Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Après une absence de quelques semaines, les Rétrospectives des anciens Concours (plus passionnantes et instructives que jamais ?) reviennent à la charge pour vous demander votre avis sur tous ces artistes, dont certains sont aujourd’hui injustement oubliés. Alors, au milieu des différentes révélations pour la prochaine édition prévue en mai à Rotterdam, voici le…

21ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 3 avril 1976

en direct du Centre des Congrès de La Haye (Pays-Bas)

présenté par Corry Brokken

L’organisation du Concours

Après la victoire du groupe Teach-In en 1975, il est assez vite décidé que le Concours suivant sera organisé dans une nouvelle ville des Pays-Bas, après Hilversum en 1958 et Amsterdam en 1970. C’est La Haye, siège du gouvernement néerlandais, qui est désignée pour recevoir la plus grande compétition musicale d’Europe, au Centre des Congrès (Congresgebouw) plus précisément, une salle inaugurée en 1969 – célèbre pour les quatre victoires ex-aequo évoquées il y a quelques semaines, et accessoirement année de naissance de l’auteur de ces lignes.

Le Centre des Congrès de La Haye

Les attentes sont grandes de la part des fans européens, qui espèrent voir battu à nouveau le record de participants établi l’année précédente. Mais la Suède décide de se retirer, sans aucun doute parce que l’UER n’a pas encore statué sur le financement partagé du Concours. Impossible pour le pays d’ABBA d’envisager d’organiser à ses propres frais une nouvelle édition, elle préfère donc déclarer forfait. Elle est remplacée par l’Autriche, qui fait son grand retour après trois années d’absence. La Grèce réintègre également la compétition, mais avec une chanson au caractère hautement politique (comme vous le lirez plus bas) qui déplaît foncièrement à la Turquie – laquelle claque la porte pour cette édition. La brèche ainsi ouverte permet à Malte de revenir sur sa participation, sans qu’aucune explication ne soit donnée, alors que l’archipel avait déjà sélectionné sa chanson : Sing your song, country boy interprétée par Enzo Guzman (qui joue vraiment de malchance après sa première désillusion de 1974). Enfin, le Liechtenstein propose d’envoyer à La Haye Biggi Bachmann et son titre Little cowboy… mais la principauté ne disposant pas de service de diffusion affilié à l’UER, la permission de participer lui est refusée. Bref, ce qui aurait pu être un Concours à 22 se résume à une compétition à 18.

En ce qui concerne les récidivistes, quatre retentent leur chance : le trio suisse Peter, Sue & Marc revient cinq ans après leur premier essai, la Néerlandaise Sandra Reemer et le Finlandais Fredi croient une deuxième fois en leurs chances d’obtenir un bon classement, et la Norvégienne Anne Karine Strøm s’entête avec une troisième participation en quatre éditions.

Les règles

Le système de vote adopté l’année précédente ayant semblé faire l’unanimité, il est reconduit pour 1976 : chaque jury national attribue les 12, 10, 8, 7… et 1 points à ses dix chansons préférées, à l’exception de celle de son propre pays, évidemment. Les votes sont à nouveau donnés dans l’ordre où les titres ont été interprétés, par différents porte-parole comme par exemple Marc Menant pour la France. Les commentateurs changent un peu, et les fans peuvent donc bénéficier des lumières de Willem Duyn (alias Mouth, représentant des Pays-Bas en 1974) pour la télévision néerlandaise, et de Patrice Laffont ou André Torrent pour les radios française et luxembourgeoise, France Bleu et RTL.

