Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Les vacances permettant de consacrer davantage de temps à ses passions, voici un nouvel épisode de cette rubrique Rétrospectives. Cette fois-ci, nous remontons le temps jusqu’à une édition mythique, qui revêt pour nous Français une importance gigantesque : c’est officiellement la dernière fois que le Concours est remporté par la France. La victoire de trois groupes pop les trois années précédentes a en effet sonné le glas des chansons romantiques ou plus lentes qui nous avaient permis de monter à quatre reprises sur la première marche du podium. Et depuis, c’est une interminable traversée du désert que nous sommes forcés de vivre 🙁 Voici donc le…

22ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 7 mai 1977

en direct du Centre de Conférence de Wembley à Londres (Royaume-Uni)

présenté par Angela Rippon

L’organisation du Concours

Suite à la victoire du groupe Brotherhood of Man l’année précédente, le Royaume-Uni est donc chargé d’organiser la nouvelle édition, établissant ainsi un record avec six prises en charge de la compétition musicale européenne. Originellement, la soirée devait avoir lieu le 2 avril, mais une grève des cameramen de la BBC menace la diffusion de la manifestation. Les Pays-Bas proposent donc d’organiser le Concours pour la deuxième fois consécutive, décision qui choque les cadreurs néerlandais, lesquels déclarent soutenir leurs collègues britanniques – ce que font d’ailleurs les preneurs de vue de tous les diffuseurs européens. Il faut par conséquent attendre la fin du conflit social pour fixer une nouvelle date : ce sera le 7 mai – soit la date la plus tardive pour l’Eurovision depuis 1956. Après le Royal Festival Hall en 1960, les studios de la BBC en 1963 et le Royal Albert Hall en 1968, c’est le Centre de Conférence de Wembley (un auditorium de 2500 places inauguré le 31 janvier précédent par le duc de Kent, cousin germain de la reine Elisabeth II) qui est désigné pour accueillir candidats et spectateurs.

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Une nouvelle salle pour le Concours

Comme deux ans plus tôt à Stockholm, l’ambiance est assez tendue à Londres. En effet, la Tunisie, premier pays africain à intégrer l’UER, est prévue pour passer en 4ème position. Mais apprenant qu’Israël doit aussi participer, elle décide de se retirer – à ce jour, elle n’est d’ailleurs toujours pas revenue. Ensuite, la Norvège apprécie très peu la manière dont on filme sa représentante lors de la traditionnelle carte postale qui doit être diffusée juste avant sa prestation. Pour calmer le jeu, la BBC décide purement et simplement de supprimer toutes les cartes postales et de les remplacer par une ennuyeuse série de plans de l’assistance. Enfin, naît une controverse quand on apprend que les jeunes filles qui doivent chanter pour la Belgique ont prévu de se présenter sur scène habillées d’un haut translucide… On ne sait pas vraiment si cette rumeur est fondée ou si des pourparlers ont été mis en place pour les dissuader de porter de tels vêtements, toujours est-il que leurs costumes de scène n’auront rien de choquant.

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Faux départ pour la Tunisie au Concours

L’édition 1977 établit un record, toujours valable aujourd’hui à ma connaissance : ce n’est pas moins de 10 artistes qui retentent leur chance ! Le duo irlandais The Swarbriggs (candidats en 1975) revient accompagné de deux copines, Michèle Torr (10ème pour le Luxembourg en 1966) représente cette année Monaco, l’Autrichienne Beatrix Neundlinger (membre du groupe The Milestones) fait son retour cinq ans après au sein d’un autre groupe, Fernando Tordo et Paulo De Carvalho (en solo pour le Portugal en 1973 et 1974) font partie de la formation Os Amigos, Ilanit (la première des représentantes d’Israël) croit à nouveau en ses chances et les trois sœurs Maessen (qui ont inauguré l’édition 1970 d’Amsterdam pour leur pays) concourent pour la Belgique avec le mari de l’une d’elles. Du côté des pays candidats, la Suède réintègre la compétition après un an d’absence, et la Yougoslavie – visiblement blessée par le révoltant classement du groupe Ambasadori à La Haye – décide de se retirer (de manière durable puisqu’elle ne reviendra qu’en 1981). C’est donc à nouveau 18 pays qui concourent à Londres.

