Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Après une édition aux Pays-Bas assez pauvre musicalement, et surtout dépourvue de suspense eu égard au nombre restreint de pays participants, le Concours 1971 allait être celui du renouveau : un vainqueur représentant une nation qui n’avait jamais gagné, un nouveau système de vote beaucoup plus transparent, une révélation des titres anticipée… et tout cela dans la ville qui détient aujourd’hui le record d’organisation. Bref, plusieurs décisions positives prises par l’UER pour éviter le fiasco de l’année précédente. Découvrons tout de suite le…

16ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 3 avril 1971

en direct du Gaiety Theatre de Dublin (Irlande)

présenté par Bernadette Ní Ghallchóir

L’organisation du Concours

La victoire de la jeune Dana n’ayant soulevé aucune polémique, l’Irlande se voit offrir par l’UER l’honneur d’organiser le Concours 1971. Le diffuseur décide assez vite que la cérémonie se tiendra au Gaiety Theatre de Dublin. Dessinée par l’architecte anglais Charles J. Phipps, la salle (inaugurée un siècle plus tôt, en 1871) s’est spécialisée dans la production d’opéras, tout en accueillant de nombreuses troupes de théâtre. C’est donc une grande première pour elle de voir se produire des artistes de variété.

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Le Gaiety Theatre de Dublin

Les règles

Suite aux multiples critiques adressées à son endroit après les nombreuses défections de 1970, l’UER prend plusieurs décisions pour faire renaître confiance et enthousiasme chez les diffuseurs européens. Tout d’abord, elle impose que chaque artiste désigné présente au préalable une vidéo de sa chanson (la bientôt célèbre preview video), qui sera diffusée dans chacun des pays participants. Ainsi, les jurys connaîtraient déjà les chansons candidates avant de voter, ce qui devait rétablir un peu d’égalité entre les titres ultra-promus et les autres. Ensuite, elle autorise les groupes à participer (ce qui était de toute façon déjà le cas avec les candidats espagnols de 1964, yougoslaves de 1969 et néerlandais de 1970, par exemple). Toutefois, elle impose que le nombre de membres de ces formations ne dépasse pas la limite de six (c’est toujours le cas aujourd’hui). Enfin, elle refonde complètement le système de vote… que je vous expliquerai plus en détail un peu plus bas.

Un exemple de preview video

Il faut croire que ces résolutions ont calmé les susceptibilités des uns et des autres, puisque les pays qui avaient déclaré forfait pour Amsterdam (la Norvège, la Suède, la Finlande, le Portugal et l’Autriche) font tous leur retour, accompagnés d’un petit nouveau, Malte – le premier néo-candidat depuis l’Irlande en 1965. Cet afflux de candidats permet donc à l’édition 1971 d’égaler le record de 1965 et 1966 : 18 postulants à la victoire finale. En ce qui concerne les artistes qui avaient déjà tenté leurs chances auparavant, deux nous reviennent avec les plus grands espoirs : l’Allemande Katja Ebstein (3ème en 1970) et le Belge Jacques Raymond (10ème en 1963).

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Malte, nouveau concurrent pour la victoire finale

Après des années d’exercice à ce poste, Pierre Tchernia laisse sa place à Georges de Caunes (dont l’épouse Jacqueline Joubert avait animé les deux Concours de Cannes dix ans plus tôt) pour assurer les commentaires pour la France et Monaco. Terry Wogan et Camillo Felgen, quant à eux, sont chargés de présenter les artistes pour les radios anglaise et luxembourgeoise.

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Georges de Caunes

La présentation et l’orchestre

Pour présenter le Concours de Dublin, la RTÉ fait confiance à Bernadette Ní Ghallchóir. Très connue à l’époque pour avoir animé Buntús Cainte, une émission pédagogique sur la langue gaélique, elle est forcément la candidate idéale pour une compétition internationale où la maîtrise de différentes langues est nécessaire. Les fans irlandais la reverront d’ailleurs deux ans plus tard quand elle sera aux manettes de la sélection nationale. Passée chez RTÉ Two dès sa création en 1978, elle prendra sa retraite dans les années 1980 pour se consacrer à la sculpture et à sa vie de famille, auprès de son époux Sean O’Huiginn, ancien ambassadeur de la République d’Irlande aux États-Unis.

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Bernadette Ní Ghallchóir

L’orchestre est pour sa part dirigé par Colman Pearce (né en 1938), dont la prestation en ce 3 avril 1971 sera si remarquée qu’après sa retraite en 1983, on lui demandera de devenir chef d’orchestre à Bilbao puis aux États-Unis, dans le Mississippi ! Comme quoi, l’Eurovision mène à tout 😛

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Colman Pearce

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier et un prologue où l’on voit un couple dans ses plus beaux atours se rendre en calèche au Gaiety Theatre, Bernadette (qui est très chouette… pour sa cousine, je ne sais pas) apparaît sur scène habillée d’une robe vaporeuse d’un vert tout irlandais. Elle ouvre la cérémonie en gaélique, en français et en anglais (appréciez l’ordre choisi…) et permet à la première carte postale d’être diffusée : celle de l’Autriche.

