Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Vous l’attendiez tous, vous patientez depuis plusieurs jours, le temps vous semble interminable et vous êtes en manque… Bon OK, j’en fais peut-être un peu trop, mais avouez que vous avez pris l’habitude de vous exprimer sur les précédentes éditions de notre Concours favori et que vous avez hâte de nous faire part à nouveau de vos préférences et de vos rejets musicaux !  Découvrons donc tout de suite le…

18ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 7 avril 1973

en direct du Grand Théâtre de Luxembourg (Grand-Duché de Luxembourg)

présenté par Helga Guitton

L’organisation du Concours

La victoire ayant été remportée en 1972 par Vicky Leandros pour le Luxembourg, c’est par conséquent le Grand-Duché qui est appelé pour la 3ème fois à organiser la grande fête musicale européenne. Après le Grand Auditorium de la CLT (situé à la Villa Louvigny) en 1962 et 1966, c’est au tout récent Grand Théâtre de Luxembourg – il a été inauguré neuf ans plus tôt – qu’échoit l’honneur d’accueillir participants et spectateurs.

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Le Grand Théâtre de Luxembourg

Malte ayant visiblement très mal digéré les deux dernières places décrochées pour ses deux premières participations, l’archipel européen décide de se retirer de la compétition. Il est suivi par l’Autriche – ce qui est un peu plus étonnant vu le très bon classement obtenu l’année précédente par le groupe The Milestones. L’explication en est peut-être dans la présence d’un nouveau pays que l’UER a décidé d’inviter pour compenser l’absence maltaise : Israël. Beaucoup de diffuseurs déplorent qu’un pays non-européen soit autorisé à concourir, mais force est de reconnaître que l’état hébreu était parfaitement en droit de participer puisqu’il était membre de l’Union Européenne de Radiodiffusion. En tout cas, difficile de dire si le retrait de l’Autriche est lié de près ou de loin à cette arrivée au sein de la grande famille (?) de la musique.

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Israël, 20° pays à rejoindre la compétition

Ce qui est certain, c’est que les règles de sécurité mises en place sont draconiennes. Après la tragédie subie par les athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich l’été précédent, nul n’a envie de voir à nouveau une compétition internationale endeuillée par un attentat terroriste. On prétend même que la participante israélienne, Ilanit, porte un gilet pare-balles lors de sa prestation. Terry Wogan, le commentateur pour la BBC, essaiera de détendre l’atmosphère en affirmant au micro que le chauffeur de salle luxembourgeois avait interdit aux spectateurs de se lever lors du passage d’Ilanit sous peine d’être immédiatement abattus par des tireurs d’élite. Ah l’humour anglais…

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Les athlètes israéliens assassinés à Munich

Les règles

Le système de vote instauré en 1971 est conservé (même nombre de jurés par pays participant, même nombre de points à accorder à chaque chanson candidate et même procédure de vote). Les couples de jurés attribuent leurs voix tout au long de la soirée, les font parvenir au scrutateur général, Clifford Brown, puis les révèlent en deuxième partie de soirée, depuis la Villa Louvigny où on les a invités à siéger.

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La Villa Louvigny

Contrairement au Concours d’Édimbourg, un seul couple et uniquement trois groupes participent à cette nouvelle édition. Et grande nouveauté, l’article régissant l’emploi des langues à utiliser par les artistes est assoupli : chacun peut interpréter son titre dans la langue qu’il souhaite (voilà qui a dû faire tiquer Ingvar Wixell, le candidat suédois de 1965). Cette possibilité accordée à tous n’est toutefois saisie que par les trois pays scandinaves : la Finlande, la Suède (décidément !) et la Norvège, qui propose une chanson mêlant de nombreuses langues européennes. Et une palme de l’opportunisme, une !

Plusieurs artistes font leur retour sur la scène du Concours : la Finlandaise Marion Rung (qui inaugure la soirée pour la deuxième fois après 1962 : exploit inégalé), Massimo Ranieri (qui avait déjà représenté l’Italie deux ans plus tôt) et Cliff Richard (toujours pas remis de sa défaite à Londres pour un point). Aux commentaires, la France et Monaco entendent encore et toujours Pierre Tchernia, alors que Radio Luxembourg confie à nouveau le soin d’animer la retransmission à Camillo Felgen.