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Cinq ans d’éclipse yougoslave

Les règles

Le système de vote est inchangé, la révélation des points est également reconduite (avec toujours Marc Menant comme porte-parole du jury français) et l’animation est confiée à Georges de Caunes pour TF1 et TMC, et à André Torrent pour RTL Radio, Terry Wogan pour BBC Radio 2 et Gérard Klein pour France Inter. Le plus grand bouleversement vient de la règle concernant les langues autorisées pour chacun des participants : il est spécifié que les candidats doivent présenter une chanson interprétée dans une des langues officielles du pays. L’Allemagne et la Belgique ayant déjà sélectionné un titre en anglais au moment où cet article est rendu public, il leur est permis de le conserver en l’état.

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André Torrent

La présentation et l’orchestre

La BBC décide de confier l’animation de la soirée à l’une de ses journalistes et animatrices les plus prometteuses : Angela Rippon. Née en 1944 à Plymouth, la jeune femme a commencé sa carrière en tant que photographe au Western Morning News, un quotidien du sud-ouest de l’Angleterre, avant d’entrer à BBC Radio, puis à la télévision, comme reporter. Elle devient en 1975 la première femme à présenter le journal télévisé à une heure de grande écoute, ce qui la rend immédiatement célèbre. Souhaitant diversifier ses activités, elle présente en alternance des programmes de divertissement très variés, allant de l’émission sur la brocante à celle sur l’automobile, en passant par une compétition de danse. Elle officie encore aujourd’hui dans plusieurs programmes de la BBC. L’orchestre est pour sa part dirigé par Ronnie Hazlehurst (1928-2007), qui a donné toute satisfaction lors de sa première apparition à ce poste en 1974.

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Angela Rippon

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir des images aériennes des différentes nations composant le Royaume-Uni : Big Ben et le palais de Westminster pour l’Angleterre, le Forth Bridge et le château d’Édimbourg pour l’Écosse, le château de Caernarvon pour le Pays de Galles et la Chaussée des Géants pour l’Irlande du Nord. Puis, apparaît sur scène Angela Rippon, qui ouvre la compétition en anglais et en français, dans un silence de cathédrale.

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Le château de Caernarvon

1. IRLANDE : It’s nice to be in love again par The Swarbriggs Plus Two

        Paroles et Musique : Tommy & Jimmy Swarbrigg                              Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 20 février 1977 à Dublin

            Très motivés par la 9ème place qu’ils ont obtenue à Stockholm deux ans plus tôt, les frères Swarbrigg décident de proposer à nouveau leur candidature à la chaîne de télévision RTÉ. Cette fois, ils se font accompagner par deux choristes (pour pallier leurs difficultés de leur précédente tentative ?) : Nicola Kerr (déjà choriste de Red Hurley en 1976) et Alma Carroll. Ils remportent largement la sélection nationale, battant ainsi Dickie Rock (candidat irlandais au Concours 1966), Colm C.T. Wilkinson (représentant de l’Île d’Émeraude l’année suivante) et Chips (groupe de la future star Linda Martin). À Londres, ils se taillent un beau succès et décrochent en fin de soirée le podium dont ils rêvaient. Soit.

2. MONACO : Une petite Française par Michèle Torr (née en 1947)

        Paroles : Jean Albertini                     Musique : Paul de Senneville & Olivier Toussaint

Chef d’orchestre : Yvon Rioland        Sélection : interne

            Portée par le succès public des chansons romantiques qui sont devenues sa marque de fabrique (citons Cette fille, c’était moi ou Je m’appelle Michèle), la représentante du Luxembourg au Concours 1966 décide de retenter sa chance pour Monaco, puisque la France ne fait plus appel à elle après ses deux échecs successifs au milieu des années 60. La chanson qu’elle interprète à l’occasion est co-écrite par Olivier Toussaint, futur candidat monégasque en 1978, et marque durablement les esprits, tant par sa composition très originale que par sa mise en scène aux effets de lumière très pensés. Il n’en faut pas plus pour que les jurys soient conquis… et que Michèle Torr enchaîne les tubes pendant les dix années qui vont suivre.