Patrice Laffont

La présentation et l’orchestre

C’est à une grande première que les spectateurs vont assister en 1976. En effet, le diffuseur néerlandais demande à Corry Brokken – qui avait représenté son pays aux trois premières éditions du Concours (remportant même celle de 1957) – d’assurer la présentation de la soirée. Cela inspirera de nombreuses autres chaînes de télévision à l’avenir, qui auront elles aussi recours à d’anciennes Eurostars pour animer la compétition. Citons par exemple Gigliola Cinquetti et Toto Cutugno, Marie N, Eldar Gasimov ou Måns Zelmerlöw, pour ne nommer que les grands gagnants. Ce sera pour Corry sa dernière prestation artistique avant longtemps, puisque 1976 verra l’ancienne vedette de la chanson entreprendre des études de droit qui lui permettront de devenir avocate, puis juge. Elle reviendra au monde de la musique dans les années 1990 avec un succès qu’auraient pu lui envier nombre de jeunes femmes en attente de reconnaissance publique. L’orchestre, pour sa part, est dirigé par Jan Stulen (1942-2017), en remplacement de Dolf van der Linden, qui ne souhaite plus officier comme il l’a fait en 1958 et 1970.

Corry Brokken

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir des images des rues de La Haye, qui montrent les lieux les plus connus de la ville, ainsi que l’arrivée de la célèbre reine Juliana et de son mari, le prince Bernhard, au Congresgebouw. Puis, apparaît sur scène Corry Brokken (1932-2016), qui ouvre la soirée en néerlandais, français (d’une grande qualité) et anglais – et tout cela sans aucune fiche et avec un plaisir très communicatif !

La reine Juliana et le prince Bernhard

1. ROYAUME-UNI : Save your kisses for me par Brotherhood of Man

        Paroles et Musique : Tony Hiller, Lee Sheridan, Martin Lee & Martin Barnes          

Chef d’orchestre : Alyn Ainsworth

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe le mercredi 25 février 1976 au Royal Albert Hall de Londres

            Après de nombreuses années où le représentant du Royaume-Uni était choisi par la BBC, ce sont de grandes vedettes qui se présentent à la sélection britannique. Parmi elles, Frank Ifield qui avait mis le pied à l’étrier aux Beatles au début des années 60 ou Tony Christie, dont la carrière s’étend sur six décennies. Mais c’est un groupe qui remporte la finale nationale, Brotherhood of Man. La victoire est très disputée car le groupe Co-Co (futur candidat britannique en 1978) ne termine qu’à deux points des gagnants. Pour l’heure, le groupe de Martin Lee et de Lee Sheridan fait sensation en ouvrant le Concours sur un titre tendre et enjoué, porté par une chorégraphie qui va marquer à vie les fidèles du Concours… et d’autres artistes pendant des années.

2. SUISSE : Djambo Djambo par Peter, Sue & Marc

        Paroles et Musique : Peter Reber                                                     Chef d’orchestre : Mario Robbiani

            Sélection : 1ère place à la finale suisse le mercredi 14 janvier 1976 à Lugano

            Après trois échecs consécutifs, le trio réussit enfin à obtenir son billet pour le Concours avec le secret espoir d’améliorer son classement de 1971. Peter, Sue & Marc dament ainsi le pion à Henri Dès (candidat suisse en 1970) et Anita Traversi (représentante helvète en 1960 et 1964), qui caressaient le même rêve. Tout est mis en œuvre pour marquer les esprits : un titre interprété en anglais (alors qu’il l’était en allemand à Lugano), le recours à plusieurs musiciens dont un clown, des tenues d’époque dont tout le monde aurait honte aujourd’hui… Bref, un mélange assez indigeste à mes oreilles, mais qui va atteindre le but escompté : une place parmi le Top 5. Classement qui m’échappe totalement.