La présentation et l’orchestre

Après une comédienne écossaise en 1972, c’est à nouveau à une animatrice de radio et de télévision que l’on confie la charge de présenter la soirée. Helga Guitton (née en 1942 à Königsberg, aujourd’hui Kaliningrad) a débuté sa carrière en tant que disc jockey, mais travaille pour le diffuseur luxembourgeois depuis 1964. Elle y restera jusqu’en 1994, date à laquelle elle changera de voie professionnelle pour devenir coach comportemental. L’orchestre est pour sa part dirigé par Pierre Cao (né en 1937), un compositeur et chef d’orchestre luxembourgeois célèbre pour avoir dirigé le Conservatoire Royal de Bruxelles, avant d’être le co-fondateur de l’Institut Européen du Chant Choral.

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Helga Guitton
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Pierre Cao

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier et un court film qui montre à la fois les lieux les plus intéressants à visiter à Luxembourg et les coulisses de la future émission (tout cela sur fond de version symphonique d’Après toi), Helga Guitton apparaît sur scène dans une robe de soirée bleu ciel très années 70. Elle y rejoint l’orchestre et ouvre la soirée en français, anglais et allemand (et une phrase en luxembourgeois).

1. FINLANDE : Tom tom tom par Marion Rung (née en 1945)

        Paroles : Bob Barratt             Musique : Rauno Lehtinen                   Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 3 février 1973 à Helsinki

            Confrontée à 11 adversaires – dont Lasse Mårtenson (candidat à Copenhague en 1964), Seija Simola (future représentante finlandaise à Paris en 1978) et Sammy Babitzin (frère de Kirka, qui portera les couleurs de son pays en 1984) – Marion Rung remporte sa sélection nationale pour quatre petits points. Cette victoire lui permet de fouler une deuxième fois la scène du Concours, avec une chanson composée par celui qui avait écrit le titre de Markku Aro en 1971. Une chanson légère, sans prétention, que Marion accompagne d’énergiques claquements de mains et au titre aussi peu profond que Tipi-tii onze ans plus tôt, mais qui aura un certain succès à Luxembourg… décrochant le meilleur classement de son pays, record qui tiendra 33 ans ! ! !

2. BELGIQUE : Baby baby par Nicole (née en 1946) & Hugo (né en 1947)

        Paroles : Erik Marijsse           Musique : Ignace Baert                      Chef d’orchestre : Francis Bay

            Sélection : 1ère place à Liedje voor Luxemburg le dimanche 25 février 1973

            Dans une finale nationale où cinq artistes (dont Ann Christy, future représentante belge en 1975) interprètent deux titres chacun, on assiste au retour du duo sélectionné en 1971, mais qui avait dû déclarer forfait au dernier moment pour cause de maladie de la jeune femme. La deuxième victoire du couple ne fait pas un pli – mais malgré une chorégraphie très travaillée, une tenue que personne n’a oubliée et une choriste de qualité (Claude Lombard avait récolté un Top 10 en 1968), Baby baby ne séduit que très peu de jurés et finit à une scandaleuse dernière place. Heureusement, l’Histoire a rendu justice à Nicole et Hugo en leur permettant d’intégrer tous les bêtisiers consacrés au Concours, leur apportant ainsi une gloire éternelle et méritée.

3. PORTUGAL : Tourada par Fernando Tordo (né en 1948)

        Paroles : José Carlos Ary dos Santos             Musique : Fernando Tordo

            Chef d’orchestre : Jorge Costa Pinto

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le lundi 26 février 1973 à Lisbonne

            Seul des candidats à présenter deux titres en finale nationale, Fernando Tordo (dont c’est la 4ème tentative consécutive pour représenter son pays) remporte d’une courte tête son billet pour Luxembourg. Il dame ainsi le pion à plusieurs Eurostars : Simone De Oliveira, Tonicha, Duarte Mendes et Paulo De Carvalho. Au Grand-Duché, chacun comprend parfaitement ce que la chanson portugaise dénonce (la dictature de Salazar en place depuis des années) mais l’heure n’est pas encore venue pour que le succès soit à l’ordre du jour, tant au pays d’Amália Rodriguez qu’au Concours. Les jours du despote sont toutefois comptés…

4. ALLEMAGNE : Junger Tag par Gitte (née en 1946)

        Paroles : Stephan Lego                                  Musique et Chef d’orchestre : Günther-Eric Thöner

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Luxemburg le mercredi 21 février 1973 à Francfort-sur-le-Main

            Ayant échoué par deux fois au Dansk Melodi Grand-Prix, Gitte Hænning – dont le pays natal ne se décide pas à revenir au Concours – se présente à la sélection allemande avec deux titres, à l’image de chacun des cinq autres participants (notamment Cindy & Bert, les futurs candidats de 1974). C’est Junger Tag qui l’emporte, une chanson tout aussi joyeuse et à la destinée très proche de celle de Marion Rung.