3. PAYS-BAS : De mallemolen par Heddy Lester (née en 1950)

        Paroles : Wim Hogenkamp                  Musique : Frank Affolter       Chef d’orchestre : Harry van Hoof

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 2 février 1977 au Congresgebouw de La Haye

            Étant parvenue à battre en finale nationale Maggie MacNeal (3ème au Concours de Brighton en 1974), Heddy Lester est très vite considérée comme l’une des favorites pour la victoire à Londres. En effet, la chanson que lui a composée son frère Frank ne manque pas de charme (Heddy non plus, il faut bien le reconnaître) et les espoirs sont grands aux Pays-Bas. Malgré cela, le classement final sera assez médiocre, à défaut d’être contestable.

4. AUTRICHE : Boom boom boomerang par Schmetterlinge

[dont Erich Meixner (1944-2013) Étoile au Firmament # 109]

        Paroles : Lukas Resetarits      Musique : Georg Herrnstadt, Herbert Zöchling-Tampier & Dr. Kurt Ostbahn

Chef d’orchestre : Christian Kolonovits                                            Sélection : interne

            Visiblement agacés par les trois succès consécutifs d’ABBA, Teach-In et Brotherhood of Man (créateurs des titres les plus commerciaux de ces dernières années), les membres du défunt groupe The Milestones décident de proposer au Concours un titre très caustique envers ce qu’ils considèrent comme un tournant regrettable dans la musique de l’époque et une dérive inquiétante des maisons de disques. Les paroles sont volontairement ridicules, la chorégraphie singe littéralement celle des vainqueurs sortants et les tenues endossées caricaturent celles portées par certains concurrents des éditions précédentes. Mais il ne fait pas bon être sarcastique au Concours, et les Autrichiens vont le comprendre à leurs dépens en fin de soirée.

5. NORVÈGE : Casanova par Anita Skorgan (née en 1958)

        Paroles : Dag Nordtømme       Musique : Svein Strugstad                 Chef d’orchestre : Carsten Klouman              Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 19 février 1977 à Oslo

            À l’issue de cinq demi-finales régionales, six chansons sont sélectionnées pour la phase terminale du Melodi Grand-Prix. Face à des artistes confirmés de la trempe de Kirsti Sparboe, Benny Borg, Odd Børre ou Nora Brockstedt (tous anciens candidats norvégiens au Concours), c’est la toute jeune Anita Skorgan – pas encore dix-neuf ans – qui l’emporte. Cette victoire, même si elle n’est pas suivie de succès à Londres, va lui mettre le pied à l’étrier dans son pays, qui la verra revenir à la sélection pendant de nombreuses années, en tant qu’interprète, choriste, compositrice ou auteur.

6. ALLEMAGNE : Telegram par Silver Convention

        Paroles : Michael Künze         Musique : Sylvester Levay                  Chef d’orchestre : Ronnie Hazlehurst             Sélection : interne

            Suite à leur deux immenses succès Fly, Robin, Fly et Get up and Boogie (aux paroles simplissimes puisqu’ils ne contiennent que six mots chacun…), le trio disco est repéré par le diffuseur allemand, qui lui soumet une chanson tout aussi légère, au texte écrit par celui qui avait déjà signé Bye bye, I love you en 1974 pour Ireen Sheer avec le succès que l’on sait. Mais quand des ambitions sont aussi clairement affichées, le public – ou les juges – ne suivent pas nécessairement, et le Telegram allemand ne sera pas annonciateur d’une bonne nouvelle pour les trois charmantes jeunes femmes.

7. LUXEMBOURG : Frère Jacques par Anne-Marie B

        Paroles et Musique : Pierre Cour & Guy Béart                                   Chef d’orchestre : Johnny Arthey

            Sélection : interne

            Étonnant tout de même comme de grands noms de la chanson française peuvent parfois être amenés à signer une production musicale désolante… Pierre Cour (parolier de Tom Pillibi, du Chant de Mallory ou de L’Amour est bleu tout de même) associé à Guy Béart (créateur des magnifiques Bal chez Temporel, L’Eau vive, La Vérité ou Il n’y a plus d’après), ça a de la gueule quand même, et c’est très prometteur. Résultat : une chanson stupide, interprétée avec ennui par une chanteuse sans charisme ni voix sur une mise en scène indigente. J’en pleure à chaque écoute.

