Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Les vacances étant le moment idéal pour écrire et publier de nouveaux articles, voici un autre numéro de notre rubrique Rétrospectives. Aujourd’hui, c’est peut-être à l’édition la plus célèbre du Concours que je vous invite. Célèbre pour son gagnant, célèbre pour le retrait d’un des pays fondateurs, célèbre pour une de ses chansons devenue le point de départ d’une révolution, célèbre pour ses artistes déjà reconnus dans toute l’Europe… ou en voie de l’être. Bref, une édition qui a marqué l’esprit de tous les téléspectateurs et a permis au plus fameux concours de chant européen d’acquérir une gloire qui ne s’est jamais démentie depuis. Voici donc le…

19ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 6 avril 1974

en direct du Dome de Brighton (Royaume-Uni)

présenté par Katie Boyle

L’organisation du Concours

Bien qu’Anne-Marie David ait permis au Luxembourg de remporter le Concours l’année précédente pour la deuxième fois consécutive, le Grand-Duché annonce bien vite qu’il n’organisera pas l’édition 1973 pour des raisons financières. Comme d’habitude (après 1960, 1963 et 1972), le Royaume-Uni se porte volontaire et désigne Brighton, ville de la côte sud de l’Angleterre, comme ville-hôtesse. Et c’est au Brighton Dome, construit au début du XIX° siècle pour le futur roi Georges IV, qu’échoit l’honneur de recevoir artistes et spectateurs.

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Le Brighton Dome

Contrairement aux années précédentes où chacun des pays participants avait organisé sa propre émission de présentation avant le grand soir, le 19ème concours voit l’Allemagne réaliser une émission de preview qui sera diffusée dans toute l’Europe… à l’exception du Royaume-Uni lui-même qui diffuse son propre programme. Chacun des 18 artistes qui postulent au titre suprême y est présenté, y compris la Française Dani et sa chanson La vie à vingt-cinq ans. Malheureusement, le décès du président Georges Pompidou le 2 avril et ses obsèques trois jours plus tard (donc, la veille de la grande finale) provoquent le retrait de la France – ce qui ne s’était jamais produit pour ce pays fondateur depuis 1956. Le nombre de nations inscrites ne change toutefois pas puisque la Grèce décide de faire son entrée dans la compétition. Il aurait pu même être supérieur si Malte n’avait pas retiré, pour des raisons restées obscures, la chanson qu’elle avait sélectionnée, Paći fid dinja, interprétée par Enzo Guzman.

En ce qui concerne les artistes effectivement présents à Brighton, plusieurs font leur retour : Anne Karine Strøm représente la Norvège pour la deuxième année consécutive (accompagnée du groupe The Bendik Singers dont elle faisait partie un an plus tôt), Romuald (troisième pour Monaco en 1964 et onzième pour le Luxembourg en 1969)… et surtout Gigliola Cinquetti, la quatrième gagnante du Concours à retenter sa chance (après Lys Assia, Corry Brokken et Isabelle Aubret). Toute l’Europe va pouvoir à nouveau admirer la jeune femme – excepté son pays, qui estime que le titre de sa chanson, Si, pourrait influencer le public italien pour le référendum sur la loi sur le divorce prévu un mois plus tard !

Les règles

Le système de vote instauré en 1971 est abandonné sans qu’aucune raison ne soit avancée. À la place, l’UER décide de revenir à l’ancien système (dix jurés par pays, chargés d’attribuer un point à leur chanson préférée) et un tirage au sort détermine pour la première fois l’ordre dans lequel les votes seront révélés. Ceux de Monaco seront d’ailleurs annoncés par Sophie Hecquet, qui représentera la principauté au Concours 1975. Enfin, l’article du règlement qui permet aux artistes de choisir la langue d’interprétation de leur titre est reconduit – ce qui incite certains à réécrire entièrement le texte de leur chanson, parfois avec succès…

