Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Après une courte période de retrait inévitable à ce moment de l’année, me voici revenu parmi vous afin de partager nos impressions et nos coups de cœur au sujet d’une nouvelle édition de notre Concours préféré. Une édition un peu particulière puisqu’elle ne se déroule pas dans le pays qui l’a emporté l’année précédente (comme en 1957, 1960 et 1963) mais dans une région qui n’a jamais depuis accueilli la plus grande manifestation musicale d’Europe.  Découvrons tout de suite le…

17ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 25 mars 1972

en direct du Usher Hall d’Édimbourg (Royaume-Uni)

présenté par Moira Shearer

L’organisation du Concours

La victoire ayant été remportée en 1971 par Monaco, l’UER s’adresse donc dans les semaines qui suivent au prince Rainier III afin qu’il mette en place avec la chaîne TMC l’organisation du futur Concours. Le problème est que le diffuseur monégasque ne dispose pas des moyens techniques pour respecter le cahier des charges, et que la Principauté elle-même n’a pas de salle suffisamment conséquente pour accueillir public et délégations. On fait alors appel à la France, qui doit vraisemblablement être encore en froid avec Monaco à l’époque, puisqu’elle refuse de lui prêter main forte. La mort dans l’âme, l’époux de la magnifique Grace Kelly se voit donc dans l’obligation de déléguer à un autre pays la prise en charge de la soirée si convoitée.

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Rainier III et Grace Kelly

C’est le Royaume-Uni qui s’y colle (à nouveau), comme en 1960 et 1963. Mais cette fois, la BBC décide que la ville – hôte sera Édimbourg, la capitale de l’Écosse – peut-être en hommage à Lulu, l’une des quatre gagnantes de l’édition 1969. C’est encore à l’heure actuelle la seule fois que la patrie de William Wallace et de Sean Connery organise la cérémonie. Pour se faire, on désigne assez vite la salle qui va voir se produire les artistes candidats : le Usher Hall, salle de spectacle située dans l’ouest de la capitale écossaise et inaugurée en 1914. 2900 personnes peuvent y prendre place, ce qui est largement suffisant pour l’époque. Parmi le public : Séverine, la tenante du titre, qui s’ennuie ferme tout au long de la soirée, comme le montreront parfaitement les caméras de télévision – en particulier lors du passage des candidats de Monaco qui séduisent si peu la jeune Française qu’elle consulte subrepticement sa montre.

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Le Usher Hall à Edimbourg

Les règles

Le nouveau système de vote instauré lors du Concours dublinois ayant apparemment plu à tout le monde, il est reconduit pour 1972. Simplement, les 36 jurés nationaux sont regroupés dans une salle du château d’Édimbourg et votent pendant les prestations en direct. Une fois leurs suffrages transmis au scrutateur Clifford Brown, ils sont invités à présenter à la caméra des plaquettes avec leurs notes (comme à L’École des Fans), afin que les téléspectateurs et le public dans la salle sachent comment ils ont voté.

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Le Château d’Edimbourg

Le règlement autorisant enfin les groupes à participer, les diffuseurs européens sautent sur l’occasion et optent en général pour des représentants multiples. Ainsi, trois nations font confiance à un groupe, et six envoient un couple – seules 50% des nations en lice font par conséquent confiance à un(e) soliste. On assiste également à plusieurs retours : la Yougoslave Tereza (qui avait représenté Monaco en 1966), Vicky Leandros (qui retente sa chance cinq ans après son premier essai), Carlos Mendes (déjà candidat pour le Portugal en 1968) et le groupe suédois The Family Four pour la deuxième année consécutive. Aux commentaires, la France et Monaco voient revenir Pierre Tchernia, alors que Radio Luxembourg confie à nouveau le soin d’animer la retransmission à Camillo Felgen.