8. PORTUGAL : Portugal no coração par Os Amigos

        Paroles : José Carlos Ary dos Santos             Musique : Fernando Tordo      Chef d’orchestre : José Calvário

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa

            Préféré au groupe Gemini (qui représentera le Portugal à Paris l’année suivante), Os Amigos tente de convaincre les jurys européens avec cette chanson très patriotique et tendre à la fois. Les auteur et compositeur ne sont pas des inconnus, puisqu’ils ont déjà participé à plusieurs reprises à la compétition (c’est le quatrième titre écrit par José Carlos Ary dos Santos depuis 1969, et Fernando Tordo était présent à Luxembourg en 1973). Malgré cela, la sauce ne prend pas, et c’est à nouveau un classement très médiocre pour le pays d’Amalia Rodrigues.

9. ROYAUME-UNI: Rock bottom par Lynsey De Paul (1948-2014) [Etoile au Firmament # 120] & Mike Moran (né en 1948)

        Paroles et Musique : Lynsey De Paul & Mike Moran                           Chef d’orchestre : Ronnie Hazlehurst

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe le mercredi 9 mars 1977 à Londres

            Elle aussi victime de la grève qui devait repousser au mois de mai la finale du Concours, la sélection britannique présentée par Terry Wogan n’est finalement diffusée qu’à la radio. Face à Lyn Paul (membre du groupe The New Seekers, candidat à Édimbourg en 1972), le duo formé par Lynsey et Mike se fait remarquer par son titre très enjoué et par sa mise en scène originale (c’est la première fois que deux pianistes doivent se produire sur la scène de l’Eurovision). Le grand soir, cette impression d’innovation et d’élégance est renforcée par le chef d’orchestre lui-même, qui, vêtu d’un complet et porteur d’un chapeau melon à l’image des financiers de la City, dirige les musiciens à l’aide d’un long parapluie ! Il est très vite évident que Rock bottom ne va pas passer inaperçu…

10. GRÈCE : Mathema solfege par Pascalis (né en 1946), Mariánna (1952-2018), Robert (né en 1949) & Bessy (née en 1957)

        Paroles : Sevy Tillaku             Musique et Chef d’orchestre : Giorgos Hatzinasios              Sélection : interne

            Pour la première fois en trois participations, la Grèce décide d’envoyer un groupe au Concours. Étrangement, la formation n’a pas de nom (ce qui aurait été bien plus pratique à mon sens), mais conserve les noms de ses membres. Le  titre proposé est frais, léger, entraînant… et la meilleure proposition grecque de l’histoire du Concours, à en croire les jurys. Il faudra en effet attendre 2001 pour que le pays obtienne un meilleur classement ! Et Mathema solfege reste l’une des quatre chansons intégralement chantées en grec les mieux classées depuis 1974 (toutes atteignant la 5ème place).

11. ISRAËL : Ha ’ava hi shir Lishnayim par Ilanit (née en 1947)

        Paroles : Edna Peleg               Musique et Chef d’orchestre : Eldad Shrem                        Sélection : interne

            Toujours à la recherche d’un premier succès, l’état hébreu décide de confier à nouveau la charge de représenter le pays à Ilanit, la toute première candidate israélienne en 1973. Mais l’effet de surprise qui a fonctionné quatre ans plus tôt est éventé, et force est de constater que ce deuxième titre est bien moins puissant qu’Ey sham, malgré tout le professionnalisme de la jeune femme. Ce sera donc une nouvelle déception pour Israël à l’issue de la période de vote.

