écran, dans l’espoir d’attirer d’éventuels touristes. Puis, 6 minutes 30 après le début de la retransmission, arrivent sur scène Yardena Arazi et Daniel Pe’er, qui ouvrent la soirée en hébreu, anglais et français. Le réalisateur a un peu de mal à savoir lequel des deux animateurs va prendre la parole, et les mouvements de caméra sont quelque peu désordonnés. Puis, on lance la première des cartes postales – censées présenter les pays participants de manière ludique ou humoristique (ce qui ne sera pas toujours réussi…) sur des musiques traditionnelles.

1. PORTUGAL : Sobe, sobe balão, sobe par Manuela Bravo (née en 1957)

        Paroles et Musique : Carlos Nóbrega e Sousa                                   Chef d’orchestre : Thilo Krassman

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 24 février 1979 à Lisbonne

            Après trois demi-finales, neuf interprètes se retrouvent en compétition pour obtenir le billet pour Israël. Manuela Bravo est désignée pour porter les couleurs de son pays, ce qu’elle va faire brillamment grâce à cette jolie chanson (écrite par celui qui avait composé Sol de inverno en 1965). Elle en délivre une prestation parfaite, tout à la fois légère, puissante, touchante… et colorée. Incontestablement, une des plus grandes chansons proposées par le Portugal.

2. ITALIE : Raggio di luna par Matia Bazar

[dont Aldo Stellita (1947-1998) et Giancarlo Golzi (1952-2015) Étoiles au Firmament # 42]

        Paroles : Giancarlo Golzi & Salvatore Stellita                       

Musique : Carlo Marrale, Piero Cassano & Antonella Ruggiero                       Sélection : interne

            Remarqué par la RAI après leur succès mondial avec Solo tu et leur victoire en 1978 au Festival de San Remo, le groupe Matia Bazar est d’emblée classé parmi les favoris. Mais à Jérusalem, ils choisissent de se produire sans orchestre – ce qui semble un choix discutable si on considère que Carlo démarre la chanson sur une note trop basse, qui va entraîner des faussetés tout au long des trois minutes de leur prestation. Dans ces conditions, le classement obtenu en fin de soirée ne peut qu’être décevant. 

3. DANEMARK : Disco tango par Tommy Seebach (1949-2003) [Étoile au Firmament # 58]

        Paroles : Keld Heick               Musique : Tommy Seebach                 Chef d’orchestre : Allan Botschinsky

            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 3 février 1979 à Copenhague

            Arrivé premier ex-aequo avec Grethe Ingmann (unique gagnante danoise du Concours à ce jour), Tommy Seebach doit être départagé par les jurys de son pays, appelés à choisir entre les deux chansons arrivées en tête. C’est lui qui est désigné, ce qui se révèle un choix judicieux eu égard aux applaudissements fournis qu’il reçoit et au très bon classement qu’il décroche à Jérusalem. En finale nationale, on remarque la présence du groupe Mabel (qui a représenté son pays l’année précédente) et surtout celle des frères Olsen, appelés à un grand avenir au Concours… mais dans bien longtemps 😉

4. IRLANDE : Happy man par Cathal Dunne (né en 1951)

        Paroles et Musique : Cathal Dunne                                                    Chef d’orchestre : Proinnsias O’Duinn

            Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 4 février 1979 à Dublin

            Vainqueur de la sélection de son pays, le jeune auteur – compositeur – interprète prend sa revanche sur Red Hurley, qui l’avait battu en 1976. Et quelle revanche, puisque son adversaire termine dernier avec un zéro pointé ! Lors de la finale irlandaise, on remarque également sur la 3ème marche du podium un jeune artiste dont on reparlera : Johnny Logan. À Jérusalem, sa chanson – mélange de ballade irlandaise romantique et de mélodie enlevée semblable au Born to sing de l’année précédente – fait mouche et plaît particulièrement aux jurys. Je suis moins emballé.