La présentation et l’orchestre

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une présentatrice télé que la BBC va charger d’animer la soirée, mais une comédienne mondialement célèbre, Moira Shearer (1926-2006). Née en Écosse (forcément), celle qui commença sa carrière artistique par la danse classique s’est fait connaître dès 1948 grâce à son rôle dans le magnifique film de Michael Powell et Emeric Pressburger, Les Chaussons rouges. Son succès sera tel que pour des milliers de fans, Moira restera toute sa vie la petite danseuse Vicky (troublante, cette coïncidence avec le prénom de la gagnante du Concours 1972…) malgré ses nombreux contrats avec des ballets internationaux et plusieurs apparitions au cinéma (dont le terrifiant Le Voyeur du même Michael Powell). Quelques années plus tard, Moira révèlera que sa décision d’accepter l’offre de la BBC résultait de la demande de ses filles, qui la considéraient comme l’Écossaise idéale pour présenter ce genre de manifestation. Comme quoi, l’amour filial peut parfois manquer d’objectivité et être mauvais conseiller…

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Moira Shearer

L’orchestre est pour sa part dirigé par Malcolm Lockyer (1923-1976), un compositeur de musique de films devenu célèbre en 1961 pour avoir travaillé sur les arrangements d’un album jazz du crooner américain Bing Crosby. Une petite revanche pour lui qui avait dirigé les musiciens lors de la sélection nationale britannique en 1957, où le titre All avait été choisi. Malheureusement pour lui, la décision de la BBC de confier la chanson à une autre interprète, Patricia Bredin, avait entraîné un changement de chef d’orchestre – ce qui avait coûté à Malcolm Lockyer son billet pour Francfort 🙁

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Malcolm Lockyer

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier et un prologue où l’on peut voir les plus beaux sites de la capitale écossaise (superbement filmés au crépuscule), Moira Shearer fait son apparition sur scène pour ouvrir la soirée en anglais et en français. Elle rappelle que la cérémonie n’est pas diffusée qu’en Europe, mais aussi en Asie et en Amérique du Sud, touchant un public potentiel de 400 millions de personnes.

1. ALLEMAGNE : Nur die Liebe läßt uns leben par Mary Roos (née en 1949)

        Paroles : Joachim Relin          Musique : Joachim Heider                 Chef d’orchestre : Paul Kuhn

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Edinburgh le samedi 19 février 1972 à Berlin

            À la finale nationale allemande, douze titres sont proposés (dont un par Peter Horten, qui avait représenté l’Autriche au Concours 1967). Lors d’un premier tour de vote, les dix jurés attribuent des points à chacune des chansons candidates. Edina Pop, future membre du groupe Dschingis Khan, est éliminée puisqu’elle ne termine pas parmi les quatre premiers. Après un deuxième vote où les jurés ne récompensent qu’un titre chacun, Mary Roos (deuxième à un point des vainqueurs du premier tour) l’emporte d’un point sur ses principaux opposants, Cindy & Bert… qui devront donc attendre deux ans pour fouler la scène du Concours. En Écosse, la pression est énorme pour la jeune Mary après les deux podiums obtenus par Katja Ebstein.

2. FRANCE : Comé-comédie par Betty Mars (1944-1989) [Étoile au Firmament #17]

        Paroles et Musique : Frédéric Botton                                               Chef d’orchestre : Franck Pourcel

            Sélection : 1ère place à la finale française

            Parmi les 110 chansons reçues par l’ORTF, neuf sont sélectionnées pour la finale télévisée (dont une proposée par Noëlle Cordier, candidate pour la France en 1967). Betty Mars, que sa maison de disques présente comme la nouvelle Édith Piaf, est à l’époque la grande rivale de Mireille Mathieu et de Georgette Lemaire. Elle remporte facilement les votes, au nez et à la barbe de Martine Clemenceau et d’Anne-Marie David, futures représentantes françaises en 1973 et 1979. Le soir du 25 mars, elle est accompagnée par le fidèle Franck Pourcel, qui signe là sa 15ème et dernière participation au Concours, lui qui n’en a manqué que deux. Mais malgré la beauté de son visage et l’éclat de sa voix, Betty ne conquiert pas le public, qui ne voit que sa robe en tulle jugée surannée et la mélodie de sa chanson, qui n’est plus dans l’air du temps.

