Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Au milieu de cette ambiance bien triste liée à la pandémie qui nous affecte, revivons un moment cher à tous les fans français du Concours : la 3ème et dernière édition en date à s’être déroulée sur le territoire national. Après les deux Concours de Cannes en 1959 et 1961, c’est enfin la capitale qui accueille la grande fête musicale européenne. Redécouvrons donc ensemble le…

23ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 22 avril 1978

en direct du Palais des Congrès à Paris (France)

présenté par Denise Fabre et Léon Zitrone

L’organisation du Concours

Grâce à Marie Myriam qui a apporté à la France une cinquième victoire l’année précédente, c’est donc la patrie de Molière et de Victor Hugo (oui je sais, le texte de la chanson candidate pour notre pays est à des années-lumières de ces deux grands auteurs…) qui est chargée d’accueillir la compétition en 1978. Contrairement aux deux premières éditions qu’elle a organisées, la France décide que la soirée aura lieu à Paris, au Palais des Congrès, salle de spectacle inaugurée en 1974 dans le XVIIème arrondissement. Tout le monde espère une finale de grande qualité, mais force est de constater que la production est en-dessous des attentes, eu égard au peu d’originalité du décor aux couleurs assez ternes et aux nombreux problèmes techniques qui vont émailler la soirée.

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Le Palais des Congrès de Paris

Après plusieurs déceptions pour les fans du Concours, le record de participants est enfin battu : les retours du Danemark (après douze ans d’absence :O) et de la Turquie portent en effet le nombre de candidats à 20. C’est donc la première fois que le pays de Mustafa Kemal va être opposé à celui de Socrate (mais non, ce ne sont pas les noms de deux artistes ayant concouru à de précédentes éditions !). Comme pratiquement chaque année, la compétition voit son lot de retours, puisque Jean Vallée (déjà candidat pour la Belgique huit ans plus tôt) fait une deuxième tentative, Ireen Sheer (représentante du Luxembourg en 1974) défend les couleurs de l’Allemagne, et Norbert Niedermeyer (membre de The Milestones en 1972) se présente avec un nouveau groupe pour l’Autriche.

Les règles

Le système de vote est inchangé et la révélation des points est également reconduite, avec toujours Marc Menant comme porte-parole du jury français. André Torrent commente toujours pour RTL Radio, Terry Wogan pour la BBC et Gérard Klein est remplacé par Michel Polac sur l’antenne de France Inter. On conserve également la règle qui impose à chaque artiste d’interpréter sa chanson dans une des langues officielles de son pays – ce qui perturbe un peu le candidat suédois, qui aurait préféré chanter en anglais et qui butte sur ses paroles au tout début de sa prestation.

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Michel Polac

La présentation et l’orchestre

Pour la première fois depuis la naissance du Concours, public et téléspectateurs vont avoir droit à un duo de présentateurs. En effet, TF1 fait appel à deux de ses plus grandes vedettes pour animer la soirée : Denise Fabre et Léon Zitrone (1914-1995). Né en Russie et arrivé en France avec sa famille au début des années 1920, le célèbre journaliste a travaillé à la RTF dès 1948 avant de devenir le présentateur du journal télévisé, mission qu’il va remplir pendant presque vingt ans, avant d’être aux commandes des programmes les plus variés, allant de l’animation de jeux télévisés comme Intervilles aux commentaires en direct du Tour de France, en passant par la présentation de grands événements comme les mariages, investitures ou funérailles des grands de ce monde.

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Léon Zitrone

Sa partenaire d’un soir, Denise Fabre (née à Cagnes-sur-Mer en 1942), bénéficie elle aussi d’une grande renommée à l’époque – et pas uniquement pour ses mémorables fous rires (dont certains lui vaudront d’ailleurs quelques mises à pied). Après des débuts à Télé Monte Carlo en 1961, elle entre à Antenne 2, puis à TF1 pour y exercer en tant que speakerine, puis animatrice de nombreuses émissions de divertissement. Citons entre autres Télé Dimanche, Restez donc avec nous le samedi (aux côtés du magicien espagnol Garcimore) ou plus tard Boléro sur TMC. Élue conseillère municipale à Nice en 2008, elle est toujours adjointe au maire chargée du rayonnement de la ville (forcément :P) auprès de Christian Estrosi.