5. FINLANDE : Katson sineen taivaan par Katri Helena (née en 1945)

        Paroles : Veikko Salmi            Musique : Matti Kalevi Siitonen         Chef d’orchestre : Ossi Runne            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 10 février 1979 à Helsinki

            Après quatre échecs, la divine Katri Helena prend enfin sa revanche. Cette sublime chanson (écrite par Fredi, double représentant finlandais en 1967 et 1976), magnifiquement orchestrée et interprétée le jour J de manière magistrale par ma chanteuse préférée de toute l’histoire du Concours, renvoie dans les cordes Kirka et Markku Aro, deux autres Eurostars, lors de la finale nationale. Les espoirs sont grands pour le pays de Sibelius d’obtenir enfin un classement digne, et le petit Francis tombe de son siège au fin fond de sa Lorraine natale, onze jours après son dixième anniversaire. Le problème est qu’il est le seul et qu’il garde de cette cruelle désillusion une blessure au cœur à jamais béante. Franchement, j’exagère à peine ! Katri Helena, rakastan sinua <3

6. MONACO : Notre vie, c’est la musique par Laurent Vaguener (né en 1947)

        Paroles : Jean Albertini & Didier Barbelivien                        Musique : Paul de Senneville & Jean Baudlot

            Chef d’orchestre : Gérard Salesse                            Sélection : interne

            Après les superbes 4èmes places obtenues par Une petite Française et Les jardins de Monaco les deux années précédentes, la Principauté pense tenir la solution qui va la faire à nouveau gagner. Elle rappelle donc l’équipe d’artistes à l’origine de ces deux succès (à l’exception d’Olivier Toussaint, remplacé par Jean Baudlot) et s’apprête à monter sur la plus haute marche du podium. Mais Laurent Vaguener, pseudonyme de Jean Baudlot, est un piètre interprète et sa chanson est kitschissime – même pour moi, c’est dire ! La déconvenue va être si grande que Monaco disparaîtra des radars eurovisuels pendant 25 ans 🙁

7. GRÈCE : Socrates par Elpida (née en 1950)

        Paroles : Sofia Tsotu             Musique : Doros Georgiadis                Chef d’orchestre : Lefteris Halkiadakis

            Sélection : 1ère place à la finale grecque le lundi 5 février 1979 au Pirée

            Pour sa première sélection nationale, la Grèce organise une finale avec six chansons, présentées par cinq artistes et un groupe. Parmi eux, on reconnaît Bessy Argyraki, membre du quatuor qui avait représenté le pays à Londres deux ans plus tôt. Mais c’est Elpida qui l’emporte, devant Christie Stassinopoulou (future candidate en 1983). On peut difficilement faire plus hellénique que Socrates, avec cette musique puissante portée par la très belle voix d’Elpida et des arrangements superbes. Et cette langue, peut-être la plus belle de toutes à mes oreilles ! Les jurys vont être conquis et attribuer au pays une nouvelle place dans le Top 10. Remarque : Lia Vissi, l’une des choristes, va tellement apprécier la soirée qu’elle reviendra quelques années plus tard en tant que soliste pour Chypre.

8. SUISSE : Trödler und Co par Peter, Sue & Marc (nés en 1949, 1950 et 1948)

+ Pfuri, Gorps & Kniri (nés en 1946, 1947 et 1945)

        Paroles et Musique : Peter Reber                                                     Chef d’orchestre : Rolf Zuckowski

            Sélection : 1ère place à la finale suisse

            C’est une finale un peu spéciale qui a lieu en Suisse en cette année 1979. Parmi les huit candidats choisis par le diffuseur, on découvre Rita Pavone, star en Italie depuis une quinzaine d’années, et Biggi Bachmann, que le Liechtenstein avait espéré envoyer à La Haye en 1976 avant d’être recalé par l’UER. Alain Morisod, compositeur de Vivre (la proposition helvétique de l’année précédente), propose lui aussi une chanson, Amour, on t’aime, mais comme le groupe dont il fait partie s’est séparé juste avant la diffusion de l’émission, le titre est disqualifié. Étrangement, il sera à nouveau présenté par Arlette Zola en 1982… et gagnera son billet pour Harrogate. Pour l’heure, la victoire est remportée par Peter, Sue & Marc – qui vont donc fouler la scène du Concours pour la 3ème fois. Après le français et l’anglais, c’est l’allemand qu’ils choisissent de défendre, accompagnés d’un autre trio un peu particulier. Sur place, les outils de jardinage et les ustensiles de cuisine sur lesquels ils frappent attirent forcément l’attention… sans toutefois faire naître un enthousiasme débordant chez les jurys.