3. IRLANDE : Ceol an ghrà par Sandie Jones (1951-2019)

        Paroles : Liam MacUistin        Musique : Joe Burkett                       Chef d’orchestre : Colman Pearce

            Sélection : 1ère place à Eurosong le dimanche 13 février 1972 à Cork

            L’Irlande, qui avait toujours chanté en anglais depuis sa première participation en 1965, décide que sa sélection nationale présentera cinq titres en anglais et cinq en gaélique. Et c’est l’un de ces cinq titres, Ceol an ghrà, qui l’emporte – faisant de cette chanson la seule de toute l’Histoire du pays au Concours à ne pas avoir été interprétée dans la langue de Shakespeare. Le succès ne sera malheureusement pas au rendez-vous. Anecdote sans intérêt (mais que je donne quand même) : lors de son arrivée sur scène, la jeune Sandie est un peu déconcertée par quelques remous dans la salle. En tant que ressortissante irlandaise à une époque où les tensions sont extrêmes entre le Royaume-Uni et l’Île d’Émeraude, elle est un peu angoissée par ce public qui se lève brutalement. En fait, un mauvais plaisantin avait juste lancé une boule puante entre deux rangées :O

4. ESPAGNE : Amanece par Jaime Morey (1942-2015)

        Paroles : Ramón Arcusa          Musique et Chef d’orchestre : Augusto Algueró       Sélection : interne

            Dans une spirale positive depuis 1966 avec un Top 10 chaque année, l’Espagne décide de faire à nouveau confiance à de grandes pointures : le compositeur Augusto Algueró qui avait déjà écrit la musique d’Estando contigo en 1961, et Ramón Arcusa qui avait traduit en espagnol les paroles de la chanson victorieuse de 1968, La la la. Mais tout ne fonctionne pas toujours comme on le souhaite, et Jaime Morey va l’apprendre à ses dépens.

5. ROYAUME-UNI: Beg, steal or borrow par The New Seekers

[dont Peter Doyle (1949-2001) Étoile au Firmament # 52]

        Paroles et Musique : Tony Cole, Graeme Hall & Steve Wolfe                        Chef d’orchestre : David MacKay           

            Sélection : 1° place à A Song for Europe le samedi 12 février 1972 à Londres (présentée par Cliff Richard)

            Sélectionné d’office par la BBC (qui persiste donc à inviter ses plus grandes vedettes à tenter leur chance à l’Eurovision), le premier groupe à représenter le pays au Concours interprète six titres lors de la finale nationale. Le public décide sans aucune hésitation que c’est l’avant-dernier qui a le plus de chances de remporter une troisième victoire. Et effectivement, le disque se vend très bien avant le Concours et l’accueil du public à Édimbourg est plus que chaleureux. Il faut dire aussi que l’une des chanteuses du groupe est écossaise 😛 Encore une fois, les prières britanniques vont être (pratiquement) exaucées.

6. NORVÈGE : Småting par Grethe Kausland (1947-2007) [Étoile au Firmament # 78]

& Benny Borg (né en 1945)

        Paroles et Musique : Kåre Grøttum & Ivar Børsum                            Chef d’orchestre : Carsten Klouman

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 19 février 1972 à Oslo

            Comme tous les ans depuis plusieurs années, chacun des titres proposés au Melodi Grand-Prix est interprété par deux artistes, l’un accompagné par une petite formation, l’autre par un grand orchestre. 1972 ne fait pas exception à la règle, et le duo norvégien l’emporte sur la soliste Hanne Krogh, malheureuse candidate au Concours de Dublin. Parmi les autres concurrents, on reconnaît Kirsti Sparboe, triple représentante norvégienne, et deux futures Eurostars, Ellen Nikolaysen et Anne Karine Strøm.

7. PORTUGAL : A festa da vida par Carlos Mendes (né en 1947)

        Paroles : José Niza                Musique : José Calvário                     Chef d’orchestre : Richard Hill

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le lundi 21 février 1972 à Lisbonne

            Les 18 jurys régionaux chargés de désigner le vainqueur parmi les huit propositions soumises par la RTP n’hésitent pas une seconde et offrent une victoire indiscutable à Carlos Mendes avec 150 voix d’avance sur son dauphin. Les futurs candidats Duarte Mendes et Fernando Tordo n’ont droit qu’à des miettes. C’est donc un deuxième billet pour le Royaume-Uni que remporte le jeune homme quatre ans après sa première tentative.