5. NORVÈGE : It’s just a game par The Bendik Singers

        Paroles : Bob Williams            Musique : Arne Bendiksen      Chef d’orchestre : Carsten Klouman 

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 17 février 1973 à Oslo

            Dans une sélection où chaque chanson est interprétée deux fois, souvent par des artistes récidivistes, le groupe The Bendik Singers (au sein duquel on trouve deux anciennes candidates du MGP, Anne Karine Strøm et Ellen Nikolaysen) l’emporte sans grande difficulté avec une chanson écrite par Arne Bendiksen, candidat en 1964 et auteur des titres norvégiens en 1966, 1969 et 1971. Puisque le règlement l’autorise, Å for et spill devient It’s just a game, un gloubi-boulga mêlant douze langues européennes. Au vu de son classement en fin de soirée, il faut croire que chaque pays a été reconnaissant au quatuor norvégien de cet effort polyglotte. Pas moi, désolé.

6. MONACO : Un train qui part par Marie (1949-1990) [Étoile au Firmament # 19]

        Paroles : Boris Bergman          Musique : Bernard Liamis       Chef d’orchestre : Jean-Claude Vannier

            Sélection : interne

            En tant que régionaliste acharné, l’auteur de ces lignes est particulièrement heureux de faire remarquer que deux chanteuses originaires de Lorraine ont participé à l’édition 1973. Marie, qui représente Monaco, est la première de ces deux artistes. Née à Nancy, la jeune femme, qui a épousé quelque temps plus tôt l’un des membres du groupe Il Était Une Fois, se fait connaître en passant dans l’émission de Denise Glaser, Discorama. À Luxembourg, elle interprète avec beaucoup de cœur Un train qui part, sur un texte de Boris Bergman, le futur complice (entre autres) d’Alain Bashung.

7. ESPAGNE : Eres tú par Mocedades [dont Roberto Uranga (1948-2005) Étoile au Firmament # 70]

        Paroles et Musique : Juan Carlos Calderón                           Chef d’orchestre : Juan Carlos Calderón

            Sélection : interne

            Bien que beaucoup dénoncent de nombreuses similitudes entre Eres tú et Brez besed, le titre yougoslave de 1966, l’UER décide d’accepter la participation du groupe basque Mocedades à l’édition 1973. Très vite, l’Espagne devient la favorite des bookmakers – Cliff Richard la désigne d’ailleurs comme sa principale adversaire. L’issue des votes n’est toutefois pas celle que l’on attendait, contrairement aux éditions plus récentes où le favori a tendance à l’emporter sans coup férir. Peu importe, le titre va faire un carton mondial dans les semaines qui vont suivre le Concours.

8. SUISSE : Je vais me marier, Marie par Patrick Juvet (né en 1950)

        Paroles : Pierre Delanoë         Musique : Patrick Juvet         Chef d’orchestre : Hervé Roy

            Sélection : 1ère place à Schweizer Vorentscheid le vendredi 16 février 1973 à Berne

            Empêchant par sa victoire en sélection nationale les Eurostars Henri Dès et Peter, Sue & Marc de se produire une deuxième fois sur la scène de l’Eurovision, le tout jeune Patrick Juvet, pas encore roi du disco mais déjà maquillé à outrance, présente à Luxembourg un titre qu’il a lui-même composé. Le parolier n’est pas un inconnu, puisque Pierre Delanoë a déjà écrit le texte de plusieurs chansons candidates depuis 1956, en particulier Dors, mon amour pour André Claveau. Malheureusement pour le pays de Nico, les espoirs suisses ne vont pas être exaucés…

9. YOUGOSLAVIE : Gori vatra par Zdravko Čolić (né en 1951)

        Paroles et Musique : Kemal Monteno                                     Chef d’orchestre : Esad Arnautalić

            Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le samedi 3 mars 1973 à Opatija

            Après deux demi-finales qui ont vu l’élimination des groupes Ambasadori (futurs candidats en 1976) et Indeksi (formation de Davor Popović, candidat bosniaque en 1995), Zdravko Čolić (on ne rit pas bêtement des noms de famille, SVP) bat nettement plusieurs Eurostars de talent comme Krunoslav Slabinać ou le groupe Korni. Pourtant, la réussite n’est pas au bout de la route : malgré une très bonne chanson (cette introduction aux guitares et l’entrée des cuivres ! ! !), un timbre remarquable et une énergie évidente, Zdravko ne se retrouvera qu’en deuxième partie de tableau en fin de soirée. Incompréhensible à mon sens.