9. ALLEMAGNE : Dschingis Khan par Dschingis Khan Gruppe

[dont Louis Hendrik Potgieter (1951-1996) et Steve Bender (1942-2006) Étoiles au Firmament # 27]

        Paroles : Bernd Meinunger                 Musique : Ralph Siegel           Chef d’orchestre : Norbert Daum

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Jerusalem à Munich

            Après ses deux premières tentatives en 1974 avec Bye bye, I love you et en 1976 avec Sing, sang, song, le compositeur Ralph Siegel est bien décidé à remporter le Concours. Il s’adjoint donc les services du parolier Bernd Meinunger, avec qui il va former un duo redoutable pendant les quatre décennies à venir (! ! !), et présente à la sélection allemande un groupe formé de toutes pièces avec plusieurs artistes déjà plus ou en moins connus dans leurs pays respectifs (Allemagne, Hongrie et Afrique du Sud). Edina Pop a ainsi déjà pris part à la finale nationale en 1972. La concurrence est relevée à Munich, puisque se présentent également Paola (candidate pour la Suisse en 1969) et Ingrid Peters (future représentante allemande en 1986). Mais c’est bien Dschingis Khan qui décroche son billet pour Israël – devenant ainsi le premier groupe de l’histoire à porter le même nom que la chanson qu’il va interpréter. Sur place, la musique, les costumes, l’énergie, la présentation, la chorégraphie… tout attire l’attention, et va marquer durablement jurys et public (qui leur fait une ovation) 😛

10. ISRAËL : Hallelujah par Gali Atari (née en 1953) & Milk and Honey

        Paroles : Shimrit Orr                         Musique et Chef d’orchestre : Kobi Oshrat              Sélection : interne

            Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Israël fait sur son terrain tout son possible pour réaliser à nouveau un exploit déjà réussi deux fois auparavant : remporter deux victoires consécutives. Hallelujah est magnifiquement composée et sa présentation est parfaite : alors que le piano joue les premières mesures, Gali Atari se présente seule sur scène, suivie de chacun des membres du groupe Milk and Honey au fur et à mesure que la chanson progresse en s’étoffant. La fin de la prestation est littéralement mythique par sa puissance et son évidence. Une œuvre marquante de l’histoire du Concours, c’est une certitude.

11. FRANCE : Je suis l’enfant-soleil par Anne-Marie David (née en 1952)

        Paroles : Eddy Marnay                    Musique : Hubert Giraud          Chef d’orchestre : Guy Mattéoni            Sélection : interne

            Tout commence très mal pour la France en ce mois de février 1979. En effet, une grève affectant le service public empêche la tenue des deux demi-finales prévues. La finale que Marc Menant devait présenter le 4 mars est donc elle aussi annulée. TF1 charge alors un jury de choisir parmi les 14 chansons candidates celle qui doit représenter l’Hexagone en Israël. Anne-Marie David, la plus connue des artistes sélectionnées puisqu’elle a déjà remporté le Concours pour le Luxembourg six ans plus tôt, est forcément désignée par le panel – sans compter que sa chanson a été écrite par Eddy Marnay (créateur de Un jour, un enfant) sur une musique d’Hubert Giraud (auteur de nombreuses contributions françaises, dont Dors, mon amour). Les paroles sont admirablement bien écrites et ne cèdent en émotion qu’à celles de La Source d’Isabelle Aubret, la musique est magnifique et bouleversante, la voix est puissante et remuante, et le regard profond est intense. Du grand art, et sans conteste ma chanson préférée de toute l’histoire du Concours.