8. SUISSE : C’est la chanson de mon amour par Véronique Müller (née en 1948)

        Paroles : Catherine Desage     Musique : Véronique Müller                Chef d’orchestre : Jean-Pierre Festi

            Sélection : 1ère place lors de la sélection suisse

            Interprète de deux des six titres présentés à la finale helvétique, Véronique Müller remporte le droit de représenter la Suisse à Édimbourg avec le deuxième : C’est la chanson de mon amour. Un titre un peu (trop ?) simple, sans grande originalité et pas très bien chanté qui va toutefois plaire aux jurés puisqu’il intègrera le Top 10 en fin de soirée. Je dois dire que je ne comprends pas bien…

9. MALTE : L-Imhabba par Helen (née en 1951) & Joseph (né en 1941)

        Paroles : Albert Cassola         Musique et Chef d’orchestre : Charles Camilleri

            Sélection : 1ère place lors de la finale maltaise

            Vainqueur de sa sélection nationale, Joseph Cutajar se voit adjoindre Helen Micallef, l’une des adversaires qu’il a battus, pour interpréter son titre en Écosse. Malgré ce renfort, la deuxième chanson à représenter l’archipel méditerranéen va subir le même affront que celle proposée par Joe Grech l’année précédente. Ce qui mettra un coup d’arrêt définitif à l’utilisation du maltais au Concours.

10. FINLANDE : Muistathan par Päivi Paunu (1946-2016) & Kim Floor (né en 1948)

        Paroles : Juha Flinck              Musique : Juha Flinck & Nacke Johansson     Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à l’Euroviisut le samedi 29 janvier 1972

            Le deuxième duo de la soirée a largement remporté sa finale nationale, devant d’anciennes ou de futures Eurostars de grand talent : Katri Helena (à nouveau dauphine d’un couple après 1969), Kirka, Viktor Klimenko et Seija Simola. Malgré l’admiration sans borne que j’éprouve pour la fantastique Katri Helena, je dois reconnaître que Muistathan est un titre imparable sur une mélodie slave qui emporte, et la voix de la très belle Päivi est fabuleuse. Du coup, une nouvelle déception de taille au vu du classement final 🙁

11. AUTRICHE : Falter im Wind par The Milestones

        Paroles : Heinz Hunger                                              Musique : Richard Schönherz & Manuel Rigoni         

Chef d’orchestre : Erich Kleinschuster                     Sélection : interne

            Désignée par l’ÖRF l’année précédente comme jurée de moins de 25 ans, Beatrix Neundlinger foule la scène du Concours avec son groupe The Milestones. Les compositeurs ne sont pas non plus des inconnus puisqu’ils avaient écrit Musik pour Marianne Mendt un an plus tôt. En ce qui concerne Falter im Wind, elle se distingue aisément de toutes les autres chansons interprétées ce soir-là de par ses influences jazz et folk, ce qui sera étonnamment très payant.

12. ITALIE : I giorni dell’ arcobaleno par Nicola Di Bari (né en 1940)

        Paroles : Dalmazio Masini                                          Musique : Piero Pintucci & Nicola Di Bari      

Chef d’orchestre : Gianfranco Reverberi

            Sélection : 1ère place au Festival de la Chanson Italienne de San Remo le samedi 26 février 1972

            Après plusieurs années où la RAI sélectionnait en interne son représentant pour le Concours, elle décide de revenir aux fondamentaux en 1972 en désignant comme candidat le vainqueur du célèbre Festival de San Remo. La compétition italienne, dont le niveau est toujours extrêmement élevé, ne déroge pas à la règle puisque de grands noms y sont inscrits : Gigliola Cinquetti (unique gagnante italienne du Concours à cette date), Domenico Modugno (triple représentant transalpin), les Eurostars Gianni Morandi et Bobby Solo, Fausto Leali, Lucio Dalla, Milva, Gianni Nazzaro, Ricchi e Poveri (futurs candidats à Paris en 1978)… Mais contre toute attente, c’est le discret Nicola Di Bari qui l’emporte et s’envole pour l’Écosse.

13. YOUGOSLAVIE : Muzika i ti par Tereza (née en 1938)

        Paroles : Ivan Krajać                                                 Musique et Chef d’orchestre : Nikica Kalogjera

            Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le samedi 12 février 1972 à Sarajevo

            De retour six ans après avoir représenté Monaco à Naples, Tereza Kesovija chante enfin dans sa langue maternelle pour son pays natal. Sa deuxième tentative rencontrera bien plus de succès et lui permettra d’oublier l’affront du zéro pointé (inadmissible) qu’elle avait dû subir à l’époque. L’auteur de sa chanson fait lui aussi son grand retour puisqu’il était le chanteur du groupe yougoslave en 1969 et qu’il avait déjà composé la chanson candidate l’année précédente.