12. SUISSE : Swiss lady par Pepe Lienhard Band

        Paroles et Musique : Peter Reber                                          Chef d’orchestre : Peter Jacques     

Sélection : 1ère place à la finale suisse le mercredi 19 janvier 1977 à Zurich

            La 4ème place obtenue par Peter, Sue & Marc à La Haye l’année précédente a visiblement motivé les troupes suisses, puisque la finale nationale voit s’affronter Véronique Müller, Piera Martell, Paola (trois anciennes représentantes helvètes au Concours) et Carole Vinci (candidate suisse en 1978). Mais c’est un groupe qui l’emporte, avec une chanson écrite et composée par Peter Reber – justement l’un des trois artistes du trio Peter, Sue & Marc. Eux aussi se font remarquer à Londres, puisque ce sont les premiers (et les seuls si ma mémoire ne me fait pas défaut) à jouer du cor des Alpes. Comme quoi il n’était pas nécessaire dans les années 70 d’en appeler à la pop suédoise pour obtenir un Top 10…

13. SUÈDE : Beatles par Forbes

        Paroles : Sven-Olof Bagge      Musique : Clæs Bure               Chef d’orchestre : Anders Berglund

            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 26 février 1977 à Stockholm

            Pour son retour à la compétition, la Suède dégaine en 1977 la pire de toutes les chansons qu’elle ait jamais envoyée au Concours. Mal composée, mal écrite, mal interprétée, cette horreur musicale – pourtant un hommage authentique au plus grand groupe de pop de l’histoire de la musique – a remporté haut la main la sélection suédoise, où concouraient pourtant Svante Thuresson (candidat suédois en 1966) et Tomas Ledin (futur représentant de son pays en 1980). Les jurys européens ne s’y tromperont pas en offrant aux Forbes une dernière place bien méritée !

14. ESPAGNE : Enseñame a cantar par Micky (né en 1943) 

        Paroles et Musique : Fernando Arbex           Chef d’orchestre : Rafael de Ibarbia Serra

            Sélection : interne

            Très déçue depuis plusieurs années de ne plus être capable de retrouver les magnifiques classements qu’elle a obtenus entre 1966 et 1973, la TVE fait appel au populaire Micky, dont elle espère qu’il va emmener l’Espagne très haut grâce à sa bonne humeur, son allant et sa joie de vivre. La chanson est effectivement enjouée, légère, parfaite pour faire remuer sur sa chaise… mais Micky manque tout de même de charisme, le comble pour un titre si dansant. Encore une déconvenue pour le pays de Massiel et Salomé.

15. ITALIE : Libera par Mia Martini (1947-1995) [Étoile au Firmament # 30]

        Paroles : Luigi Albertelli      Musique : Salvatore Fabrizio              Chef d’orchestre : Maurizio Fabrizio           

Sélection : interne

            Puisque la RAI ne se décide toujours pas à puiser dans le célèbre Festival de la Chanson Italienne de San Remo pour y trouver son représentant pour le Concours, Mia Martini semble le choix idéal pour défendre les couleurs nationales à l’Eurovision. Une présence indéniable, une voix remarquable, un investissement exemplaire dans ses chansons… Tout cela est vrai, mais encore faut-il que le titre proposé soit à la hauteur de l’artiste. Et c’est là que le bât blesse, car Libera est une chanson bien faible pour une interprète de cette qualité. Les jurys européens ne la distingueront d’ailleurs pas lors de la phase de votes.

16. FINLANDE : Lapponia par Monica Aspelund (née en 1946)

        Paroles : Monica Aspelund      Musique : Aarno Raninen                    Chef d’orchestre : Ossi Runne          

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le mardi 22 février 1977 à Helsinki

            Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens à l’époque (et encore nombre d’observateurs aujourd’hui), le Concours Eurovision dans les années 70 ne propose pas la même musique déclinée dans toutes les langues. La preuve en est ce titre on ne peut plus finlandais interprété de voix de maître par Monica Aspelund. On peut ne pas aimer, mais force est de constater qu’il ne coche aucune des cases dans la liste des archétypes attendus. En finale nationale, il avait d’ailleurs battu une chanson présentée par le premier groupe gitan de Finlande. Si ça, ce n’est pas de la diversité ! Dans ces conditions, bien peu de chances de gagner pour Lasse Mårtenson, Seija Simola ou Viktor Klimenko (tous anciennes ou futures Eurostars).