12. BELGIQUE : Hey nana par Micha Marah (née en 1953)

        Paroles : Guy Beyers                          Musique : Charles Dumolin      Chef d’orchestre : Francis Bay

Sélection : 1ère place à la sélection belge le samedi 3 mars 1979 à Bruxelles

            Après quatre émissions où était éliminée la chanson ayant reçu le moins de voix du public, Micha Marah (sélectionnée d’office par la chaîne flamande qui avait remarqué son talent lors des deux finales de 1971 et 1975) se présente avec les trois titres les plus plébiscités. La longiligne chanteuse est d’accord avec les téléspectateurs : Comment ça va ? est le titre idéal pour Jérusalem. Mais le jury d’experts, seul juge en finale, ne l’entend pas de cette oreille et préfère désigner Hey nana. Micha se fâche, décide de ne pas enregistrer la chanson et menace même de ne pas l’interpréter sur la scène de l’Eurovision. La BRT lui réplique que dans ce cas, une chanteuse de remplacement, Nancy Dee, sera envoyée à sa place. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Micha Marah s’incline alors et part pour Jérusalem… où les jurys se rangent finalement à son avis et ignorent superbement sa chanson.

13. LUXEMBOURG : J’ai déjà vu ça dans tes yeux par Jeane Manson (née en 1950)

        Paroles et Musique : Jean Renard                 Chef d’orchestre : Hervé Roy                        Sélection : interne

            Habitué à demander à de grandes vedettes de représenter le Grand-Duché au Concours, le Luxembourg se tourne cette fois vers la célèbre Jeane Manson. Arrivée en France quatre ans plus tôt, l’ancienne mannequin a enchaîné les tubes depuis 1976 : Avant de nous dire adieu, La Chapelle de Harlem, Un enfant est né ou Fais-moi danser, pour n’en citer que quelques-uns. Jeane Manson a vraiment une voix magnifique, mais J’ai déjà vu ça dans tes yeux est assez déroutant du point de vue de la composition, ce qui explique sûrement le médiocre classement obtenu par la chanson. La jolie Américaine n’a toutefois pas tout perdu en ce mois de mars, car c’est en Israël qu’elle rencontre le père de sa fille Shirel.

14. PAYS-BAS : Colorado par Xandra Group [dont Sandra Reemer (1950-2017)]

        Paroles : Ferdi Bolland & Gerard Cox             Musique : Rob Bolland                        Chef d’orchestre : Harry van Hoof          Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 7 février 1979 au RAI Congrescentrum d’Amsterdam

            Sélectionnée d’office par le diffuseur néerlandais, l’excentrique et colorée Sandra Reemer présente cinq titres à sa finale nationale. C’est Colorado que les jurys choisissent, envoyant la jeune femme et son groupe représenter le pays pour la 3ème fois depuis 1972. Mais comme pour beaucoup avant et après elle, les années se suivent et ne se ressemblent pas, et l’édition 1979 sera celle de son plus mauvais classement, mettant fin à ses tentatives de décrocher la victoire au plus grand Concours musical d’Europe.

15. SUÈDE : Satellit par Ted Gärdestad (1956-1997) [Étoile au Firmament # 38]

        Paroles : Kenneth Gärdestad                          Musique : Ted Gärdestad       Chef d’orchestre : Lars Samuelson

Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 17 février 1979 à Stockholm

            Encore un artiste qui a dû batailler ferme pour représenter son pays au Concours ! Après deux échecs en 1973 et 1975, Ted Gärdestad remporte enfin son billet au nez et à la barbe de Tomas Ledin – qui, lui, s’incline pour la 4ème fois. Tout ça pour ça, pourrait-on penser à l’écoute de Satellit, une chanson bien faible qui ne rend pas justice au grand talent du jeune homme. Les jurys vont d’ailleurs lui adresser un camouflet sévère en fin de soirée. Trente ans plus tard, un autre Satellite attirera bien plus l’attention…

16. NORVÈGE : Oliver par Anita Skorgan (née en 1958)

        Paroles : Philip A. Kruse                     Musique : Anita Skorgan        Chef d’orchestre : Sigurd Jansen

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 10 février 1979 à Oslo

            Quand on regarde les différents concurrents pour la Norvège aux Concours des années 1970, on s’aperçoit que ce sont toujours un peu les mêmes que l’on voit chaque année. Et 1979 ne fait pas exception : Anita Skorgan, déjà candidate deux ans plus tôt, revient tenter sa chance avec un titre écrit par l’un des membres des Bendik Singers (représentants norvégiens en 1973), auteur de The First day of love et Mata Hari. Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que le pays accumule les deuxièmes parties de tableau… Et ce n’est pas Hanne Krogh, ancienne participante en 1971 et dernière du MGP, qui y aurait changé quoi que ce soit 🙁