3. ALLEMAGNE : Sing, sang, song par Les Humphries’ Singers

[dont Jimmy Bilsbury (1942-2003) Étoile au Firmament # 57]

        Paroles : Kurt Hertha             Musique : Ralph Siegel                       Chef d’orchestre : Les Humphries

            Sélection : 2ème place à Ein Lied für Den Haag le dimanche 1er février 1976 à Francfort-sur-le-Main

            Parce qu’elle avait déjà été interprétée devant un public quelques semaines plus tôt (ce qui contrevenait aux règles du Concours), la chanson gagnante, Der Star de Tony Marshall, est disqualifiée et c’est le titre arrivé deuxième qui finalement représente l’Allemagne à La Haye. Pour respecter le règlement qui impose un effectif maximal aux groupes, on réduit le nombre de membres de treize à six – ce qui perturbe forcément les interprètes et explique sûrement la contre-performance le soir du 3 avril. Piera Martell, Ireen Sheer et Lena Valaitis, toutes trois anciennes ou futures Eurostars, peuvent donc l’avoir mauvaise après leur échec à Francfort. Mais les espoirs sont grands de la part du diffuseur allemand, qui fait confiance au jeune compositeur de la chanson, Ralph Siegel, qui s’était illustré pour le Luxembourg deux ans plus tôt.

4. ISRAËL : Emor shalom par Chocolate, Menta, Mastik

        Paroles : Ehud Manor             Musique et Chef d’orchestre : Matti Caspi               Sélection : interne

            Ayant sympathisé lors de leur service militaire, Ruti Holzman, Yardena Arazi et Leah Lupatin décident d’unir leurs voix et de s’engager dans le monde de la musique. Choix judicieux, puisque le diffuseur israélien leur demande de représenter leur pays au Concours. Le texte de la chanson, un peu cul-cul la praline à mon goût, est l’œuvre d’Ehud Manor, qui a déjà signé les paroles d’Ey sham et d’At va’ ani. Les espoirs ne seront pas déçus en fin de soirée… et Yardena Arazi commencera grâce à cette soirée une longue et fructueuse carrière, avec trois ans plus tard la charge de présenter le Concours de Jérusalem. Le moins que l’on puisse dire est que Corry Brokken lui a porté chance 😛

5. LUXEMBOURG : Chansons pour ceux qui s’aiment par Jürgen Marcus (1948-2018)

        Paroles : Fred Jay & Vline Buggy        Musique : Jack White                        Chef d’orchestre : Jo Plée                 Sélection : 1ère place à la finale luxembourgeoise

            Pour la première fois depuis vingt ans, le Luxembourg décide d’organiser une finale nationale. Bien peu d’informations à ce sujet sont encore disponibles, mais on se demande juste comment le Grand-Duché a pu sélectionner ce jeune chanteur allemand alors que l’Italien Gianni Nazarro et surtout le mythique groupe Il était une fois étaient tous deux candidats… Alors oui, les paroles sont de Vline Buggy, qui avait déjà signé le texte de Tu te reconnaîtras, et Jürgen Marcus avait échoué en sélection allemande les deux années précédentes, ce qui prouve sa motivation, mais la chanson est d’une pauvreté… Le premier soliste de la soirée ne récoltera d’ailleurs que peu de votes, ce qui me semble parfaitement justifié.

6. BELGIQUE : Judy et Cie par Pierre Rapsat (1948-2002) [Étoile au Firmament # 55]

        Paroles : Eric van Hulse                      Musique : Pierre Rapsat          Chef d’orchestre : Michel Bernholc               Sélection : 1ère place à la finale belge le mercredi 21 janvier 1976

            Le contraste ne peut pas être plus grand entre les deux chanteurs qui se succèdent, alors que tous deux représentent des pays francophones. Après le schlager luxembourgeois assourdissant, place à la douceur et à l’émotion du grand chanteur qu’était Pierre Rapsat. Pas d’effet dans sa prestation, uniquement de la pureté et de la simplicité, justement reconnues lors de la période de votes. Personnellement, il me manquait tout de même une petite envolée pour intégrer mon Top 10 mais c’est indiscutablement un titre marquant de la part du Plat Pays.