17. BELGIQUE : A million in one, two, three par Dream Express

[dont Patricia Maessen (1952-1996) Étoile au Firmament # 34]

        Paroles et Musique : Luc Smets                                                        Chef d’orchestre : Alyn Ainsworth   

Sélection : 1ère place à Eurosong le samedi 5 février 1977 à Bruxelles

            Pour cette 22ème édition du Concours, la Belgique prouve qu’elle est passée maître en recyclage. Plutôt que de sélectionner un des deux autres groupes qualifiés pour sa finale nationale (dont Two Man Sound, créateur du mythique Charlie Brown), les téléspectateurs flamands préfèrent avoir recours aux sœurs Maessen (candidates pour les Pays-Bas en 1970) et à leur mari et beau-frère Luc Smets, auteur-compositeur de la chanson A million in one, two, three. De même, le diffuseur fait appel à Alyn Ainsworth, chef d’orchestre qui avait mené Brotherhood of Man à la victoire un an plus tôt. Mais comme toujours, ce qui marche une fois ne fonctionne pas l’année suivante… et la Belgique récolte en fin de soirée moitié moins de points que la chanson gagnante.

18. FRANCE: L’oiseau et l’enfant par Marie Myriam (née en 1957)

        Paroles : Joe Gracy                Musique : Jean-Paul Cara                   Chef d’orchestre : Raymond Donnez 

Sélection : 1ère place à la finale française le dimanche 6 mars 1977 à Paris

Une superbe 2ème place ayant couronné les efforts français en 1976, le même schéma de sélection est choisi l’année suivante : deux demi-finales, puis une finale, toutes trois présentées par Évelyne Leclercq (assistée cette fois-ci de Patrick Sébastien et d’Yves Lecoq). Et comme un an plus tôt, c’est une chanson co-écrite par Jean-Paul Cara qui est désignée pour représenter la France. Tout le monde espère une victoire, le texte est magnifiquement écrit, la musique est puissante, la voix de la jeune Marie Myriam impressionne sur l’introduction a capella, les choristes (à nouveau les frères Costa) sont excellents… Et quel cadeau ce serait pour l’interprète, qui doit fêter son 20ème anniversaire le lendemain, si elle venait à l’emporter !

L’entracte

            Les 18 chansons candidates ayant été interprétées, Angela Rippon revient sur scène d’un pas athlétique pour expliquer en anglais et français comment le vote va se dérouler. Elle rappelle aussi que tous les artistes candidats ce soir ont pu se rencontrer la semaine précédente dans un restaurant de Londres, pour y discuter et sympathiser. Et tout cela au son du jazz, comme le public et les téléspectateurs vont pouvoir le faire maintenant grâce à Acker Bilk (1929-2014) et ses Paramount Jazz Men. Clarinettiste célèbre dès les années 1960, Bilk avait signé un tube énorme en 1962, Stranger on the Shore, qui était demeuré 50 semaines dans les charts britanniques et avait décroché la première place du Billboard américain.

Le vote et les résultats

            P L A C E S C O R E   I R L   M O N     N E D   A U T   N O R   A L L   L U X   P O R   U K   G R È   I S R     S U I   S U È     E S P   I T A   F I N     B E L   F R A
IRL 3 119   8 1 5 12 5 8 1 12 10 12 8 12 4 8   3 10
MON 4 96 5     8 1 6 1 6 7 12 2 6 10 8 12 5 2 5
NED 12 35 3 3             1 1 1 7   1     10 8
AUT 17 11   5     2         3           1    
NOR 14 18             3 2 2       1   5   5  
ALL 8 55 1 1 3 2     2 8 8 8 5   5 5 6     1
LUX 16 17 2                         7   8    
POR 14 18   2 2     1           4     3     6
UK 2 121   12 7 12 7 10 12 12     8   8 3 2 4 12 12
GRÈ 5 92   10 10 4 4 4 6 10 5   3 1 7 12 1 6 6 3
ISR 11 49 7 7 5 3 5             10 3 6     1 2
SUI 6 71 6     10 10   5 4 4 6 4       4 10 8  
SUÈ 18 2           2                        
ESP 9 52     6 1   7 7   3 4   3     7 7 7  
ITA 13 33 8 6       3   3       2   2   2   7
FIN 10 50 12   4 6 8         2 7 5 2         4
BEL 7 69 4   12   6 8 4 7 10 5 6   4     3    
FRA 1 136 10 4 8 7 3 12 10 5 6 7 10 12 6 10 10 12 4  