10. ITALIE : Chi sarà con te par Massimo Ranieri (né en 1951)

        Paroles : Giancarlo Bigazzi                                                    Musique : Enrico Polito & Gaetano Savio       

Chef d’orchestre : Enrico Polito                                            Sélection : interne

            Alors que l’Italie était revenue aux fondamentaux en sélectionnant en 1972 le vainqueur du Festival de San Remo pour la représenter au Concours, elle préfère redonner sa chance à Massimo Ranieri, auteur d’un très beau parcours deux ans plus tôt à Dublin. Nouveau mystère pour moi : un classement terriblement médiocre pour ce grand chanteur, pourtant avec un titre signé du même trio qui lui avait offert L’amore è un attimo

11. LUXEMBOURG : Tu te reconnaîtras par Anne-Marie David (née en 1952)

        Paroles : Vline Buggy              Musique : Claude Morgan       Chef d’orchestre : Pierre Cao                        Sélection : interne

            Refusée l’année précédente par l’ORTF qui lui a préféré Betty Mars, Anne-Marie David prend sa revanche en 1973. Et quelle revanche ! ! ! Sélectionnée par le Luxembourg pour représenter le Grand-Duché à domicile, la jeune femme va signer un exploit : remporter un second titre consécutif avec le maximum de points jamais enregistré par un vainqueur. Et faire de Tu te reconnaîtras un tube dans toute l’Europe, grâce à six versions différentes qui se classeront dans les meilleures ventes de nombreux pays. Pour sa part, Vline Buggy s’est fait connaître dès 1962 en adaptant Belles, belles, belles pour Claude François, et a depuis signé d’énormes succès : Marche tout droit, Pauvre petite fille riche, Si j’avais un marteau, La Ferme du bonheur, Le Jouet extraordinaire ou J’attendrai pour le même Claude François, Ma biche pour Frank Alamo, Céline, Adieu monsieur le professeur, Hasta luego ou Le Petit âne gris pour Hugues Aufray, Le Pénitencier pour Johnny Hallyday, Les Bals populaires, Et mourir de plaisir ou J’habite en France pour Michel Sardou… j’en passe et des meilleures. Autant dire que le Luxembourg avait encore mis toutes les chances de son côté 😛

12. SUÈDE : You’re summer par The Nova

        Paroles : Lars Forssell            Musique : Monica & Carl-Axel Dominique      

Cheffe d’orchestre : Monica Dominique                   

Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 10 février 1973 à Stockholm

            Alors que tout le monde s’attend en Suède à voir triompher Ring Ring, un titre très dansant interprété par une formation qui deviendra ABBA dès l’année suivante, c’est un duo du nom de Malta qui gagne le Melodifestivalen avec le titre Sommar’n som aldrig säger nej. Lill-Babs et Clæs-Göran Hederström (candidats en 1961 et 1968), Lars Berghagen et Ted Gärdestad (futurs représentants suédois en 1975 et 1979) repartent donc bredouille. Craignant qu’on les confonde avec le petit archipel méditerranéen (qui pourtant ne participe pas), Malta choisit de se rebaptiser The Nova. Sur place, leur chanson – elle aussi rebaptisée – fait scandale à cause de l’érotisme de ses paroles (Je me languis de tes caresses, tes seins sont des hirondelles qui nichent)… ce qui n’empêche pas You’re summer de plaire visiblement aux jurés. Pas à moi, désolé. Ah j’allais oublier : c’est la première fois depuis 1956 que l’orchestre est dirigé par une femme, bientôt suivie d’une deuxième quelques minutes plus tard.