14. SUÈDE : Härliga sommardag par The Family Four

[dont Pierre Isacsson (1947-1994) et Berndt Öst (1930-2017) Étoiles au Firmament # 26]

        Paroles et Musique : Håkan Elmquist                         Chef d’orchestre : Mats Olsson

            Sélection : 1° place au Melodifestivalen le samedi 12 février 1972 à Stockholm

            Détenteur d’une inattendue 6° place en 1971, le groupe The Family Four fait figure de favori au Melodifestivalen, même si le plateau est particulièrement relevé avec d’anciennes Eurostars (Östen Warnerbring et Monica Zetterlund) ou de futurs représentants au Concours (Björn Skifs et Tomas Ledin). Leur sélection n’est qu’une formalité, et ceci d’autant plus que cette deuxième chanson est bien plus légère et enlevée que celle qui leur avait permis de se faire remarquer à Dublin. De manière assez incompréhensible toutefois, leur classement à Édimbourg sera beaucoup moins bon. Allez comprendre…

15. MONACO : Comme on s’aime par Anne-Marie Godart (née en 1950) & Peter MacLane (né en 1945)

        Paroles : Jean Drejac             Musique et Chef d’orchestre : Raymond Bernard      Sélection : interne

            La palme de l’opportunisme appartient à Monaco en cette année 1972 : non seulement la Principauté fait à nouveau appel à Raymond Bernard, qui avait déjà composé À force de prier pour Nana Mouskouri et Va dire à l’amour pour Marjorie Noël, mais elle va même jusqu’à choisir un Écossais comme membre masculin du duo qui la représente. Le problème, c’est que quand ça se voit trop, ça ne fonctionne pas, et la sanction sera terrible (peut-être un peu trop) en fin de soirée.

16. BELGIQUE : À la folie ou pas du tout par Serge et Christine Ghisoland (nés en 1946)

        Paroles : Daniel Nelis             Musique : Daniel Nelis & Bob Milan    Chef d’orchestre : Henri Segers

            Sélection : 1ère place lors de la sélection belge le mardi 15 février 1972 à Bruxelles

            Désigné en interne par la RTBF pour représenter la Belgique, l’avant-dernier couple de la soirée interprète dix titres lors de la finale belge. C’est le premier que le public choisit pour défendre les couleurs nationales. Mais comme pour ses homologues monégasque, norvégien, maltais et finlandais, c’est une deuxième partie de tableau qui lui échoit à l’issue des votes.

17. LUXEMBOURG : Après toi par Vicky Leandros (née en 1949)

        Paroles : Yves Dessca & Klaus Munro              Musique : Mario Panas & Klaus Munro                                                Chef d’orchestre : Klaus Munro                     Sélection : interne

            Le Grand-Duché affiche à nouveau ses ambitions pour cette 17ème édition du Concours : il veut gagner ! ! ! On rappelle la chanteuse grecque Vicky Leandros, arrivée 4° pour le Luxembourg à Vienne en 1967, et surtout on demande à Yves Dessca, qui avait co-écrit le titre vainqueur pour Séverine l’année précédente, de produire à nouveau un titre incontournable. Ce qu’il fait évidemment, décrochant ainsi une deuxième médaille en deux ans – exploit que personne n’avait réalisé auparavant, et que personne n’a réitéré depuis !

18. PAYS-BAS : Als het om de liefde gaat par Sandra (1950-2017) & Andres (né en 1936)

        Paroles : Hans van Hemert      Musique : Dries Holten                       Chef d’orchestre : Harry van Hoof

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le samedi 26 février 1972 à Amsterdam

            Invité par le diffuseur national à présenter trois titres à la sélection néerlandaise, le duo formé par Sandra Reemer et Dries Holten, alias Andres, part en Écosse avec le statut de favori, à égalité avec Vicky Leandros. En effet, le titre composé par Andres lui-même déploie une énergie à laquelle il est difficile de résister, énergie qui sera encore plus évidente sur la scène du Usher Hall. La première partie de soirée se termine donc en apothéose… sans que la BBC ait eu à imposer un ordre de passage tout à fait subjectif (coucou Jon Ola !).