Pour la 2ème année consécutive, des problèmes et irrégularités apparaissent dans les votes. Ainsi, à l’issue du vote monégasque, le scrutateur Clifford Brown (comme Angela Rippon l’a précisé quelques minutes plus tôt) n’hésite pas à rappeler à l’ordre les responsables du tableau de votes, qui n’ont pas affiché les 14 points récoltés par la France. Puis, c’est le porte-parole néerlandais qui fait remarquer qu’à ce stade, son pays comptabilise 6 points et non 5… mais la modification n’est toujours pas faite quand le président du jury britannique clôt son vote ! ! ! Très réactif, Clifford Brown se manifeste enfin avant qu’Angela n’appelle le 10ème porte-parole… celui de la Grèce.

Le pire reste à venir : le jury grec octroie 4 points à deux pays, l’Autriche et l’Espagne… et nul ne réagit, y compris Clifford Brown dont c’est la mission principale. De son côté, Israël ne les donne à personne, forçant la présentatrice à rappeler le porte-parole présent à Jérusalem. Enfin, la France attribue 3 points à la Grèce ET à Israël, et 1 point à l’Autriche ET à la Belgique, dans l’indifférence générale puisque tout est plié pour le podium final. Il faudra attendre la fin de la retransmission, comme en 1976, pour que les irrégularités soient corrigées.

La France remporte ainsi une 5ème victoire, établissant un record qui tiendra 17 ans (à égalité avec le Luxembourg, puis l’Irlande quelques années plus tard). Elle reçoit des points de tous les pays, ce qui n’est le cas d’aucun autre participant. Le Royaume-Uni échoue pour la 10ème fois de son histoire sur la deuxième marche du podium – se consolant avec le fait qu’il se voit attribuer six fois la note maximale. L’Irlande 3ème se rapproche de la victoire tant espérée, Monaco 4ème brille de ses (presque) derniers feux et la Grèce 5ème semble prendre rendez-vous pour un prochain podium. A contrario, le Luxembourg, l’Autriche et la Suède obtiennent le plus mauvais classement de leur histoire.

Dans les coulisses, Marie Myriam est en larmes, félicitée par ses adversaires, et néanmoins camarades, européens. Elle met donc un certain temps à gagner la scène, où l’attendent Angela Rippon et les notables qui doivent lui remettre sa médaille. En chemin, elle aide un jeune caméraman à se relever après qu’il est tombé à la renverse en la filmant en marche arrière. Bref, une victoire renversante 😉 Puis, suivant la tradition, elle interprète une nouvelle fois L’Oiseau et l’enfant. Dans les semaines qui vont suivre le Concours, le titre va faire un carton en France, où il obtiendra un double disque d’or et un disque de platine, et dans toute l’Europe, grâce aux versions que la jeune fille enregistrera en anglais, allemand, espagnol, portugais et italien (voir à ce sujet le très bon article rédigé il y a quelques mois par notre ami Nico).

Mon Top 10

            Une fois n’est pas coutume, pas de grosse différence entre mon classement personnel et celui des jurys de 1977. Quelques inversions sont simplement à remarquer. En revanche, j’ai dû placer dans mon Top 10 des titres que je trouve finalement assez moyens, car seuls les quatre premiers me plaisent vraiment.

  1. ROYAUME-UNI : Rock bottom par Lynsey De Paul & Mike Moran
  2. FRANCE : L’Oiseau et l’enfant par Marie Myriam
  3. MONACO : Une petite Française  par Michèle Torr
  4. ESPAGNE : Enseñame a cantar par Micky
  5. ALLEMAGNE : Telegram par Silver Convention
  6. IRLANDE : It’s nice to be in love again par The Swarbriggs Plus Two
  7. FINLANDE : Lapponia par Monica Aspelund
  8. BELGIQUE : A million in one, two, three par Dream Express
  9. ISRAËL : Ha ‘ava hi shir Lishnayim par Ilanit
  10. SUISSE : Swiss lady par Pepe Lienhard Band