7. IRLANDE : When par Red Hurley (né en 1947)

        Paroles et Musique : Brendan J. Graham                                          Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 8 février 1976 à Dublin

            Comme c’était souvent le cas quelques années plus tôt, la finale irlandaise est très disputée en 1976, avec d’anciennes et de futures Eurostars. Ainsi, the Swarbriggs tentent de gagner un deuxième billet consécutif, face aux futurs représentants de la Verte Erin, Cathal Dunne ou Linda Martin (au sein de son groupe Chips). Mais c’est Red Hurley qui l’emporte sur un texte de Brendan J. Graham, lequel signera deux titres gagnants dans les années 1990. Pour l’heure, l’Irlande a un peu plus de mal au Concours…

8. PAYS-BAS : The party is over now par Sandra Reemer (1950-2017)

        Paroles et Musique : Hans van Hemert                                              Chef d’orchestre : Harry van Hoof   

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 18 février 1976 au Congresgebouw de La Haye

            Après la très belle 4ème place obtenue au Concours 1972, Sandra et Andres avaient signé quelques beaux succès dans leur pays. Autant dire que la jeune femme avait été extrêmement surprise d’apprendre que son acolyte souhaitait ne plus se consacrer qu’à la production. Décidée à poursuivre seule sa carrière, Sandra propose au diffuseur néerlandais une chanson écrite et composée par Hans van Hemert, déjà à l’origine de Als het om de liefde gaat et de I see a star. Quelle n’est donc pas sa stupéfaction le 18 février de voir Andres se présenter à la sélection avec sa nouvelle compagne, Rosy. C’est évidemment avec une grande émotion qu’elle voit sa chanson l’emporter… avec deux fois plus de voix que son ancien partenaire et nouveau rival.  

9. NORVÈGE : Mata Hari par Anne Karine Strøm (née en 1951)

        Paroles : Philip A. Kruse                     Musique et Chef d’orchestre : Frode Thingnæs

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 7 février 1976 à Oslo

            Recalant pour la troisième année consécutive le malchanceux Jahn Teigen (pourtant candidat avec trois chansons), les Norvégiens préfèrent envoyer à nouveau au Concours une grande habituée de la compétition. Anne Karine Strøm a en effet déjà participé en 1973 au sein du groupe The Bendik Singers (au côté de son parolier Philip Kruse) et un an plus tard en solo – date à laquelle elle avait décroché la dernière place. Soutenue par son chef d’orchestre de mari, la jeune femme croit très fort à son titre… on se demande donc bien pourquoi elle a choisi cette tenue disco très dalidesque et ces lunettes surdimensionnées pour interpréter une chanson dont le titre évoque la célèbre espionne néerlandaise (ça, en revanche c’est osé) de la Première Guerre Mondiale. Il n’en fallait pas moins pour se retrouver à nouveau en bas de tableau 🙁

10. GRÈCE : Panaghia mou, panaghia mou par Mariza Koch (née en 1944)

        Paroles : Michael Fotiades                 Musique : Mariza Koch                       Chef d’orchestre : Mike Rozakis            Sélection : interne

            Toujours profondément ulcérée par l’invasion de Chypre par les forces militaires turques, la Grèce décide de revenir au Concours avec une chanson au texte polémique et hautement politique. Son interprète, la chanteuse folk germano-grecque Mariza Koch, se lance dans une véritable mélopée qui dénonce cette agression inadmissible et totalement ignorée par la communauté internationale. La Turquie ne pouvait que se retirer de la compétition, ce qu’elle fait sans coup férir. Ce qui étonne ici, c’est plutôt que l’UER ait laissé passer une telle revendication dans un Concours qu’elle déclare depuis toujours vouloir apolitique…

11. FINLANDE : Pump-Pump par Fredi (né en 1942) & the Friends

        Paroles : Pertti Reponen                     Musique : Matti Kalevi Siitonen         Chef d’orchestre : Ossi Runne                        Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 31 janvier 1976 à Helsinki