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Sophie Hecquet

La présentation et l’orchestre

Comme pour les trois éditions londoniennes (1960, 1963 et 1968), c’est Katie Boyle qui est engagée pour animer la soirée. La grande professionnelle qu’elle était remplit sa mission à la perfection… et d’autant mieux qu’elle réussit à dissimuler toute la soirée un problème de taille (admirez le jeu de mot, chers lecteurs !) : la robe qu’on lui a demandé de porter se révèle transparente à la caméra, ce qui fait que tout le monde peut distinguer ses sous-vêtements. Trop tard pour faire venir une autre tenue, on lui impose donc de retirer ses dessous ! ! ! Les plumes de son col cachent aisément sa poitrine, mais Katie devra à chacune des ses apparitions dissimuler sous ses fiches  la partie de sa robe située juste sous la taille :O

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Katie Boyle

Loin de ces considérations vestimentaires, Ronnie Hazlehurst (1928-2007) dirige l’orchestre de la BBC, pour laquelle il travaille depuis 1961. Rendu célèbre dans son pays pour les très originaux génériques d’émissions qu’il a composés, on lui demandera également d’écrire la musique de la cérémonie des Jeux Olympiques de Montréal, en 1976.

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Ronnie Hazlehurst

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, les téléspectateurs peuvent voir défiler peintures, dessins, photos et vidéos qui évoquent le riche passé de la magnifique ville de Brighton (the Pavilion, the Pier…). Puis apparaît la superbe Katie, dans sa robe orange qui fera tellement parler d’elle, laquelle annonce en anglais et en français que 500 millions de personnes sont devant leur écran dans toute la planète. De quoi détendre les artistes qui patientent en coulisses 😛 La première carte postale est alors lancée, celle de la…

1. FINLANDE : Älä mene pois [Keep me warm] par Carita (née en 1954)

        Paroles : Frank Robson           Musique : Eero Koivistoinen                Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 16 février 1974 à Helsinki

            Après deux demi-finales qui ont vu les éliminations de plusieurs Eurostars (Kirka, Marion Rung, Seija Simola et Lasse Mårtenson), la toute jeune Carita Holmström se retrouve face à sept adversaires (dont Markku Aro, candidat finlandais au Concours 1971). Sa chanson, Älä mene pois, l’emporte nettement mais subit, comme d’autres titres candidats à Brighton, un traduction en anglais qui ne lui portera pas chance. Ce sera en effet en fin de soirée une deuxième partie de tableau pour Keep me warm, dont le refrain n’est pas à la hauteur des très bons couplets.

2. ROYAUME-UNI : Long live love par Olivia Newton-John (née en 1948)

        Paroles et Musique : Valerie Avon & Harold Spiro                            Chef d’orchestre : Nick Ingman

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe le samedi 23 février 1974 à Londres

            Comme Sandie Shaw et Lulu qui l’ont précédée en tant que représentantes pour le Royaume-Uni, l’Australienne Olivia Newton-John n’est guère convaincue par le titre que le public a choisi parmi les six qu’elle a interprétés en finale nationale. Elle avoue même à un fan qui lui souhaite bonne chance qu’elle aura besoin de bien plus que de la chance pour défendre un pareil titre à Brighton. Toujours est-il que sa prestation le grand soir est parfaite (appuyée par les excellentes choristes qui accompagnaient Sandie Shaw en 1967 et portée par un public déchaîné) et que cette chanson, dédiée à l’Armée du Salut, va être un tremplin indiscutable pour la future star de Grease.

3. ESPAGNE : Canta y sé feliz par Peret (1935-2014)

        Paroles et Musique : Pedro Pubill Calaf                                            Chef d’orchestre : Rafael de Ibarbia Serra

            Sélection : interne

            Sélectionné en interne par la chaîne nationale espagnole, Peret espère bien suivre l’exemple de tous les participants hispaniques au Concours depuis 1966 (ou presque). Malheureusement, le titre très enlevé qu’il a lui-même écrit et composé ne fait guère naître l’enthousiasme, malgré une volonté certaine de se démarquer de la musique pop très présente en ce 6 avril. Ce relatif échec n’est en tout cas que le premier d’une longue série à venir.