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Denise Fabre

L’orchestre est pour sa part dirigé par François Rauber (1933-2003), natif de Neufchâteau, dans les Vosges (un Lorrain !) et diplômé des conservatoires de Nancy (tout proche du domicile de l’auteur de ces lignes) et de Paris. Pianiste et compositeur, il est connu à l’époque pour ses arrangements de plusieurs titres du grand Jacques Brel. Dans les années 80 et 90, il conservera un lien avec le Concours puisqu’il travaillera avec Fernando Tordo (candidat pour le Portugal en 1973 et 1977). Notons également que c’est lui qui a composé la magnifique Marche Napoléonienne du film d’Yves Angelo, Le Colonel Chabert (avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Claude Rich, André Dussollier, Daniel Prévost et Fabrice Luchini) sorti en 1994.

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François Rauber

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent découvrir des images de Paris : la Seine, ses ponts, l’Île de la Cité et Notre-Dame, la Tour Eiffel, le Palais de Chaillot, les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe de nuit. Puis, apparaît sur scène Denise Fabre, dont la coiffure crêpée et la robe de soirée très sombre ne sont guère seyantes. Elle annonce qu’elle assurera les commentaires en français, laissant les explications en anglais à la star Léon Zitrone. Star qui tire visiblement la couverture à lui dès qu’il pénètre sur scène, puisqu’il ne se contente pas de la langue de Shakespeare, mais s’exprime aussi en allemand, espagnol, italien, néerlandais… parmi d’autres. Denise Fabre dira d’ailleurs quelques années plus tard que cette performance n’avait pas été prévue ! Mais on est star ou on ne l’est pas 😉 

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Frank Naef

Reprenant la parole, elle s’étend longuement sur la liste des pays participants, sur celles des autres nations qui diffusent le Concours (dont les pays du Maghreb, la Jordanie, plusieurs pays d’Europe de l’Est, le Japon et Hong Kong) et même sur le nombre de victoires remportées par les différentes nations depuis 1956. Puis, elle donne la meilleure nouvelle de la soirée : l’ancien scrutateur de l’UER, Clifford Brown, a pris sa retraite (ou l’a-t-on poussé dehors suite à son incapacité à gérer les irrégularités des deux éditions précédentes ?) pour laisser sa place au Suisse Frank Naef (né en 1928). Léon Zitrone, décidément impossible à faire taire, traduit en anglais tout ce que vient de dire la jeune présentatrice en français… et tout cela pratiquement sans notes. Rendons-lui hommage pour cela. Puis il s’éclipse, le devoir accompli, laissant Denise Fabre lancer seule la première carte postale (qui consiste en fait à voir l’artiste candidat quitter sa loge et se rendre sur la scène).

1. IRLANDE : Born to sing par Colm C.T. Wilkinson (né en 1944)

        Paroles et Musique : Colm C.T. Wilkinson                                                     Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 5 mars 1978 à Dublin

            Après son échec de l’année précédente, Colm C.T. Wilkinson revient en sélection nationale avec une envie énorme de l’emporter. Et effectivement, il ne laisse aucune chance à ses sept adversaires, dont les groupes Chips (formation de la future gagnante Linda Martin) et Sheeba (représentants irlandais en 1981). Son énergie est toutefois un peu excessive, et le titre qu’il a lui-même écrit et composé ne convainc pas totalement les jurys.

2. NORVÈGE : Mil etter mil par Jahn Teigen (1949-2020)

        Paroles et Musique : Kai Eide                                                                                   Chef d’orchestre : Carsten Klouman

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 18 mars 1978 à Oslo

            ‘’Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage’’ – c’est ce que Jahn Teigen a dû penser en 1978. C’est en effet à sa quatrième tentative qu’il décroche enfin son billet pour la grande finale de l’Eurovision, renvoyant à la dernière place de la sélection norvégienne sa future femme Anita Skorgan, candidate à Londres l’année précédente. Mais les rêves peuvent se transformer en cauchemar, et les votants en deuxième partie de soirée vont rejeter en bloc Mil etter mil. Il faut dire que le look et les mouvements de Jahn sur scène (après son déplacement erratique en coulisses) ne vont pas arranger cette chanson extrêmement faible à l’interprétation très fausse.