            De retour neuf ans après sa première participation, Fredi – tout aussi méconnaissable physiquement que son titre est différent de celui de 1967 – est accompagné à La Haye de plusieurs musiciens et choristes, dont une des sœurs Koivisto, déjà présente à Dublin en 1971. Il a aisément battu ses adversaires à la finale finlandaise (dont Markku Aro, Monica Aspelund et Kirka, deux futures Eurostars) avec cette chanson qu’il faut prendre pour ce qu’elle est : un titre léger, dont la seule prétention est d’amuser et de faire danser. On est loin de Mariza Koch LOL Peut-être un peu trop loin quand même 😛

12. ESPAGNE : Sobran las palabras par Braulio (né en 1946)

        Paroles et Musique : Braulio Antonio García Bautista                                   Chef d’orchestre : Juan Barcons           

Sélection : 1ère place à Eurofestival le dimanche 15 février 1976 à Madrid

            Opposé à treize autres artistes qui, comme lui, interprètent deux titres chacun lors de la finale nationale, le jeune auteur – compositeur – interprète espagnol est désigné par le public pour représenter son  pays au Concours. C’est le premier (et le seul) de la soirée, mais peu lui sauront gré de ce talent multiple et les jurys resteront insensibles au charme du blond hidalgo. Je les comprends.

13. ITALIE : We’ll live it all again par Romina (née en 1951) & Al Bano (né en 1943)

        Paroles : Romina Power & Albano Carrisi        Musique : Detto Mariano        Chef d’orchestre : Maurizio Fabrizio

            Sélection : interne

            Fidèle à sa politique mise en place depuis plusieurs années, la RAI décide à nouveau d’ignorer les participants du célèbre Festival de San Remo et préfère sélectionner en interne ses représentants pour le Concours 1976. C’est cette fois-ci Al Bano et son épouse Romina (fille des célèbres acteurs Tyrone Power et Linda Christian) qui sont choisis. Encore une fois, l’Italie a eu le nez creux puisqu’elle décroche un nouveau Top 10 et permet au couple de se lancer dans une carrière internationale qui va durer de longues années. We’ll live it all again sera d’ailleurs adapté en français sous le nom T’aimer encore une fois.

14. AUTRICHE : My little world par Waterloo (né en 1945) & Robinson (né en 1947)

        Paroles et Musique : Gerhard Heinz              Chef d’orchestre : Erich Kleinschuster         Sélection : interne

            Pour son grand retour au Concours, l’Autriche souhaite proposer un titre marquant. Les deux chanteurs, Waterloo et Robinson, ne cachent pas leur désir de présenter au public une chanson légère, amusante et entraînante. Leur look est d’ailleurs à l’image de l’impression qu’ils veulent laisser, celle d’un duo qu’on ne peut oublier et qui marque les esprits. Bref, offrir une prestation qui attire l’œil et l’oreille. Cela leur réussira magnifiquement en ce 3 avril… et plus tard car les deux garçons enregistreront des disques jusqu’à 2004 ! Personnellement, mon premier plaisir coupable de toute l’histoire du Concours 😀

15. PORTUGAL : Uma flor de verde pinho par Carlos Do Carmo (né en 1939)

        Paroles : Manuel Alegre                      Musique : José Niza               Chef d’orchestre : Thilo Krassman           

Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le dimanche 7 mars 1976 à Lisbonne

            Sélectionné en interne par le diffuseur portugais, Carlos Do Carmo interprète huit titres à la finale nationale. C’est le dernier qui est choisi par le public, avec 25% des voix (contre 24% pour Novo fado alegre). Le succès sera bien moindre à La Haye, où la chanson se classera dans la moitié droite du tableau. Un nouvel échec donc pour le compositeur José Niza, après A festa da vida et E depois de adeus. Pourtant, la musique est sublime et la voix très belle, mais seuls des lusophones à mon sens peuvent apprécier complètement ce genre de titre, et le Concours n’était pas encore prêt à l’époque à se laisser séduire.