4. NORVÈGE : The first day of love par Anne Karine Strøm (née en 1951)

        Paroles : Philip A. Kruse         Musique et Chef d’orchestre : Frode Thingnæs

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 16 février 1974 à Oslo

            Ayant remporté la sélection norvégienne de deux petits points, Anne Karine, l’une des chanteuses de The Bendik Singers (la deuxième est arrivée à la troisième place du MGP), s’envole donc pour Brighton avec la chanson gagnante. Ses espoirs sont grands, car les paroles de Hvor er du ont été totalement modifiées par l’un des frères Kruse lors du passage à l’anglais, et semblent plus susceptibles de plaire à un public international. On compte aussi sur le charme de la jeune femme, plus évident que celui de Jahn Teigen (l’autre interprète du titre à la finale nationale), et sur ses capacités de chanteuse, qui ont permis à la Norvège de décrocher un Top 10 en 1973. La chute sera douloureuse… et totalement injustifiée.

5. GRÈCE : Krassi, thalassa ke t’agori mou par Marinella (née en 1938)

        Paroles : Pythagoras               Musique et Chef d’orchestre : Giorgos Katsaros                  Sélection : interne

            Pour sa première participation, la Grèce sélectionne le groupe Nostradamos pour la représenter, mais parce que deux de ses membres sont soupçonnés d’avoir violé une de leurs fans, décision est prise de confier le soin de défendre les couleurs grecques à l’une des plus grandes vedettes de l’époque, Marinella. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la jeune femme n’interprète pas ce soir-là une rumba d’amour, mais un titre typiquement hellénique, sans recours au triangle cher à son parolier (bon OK ça, c’est tiré par les cheveux…). Pour un coup d’essai, ce ne sera pas un coup de maître, mais quelle magnifique langue que le grec et quel plaisir d’écouter le bouzouki !

6. ISRAËL : Natati la khaiai par Poogy

        Paroles : Danny Sanderson & Alon Oleartchik                                               Musique : Danny Sanderson   

Chef d’orchestre : Yoni Rechter                                                                   Sélection : interne

            Après une chanteuse pour sa première participation en 1973, l’État hébreu confie le soin de défendre les couleurs du pays à un groupe pop très connu en Israël. Keveret, rebaptisé Poogy pour l’occasion, a un look assez particulier (rien que pour leurs débardeurs en laine qui me rappellent les pires heures de mon enfance, je leur donnerais sans hésitation un anachronique prix Barbara Dex), mais le style proposé est encore une fois très différent de ce que l’on entend toute la soirée. C’est sûrement ce qui vaudra à la formation une place tout à fait honorable à l‘issue des votes.

7. YOUGOSLAVIE : Generacija ‘42 par Korni Grupa [dont Vladimir Furduj (1945-2015)]

        Paroles et Musique : Kornelije Kovać                                                            Chef d’orchestre : Zvonimir Skerl

            Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le samedi 2 mars 1974 à Opatija

            Contrairement à Zdravko Čolić et au groupe Indeksi, la formation du pianiste Kornelije Kovać parvient à se qualifier pour la finale yougoslave, où elle se retrouve face à deux anciennes Eurostars : Eva Sršen et Tereza Kesovija. Elle la remporte largement et se présente à Brighton très hésitante : dans quelle langue interpréter leur titre ? En anglais ou dans sa version originale en bosniaque ? Selon le commentateur britannique, David Vine, le groupe n’avait pas encore pris sa décision avant le grand soir. Ce sera finalement la langue du pays qui sera préférée, choix discutable au vu du résultat final.

8. SUÈDE : Waterloo par ABBA

        Paroles : Stikkan Anderson                Musique : Benny Andersson & Björn Ulvæus  

Chef d’orchestre : Sven-Olof Walldoff       

            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 9 février 1974 à Stockholm

            Tout à la fois déçus et motivés par la troisième place obtenue l’année précédente par leur titre Ring Ring, les quatre membres du groupe nouvellement nommé ABBA (acronyme des initiales de leurs prénoms respectifs) remportent haut la main la sélection suédoise et se présentent grands favoris à Brighton avec la version anglaise de leur titre. Ils y apportent en effet un son moderne, pour une prestation (tant vocale que scénique) qui dépoussière à jamais un Concours que certains commencent à considérer comme un peu suranné. La victoire leur semble promise, tout le monde en est persuadé. Comme du fait que cette soirée britannique va être un tremplin évident pour une carrière internationale qui ne peut qu’être éblouissante. Remarque : c’est la première fois depuis 1956 que le chef d’orchestre qui accompagne les artistes revêt un costume… en l’occurrence une tenue et un bicorne très napoléoniens, forcément judicieux.