3. ITALIE : Questo amore par Ricchi e Poveri

        Paroles : Sergio Bardotti        Musique : Dario Farina & Mauro Lusini           Chef d’orchestre : Nicola Samale

            Sélection : interne

            Multirécidiviste au Festival de la Chanson Italienne de San Remo depuis bientôt dix ans, le groupe Ricchi e Poveri est choisi en interne par la RAI pour représenter son pays à Paris. Malgré des paroles écrites par celui qui avait déjà signé le texte de Occhi di ragazza en 1970, Questo amore va passer totalement inaperçu… au contraire du groupe (bientôt réduit à un trio après le départ de Marina Occhiena), dont le succès international va être énorme à partir de 1981, avec des titres comme Sarà perché ti amo, Pïccolo amore ou Voulez-vous danser ?.

4. FINLANDE : Anna rakkaudelle tilaisuus par Seija Simola (1944-2017)

        Paroles : Reijo Karvonen & Seija Simola         Musique : Reijo Karvonen        Chef d’orchestre : Ossi Runne            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 11 février 1978 à Tampere

            1978 est décidément l’année de la revanche, puisque Seija Simola elle aussi remporte le droit de défendre les couleurs nationales après plusieurs tentatives (c’est pour elle le cinquième essai). La divine Katri Helena échoue donc à nouveau et devra attendre encore un an pour fouler la scène du Concours. Même chose pour Anneli Saaristo, que les Eurofans ne découvriront qu’en 1989 ! Pour l’heure, la Finlande va à nouveau se retrouver en bas de tableau, avec son plus mauvais classement à ce jour.

5. PORTUGAL : Dai-li-dou par Gemini

        Paroles : Carlos Quintas                                 Musique : Vitor Mamede         Chef d’orchestre : Thilo Krassman            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 18 février 1978 à Lisbonne

            La sélection portugaise pour le Concours 1978 propose à un jury d’experts de choisir parmi trois participants, qui interprètent chacun quatre titres. À ce petit jeu, c’est le quatuor Gemini (déjà en lice en 1977) qui l’emporte d’une courte tête devant José Cid, futur candidat pour son pays en 1980. Tonicha, représentante lusitanienne sept ans plus tôt, est pour sa part largement battue. En France, toutefois, le Portugal fait à peine mieux que la Finlande et se classe lui aussi très bas.

6. FRANCE : Il y aura toujours des violons par Joël Prévost (né en 1950)

        Paroles : Didier Barbelivien                            Musique : Gérard Stern          Chef d’orchestre : Alain Goraguer             Sélection : 1ère place à la finale française le dimanche 26 mars 1978 à Paris

            On ne change pas une formule qui gagne, TF1 décide donc de conserver le mode de sélection qui a fait ses preuves les deux années précédentes avec une deuxième place et une victoire. Six titres se sont qualifiés pour la finale présentée par Évelyne Leclercq, dont un interprété par Noëlle Cordier (3ème à Vienne en 1967) et un autre par Jean-Paul Cara (compositeur de L’oiseau et l’enfant). Mais c’est Joël Prévost qui est choisi à sa deuxième tentative par le public, avec une chanson écrite par Didier Barbelivien – lequel a offert deux ans plus tôt le tube Michèle à Gérard Lenorman (future Eurostar). On ne lésine pas non plus sur les moyens, puisqu’on demande à Alain Goraguer (qui avait dirigé l’orchestre derrière France Gall en 1965 et Isabelle Aubret trois ans plus tard) d’accompagner le jeune artiste. Ce sera à nouveau un succès pour la France au Concours… qui nous réussissait donc magnifiquement bien dans les années 70.