13. PAYS-BAS : De oude muzikant par Ben Cramer (né en 1947)

        Paroles et Musique : Pierre Kartner                                      Chef d’orchestre : Harry van Hoof

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mercredi 28 février 1973 à Amsterdam

            Invité à présenter quatre titres, Ben Cramer (battu à la sélection nationale néerlandaise trois ans plus tôt), remporte son billet pour Luxembourg avec De oude muzikant, écrit et composé par celui qui devait faire quelques années plus tard un tube mondial de la chanson des Schtroumpfs (! ! !). Le soir du 7 avril, le jeune homme va faire sensation en se produisant dans l’obscurité vêtu d’un costume blanc immaculé.

14. IRLANDE : Do I dream ? par Maxi (née en 1950)

        Paroles et Musique : Jack Brierlev & George F. Crosbie        Chef d’orchestre : Colman Pearce

            Sélection : 1° place à la finale irlandaise le dimanche 25 février 1973 à Dublin

            Largement gagnante de sa sélection nationale (où concourait également le groupe formé des frères et sœur de la célèbre chanteuse Enya), Maxi part confiante à Luxembourg… mais le diffuseur irlandais lui impose de nouveaux arrangements, dans lesquels elle ne croit pas du tout. La tension est donc extrême entre la jeune fille et la RTÉ, qui décide d’envoyer sur place une autre chanteuse, Tina Reynolds. Le pire est donc à craindre, jusqu’à ce que Maxi accepte de céder pour pouvoir se produire le grand soir. Son classement très moyen est-il dû à son peu de conviction ou à la nouvelle mouture de sa chanson ? Nul ne le sait. Toujours est-il que sa doublure devra attendre un an pour participer…

15. ROYAUME-UNI : Power to all our friends par Cliff Richard (né en 1940)

        Paroles et Musique : Guy Fletcher & Doug Flett                   Chef d’orchestre : David McKay        Sélection : 1ère place à A Song for Europe le samedi 24 février 1973 à Londres

            Invité à présenter six titres susceptibles de représenter le Royaume-Uni au Concours, l’immense star qu’est alors Cliff Richard veut effacer des mémoires la défaite de 1968 dont il ne s’est jamais vraiment remis. Power to all our friends (qui a obtenu presque quatre fois plus de voix du public britannique que la chanson arrivée deuxième) lui semble le titre idéal pour enfin l’emporter. Selon ses dires, seule l’Espagne (comme cinq ans plus tôt) peut l’empêcher de monter sur la première place du podium. Mais encore une fois, la chance ne lui sourit pas… et c’est à nouveau dans les coulisses, réfugié aux toilettes (décidément !) qu’il voit un autre pays triompher. Il faut dire aussi que sa chorégraphie n’a pas aidé… Seule consolation : ce soir-là, le pays enregistre un record d’audience avec 21, 5 millions de téléspectateurs devant leurs écrans.

16. FRANCE : Sans toi par Martine Clémenceau (née en 1949)

        Paroles : Anne Grégory           Musique : Paul Koulak             Chef d’orchestre : Jean Claudric

            Sélection : 1ère place à la finale nationale le mardi 6 mars 1973 à Paris

            Comme Juju nous l’a très bien expliqué dans Sélections à l’affiche le 15 mai 2018, trois artistes sont sélectionnés par l’ORTF pour participer à la grande finale française : Daniel Béretta (finaliste en 1970 avec Isabelle Aubret), Martine Clémenceau (déjà candidate l’année précédente) et Anne-Marie Godart (représentante de Monaco en 1972). Six chansons parmi les 96 reçues leur sont proposées, mais aucune n’est retenue de celles interprétées par Daniel Béretta (qui se tire donc une balle dans le pied…). Il est par conséquent remplacé par Jean-Pierre Savelli, qui deviendra une star en 1984 au sein du duo Peter & Sloane. Tout ça pour rien, puisque c’est la Thionvilloise Martine Clémenceau (née 20 ans et deux jours avant le rédacteur de cet article) qui séduit le plus les jurys. Aujourd’hui, ce n’est plus tellement pour Sans toi que l’on se souvient d’elle – son classement est à l’époque le deuxième plus mauvais que la France ait enregistré – mais pour son duo avec Claude François, Quelquefois.