9. LUXEMBOURG : Bye bye, I love you par Ireen Sheer (née en 1949)

        Paroles : Michael Kunze                     Musique : Ralph Siegel                       Chef d’orchestre : Charles Blackwell

            Sélection : interne

            C’est avec une pression énorme que la chanteuse britannique Ireen Sheer monte sur scène. En effet, elle est chargée par le diffuseur luxembourgeois de faire ce qu’aucun pays n’a réussi à faire jusqu’à maintenant : apporter un troisième succès consécutif à un pays participant, ce qui ferait du Grand-Duché le recordman absolu du nombre de victoires. La jeune femme y met tout son cœur et son professionnalisme (avec deux N, Mme Vallaud-Belkacem) mais ne parvient pas à faire la passe de trois, malgré son accent excessivement charmant. En revanche, elle et son compositeur vont se faire tellement remarquer qu’ils ne tarderont pas à être rappelés par le diffuseur allemand. Mais cela est une autre histoire…

10. MONACO : Celui qui reste et celui qui s’en va par Romuald (né en 1938)

        Paroles : Michel Jourdan                   Musique : Jean-Pierre Bourtayre         Chef d’orchestre : Raymond Donnez                        Sélection : interne

            Comme à son habitude, Monaco sort les grands moyens afin d’obtenir le meilleur résultat possible pour cette nouvelle édition du Concours. On demande en effet à Romuald, déjà détenteur d’un podium pour la principauté en 1964, d’interpréter une chanson extrêmement romantique, sur une musique de Jean-Pierre Bourtayre – celui-là même qui avait composé Un banc, un arbre, une rue trois ans plus tôt. Le résultat ne sera pas à la hauteur des attentes, même si le classement final sera plus qu’honorable. Mais après la tempête suédoise, comment encore présenter un titre romantique ?

11. BELGIQUE : Fleur de liberté par Jacques Hustin (1940-2009) [Étoile au Firmament # 83]

        Paroles : Franck F. Gérald                  Musique : Jacques Hustin                  Chef d’orchestre : Pierre Chiffre                        Sélection : 1ère place à Six chansons avec Jacques Hustin le lundi 14 janvier 1974

            Troisième pays consécutif à présenter un titre en français ce soir-là, la Belgique propose quelque chose de radicalement différent : un artiste avec un vrai univers interprétant une chanson au texte intelligent, extrêmement bien écrit et ne comportant aucun la la la ou you you you… Mais le temps semble déjà passé pour ce genre musical, auquel les jurys préfèrent des titres plus dansants et commerciaux. Dommage.

12. PAYS-BAS : I see a star par Mouth (1937-2004) [Étoile au Firmament # 65] & MacNeal (née en 1950)

        Paroles : Gerrit den Braber                Musique : Hans van Hemert                Chef d’orchestre : Harry van Hoof           

Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 27 février 1974 à Utrecht

            Persuadés de pouvoir réitérer le succès obtenu deux ans plus tôt par Sandra & Andres, les Pays-Bas décident d’inviter à nouveau un couple à porter leurs couleurs en Angleterre. On fait appel à deux artistes déjà célèbres dans leur pays : la blonde Maggie MacNeal et l’impressionnant Big Mouth, alias Willem Duyn (qui présente d’ailleurs l’émission de sélection, dont ils sont les seuls participants). Ik zie een ster (écrit et composé par ceux qui avaient déjà signé Katinka, Fernando en Philippo, Ringe-dinge, Tijd… et Als het om de liefde gaat) écrase littéralement les deux autres titres soumis au vote, et se voit adapté en anglais le grand soir sous le titre I see a star. Tout va marquer le public : la chanson, bien sûr, mais aussi le look des artistes, leurs voix si différentes… jusqu’aux marionnettes à leur effigie et l’orgue de Barbarie qui fait sa première apparition sur scène, un an après l’accordéon de Ben Cramer. Comment rater un podium dans ces conditions ?