7. ESPAGNE : Bailemos un vals par José Vélez (né en 1951)

        Paroles et Musique : Manuel de la Calva & Ramón Arcusa                             Chef d’orchestre : Ramón Arcusa

            Sélection : interne

            Toujours à la recherche de sa gloire passée, le diffuseur espagnol décide d’en appeler au duo qui avait écrit en 1968 le titre vainqueur La la la. On leur demande de proposer un titre à la fois moderne et reflet de la culture hispanique, qui soit immédiatement identifiable par le public européen… et qui permette au pays de se rapprocher au maximum du podium. Mais une nouvelle fois, la chanson va globalement plaire au jurys, sans toutefois récolter un Top 5. Les formules ne semblent plus fonctionner outre-Pyrénées 🙁

8. ROYAUME-UNI : The bad old days par Co-Co

        Paroles et Musique : Stephanie de Sykes & Stuart Slater                            Chef d’orchestre : Alyn Ainsworth

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe le vendredi 31 mars 1978 à Londres, au Royal Albert Hall

            Pour la troisième fois en quatre éditions, le Royaume-Uni décide de faire confiance à un groupe. Co-Co, formation déjà présente deux ans plus tôt à la sélection britannique, ne manque ni d’allant ni de volonté, et pense réitérer au Palais des Congrès de Paris son succès du Royal Albert Hall. Mais malgré des tenues forcément remarquables (ou peut-être à cause de ces tenues), le recordman des deuxièmes places ne fait pas recette ce soir-là, et décroche le plus mauvais classement de son histoire, avec une première place hors du Top 10. Incompréhensible pour moi, dont c’est la chanson britannique préférée au Concours.

9. SUISSE : Vivre par Carole Vinci (née en 1950)

        Paroles : Pierre Alain             Musique : Alain Morisod                                Chef d’orchestre : Daniel Janin

            Sélection : 1ère place à la finale suisse le mercredi 18 janvier 1978 à Zurich

            C’est un tout petit point qui permet à Carole Vinci de remporter sa finale nationale, un an après l’échec de sa première tentative. Son compositeur se classe deuxième avec une autre chanson, ce qui a dû être une grande joie pour lui malgré la déception. Piera Martell (candidate suisse en 1974) termine pour sa part en dernière position. À Paris, toutefois, le succès est tout relatif puisque la chanson finit la soirée en milieu de tableau.

10. BELGIQUE : L’amour, ça fait chanter le vie par Jean Vallée (1941-2014) [Étoile au Firmament # 117]

        Paroles et Musique : Jean Vallée                                                                  Chef d’orchestre : Jean Musy            Sélection : 1ère place à la finale belge le mercredi 8 février 1978 à Bruxelles

            Premier des trois artistes à avoir la chance en cette année 1978 de représenter à nouveau leur pays, Jean Vallée revient en force après sa première participation en 1970. Vainqueur de sa finale nationale devant sept artistes – dont Frank Michaël, Jacques Hustin (candidat à Brighton quatre ans plus tôt) ou Franck Olivier (futur représentant luxembourgeois en 1985) – le chanteur wallon réalise ce qu’aucun artiste belge n’avait réussi avant lui : décrocher un podium sous les applaudissements nourris du public. Pour certains pays comme la Jordanie (qui ne reconnaissent pas Israël et ne diffusent pas la chanson de l’état hébreu), il est même le grand gagnant !

11. PAYS-BAS : ‘t is OK par Harmony

        Paroles : Toon Gispen & Dick Kooiman                        Musique : Eddy Ouwens          Chef d’orchestre : Harry van Hoof          Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 22 février 1978 à La Haye, au Congresgebouw

            Comme ses trois adversaires à la finale néerlandaise, le trio Harmony présente deux titres dont un, finalement gagnant, composé par Eddy Ouwens, à l’origine du titre vainqueur de 1975, Ding dinge dong. C’est donc peu de dire que les espoirs sont très grands de la part du diffuseur d’atteindre le podium. Mais malgré le rythme enlevé et une interprétation pleine d’allant, les jurys ne sont pas séduits et ‘t is OK – qui pour le coup porte bien mal son nom – échoue dans la partie droite du tableau.

12. TURQUIE : Sevınce par Grup Nazar

        Paroles : Hulki Aktunç            Musique : Dağhan Baydur & Onno Tunç          Chef d’orchestre : Onno Tunç

Sélection : 1ère place à Eurovision Şarkı Yarışması le dimanche 5 février 1978 à Ankara

            Pour son retour après deux ans d’absence, la Turquie affiche ses ambitions et espère être bien mieux récompensée que lors de sa première tentative en 1975. La chanteuse Nilüfer a effectivement un très joli timbre de voix, mais la chanson n’est guère emballante et les tenues de scène auraient mérité un Prix Barbara Dex s’il avait existé à l’époque.