16. MONACO : Toi, la musique et moi par Mary Cristy (née en 1952)

        Paroles : Gilbert Sinoué                                 Musique : Georges Costa        Chef d’orchestre : Raymond Donnez           

            Sélection : interne

            Très peu de renseignements sont aujourd’hui disponibles sur le Net à propos de la contribution monégasque au Concours 1976. Seul fait marquant : la chanson est composée par Georges Costa, l’un des deux frères – choristes les plus célèbres de la chanson française des années 1970 – 1980 (on l’a vu par exemple derrière Anne-Marie David en 1973, la première de ses seize interventions eurovisionnesques). Je ne sais pas si le titre faisait partie des favoris, mais ce sera un triomphe pour Mary Cristy en deuxième partie de soirée.

17. FRANCE : Un, deux, trois par Catherine Ferry (née en 1953)

        Paroles : Jean-Paul Cara                        Musique et Chef d’orchestre : Tony Rallo    

Sélection : 1ère place à la finale française le dimanche 29 février 1976 à Paris

            Après l’élimination en demi-finale de la double représentante au Concours Isabelle Aubret, six artistes parviennent en finale, dont Jean Guidoni et Catherine Ferry. En fin d’émission, Évelyne Leclercq annonce le résultat des appels téléphoniques : c’est Catherine Ferry qui a été élue par le public. Elle se rend donc aux Pays-Bas, avec son petit ami d’alors, Daniel Balavoine, que l’on voit bien parmi les choristes avec son frère Bernard. Ce sera un triomphe pour la jeune femme, et le début d’une belle carrière, quoique médiatiquement éphémère. Daniel Balavoine lui écrira d’ailleurs quelques années plus tard son deuxième grand tube, Bonjour Bonjour.

18. YOUGOSLAVIE : Ne mogu skriti svoju bol par Ambasadori

        Paroles : Slobodan Đurašović                         Musique : Slobodan Vujović    Chef d’orchestre : Esad Arnautalić           

Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le samedi 21 février 1976 à Opatija

Comme à son habitude, la sélection yougoslave voit s’affronter de nombreux groupes, parmi lesquels Dubrovacki Trubaduri et Pepel in Kri (candidats pour leur pays en 1968 et 1975 respectivement). Mais c’est une autre formation qui l’emporte, Ambasadori, qui réussit donc à son troisième essai. La chanson est sublime et passe en dernière position, Ismeta Dervoz-Krvavać est magnifique et sa voix est superbe, la musique renferme toute la beauté et la nostalgie de l’âme slave… mais termine dernière à l’issue des votes. L’un des plus grands scandales de toute l’histoire du Concours, à mon sens, qui explique l’absence consécutive de la Yougoslavie pendant cinq ans.

L’entracte

            Les 18 chansons candidates ayant été interprétées et la NOS ayant grevé pour des années son budget fleurs (des bouquets ont en effet été remis à chacun des artistes sur scène à l’issue de sa prestation), Corry Brokken revient sur scène pour rappeler en néerlandais, français (toujours aussi parfait) et anglais comment le vote va maintenant se dérouler. En attendant la révélation des points par les porte-parole, elle laisse la place au Dutch Swing College Band, une formation spécialisée dans le dixieland née le 5 mai 1945 et toujours active 75 ans plus tard (mais avec des musiciens différents, hein !). Public et téléspectateurs assistent également à de petites interviews, dont celle de Catherine Ferry, par un journaliste néerlandais dans ce que nous appellerions aujourd’hui la green room.