17. ROYAUME-UNI : Mary-Ann par Black Lace [dont Alan Barton (1953-1995) Étoile au Firmament # 29]

        Paroles et Musique : Peter Morris                                                    Chef d’orchestre : Ken Jones

Sélection : 1ère place à A Song for Europe le jeudi 8 mars 1979

            De nouveau victime d’une grève des techniciens de la BBC, la finale télévisée prévue au Royal Albert Hall ne peut être diffusée. Terry Wogan révèle donc dans son émission de radio le titre de la chanson choisie par les jurys régionaux pour défendre les couleurs du Royaume-Uni au Concours. Ce sera le groupe Black Lace, qui va proposer avec Mary-Ann un  titre beaucoup plus rock que tous ceux proposés par le pays depuis des années. Malheureusement, le classement, sans être mauvais, sera plus bas que prévu.

18. AUTRICHE : Heute in Jerusalem par Christina Simon (née en 1954)

        Paroles : André Heller                       Musique : Peter Wolf             Chef d’orchestre : Richard Österreicher            Sélection : interne

La palme de la flagornerie est sans conteste à attribuer à l’Autriche en cette 24ème édition du Concours : c’est la première fois depuis 1956 qu’un pays propose une chanson dont le titre contient le nom de la ville où la finale est organisée. Bien mal lui en prend d’ailleurs, puisque Heute in Jerusalem va arriver bonne dernière, de manière tout à fait justifiée à mon sens.

19. ESPAGNE : Su canción par Betty Missiego (née en 1938)

        Paroles et Musique : Fernando Moreno          Chef d’orchestre : José Luis Navarro            Sélection : interne

Décidée à mettre un terme à une longue période de déceptions au Concours, la TVE demande à la chanteuse péruvienne Betty Missiego de représenter à l’Eurovision le pays dont elle a obtenu la nationalité en 1972. Habituée des concours de chants puisqu’elle a remporté pour son pays natal le premier festival OTI sept ans plus tôt, l’ancienne danseuse s’empresse d’accepter. Sur scène, elle est accompagnée de quatre enfants (Javier, Alexis, Beatriz et Rosalía) – ce que beaucoup lui reprochent d’ailleurs, alors que le style de la chanson s’y prête parfaitement. Certains n’apprécient pas les 157 la prononcés par les bambins (un record) ni le fait qu’ils brandissent à la fin de la prestation des bannières où l’on peut lire ‘’merci’’ en anglais, espagnol, hébreu et français. En tout état de cause, Su canción va plaire aux jurys et passer à un cheveu de l’exploit.

L’entracte

            Les 19 chansons candidates ayant été interprétées, Yardena Arazi et Daniel Pe’er remontent sur scène pour annoncer comment le vote va se dérouler. En attendant les résultats, public et téléspectateurs patientent en regardant la prestation du groupe Shalom 79 qui présente sur scène une série de danses israéliennes traditionnelles, sous la direction d’Izhak Graziani.

Le vote et les résultats

            Tout le monde comprend que la procédure de vote va être interminable quand on se rend compte que les deux présentateurs récapitulent les points en anglais, français et hébreu. Et en effet, c’est parti pour près de trois quarts d’heure d’annonce :O

            P L A C E S C O R E   P O R   I T A     D A N   I R L   F I N   M O N   G R È   S U I   A L L   I S R   F R A     B E L     L U X   N E D   S U È     N O R   U K   A U T   E S P
POR 9 64   6     2 5   4 4   10 5 3 3 3 6   7 6
ITA 15 27 8       8                     3     8
DAN 6 76       2   3 12 1 10 12 6 7 4 8 1   3 3 4
IRL 5 80 5 5 5   6   10 6 6 3   10 7   8 5 4    
FIN 14 38   7         7 8 5   5   6            
MON 16 12 1 2 4               3               2
GRÈ 8 69 10   1 4   7   7 2 10 4 1 5 7 2     2 7
SUI 10 60     7 1 10 2 2   7 4 7         8   12  
ALL 4 86 2 1 12 5 3 12       6 12 4 1 2 6   8   12
ISR 1 125 12   6 12 12 8 4 5     1 2 8 1 12 12 12 8 10
FRA 3 106 6 10     1 10 8 10   5   6 12 12 5 7 6 5 3
BEL 18 5     2           1               2    
LUX 13 44 7     3 4 4 5 3     2     4   2 10    
NED 12 51   3 8 10 5   3   3 7   3 2 6 4 4   4  
SUÈ 17 8       6     1     1                  
NOR 11 57 3     8   6       2   8     10   7 1 1
UK 7 73 4 8 10 7 7 1   2 8         5   10   6 5
AUT 18 5   4                             1    
ESP 2 116   12 3       6 12 12 8 8 12 10 10 7 1 5 10  