Lanterne rouge : AUTRICHE : Boom boom boomerang par Schmetterlinge

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 7 mars à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Comme la semaine dernière, nous avons été 29 à voter pour cette édition, et nous avons à nouveau couronné le vainqueur officiel. Aucun suspense d’ailleurs, les scores sont sans appel… même si la 3ème place s’est jouée à un cheveu et que d’autres (entre la 5ème et la 8ème, ou entre la 10ème et la 15ème) ont été très disputées. Découvrons donc notre classement commun :

18. Portugal : Portugal no coração par Os Amigos : 28 points de 8 votants (maximum 8 points) – 4 places par rapport à Londres

17. Suède : Beatles par Forbes : 30 points de 5 votants (maximum 10 points) + 1 place

16. Norvège : Casanova par Anita Skorgan : 35 points de 11 votants (maximum 7 points) – 2 places

15. Luxembourg : Frère Jacques par Anne-Marie B : 41 points de 7 votants (maximum 12 points de Philippe 2) + 1 place

14. Espagne : Enseñame a cantar par Micky : 41 points de 12 votants (maximum 10 points) – 5 places

13. Pays-Bas : De mallemolen par Heddy Lester : 44 points de 8 votants (maximum 10 points) – 1 place

12. Italie : Libera par Mia Martini : 48 points de 13 votants (maximum 7 points) + 1 place

11. Autriche : Boom boom boomerang par Schmetterlinge : 50 points de 9 votants (maximum 12 points de Juju) + 6 places !

10. Belgique : A million in one, two, three par Dream Express : 62 points de 14 votants (maximum 8 points) – 3 places

9. Irlande : It’s nice to be in love again par The Swarbriggs Plus Two : 74 points de 16 votants (maximum 10 points) – 6 places

8. Grèce : Mathema solfege par Pascalis, Mariánna, Robert & Bessy : 116 points de 22 votants (maximum 12 points de Pauline) 3 places

7. Allemagne : Telegram par Silver Convention : 119 points de 24 votants (maximum 10 points) + 1 place

6. Suisse : Swiss lady par Pepe Lienhard Band : 120 points de 20 votants (maximum 10 points) score identique

5. Israël : Ha ‘ava hi shir Lishnayim par Ilanit : 122 points de 22 votants (maximum 12 points de Phileurophage) + 6 places !

4. Monaco : Une petite Française par Michèle Torr : 133 points de 24 votants (maximum 12 points d’Yvonne) score identique

3. Finlande : Lapponia par Monica Aspelund : 138 points de 21 votants (maximum 12 points de Pascal) + 7 places !

2. Royaume-Uni : Rock bottom par Lynsey De Paul & Mike Moran : 177 points de 26 votants (maximum 12 points de Gérald, Nico et Francis) score identique

  1. France : L’oiseau et l’enfant par Marie Myriam : 304 points de 28 votants (maximum 12 points de Garfieldd, Picasso, RV, Miss Louisa, Yom, tHEO, Minsk, Julien, Jérémie, Sakis, Benoît, Gaël, Taron, PLG, Denez, Lolotte, Zipo, Arnaud, Betty et Duncky) score identique

Une 5ème victoire donc pour la France, qui récolte le plus grand nombre de 12 points depuis 1956 (vingt exactement!!!). Nous retrouvons deuxième le Royaume-Uni, à qui nous offrons donc un 11ème Top 5 consécutif – ce qui est impressionnant. Nous complétons le podium par la Finlande, que nous n’avions jamais placée aussi haut. Par conséquent, podium inédit, que seul Benoît a pressenti 🙂

La Grèce réalise également son meilleur classement, alors que l’Italie se classe hors du Top 10 pour la première fois depuis 1967, et que Norvège, Suède et Portugal marquent cette édition d’une pierre noire avec des rangs très bas rarement atteints.

Voilà pour aujourd’hui. J’espère que vous avez pris plaisir à voter pour cette édition londonienne. La prochaine rétrospective devrait arriver d’ici deux semaines, si les conseils de classe m’en laissent le temps. J’ai déjà hâte de connaître vos opinions sur les titres présentés à Paris 🙂