1. AUTRICHE : Musik par Marianne Mendt (née en 1945)

        Paroles et Musique : Richard Schönherz & Manuel Rigoni                 Chef d’orchestre : Robert Opratko

            Sélection : interne

            De retour après deux années d’absence, l’Autriche ne choisit pas la facilité en proposant une chanson en dialecte viennois. Le fait qu’elle passe en première position (ce qu’elle redoutait par-dessous tout, selon ses propres dires) a dû représenter une énorme pression pour Marianne Mendt, qui démarre sa chanson tout à fait correctement… mais commence à enchaîner les notes bleues dès qu’arrive le refrain. Malheureusement pour elle – et en dépit de ses capacités vocales évidentes – les jurys sauront s’en souvenir en deuxième partie de soirée.

2. MALTE : Marija L-Maltija par Joe Grech (né en 1934)

        Paroles : Charles Mifsud        Musique : Joe Grech                          Chef d’orchestre : Anthony Chircop

            Sélection : 1° place de la finale maltaise

            Parmi les six candidats qui postulent lors de la première sélection maltaise de l’histoire, figure Mary Spiteri qui, comme ses cinq adversaires, chante dans la langue de son pays. Elle doit toutefois s’incliner face à Joe Grech… et devra attendre 21 ans avant de fouler la scène de l’Eurovision ! En Irlande, en revanche, Malte ne fait pas d’étincelle et récolte une bien sévère dernière place pour sa première participation, comme l’Autriche, Monaco ou le Portugal avant elle.

3. MONACO : Un banc, un arbre, une rue par Séverine (née en 1948)

        Paroles : Yves Dessca             Musique : Jean-Pierre Bourtayre        Chef d’orchestre : Jean-Claude Petit

            Sélection : interne

            Le Concours Eurovision de la Chanson est parfois un rêve d’enfant. En tout cas, ça l’était pour Séverine qui rêvait d’y participer depuis qu’elle avait vu, toute jeune, Jacqueline Boyer l’emporter en 1960. Onze ans plus tard, c’est à son tour d’être sacrée. Pourtant, en dépit d’un succès international exceptionnel (elle se classera 1ère des ventes au Royaume-Uni avec Un banc, un arbre, une rue malgré la commercialisation d’une version anglaise de son titre), elle ne parviendra jamais vraiment à renouveler son exploit. En revanche, Yves Dessca écrira de nombreuses chansons qui font aujourd’hui partie de notre patrimoine (Le Rire du sergent et La Maladie d’amour pour Michel Sardou, Amoureux de ma femme pour Richard Anthony, Ma vie c’est un manège pour Nicoletta… et même Tu m’oublieras, repris par Larusso) et Jean-Pierre Bourtayre composera pour Claude François ses plus grands tubes, de Chanson populaire à Magnolias Forever, de Quelquefois à Alexandrie Alexandra, en passant par Le Téléphone pleure, Le Chanteur malheureux ou C’est comme ça que l’on s’est aimé.

4. SUISSE : Les illusions de nos vingt ans par Peter, Sue & Marc (nés en 1949, 1950 et 1948)

        Paroles : Maurice Tézé           Musique : Peter Reber                        Chef d’orchestre : Hardy Schneiders

            Sélection : interne

            Choisis en interne pour représenter la Suisse, le premier trio officiel du Concours (en 1964, Nelly était censée être accompagnée de ses frères choristes, comme Patricia l’était de ses sœurs en 1970) reste aujourd’hui le seul groupe à avoir participé à quatre reprises, et tout cela en quatre langues différentes. Il lui faudra cependant attendre quelques années avant de marquer les jurys de manière conséquente.

5. ALLEMAGNE : Diese Welt par Katja Ebstein (née en 1945)

        Paroles : Fred Jay                  Musique et Chef d’orchestre : Dieter Zimmermann 

            Sélection : 1° place à Ein Lied für Dublin le samedi 27 février 1971 à Francfort-sur-le-Main

            Convaincue que Katja Ebstein peut améliorer son classement de l’année précédente (elle a terminé 3ème), le diffuseur allemand invite la jeune femme à présenter six titres lors de la finale nationale. C’est le 4ème qui est choisi par le public et des professionnels pour représenter le pays. Mais malgré les très fortes attentes, Diese Welt termine à nouveau sur la troisième marche du podium. Un exploit en soi, tout de même.