Le vote et les résultats

            Les 18 chansons candidates ayant été interprétées, Moira Shearer revient sur scène pour annoncer que les jurés doivent terminer de voter afin que le scrutateur Clifford Brown et ses adjoints puissent comptabiliser les voix. Pour permettre au public et aux téléspectateurs de patienter, est diffusée une vidéo tournée au château d’Édimbourg où l’on voit une fanfare militaire en tenue traditionnelle (kilts, sporrans et bearskin hats) défiler au son de la cornemuse. Un mois après le Concours, la musique jouée par ce régiment atteindra le sommet des charts britanniques, surpassant de ce fait tous les titres candidats de la finale :O

Puis, commence la révélation des votes par chaque couple de jurés nationaux.

            P L A C E S C O R E   A L L   F R A   I R L   E S P     U K   N O R   P O R   S U I   M A L     F I N   A U T     I T A   Y O U   S U È   M O N   B E L   L U X   N E D
ALL 3 107   8 6 9 5 6 6 5 4 5 5 7 5 8 8 7 7 6
FRA 11 81 5   5 2 9 7 2 3 5 4 2 3 5 2 6 7 8 6
IRL 15 72 4 3   4 4 6 4 3 6 3 4 3 3 5 5 4 6 5
ESP 10 83 7 5 5   3 8 6 3 4 4 5 3 2 7 8 3 5 5
UK 2 114 8 9 6 2   10 4 8 2 7 7 7 9 6 9 4 8 8
NOR 14 73 4 3 6 5 4   5 2 5 7 3 2 5 4 4 4 6 4
POR 7 90 3 4 7 7 4 2   6 5 2 4 9 4 7 4 7 10 5
SUI 8 88 4 5 6 5 4 7 2   4 7 8 5 5 4 6 4 7 5
MAL 18 48 3 2 4 2 6 2 2 2   5 2 2 2 3 3 2 2 4
FIN 12 78 4 3 3 6 5 6 4 3 3   3 3 4 4 5 8 6 8
AUT 5 100 6 6 6 6 3 5 5 7 5 4   6 8 10 5 4 5 9
ITA 6 92 4 5 3 2 3 6 7 9 6 6 6   4 8 6 6 6 5
YOU 9 87 7 4 5 8 5 4 5 2 4 3 3 2   4 9 8 8 6
SUÈ 13 75 5 3 5 3 3 5 4 2 4 5 4 3 7   5 7 5 5
MON 16 65 4 3 4 3 5 6 2 2 5 5 3 3 4 3   4 4 5
BEL 17 55 2 3 4 2 5 2 3 3 5 4 2 3 2 2 4   6 3
LUX 1 128 9 8 9 2 10 8 7 6 4 6 8 9 10 8 7 8   9
NED 4 106 6 6 8 8 9 8 5 6 3 9 6 3 9 6 5 2 7  

Après avoir mené pendant l’ensemble de la procédure, le Luxembourg remporte une troisième victoire, après celles de 1961 et de 1965. À la deuxième place, figure le Royaume-Uni (dont c’est la 8ème place de dauphin en quinze éditions !). L’Allemagne remonte sur la 3ème marche du podium, pour la troisième année consécutive, une grande première. Quant à l’Autriche, elle retrouve un Top 10 qu’elle n’avait plus connu depuis sa victoire six ans plus tôt. En revanche, pour Malte, c’est la catastrophe car le pays finit pour la deuxième fois à la dernière place en deux participations. Ce n’était jamais arrivé avant, et ça ne s’est jamais reproduit depuis. On comprend aisément, du coup, pourquoi le pays va s’absenter de manière si durable de la plus grande compétition musicale européenne.

Moira appelle alors sur scène Vicky Leandros et l’un de ses auteurs – compositeurs, Mario Panas, qui viennent recevoir leurs médailles des mains de Séverine. Puis, la jeune gagnante réinterprète son titre vainqueur.

Mon Top 10

            Une nouvelle fois, une édition peu marquante, dont seules les trois chansons que je place sur mon podium me semblent des incontournables. D’un autre côté, peu de chansons me déplaisent vraiment, si ce n’est celle de Véronique Müller.