17. ISRAËL : Ey sham par Ilanit (née en 1947)

        Paroles : Ehud Manor             Musique et Cheffe d’orchestre : Nurit Hirsh           Sélection : interne

            Malgré les quelques protestations de plusieurs diffuseurs européens, Israël fait son entrée au Concours – et se fait immédiatement remarquer : une très bonne chanteuse, une excellente chanson à la fois moderne et traditionnelle, une deuxième femme cheffe d’orchestre et un passage en dernière position. Résultat : une place dans le Top 5, soit la meilleure entrée depuis la Norvège en 1960 ! Personnellement, j’adore.

L’entracte

            Les 17 chansons candidates ayant été interprétées, Helga Guitton revient sur scène pour annoncer l’artiste qui va se produire pendant l’entracte : après Achille Zavatta en 1962, c’est au tour du clown catalan Charlie Rivel (1896-1983) de divertir le public. Né Josep Andreu i Lasserre, il débute sa carrière dès l’âge de trois ans auprès de ses parents artistes de cirque et de ses frères Polo et René. Grand ami de Charlie Chaplin, qui lui avait demandé un jour si c’était lui qu’il imitait ou lui qui l’imitait (admirez le mot…), il interprète au Concours un de ses personnages de prédilection : Carlotta Rivello.

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Charlie Rivel

Le vote et les résultats

Commence alors la révélation des votes par chaque couple de jurés nationaux. Parmi eux, Paola Del Medico (candidate suisse en 1969).

            P L A C E S C O R E   F I N   B E L   P O R   A L L   N O R     M O N   E S P   S U I   Y O U   I T A   L U X     S U È   N E D   I R L     U K   F R A   I S R
FIN 6 93   9 5 6 6 5 6 6 7 2 6 7 5 5 9 4 5
BEL 17 58 4   3 4 3 6 6 4 4 2 4 2 3 4 5 2 2
POR 10 80 4 6   5 5 4 8 8 6 3 4 2 5 4 5 6 5
ALL 8 85 2 5 6   4 5 9 7 4 3 7 6 5 6 5 7 4
NOR 7 89 8 5 5 6   7 6 7 6 5 7 3 3 3 3 6 9
MON 8 85 6 3 2 4 3   6 5 9 8 6 4 5 6 9 5 4
ESP 2 125 3 8 9 9 4 9   8 9 10 8 7 10 10 4 9 8
SUI 12 79 4 3 3 4 7 5 7   6 4 6 3 8 7 7 2 3
YOU 15 65 5 3 3 4 2 5 8 6   2 4 2 4 5 4 4 4
ITA 13 74 2 5 3 5 5 5 5 7 5   5 5 4 4 5 5 4
 LUX 1 129 6 6 8 7 8 7 6 10 9 9   8 9 8 10 10 8
SUÈ 5 94 8 4 4 5 8 5 7 9 6 5 6   6 5 7 4 5
NED 14 69 4 4 2 5 5 4 5 5 5 4 7 3   5 3 6 2
IRL 10 80 3 7 2 4 6 6 7 5 5 5 6 5 6   5 4 4
UK 3 123 9 6 6 7 7 8 4 8 8 5 10 9 10 9   8 9
FRA 15 65 4 3 2 4 4 5 5 4 7 2 3 5 5 5 5   2
ISR 4 97 6 6 5 7 5 7 4 6 7 7 8 6 6 7 5 5  

Le Luxembourg remporte donc une quatrième victoire, égalant ainsi le score de la France. Bien aidée par l’Espagne et le Royaume-Uni qui se sont neutralisés en votant de manière stratégique, Anne-Marie David s’affirme déjà comme une des grandes gagnantes du Concours, toujours très attachée à cette compétition quarante-cinq ans après. Israël prend d’ores et déjà rendez-vous pour monter sur la plus haute marche du podium, comme la Suède. Les deux nations n’auront pas longtemps à attendre pour réaliser leur rêve. En revanche, c’est la douche froide pour la Belgique et la France, qui finissent en bas de tableau, de manière très sévère, il faut bien le reconnaître. Folle de joie, la 5ème Française à inscrire son nom au palmarès remonte sur scène pour recevoir sa médaille, et interprète à nouveau son titre vainqueur de manière magistrale.

Mon Top 10

            Comme vous allez pouvoir le constater, mon classement est très, très différent de celui établi en 1973. Serez-vous d’accord avec moi, ou vous rangerez-vous à l’idée des jurés de l’époque ? J’ai hâte de le découvrir.