6. ESPAGNE : En un mundo nuevo par Karina (née en 1946)

        Paroles : Tony Luz                  Musique : Rafael Trabucchelli                       Chef d’orchestre : Waldo de Los Rios

            Sélection : 1° place lors de la sélection nationale pour l’artiste ; interne pour le titre

            À l’issue d’une très longue sélection visant à trouver le meilleur interprète possible pour succéder à Raphael, Massiel, Salomé et Julio Iglesias (tous dans le Top 6), Karina est choisie lors de la finale du mercredi 30 décembre 1970. Elle bat Jaime Morey, qui défendra les couleurs du pays l’année suivante. En Irlande, la jeune femme se fait accompagner par le trio qui avait déjà servi de choristes en 1968 et 1970, mais elle échoue à remporter le Concours pour douze petites voix. La faute à cette robe… particulière au trou non moins étrange, ou à la composition un peu déroutante du titre proposé ?

7. FRANCE : Un jardin sur la Terre par Serge Lama (né en 1943)

        Paroles : Henri Djian & Jacques Demarny       Musique : Alice Dona  Chef d’orchestre : Franck Pourcel

            Sélection : interne

            Peu d’informations ont filtré sur la sélection française pour le Concours 1971. On sait toutefois que Jean Ferrat, Guy Bonnet (déjà candidat en 1970) et Séverine (finalement choisie par Monaco avec un autre titre) avaient proposé une chanson. Mais Serge Lama, candidat malheureux deux ans plus tôt, se voit enfin offrir la chance de représenter l’Hexagone. Alice Dona lui compose une musique, mais étrangement il n’y appose pas un texte écrit de sa main, mais soumis par Henri Djian et Jacques Demarny (auteurs de La Source et Marlène pour le premier, et Nous vivrons d’amour pour le second). Malheureusement pour le grand Serge, Un jardin sur la Terre suivra plutôt l’exemple de ces deux derniers titres plutôt que du premier.

8. LUXEMBOURG : Pomme, pomme, pomme par Monique Melsen (née en 1951)

        Paroles : Pierre Cour                          Musique : Hubert Giraud        Chef d’orchestre : Jean Claudric

            Sélection : interne

            Comme à son habitude, le Grand-Duché a de grandes ambitions en cette année 1971. La preuve : il demande à un duo d’auteurs – compositeurs déjà à l’origine de huit chansons candidates au Concours (dont les gagnantes Dors, mon amour et Tom Pillibi) de proposer un titre à la jeune Luxembourgeoise Monique Melsen. Alors, que dire ? Que même les plus grands ne peuvent pas tout le temps être géniaux ? Que la demoiselle (à qui j’attribue sans même y réfléchir plus d’une seconde un anachronique prix Barbara Dex pour sa tenue plus que criminelle) aurait mieux fait d’y penser à deux fois avant de se lancer dans une telle galère ? D’un autre côté, sa prestation est toujours présente dans les bêtisiers presque 50 ans après… Ça doit être ça, la gloire, finalement.

9. ROYAUME-UNI: Jack in the box par Clodagh Rodgers (née en 1947)

        Paroles : David Myers                        Musique : John Worsley         Chef d’orchestre : Johnny Arthey

            Sélection : interne

            Alors que la tension est extrême entre le Royaume-Uni et la République d’Irlande en ce début de décennie, la BBC pense trouver la solution pour obtenir les voix des jurys des deux pays – condition sine qua non, selon elle, pour remporter la victoire : demander à une artiste originaire d’Irlande du Nord de représenter la Perfide Albion. Clodagh Rodgers se laisse convaincre, persuadée que la musique adoucit les mœurs, qu’un concours musical ne peut être politique et autres idées reçues du même genre. Seulement voilà, durant les semaines qui précèdent la grande finale, les rapports se tendent encore plus entre les deux nations et la jeune femme reçoit même des menaces de mort de l’IRA, qui la considère comme une traîtresse à son pays (à côté de ça, la douce Jamala passe pour une petite joueuse face à la distinguée Maruv). C’est donc sous haute protection policière que la chanteuse en short (décidément !) se rend à Dublin et se produit sur la scène du Gaiety Theatre. Les jurys sauront la consoler.