Tout se passe relativement bien pendant la plus grande partie de la révélation des votes, jusqu’au moment où Frank Naef, qui a visiblement hérité du sonotone de Clifford Brown en même temps que de son siège, demande coup sur coup aux porte-parole de la Suède et de la Norvège de préciser à qui ils ont attribué leurs 7 et 10 points – alors que tout a été clairement annoncé et répété par les présentateurs. En revanche, il ne dit rien quand Yardena annonce 10 points pour le Portugal de la part des jurys espagnols alors qu’il est prévu que Manuela Bravo en reçoive seulement 6. Encore une fois, il faut attendre que la soirée soit terminée pour que les vrais totaux soient adoptés…

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Frank Naef

Lorsque Yardena appelle le dernier porte-parole, celui de l’Espagne, Betty Missiego est en tête avec un point d’avance sur Israël. La tension est donc à son comble dans la salle, et la joie explose quand sont annoncés 10 points pour Hallelujah (ce qui prouve entre parenthèses que le Portugal ne pouvait pas avoir ces 10 points). C’est la première fois dans l’histoire du Concours que le dernier jury empêche sa représentante de gagner :O Israël remporte donc une 2ème  victoire consécutive, ce que seuls l’Espagne et le Luxembourg étaient parvenus à faire par le passé. L’Espagne finit donc deuxième, devant la France (pour la 4ème fois de suite sur le podium final). La Belgique et l’Autriche terminent dernières (pour la 5ème et la 4ème fois, respectivement).

À l’issue du Concours, Hallelujah va faire un triomphe dans toute l’Europe grâce à ses versions en anglais, français et allemand. Elle sera également reprise par Rika Zaraï – qui avait déjà chanté les adaptations françaises de Vivo cantando et d’A-ba-ni-bi. Un certain Bruno Guillain, pour sa part, fera un succès d’estime en France avec Dès qu’un enfant chante, une adaptation en français de Su canción. Pour l’heure, Gali Atari et Milk and Honey sont rappelés sur scène pour recevoir leur médaille. Ils déposent leurs flûtes de champagne et quittent donc les coulisses, sous les vivats du public et les applaudissements de leurs adversaires, dont Betty Missiego, décidément très fair play. Puis, ils interprètent une nouvelle fois le titre gagnant.

Mon Top 10

            Aucune difficulté pour moi, mon Top 10 a été évident : j’adore ces 10 chansons et n’aime pas vraiment les autres. Elles sont d’ailleurs pratiquement toutes dans mon TOP 300 des meilleures chansons du Concours 😀

  1. FRANCE : Je suis l’enfant-soleil par Anne-Marie David
  2. ISRAËL : Hallelujah par Gali Atari & Milk and Honey
  3. ESPAGNE : Su canción par Betty Missiego
  4. FINLANDE : Katson sineen taivaan par Katri Helena
  5. ALLEMAGNE : Dschingis Khan par Dschingis Khan Gruppe
  6. PORTUGAL : Sobe, sobe balão, sobe par Manuela Bravo
  7. ROYAUME-UNI : Mary-Ann par Black Lace
  8. DANEMARK : Disco tango par Tommy Seebach
  9. LUXEMBOURG : J’ai déjà vu ça dans tes yeux par Jeane Manson
  10. GRÈCE : Socrates par Elpida

Lanterne rouge : AUTRICHE : Heute in Jerusalem par Christina Simon

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 28 mars à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 31 à nous prononcer sur cette édition 1979 (ce qui est un beau score en ces moments difficiles)… mais aucun de nous n’a réussi à trouver le podium final ! Encore une fois, la victoire n’a pas été très disputée, mais les autres places sur le podium ont été l’objet d’un combat féroce :O Tout de suite, notre classement :