  1. LUXEMBOURG : Après toi par Vicky Leandros
  2. ROYAUME-UNI : Beg, steal or borrow par The New Seekers
  3. FRANCE : Comé-comédie  par Betty Mars
  4. PAYS-BAS : Als het om de liefde gaat par Sandra & Andres
  5. BELGIQUE : À la folie ou pas du tout par Serge & Christine Ghisoland
  6. MONACO : Comme on s’aime par Anne-Marie Godart & Peter MacLane
  7. FINLANDE : Muistathan par Päivi Paunu & Kim Floor
  8. YOUGOSLAVIE : Muzika i ti par Tereza
  9. PORTUGAL : A festa da vida par Carlos Mendes
  10. NORVÈGE : Småting par Grethe Kausland & Benny Borg

Lanterne rouge : SUISSE : C’est la chanson de mon amour par Véronique Müller

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 7 décembre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Enfin, je trouve le temps de vous révéler le classement que les 31 votants ont établi pour cette édition 1972. Après un début au coude à coude pour les deux postulants à la victoire, le favori s’est nettement détaché et le suspense ne s’est plus joué que pour la 3° place. Mais trêve de bavardages, examinons nos préférences :

18. Malte : L-Imhabba par Helen & Joseph : 16 points de 4 votants (maximum 7 points) score identique par rapport à Édimbourg

17. Belgique : À la folie ou pas du tout par Serge & Christine Ghisoland : 16 points de 6 votants (maximum 6 points) score identique

16. Espagne : Amanece par Jaime Morey : 21 points de 7 votants (maximum 6 points) – 6 places

15. Monaco : Comme on s’aime par Anne-Marie Godart & Peter MacLane : 22 points de 5 votants (maximum 10 points) + 1 place

14. Norvège : Småting par Grethe Kausland & Benny Borg : 45 points de 14 votants (maximum 7 points) score identique

13. Suisse : C’est la chanson de mon amour par Véronique Müller : 60 points de 11 votants (maximum 12 points de Taron) – 5 places

12. Suède : Härliga sommardag par The Family Four : 63 points de 15 votants (maximum 10 points) + 1 place

11. Finlande : Muistathan par Päivi Paunu & Kim Floor : 91 points de 17 votants (maximum 12 points de Gaël) + 1 place

10. Irlande : Ceol an ghrà par Sandie Jones : 91 points de 19 votants (maximum 10 points) + 5 places

9. France : Comé-comédie par Betty Mars : 97 points de 17 votants (maximum 12 points de Betty et Sakis) + 2 places

8. Italie : I giorni dell’ arcobaleno de Nicola Di Bari : 99 points de 20 votants (maximum 12 points de Gérald) – 2 places

7. Autriche : Falter im Wind par The Milestones : 114 points de 18 votants (maximum 12 points de Juju et Augures) – 2 places

6. Allemagne : Nur die Liebe läßt uns leben par Mary Roos : 124 points de 24 votants (maximum 10 points) – 3 places

5. Pays-Bas : Als het om de liefde gaat par Sandra & Andres : 131 points de 27 votants (maximum 8 points) – 1 place

4. Portugal : A festa da vida par Carlos Mendes : 154 points de 24 votants (maximum 12 points de Denez, Franck et Minsk) + 3 places

3. Yougoslavie : Muzika i ti par Tereza : 156 points de 26 votants (maximum 12 points de Kikichouchou et Zipo) + 6 places

2. Royaume-Uni : Beg, steal or borrow par The New Seekers : 228 points de 28 votants (maximum 12 points de Yom, Nathan, Benoît, Phileurophage et Garfieldd) score identique

  1. Luxembourg : Après toi par Vicky Leandros : 270 points de 28 votants (maximum 12 points de Pauline, RV, tHEO, Yvonne, Arnaud, Pauly, Lolotte, Julien, Nico, Duncky, Jérémie, Florian, Pascal et Francis) score identique

Pour la 12° fois, nous couronnons donc le vainqueur officiel, le Luxembourg, et nous sommes d’accord aussi sur son dauphin, le Royaume-Uni. Mis à part les Pays-Bas, qui décrochent un Top 5, les couples se retrouvent tous au-delà de la 10° place, comme au Concours. Notre plus grand désaccord réside dans les classements du Portugal et de la Yougoslavie, que nous plaçons bien plus haut. Ce sont d’ailleurs les meilleurs placements pour ces deux pays depuis que cette rétrospective existe. Enfin, nous offrons à nouveau la lanterne rouge à Malte, un an après Joe Grech. Finalement, nos votes rejoignent clairement ceux des jurés!

Voilà pour cette 17° édition du Concours, et pour nos votes. J’espère pouvoir publier très vite un article sur l’édition suivante. Merci encore à tous pour votre participation enthousiaste, et à bientôt!