Le vote et les résultats

            P L A C E S C O R E   U K   S U I     A L L   I S R   L U X   B E L   I R L   N E D   N O R   G R È   F I N     E S P   I T A   A U T   P O R   M O N     F R A   Y O U
UK 1 164   12 8 12 8 12 3 10 12 12 10 12 4 10 12 10 7 10
SUI 4 91 12   5 4 1 7 1 6 10 2 7 4   8 7 4 6 7
ALL 15 12   2     2 1           2         2 3
ISR 6 77 6 7 3   7 5 4 2 7   8 1 10 6 2 1   8
LUX 14 17           6 6 5                    
BEL 8 68 7 6   1       4 6   12   8 3 8 8 5  
IRL 10 54 10   1 3 3         8   5 12 2   6 3 1
NED 9 56   4 4 8 4 4 2   1 7   3 2 4 6 2   5
NOR 18 7               3             4      
GRÈ 13 20           2         4   5   1   8  
FIN 11 44 2   6 6     5 1 4     6   7   7    
ESP 16 11 3                 1     3     3 1  
ITA 7 69 1 8   2     12   3 10 6     1 10   10 6
AUT 5 80 4 3 10 10 5 3 10 7 2 6 5 8       5   2
POR 12 24         6         4 1   1       12  
MON 3 93 5 5 7 7 12 8 8 8 5   2 7 7 5 3     4
FRA 2 147 8 10 12 5 10 10 7 12 8 5 3 10 6 12 5 12   12
YOU 17 10   1 2             3             4  

Le Royaume-Uni remporte donc une 3ème victoire, recevant des points de tous les jurys (dont sept qui lui attribuent leurs douze points). C’est un record, puisque le pays récolte plus de 80% des voix ! ! ! La France suit à la deuxième place, elle aussi avec des votes de tous les pays, dont cinq fois la note maximale (il faudra attendre Amir en 2016 pour que ce total de points soit battu). Plus loin, nous retrouvons Monaco 3ème et la Suisse 4ème. Très joli triplé des pays francophones, donc. La Belgique n’est pas loin non plus, seul le Luxembourg est aux abonnés absents.

Remarque : le père spirituel de Jon Ola Sand, Clifford Brown, n’a pas vu que le jury français avait oublié d’attribuer ses quatre points. Il entérine donc la procédure, abandonnant la Yougoslavie à la dernière place. Mais des réclamations adressées post-Concours révèlent que la France souhaitait les donner à Ambasadori, qui sont donc crédités de ces voix supplémentaires, permettant au pays slave de repasser devant la Norvège. Résultat : Anne Karine Strøm devient la première artiste, et la seule à ce jour, à terminer deux fois dernière du Concours :O

Getty Kaspers

Corry Brokken appelle alors sur scène Getty Kaspers, la chanteuse du groupe Teach-In vainqueur l’année précédente, pour qu’elle remette à Brotherhood of Man leur médaille, faisant de la formation britannique le troisième groupe consécutif à monter sur la plus haute marche du podium. Puis, suivant la tradition, les quatre gagnants interprètent une nouvelle fois Save your kisses for me. Dans les semaines qui vont suivre le Concours, le titre va faire un carton dans toute l’Europe, et même se classer dans les charts américains. Au Royaume-Uni, ils vendront même plus de disques qu’ABBA avec Dancing Queen ou qu’Elton John et Kiki Dee avec Don’t Go Breaking my Heart !

Mon Top 10

            Même si globalement on retrouve dans mon Top 10 des titres très bien classés à La Haye, trois différences notoires sont à relever : Ne mogu skriti svoju bol (que j’aime plus que tous les autres titres présentés par la Yougoslavie), Sing Sang Song et Mata Hari, qui ne méritaient pas de tels camouflets.

  1. ROYAUME-UNI : Save your kisses for me par Brotherhood of Man
  2. YOUGOSLAVIE: Ne mogu skriti svoju bol par Ambasadori
  3. FRANCE : Un, deux, trois  par Catherine Ferry
  4. AUTRICHE : My little world par Waterloo & Robinson
  5. MONACO : Toi, la musique et moi par Mary Cristy
  6. ITALIE : We’ll live it all again par Romina & Al Bano
  7. PAYS-BAS : The party is over now par Sandra Reemer
  8. ALLEMAGNE : Sing, Sang, Song par Les Humphries’ Singers
  9. ISRAËL : Emor shalom par Chocolate, Menta, Mastik
  10. NORVÈGE : Mata Hari par Anne Karine Strøm