  1. ISRAËL : Ey sham par Ilanit
  2. ESPAGNE : Eres tú par Mocedades
  3. ITALIE : Chi sarà con te  par Massimo Ranieri
  4. YOUGOSLAVIE : Gori vatra par Zdravko Čolić
  5. MONACO : Un train qui part par Marie
  6. ROYAUME-UNI : Power to all our friends par Cliff Richard
  7. LUXEMBOURG : Tu te reconnaîtras par Anne-Marie David
  8. BELGIQUE : Baby baby par Nicole & Hugo
  9. PAYS-BAS : De oude muzikant par Ben Cramer
  10. SUISSE : Je vais me marier, Marie par Patrick Juvet

Lanterne rouge : NORVÈGE : It’s just a game par The Bendik Singers

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 28 décembre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Malgré la période de vacances, nous avons été 29 à nous exprimer pour cette édition (30 si on compte Minsk), ce qui n’est pas mal du tout. Picasso a trouvé le podium final, succédant à Pascal… à qui je présente mes plus plates excuses pour ne pas avoir révélé la dernière fois qu’il avait réalisé cet exploit pour la deuxième fois après 1961. Mais n’attendons pas plus longtemps pour annoncer vos votes:

17. Pays-Bas : De oude muzikant par Ben Cramer : 35 points de 9 votants (maximum 10 points) – 3 places par rapport à l’édition de Luxembourg

16. Belgique : Baby baby par Nicole & Hugo : 38 points de 14 votants (maximum 5 points… mais 7 de Minsk) + 1 place

15. France : Sans toi par Martine Clémenceau : 42 points de 9 votants (maximum 12 points de Juju) score identique

14. Portugal : Tourada par Fernando Tordo : 47 points de 13 votants (maximum 7 points… mais 10 de Minsk) – 4 places

13. Norvège : It’s just a game par The Bendik Singers : 47 points de 13 votants (maximum 12 points de Yom) – 6 places

12. Irlande : Do I dream? par Maxi : 48 points de 11 votants (maximum 10 points) – 2 places

11. Finlande : Tom tom tom par Marion Rung : 56 points de 14 votants (maximum 12 points de Zipo) – 5 places

10. Monaco : Un train qui part par Marie : 60 points de 13 votants (maximum 10 points) – 2 places

9. Yougoslavie : Gori vatra par Zdravko Čolić : 72 points de 16 votants (maximum 10 points… mais 12 de Minsk) + 6 places

8. Allemagne : Junger Tag par Gitte : 73 points de 13 votants (maximum 12 points de Gaël) score identique

7. Suisse : Je vais me marier, Marie par Patrick Juvet : 95 points de 17 votants (maximum 12 points de Pauline) + 5 places

6. Suède : You’re summer par The Nova : 100 points de 20 votants (maximum 12 points de Denez) – 1 place

5. Italie : Chi sarà con te par Massimo Ranieri : 119 points de 20 votants (maximum 12 points d’Yvonne et nuit) + 8 places!!!!

4. Royaume-Uni : Power to all our friends par Cliff Richard : 175 points de 26 votants (maximum 12 points d’Arnaud et Julien) – 1 place

3. Israël : Ey sham par Ilanit : 204 points de 27 votants (maximum 12 points de RV, Jérémie, Pascal et Francis) + 1 place

2. Luxembourg : Tu te reconnaîtras par Anne-Marie David : 217 points de 28 votants (maximum 12 points de Nico, Benoît, Kikichouchou, Rem et tHEO) – 1 place

  1. Espagne : Eres tú par Mocedades : 254 points de 27 votants (maximum 12 points de Gérald, Marie, Nathan, Franck, Garfieldd, Phileurophage, Pauly, Picasso, Taron et Duncky) + 1 place

Un Top 4 largement détaché donc, et assez semblable à celui décidé par les juges en 1973. Mais aussi de grandes disparités : Italie, Suisse et Yougoslavie vengées par nous, à l’opposé de la Norvège, du Portugal ou de la Finlande… qui ne nous ont pas plu. Une première victoire pour l’Espagne, un premier podium pour Israël à sa première participation… et une première place de derniers pour les Pays-Bas. Lesquels se sont battus avec la France et la Belgique très longtemps pour ne pas la décrocher. Enfin, un 8° top 10 d’affilée pour l’Allemagne et un 7° top 5 consécutif pour le Royaume-Uni.

C’est tout pour aujourd’hui… mais vous n’aurez pas trop longtemps à attendre : la Rétrospective 1974 est prévue pour ce soir 😀