13. ALLEMAGNE : Feuer par Ireen Sheer (née en 1949)

        Paroles : John Möring                        Musique et Chef d’orchestre : Jean Frankfurter

            Sélection : 1ère place à la finale radiophonique allemande le lundi 20 février 1978 à Baden-Baden

            Il s’en faut de très peu que l’Allemagne ne participe pas au Concours de Paris. En effet, le jury appelé à choisir la chanson digne de représenter le pays parmi les quinze proposées estime qu’aucune n’est d’un niveau suffisant pour être compétitive. Par conséquent, il demande purement et simplement à ARD de retirer sa candidature. En total désaccord avec les experts, le diffuseur décide de demander aux auditeurs de se prononcer… et c’est Ireen Sheer, chanteuse d’origine anglaise qui avait représenté le Luxembourg en 1974 avec un titre en français, qui est désignée comme candidate. Cindy & Bert ne réalisent donc pas leur rêve de revenir à l’Eurovision, malgré leurs deux titres soumis aux votes, pas plus que les Suisses Peter, Sue & Marc – seulement troisièmes avec leur Charlie Chaplin. Heureusement pour les fans du comique aux grands pieds, une autre artiste va soumettre aux jurys une chanson dédiée au génial comique. Ireen Sheer, quant à elle, initie sur scène un gimmick appelé à un grand avenir : l’auguste lâcher de manteau.

14. MONACO : Les jardins de Monaco par Caline & Olivier Toussaint

        Paroles : Jean Albertini & Didier Barbelivien             Musique : Paul de Senneville & Olivier Toussaint

            Chef d’orchestre : Yvon Rioland                                Sélection : interne

            Après la superbe quatrième place obtenue l’année précédente par Michèle Torr, TMC décide de faire à nouveau confiance au quatuor à l’origine d’Une petite Française : les compositeurs Paul de Senneville et Olivier Toussaint, le parolier Jean Albertini (à qui on adjoint Didier Barbelivien, faisant de lui le premier artiste à concourir la même année avec deux chansons) et le chef d’orchestre Yvon Rioland. L’interprète masculin n’est pas un inconnu, puisqu’il a déjà écrit avec son compère plusieurs chansons pour de grands interprètes, parmi lesquels Christophe, Petula Clark, Dalida, Claude François, Mireille Mathieu ou Michel Polnareff. Au milieu des années 70, ils ont même signé deux tubes planétaires : Dolannes Melody, joué à la trompette par Jean-Claude Borelly, et Ballade pour Adeline, offert au pianiste Richard Clayderman.

15. GRÈCE : Charlie Chaplin par Tania Tsanaklidou (née en 1952)

        Paroles : Yannis Xanthulis    Musique : Sakis Tsilikis                      Chef d’orchestre : Haris Andreadis  

Sélection : interne

            C’est à un numéro de cabaret que nous invite la Grèce pour cette quatrième participation – un peu comme Monaco l’avait fait en 1970 avec la chanson Marlène. En revanche, le succès va être bien plus grand pour Tania que pour Dominique Dussault, et ce Charlie Chaplin qui en appelle autant à la comédie qu’à la chanson va séduire les jurys, lesquels vont placer le pays dans le Top 10 pour la deuxième année consécutive.

16.DANEMARK : Boom boom par Mabel

        Paroles et Musique : Peter Nielsen, Christian Have, Michael Trempenau & Andy Kulmbak

            Chef d’orchestre : Helmer Olesen    

            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 25 février 1978 à Copenhague

            Pour son grand retour après douze ans d’absence, le Danemark a de quoi faire naître les plus grands espoirs. En effet, lors de son Melodi Grand-Prix concourent Grethe Ingmann (la seule gagnante à l’époque pour le pays de la Petite Sirène) et les frères Olsen (qui devaient remporter un deuxième trophée au tout début des années 2000). Malgré ces interprètes de grand talent, c’est à un groupe peu charismatique et à la chanson très commune qu’est confiée la mission de revenir au premier plan au Concours. Les attentes seront cruellement, mais tout à fait logiquement, déçues.