19. Autriche : Heute in Jerusalem par Christina Simon : 5 points de 2 votants (maximum 3 points) – 1 place par rapport au classement initial, puisque le pays est le seul à occuper la dernière place

18. Monaco : Notre vie, c’est la musique par Laurent Vaguener : 7 points de 4 votants (maximum 3 points) – 2 places

17. Suède : Satellit par Ted Gärdestad : 29 points de 7 votants (maximum 8 points) score identique

16. Norvège : Oliver par Anita Skorgan : 30 points de 8 votants (maximum 12 points de Lolotte) – 5 places

15. Suisse : Trödler und Co par Peter, Sue & Marc + Pfuri, Gorps & Kniri : 31 points de 6 votants (maximum 8 points) – 5 places

14. Royaume-Uni : Mary Ann par Black Lace : 31 points de 9 votants (maximum 6 points) – 7 places

13. Belgique : Hey nana par Micha Marah : 37 points de 11 votants (maximum 7 points) + 5 places

12. Irlande : Happy man par Cathal Dunne : 44 points de 12 votants (maximum 7 points) – 7 places

11. Pays-Bas : Colorado par Xandra Group : 58 points de 13 votants (maximum 8 points) + 1 place

10. Italie : Raggio di luna par Matia Bazar : 70 points de 12 votants (maximum 12 points de Minsk) + 5 places

9. Luxembourg : J’ai déjà vu ça dans tes yeux par Jeane Manson : 73 points de 18 votants (maximum 10 points) + 4 places

8. Danemark : Disco tango par Tommy Seebach : 99 points de 20 votants (maximum 10 points) – 2 places

7. Portugal : Sobe, sobe balão, sobe par Manuela Bravo : 108 points de 22 votants (maximum 10 points) + 2 places

6. Grèce : Socrates par Elpida : 113 points de 26 votants (maximum 12 points de Yom) + 2 places

5. Finlande : Katson sineen taivaan par Katri Helena : 128 points de 25 votants (maximum 12 points de Gwendal) + 9 places

4. Espagne : Su canción par Betty Missiego : 196 points de 28 votants (maximum 12 points de Gérald, Pauline, Franck et Arnaud) – 2 places

3. France : Je suis l’enfant-soleil par Anne-Marie David : 226 points de 27 votants (maximum 12 points de Valifran, Garfieldd, Yvonne, Benoît, Kikichouchou, Juju, PLG et Francis) score identique

2. Allemagne : Dschingis Khan par Dschingis Kahn Gruppe : 228 points de 30 votants (maximum 12 points de Gaël, tHEO, Denez, Betty et Duncky) + 2 places

  1. Israël : Hallelujah par Gali Atari & Milk and Honey : 285 points de 30 votants (maximum 12 points de RV, Julien, Nico, Taron, Jean-Michel, Phileurophage, Picasso, Jérémie, Marie et Zipo) score identique

Nous couronnons donc Israël pour la 2ème fois consécutive (ce qui fait du pays le 3ème à obtenir deux victoires de rang après la France en 1963 et le Royaume-Uni en 1968). L’Allemagne monte enfin sur la deuxième marche du podium (17 ans après Conny Froböss et 8 ans après Katja Ebstein) devant la France, décidément dans une spirale positive depuis son retour en 1975.

Notre Top 4 est le même que celui de Jérisalem, quoique dans un ordre un peu différent, mais ce qui suit n’a pas grand chose à voir avec les résultats d’origine : de grandes disparités sont visibles, de la superbe progression de Katri Helena aux dégringolades de l’Irlande et du Royaume-Uni – qui sort du Top 10 pour la première fois depuis 1966 !

En dernière partie de tableau, la Suède, Monaco et l’Autriche réalisent leurs plus mauvais classements – le pays de Christina Simon décrochant une troisième lanterne rouge après 1958 et 1967.

Voilà pour les résultats de cette édition. Je vous attends nombreux dès ce soir pour la Rétrospective 1980. Bonne journée et protégez-vous bien !