Lanterne rouge : LUXEMBOURG : Chansons pour ceux qui s’aiment par Jürgen Marcus

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 29 février à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 29 cette semaine à proposer notre Top 10 pour l’édition 1976, ce qui est un bel effectif en cette période de sélections nationales et de révélations de titres choisis en interne. Comme vous allez le voir, notre podium est sans surprise, et nous couronnons pour la 14ème fois le vainqueur officiel. En revanche, il y a quelques disparités à remarquer. Bon, je ne vous fais pas attendre plus longtemps. Voici le compte à rebours :

18. Luxembourg : Chansons pour ceux qui s’aiment par Jürgen Marcus : 15 points de 3 votants (maximum 10 points) – 4 places par rapport à La Haye

17. Suisse : Djambo Djambo par Peter, Sue & Marc : 36 points de 10 votants (maximum 8 points) – 13 places !!!!!!!!

16. Espagne : Sobran las palabras par Braulio : 45 points de 13 votants (maximum 8 points) score identique

15. Finlande : Pump-Pump par Fredi & the Friends : 46 points de 12 votants (maximum 10 points) – 4 places

14. Irlande : When par Red Hurley : 56 points de 11 votants (maximum 10 points) – 4 places

13. Allemagne : Sing, Sang, Song par Les Humphries’ Singers : 59 points de 14 votants (maximum 8 points) + 2 places

12. Norvège : Mata-Hari par Anne Karine Strøm : 62 points de 15 votants (maximum 12 points de Juju) + 6 places

11. Grèce : Panaghia mou, panaghia mou par Mariza Koch : 66 points de 12 votants (maximum 12 points de RV et Minsk) + 2 places

10. Autriche : My little world par Waterloo & Robinson : 66 points de 13 votants (maximum 12 points d’Arnaud) – 5 places

9. Portugal : Uma flor de verde pinho par Carlos Do Carmo : 72 points de 14 votants (maximum 12 points de Gérald) + 3 places

8. Belgique : Judy et Cie par Pierre Rapsat : 95 points de 15 votants (maximum 12 points de nos deux Philippe, Phileurophage et PLG) score identique

7. Italie : We’ll live it all again par Romina & Al Bano : 96 points de 18 votants (maximum 10 points) score identique

6. Israël : Emor shalom par Chocolate, Menta, Mastik : 97 points de 17 votants (maximum 10 points) score identique

5. Pays-Bas : The party is over now par Sandra Reemer : 98 points de 19 votants (maximum 12 points de Garfieldd) + 4 places

4. Yougoslavie : Ne mogu skriti svoju bol par Ambasadori : 131 points de 23 votants (maximum 12 points de Jérémie et Florian) + 13 places !!!!!!!

3. Monaco : Toi, la musique et moi par Mary Cristy : 161 points de 25 votants (maximum 12 points de Benoît et Yvonne) score identique

2. France : Un, deux, trois par Catherine Ferry : 232 points de 28 votants (maximum 12 points de Sakis, Yom, Zipo et Lolotte) score identique

  1. Royaume-Uni : Save your kisses for me par Brotherhood of Man : 249 points de 28 votants (maximum 12 points de Louisa, Marie, Pauline, Kikichouchou, tHEO, Julien, Denez, Taron, Betty, Pascal, Gaël, Duncky et Francis!!!) score identique

Beaucoup de scores identiques, donc, en particulier pour le podium… avec des écarts de points conséquents, toutefois. De grosses différences aussi, avec la chute vertigineuse de la Suisse et le magnifique classement de la Yougoslavie (Je vous ai déjà dit que je vous aime, mes lecteurs? Bah voilà qui est fait!). Luxembourg, Suisse et Espagne n’avaient jamais été si mal classés, en revanche.

Félicitations aux deux finauds qui ont deviné le podium final : j’ai nommé Betty et Pascal, dont c’est la 3° étoile après 1961 et 1972 ! Merci à tous pour votre intérêt pour cette rubrique et pour votre implication active. Et rendez-vous ce soir pour la Rétrospective 1977 🙂