17. LUXEMBOURG : Parlez-vous français ? par Baccara

        Paroles : Frank Dostal & Péter Zentner                      Musique et Chef d’orchestre : Rolf Soja      

Sélection : 1ère place à la finale luxembourgeoise

            Pour sa deuxième finale nationale, le Grand-Duché fait les choses en grand : il invite des artistes déjà ou bientôt célèbres, espérant mettre de son côté toutes les chances de succès. Ainsi, on voit concourir Gitte Hænning, candidate pour l’Allemagne en 1973, face à Jean-Paul Cara (également en lice en France), Liliane St-Pierre (qui représentera la Belgique au Concours de Bruxelles), le chanteur argentin Jairo (qui va bientôt exploser en Europe avec son méga tube Les jardins du ciel) et le duo espagnol Baccara (qui vient de signer deux énormes succès, Yes sir, I can boogie et Sorry, I’m a lady). Comme l’Allemagne qui a fait confiance au trio Silver Convention en 1977, le Luxembourg désigne à son tour les récentes stars du disco pour défendre ses couleurs, mais malgré une chorégraphie énergique et innovante, le Top 5 échappe aux deux charmantes jeunes femmes.

18. ISRAËL : A-ba-ni-bi par Izhar Cohen (né en 1951) & the Alphabeta

        Paroles : Ehud Manor             Musique et Chef d’orchestre : Nurit Hirsh               Sélection : interne

Toujours à la recherche d’une première victoire, Israël décide de faire à nouveau confiance au duo qui a écrit et composé Ey sham, la première contribution du pays au Concours. Tous sont convaincus de tenir la chanson gagnante, même si la signification de son titre reste obscure et que l’interprète principal va pour la première fois chanter en compagnie d’un groupe. Mais tout se passe à merveille, et l’état hébreu atteint enfin l’objectif fixé. Seuls les téléspectateurs des pays arabes vont ignorer ce succès, leurs diffuseurs refusant de retransmettre la prestation israélienne – et pour certains, la fin de la séance de votes ! Dans les semaines qui suivent le Concours, seule une version en anglais est commercialisée et se classe dans quelques charts européens.

19. AUTRICHE : Mrs Caroline Robinson par Springtime

        Paroles : Norbert Niedermeyer, Walter Markel & Gerhard Markel               Musique : Walter & Gerhard Markel

Chef d’orchestre : Richard Österreicher                                                     Sélection : interne

Pour la troisième fois en quatre participations, l’Autriche confie à un groupe la mission de représenter le pays. La chanson, aux influences folk et pop, n’est pas désagréable à écouter, mais comme beaucoup, elle passe un peu inaperçue sur la scène parisienne et ne récolte guère de points en fin de soirée. Ce qui est un peu dommage à défaut d’être choquant.

20. SUÈDE : Det blir alltid värre framåt natten par Björn Skifs (né en 1947)

        Paroles et Musique : Peter Himmelstrand                                                     Chef d’orchestre : Bengt Palmers

Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 11 février 1978 à Stockholm

Passé en dernière position lors de sa sélection nationale, Björn Skifs espère réitérer son succès à Paris. Mais il ne croit pas aux chances de gagner avec un titre en suédois, et préfèrerait interpréter sa chanson en anglais – ce que le règlement interdit formellement. Contraint et forcé, il revient donc à sa langue maternelle, bafouille un peu puis retombe finalement sur ses pieds. Reconnaissons-lui au moins cela : il n’avait pas tort sur l’éventualité d’une victoire pour son pays. Tomas Ledin, Lasse Holm et Kikki Danielsson, tous futures Eurostars recalées cette année à la finale de Stockholm, s’en seraient-ils mieux sortis ?

L’entracte

            Les 20 chansons candidates ayant été interprétées, Léon Zitrone remonte sur scène pour annoncer dans un anglais remarquable comment le vote va se dérouler. Denise Fabre doit être encore à ce moment-là dans sa cabine, puisque le duo a dû simultanément assurer les commentaires pour les télévisions française et monégasque. Puis, elle apparaît à son tour et reformule en français tout ce que son collègue vient d’expliquer. En attendant, public et téléspectateurs patientent en écoutant jouer le grand violoniste Stéphane Grappelli (1908-1997), accompagné des jazzmen Oscar Peterson (1925-2007), Kenny Clarke (1914-1985) et Niels O. Pedersen (1946-2005), puis de Yehudi Menuhin (1916-1999), qui leur succède dans un style un peu différent, mais tout aussi virtuose.