13. IRLANDE : Cross your heart par Tina Reynolds

        Paroles et Musique : Paul Lyttle                                                                   Chef d’orchestre : Colman Pearce

            Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 10 février 1974 à Dublin

            Parce que Maxi avait finalement accepté d’interpréter Do I dream ? à Luxembourg, le diffuseur irlandais invite Tina Reynolds (qui avait donc passé la soirée dans sa chambre d’hôtel en 1973) à participer à la sélection nationale du pays de Dana (na na na na). Elle y interprète huit titres, dont un  sort nettement vainqueur avec trois fois plus de votes que celui arrivé deuxième : Cross your heart. Mais à Brighton, c’est la catastrophe : Tina Reynolds, qui a été victime quelques semaines plus tôt d’un terrible accident de la route, ne parvient pas à retenir les paroles de sa chanson. Elle pense pallier le problème en les écrivant dans les paumes de ses mains. Mais en raison du stress, leur moiteur les efface… et la pauvre Tina en est réduite à chanter des la la la à chaque fois qu’elle est en panne. Bon OK, ce n’est pas la première (ni la dernière) à lalater au Concours, ses trous de mémoire passent donc inaperçus auprès des jurys, qui lui offrent une 7ème place en fin de soirée. Mieux que Maxi, du coup.

14. ALLEMAGNE : Die Sommermelodie par Cindy (née en 1948) & Bert (1945-2012) [Étoile au Firmament # 102]

        Paroles : Kurt Feltz                Musique et Chef d’orchestre : Werner Scharfenberger       Sélection : interne

            Suite à la décision du diffuseur allemand de ne sélectionner aucune des chansons qui lui ont été soumises (pour plus de détails, lire l’article que j’ai consacré à Bert dans ma rubrique Étoiles au Firmament), le duo, qui n’avait pas été retenu les deux années précédentes, se voit confier la charge d’interpréter Die Sommermelodie à Brighton. Le moins que l’on puisse dire est que cette chanson sera aussi ignorée des jurys que du couple d’artistes lui-même, qui refusera qu’elle soit commercialisée.

15. SUISSE : Mein Ruf nach dir par Piera Martell (née en 1947)

        Paroles, Musique et Chef d’orchestre : Pepe Ederer           

Sélection : 1ère place à la finale suisse le jeudi 24 janvier 1974

            Comme Patrick Juvet l’avait fait l’année précédente, Piera Martell empêche par sa victoire à la sélection suisse le trio Peter, Sue & Marc de revenir au Concours. De manière assez incompréhensible, la jeune femme va laisser complètement indifférents les jurés internationaux pour ne finir que bonne dernière, ex-aequo avec trois autres pays. Certainement la faute à ce terrible système de vote, dont l’UER avait pourtant eu la très bonne idée de se débarrasser trois ans plus tôt.

16. PORTUGAL : E depois do adeus par Paulo De Carvalho (né en 1947)

        Paroles : José Niza                                        Musique et Chef d’orchestre : José Calvário                       

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le jeudi 7 mars 1974 à Lisbonne

            Opposé à neuf adversaires (dont José Cid, futur candidat lusitanien au Concours 1980), Paulo De Carvalho remporte avec plus de 100 voix d’avance la sélection portugaise. Son titre, écrit et composé par le duo à l’origine de A festa da vida de Carlos Mendes deux ans plus tôt, devient vite un énorme succès au Portugal. Le titre sera d’ailleurs tellement diffusé sur les ondes qu’il sera même utilisé le soir du 24 avril 1974 pour lancer l’appel à la révolution des militaires contre le dictateur Salazar. C’est par conséquent le seul des titres candidats au Concours à être devenu un hymne révolutionnaire ! En attendant, personne ne le pressent à Brighton, puisque Paulo arrive dernier, comme ses homologues norvégien, allemand et suisse.

17. ITALIE : Si par Gigliola Cinquetti (née en 1947)

        Paroles et Musique : Mario Panzeri, Daniele Pace, Lorenzo Pilat & Corrado Conti    

Chef d’orchestre : Gianfranco Monaldi         Sélection : interne

            Ignorant à nouveau les artistes ayant participé au Festival de la Chanson Italienne de San Remo, la RAI décide d’en appeler à la seule artiste transalpine à avoir remporté le Concours à ce jour : l’immense vedette Gigliola Cinquetti. On lui propose d’interpréter une chanson co-écrite par Mario Panzeri, qui avait déjà signé Amami se vuoi en 1956 et Non ho l’età en 1964. Bref, un petit nouveau dans le monde de la musique. Même si aucun téléspectateur italien ne pourra le voir, la diva va une seconde fois monter sur le podium – ce qu’aucun autre vainqueur n’avait réussi à faire depuis Isabelle Aubret en 1968.

L’entracte

            Les 17 chansons candidates ayant été interprétées, Katie Boyle revient sur scène pour annoncer en anglais et en français que le temps est maintenant venu pour que les jurys votent. En attendant, elle laisse la place à une vidéo où apparaissent les Wombles, un groupe de musiciens déguisés comme les personnages du programme pour enfants éponyme. Très connue dans les années 1970, la formation va enregistrer de nombreux disques, qui rencontreront un succès certain.

Le vote et les résultats

            Katie Boyle rappelle alors comment les jurys ont attribué leurs voix. Puis, elle précise qu’avant chaque annonce de vote, les connections sont coupées avec les porte-paroles dans chaque pays afin que nul ne sache comment ses homologues ont réparti leurs points. Enfin, commence la partie la plus stressante de la soirée : la révélation des votes.

            P L A C E S C O R E   F I N   L U X   I S R   N O R   U K   Y O U   G R È   I R L   A L L   P O R   N E D     S U È   E S P   M O N   S U I     B E L     I T A
FIN 13 4     2   1     1                  
UK 4 14 1         4 1 1 2           1 1 3
ESP 9 10   1   2         1 2 1     3      
NOR 14 3                       1   1   1  
GRÈ 11 7                   1 4 2          
ISR 7 11         2     1   2 2 1         3
YOU 12 6 1                 1     1     1 2
SUÈ 1 24 5 1 2 2   1   1 2 1 3   1   5    
LUX 4 14     2     2 1 3 1       1 1   1 2
MON 4 14   2 1 1       1 2 1   1 2   1 2  
 BEL 9 10   3   2     5                    
NED 3 15 1   1 1   3 2 1 1 1   3       1  
IRL 7 11   2 1 2 1             2 2 1      
ALL 14 3             1               1 1  
SUI 14 3         1       1             1  
POR 14 3                         1   2    
ITA 2 18 2 1 1   5     1   1     2 4   1  

À l’issue d’un scrutin qui a mis en lumière un retour du regrettable vote de voisinage, la Suède est déclarée gagnante. Sa victoire ne souffre d’aucune contestation, comme le prouvera d’ailleurs le succès de Waterloo dans les charts du monde entier durant les semaines qui suivront le Concours. L’Italie termine deuxième et les Pays-Bas troisièmes, un point devant le Royaume-Uni, le Luxembourg et Monaco. Le très mauvais système de vote place en bas de tableau quatre pays – ce qui n’avait plus été le cas depuis 1965.

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Sir Charles Curran

Le groupe ABBA est donc appelé sur scène par Katie Boyle, sous les applaudissements fournis du public. La tenante du titre, la Française Anne-Marie David, étant absente pour cause de deuil national, c’est Sir Charles Curran (1921-1980), Directeur Général de la BBC et Président de l’UER, qui remet leurs médailles à Stikkan Anderson… puis, Björn Ulvæus et Benny Andersson, un moment bloqués dans les coulisses par les membres de la sécurité qui ne les ont pas reconnus :O Puis, comme le veut la tradition, le groupe réinterprète Waterloo.

Mon Top 10

            Beaucoup de titres de cette édition me plaisent vraiment, et je les écoute encore régulièrement aujourd’hui. Le Concours de Brighton est donc pour moi la première grande édition de cette compétition musicale.