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Stéphane Grappelli

Le vote et les résultats

            P L A C E S C O R E   I R L   N O R     I T A   F I N   P O R   F R A   E S P   U K   S U I   B E L   N E D     T U R   A L L     M O N   G R È   D A N     L U X   I S R   A U T   S U È
IRL 5 86   12   3   5     7 10   10 5   10   10   6 8
NOR 20 0                                        
ITA 12 53 10 6     1 4 8 6 1 1   1 2 8 2   3      
FIN 18 2   2                                    
POR 17 5     4       1                          
FRA 3 119 6 3 10 2 2   5 8 6 8 6 4 10 5 8 8 1 5 12 10
ESP 9 65       7         8 2 4 7   4 6 12 2 6 7  
UK 11 61 3       6 2 3   2 4 2 6 8 7 3   5 2 5 3
SUI 9 65   5 1 1   7 4 2   7 8   6 2   3 8 1 10  
BEL 2 125 12 7 6 6 4 12 2 12 10   5   3 12 12   7 7 4 4
NED 13 37     5         3         4 1   5 6 12   1
TUR 18 2   1           1                        
ALL 6 84 1   3 12 7   10   3 5 7 8   10 7 1   3   7
MON 4 107 4 4 7 8 5 1   10 5 6 10 5 7   4 10   8 1 12
GRÈ 8 66 7   2 5 8 10 7   4             4 4 10 3 2
DAN 16 13           6         1             4 2  
LUX 7 73 2   12   12   12 7   3 3 2   6 1 7       6
ISR 1 157 8 8 8 10 10 8 6 5 12 12 12 12 12 3 5 6 12   8  
AUT 15 14         3             3 1     2       5
SUÈ 14 26 5 10   4   3   4                        

Israël remporte donc une 1ère victoire, avec six fois la note maximale, dont cinq consécutives. La Belgique monte pour la première fois sur le podium, devant la France, qui remporte une troisième médaille en trois ans. Elle est le seul pays à obtenir des points de tous ses adversaires, exploit qu’elle avait déjà réalisé les deux années précédentes. Monaco termine à nouveau dans le Top 5 – ce qui fait un joli tir groupé des pays francophones. Le Luxembourg, 7ème, et la Suisse, 9ème, ne sont pas très loin non plus.

Le Danemark rate totalement son retour, et le Portugal, la Finlande et la Norvège obtiennent leurs plus mauvais classements. Pour cette dernière, c’est d’ailleurs une cinquième lanterne rouge, avec un 2ème zéro pointé – le premier score nul depuis l’adoption du nouveau système de vote en 1975.

Les votes n’ayant posé aucun problème, ils sont validés par Frank Naef – et Izhar Cohen est rappelé sur scène avec toute sa délégation pour recevoir son prix des mains de Marie Myriam. Autre exploit : c’est la première fois qu’une chanson gagnante est dirigée par une cheffe d’orchestre. Suivant la coutume, les vainqueurs interprètent une nouvelle fois leur chanson.

Mon Top 10

            Quelques différences entre mon classement personnel et celui décidé par les jurys en 1978. Je couronne à nouveau le Royaume-Uni (pour la 9ème fois, dont la 4ème consécutive) mais conserve en bas de classement les chansons rejetées par les votants de l’époque.

  1. ROYAUME-UNI : The bad old days par Co-Co
  2. ALLEMAGNE : Feuer par Ireen Sheer
  3. BELGIQUE : L’amour, ça fait chanter la vie  par Jean Vallée
  4. MONACO : Les jardins de Monaco par Caline & Olivier Toussaint
  5. LUXEMBOURG : Parlez-vous français ? par Baccara
  6. ESPAGNE : Bailemos un vals par José Vélez
  7. FRANCE : Il y aura toujours des violons par Joël Prévost
  8. ISRAËL : A-ba-ni-bi par Izhar Cohen & the Alphabeta
  9. PAYS-BAS : ‘t is OK par Harmony
  10. ITALIE : Questo amore par Ricchi e Poveri

Lanterne rouge : NORVÈGE :Mil etter mil par Jahn Teigen

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 21 mars à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : 28 votants ont bravé cette semaine le virus potentiellement présent sur le clavier de leur ordinateur. Et comme pratiquement à chaque fois, ont couronné le vainqueur officiel. Cela m’étonne toujours un peu, car les critiques envers les jurys nationaux sont fréquentes, pourtant nous entérinons leurs votes :O Petite remarque : nous avons évité grâce à Duncky le premier nul point de ces rétrospectives !!!

20. Norvège : Mil etter mil par Jahn Teigen : 3 points d’un votant score identique à celui de Paris, mais pas nul 🙂

19. Portugal : Dai-li-dou par Gemini : 16 points de 4 votants (maximum 12 points de Betty) – 2 places

18. Finlande : Anna rakkaudelle tilaisuus par Seija Simola : 34 points de 6 votants (maximum 12 points de Minsk et Phileurophage) score identique

17. Autriche : Mrs. Caroline Robinson par Springtime : 38 points de 10 votants (maximum 8 points) – 2 places

16. Suède : Det blir alltid värre framåt natten par Björn Skifs : 38 points de 10 votants (maximum 12 points de Gérald) – 2 places

15. Danemark : Boom boom par Mabel : 39 points de 9 votants (maximum 10 points) + 1 place

14. Turquie : Sevince par Nazar : 43 points de 8 votants (maximum 10 points) + 4 places

13. Irlande : Born to sing par Colm C.T. Wilkinson : 49 points de 12 votants (maximum 10 points) – 8 places

12. Italie : Questo amore par Ricchi e Poveri : 53 points de 12 votants (maximum 7 points) score identique

11. Pays-Bas : ‘t is OK par Harmony : 59 points de 17 votants (maximum 8 points) + 2 places

10. Grèce : Charlie Chaplin par Tania Tsanaklidou : 62 points de 11 votants (maximum 12 points de RV) – 2 places

9. France : Il y aura toujours des violons par Joël Prévost : 75 points de 17 votants (maximum 10 points) – 6 places

8. Espagne : Bailemos un vals par José Vélez : 90 points de 16 votants (maximum 10 points) + 1 place

7. Suisse : Vivre par Carole Vinci : 100 points de 17 votants (maximum 12 points de Taron) + 2 places

6. Monaco : Les jardins de Monaco par Caline & Olivier Toussaint : 118 points de 20 votants (maximum 12 points de Zipo et Juju) – 2 places

5. Allemagne : Feuer par Ireen Sheer : 121 points de 19 votants (maximum 10 points) + 1 place

4. Luxembourg : Parlez-vous français? par Baccara : 151 points de 22 votants (maximum 12 points de Garfieldd, Gaël, PLG et Pascal) + 3 places

3. Royaume-Uni : The bad old days par Co-Co : 154 points de 24 votants (maximum 12 points de Sakis, Arnaud et Francis) + 8 places

2. Belgique : L’amour, ça fait chanter la vie par Jean Vallée : 178 points de 21 votants (maximum 12 points de Pauline, Valifran, Benoît, Yvonne, Picasso, Denez et tHEO) score identique

  1. Israël : A-ba-ni-bi par Izhar Cohen & the Alphabeta : 203 points de 24 votants (maximum 12 points de Marie, Kikichouchou, Jérémie, Julien, Yom et Duncky) score identique

Nous offrons donc une première victoire à Israël, devant la Belgique – que nous n’avions pas classée aussi haut depuis 1957 :O Pour la 12ème fois consécutive, nous plaçons le Royaume-Uni dans le Top 5, puisque nous lui attribuons une médaille de bronze. Une belle revanche sur le classement officiel (8 places de mieux), au détriment de l’Irlande qui en perd tout autant. Félicitations donc à Julien, qui trouve notre podium pour la deuxième fois, après 1971.

Beau tir groupé des chansons francophones (Belgique, Luxembourg, Monaco, Suisse et France), toutes dans notre Top 10. En revanche, Autriche, Finlande, Portugal et Norvège réalisent leurs plus mauvais classements ici.

Merci encore pour vos votes, et à ce soir pour une nouvelle Rétrospective !