  1. SUÈDE : Waterloo par ABBA
  2. ROYAUME-UNI : Long live love par Olivia Newton-John
  3. LUXEMBOURG : Bye bye, I love you  par Ireen Sheer
  4. PAYS-BAS : I see a star par Mouth & MacNeal
  5. IRLANDE : Cross your heart par Tina Reynolds
  6. MONACO : Celui qui reste et celui qui s’en va par Romuald
  7. ITALIE : Si par Gigliola Cinquetti
  8. BELGIQUE : Fleur de liberté par Jacques Hustin
  9. NORVÈGE : The first day of love par Anne Karine Strøm
  10. SUISSE : Mein Ruf nach dir par Piera Martell

Lanterne rouge : YOUGOSLAVIE : Generacija ‘42 par Korni Grupa

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 4 janvier à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été cette semaine 32 à nous prononcer sur le Concours 1974 – soit autant que pour l’édition 1971. Très peu de suspense, puisque les deux premiers ont occupé ces places depuis le début des votes sans en être délogés. En revanche, un nouveau record de points est établi par le vainqueur, qui pulvérise le score de Séverine. Mais révélons maintenant les résultats :

17. Allemagne : Die Sommermelodie par Cindy & Bert : 18 points de 6 votants (maximum 6 points) – 3 places par rapport à Brighton, et toujours dernière

16. Suisse : Mein Ruf nach dir par Piera Martell : 50 points de 13 votants (maximum 8 points) – 2 places, mais plus dernière

15. Espagne : Canta y sé feliz par Peret : 53 points de 15 votants (maximum 8 points) – 6 places

14. Finlande : Älä mene pois [Keep me warm] par Carita : 57 points de 18 votants (maximum 8 points) – 1 place

13. Portugal : E depois de adeus par Paulo De Carvalho : 64 points de 13 votants (maximum 10 points) + 1 place

12. Grèce : Krassi, thalassa ke t’agori mou par Marinella : 64 points de 17 votants (maximum 8 points) – 1 place

11. Belgique : Fleur de liberté par Jacques Hustin : 71 points de 18 votants (maximum 10 points) – 2 places

10. Irlande : Cross your heart par Tina Reynolds : 77 points de 16 votants (maximum 8 points) – 3 places

9. Israël : Natati la khaiai par Poogy : 89 points de 13 votants (maximum 12 points de Gaël) – 2 places

8. Norvège : The first day of love par Anne Karine Strøm : 95 points de 21 votants (maximum 12 points de Juju) + 6 places

7. Yougoslavie : Generacija ’42 par Korni Grupa : 97 points de 15 votants (maximum 12 points de RV et Augures) + 5 places

6. Monaco : Celui qui reste et celui qui s’en va par Romuald : 98 points de 17 votants (maximum 12 points de Pauline) – 2 places

5. Royaume-Uni : Long live love par Olivia Newton-John : 130 points de 24 votants (maximum 10 points) – 1 place

4. Luxembourg : Bye bye, I love you par Ireen Sheer : 142 points de 25 votants (maximum 10 points) score identique

3. Pays-Bas : I see a star par Mouth & MacNeal : 168 points de 27 votants (maximum 10 points) score identique

2. Italie : Si par Gigliola Cinquetti : 248 points de 30 votants (maximum 12 points de Gérald, Garfieldd, Pascal, Julien, Minsk, Phil, Taron et J-F) score identique

  1. Suède : Waterloo par ABBA : 335 points des 32 votants (maximum 12 points de Jérémie, Nathan, Yom, Rem, Kiki, Benoît, nuit, tHEO, Marie, Jean-Michel, Denez, Pauly, Arnaud, Picasso, Yvonne, Zipo, Betty, Duncky et Francis) score identique

Un podium identique à celui d’origine, donc – ce qui est une grande première ici. Félicitations à Denez, Pauly et Picasso (celui-ci pour la deuxième fois consécutive) qui ont réussi à le trouver sans erreur.

Première victoire de la Suède, devant l’Italie (avec un 7° Top 10 de suite) et les Pays-Bas, qui n’étaient plus arrivés dans les trois premiers depuis 1959 !!! Un huitième Top 5 de rang pour le Royaume-Uni, qui continue sa moisson d’accessits… mais une dernière place pour l’Allemagne, qui n’avait connu telle défaite qu’en 1956.

Les plus grandes différences par rapport au classement officiel : la forte chute de l’Espagne et les belles progressions de la Norvège (qui revient dans le Top 10 après 8 ans d’absence) et de la Yougoslavie.

Voilà pour les résultats. Merci d’avoir voté et de vous passionner toujours autant pour cette rubrique. J’essaie d’y revenir au plus vite.