10. BELGIQUE : Goeie morgen, morgen par Lily Castel (née en 1937) et Jacques Raymond (né en 1938)

        Paroles : Phil van Cauwenbergh          Musique : Paul Quintens         Chef d’orchestre : Francis Bay

            Sélection : 1° place lors de la finale belge le samedi 6 février 1971 à Bruxelles pour la chanson

            Après une demi-finale qui a permis à huit artistes de se qualifier (dont certains avec plusieurs chansons), la finale voit le duo formé de Nicole Josy et Hugo Sigal l’emporter devant Ann Christy (future représentante belge en 1975) avec Goeie morgen, morgen (écrit et composé par le duo à l’origine des deux titres interprétés par Louis Neefs et de celui de Tonia en 1966). Micha Marah (qui défendra les couleurs de son pays en 1979) n’y peut rien, malgré les trois titres qu’elle présente. Tout semble aller pour le mieux pendant les semaines de répétition lorsque Nicole tombe brusquement malade. Il faut la remplacer au plus vite, et on fait appel à Jacques Raymond (candidat en 1963) et à Lily Castel au tout dernier moment. On raconte même que la pauvre Lily n’a même pas le temps de se trouver une tenue pour la soirée. Au moins, elle n’a pas demandé à Monique Melsen ou Clodagh Rodgers de lui prêter un short 😛 De leur côté, Nicole et Hugo devront patienter deux ans avant de fouler la scène de l’Eurovision.

11. ITALIE : L’amore è un attimo par Massimo Ranieri (né en 1951)

        Paroles : Giancarlo Bigazzi & Gaetano Savio                          Musique et Chef d’orchestre : Enrico Polito

            Sélection : interne

            Vainqueur en décembre 1970 de la célèbre émission Canzonissima, le tout jeune Massimo est choisi en interne pour représenter l’Italie au Concours Eurovision. La RAI compte tout autant sur son timbre de voix très particulier que sur son charisme indéniable (qui lui a permis de se faire remarquer dans le très beau film Metello de Mauro Bolognini, par exemple) pour marquer la compétition de son empreinte. Et de fait, son succès sera tel qu’il enregistrera des versions allemande, espagnole et française de son titre, avant de collectionner les récompenses dans son pays. Moralité : même quand il ne couronne pas un artiste, l’ESC met le pied à l’étrier à de grands talents.

12. SUÈDE : Vita vidder par The Family Four [dont Pierre Isacsson (1947-1994) et Berndt Öst (1930-2017) Étoiles au Firmament # 26]

        Paroles et Musique : Håkon Elmquist                                    Chef d’orchestre : Clæs Rosendahl

            Sélection : 1° place lors du Melodifestivalen le samedi 27 février 1971 à Stockholm

            Ayant remporté chacune des cinq demi-finales organisées par le diffuseur suédois (face à Tommy Körberg, entre autres), The Family Four est donc certain de partir pour Dublin. Lors de la finale, un jury de cinq experts décide que le dernier titre que le groupe a interprété est suffisamment fort pour être compétitif en Irlande. La suite des événements prouve qu’ils ne se sont pas trompés.

13. IRLANDE : One day love par Angela Farrell (née en 1952)

        Paroles et Musique : Donald Martin & Ita Flynn                    Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1° place lors de la finale irlandaise le dimanche 28 février 1971 à Dublin

            Obtenant à elle seule un tiers des voix des jurys, Angela Farrell bat donc aisément ses adversaires, dont Red Hurley (futur représentant irlandais au Concours 1976). Malheureusement, sa ballade très classique ne convaincra pas grand monde, et se classera en deuxième partie de tableau.

14. PAYS-BAS : Tijd par Saskia (née en 1947) & Serge (né en 1946)

        Paroles : Gerrit den Braber    Musique : Joop Stokkermans  Chef d’orchestre : Dolf van der Linden

            Sélection : 1° place lors du Nationaal Songfestival le mercredi 24 février 1971 à Hilversum

            Désignés par la chaîne nationale pour défendre les couleurs du pays à Dublin, Saskia et Serge interprètent six titres lors de la finale néerlandaise. Par cartes postales, le public décide que le deuxième est celui qui a le plus de chances de remporter un maximum de suffrages. Il est vrai que les auteur et compositeur de la chanson ont déjà écrit plusieurs titres pour le Concours (Katinka, Fernando en Philippo, Ringe-dinge et Morgen), mais aucun n’a vraiment séduit les jurys. La tension est donc extrême pour le jeune couple, qui espère réitérer l’exploit de Lenny Kuhr dans un style finalement assez proche.

15. PORTUGAL : Menina par Tonicha (née en 1946)

        Paroles : José Carlos Ary dos Santos             Musique : Nuno Nazareth Fernandes

            Chef d’orchestre : Jorge Costa Pinto

            Sélection : 1° place lors du Festival da Canção Portuguesa le jeudi 11 février 1971 à Lisbonne

            La jolie Tonicha remporte la sélection portugaise face à huit adversaires, dont Fernando Tordo, Paulo De Carvalho et Duarte Mendes (futurs représentants lusitaniens en 1973, 1974 et 1975). Son titre, écrit et composé par le duo à l’origine du sublime Desfolhada portuguesa, est une chanson tout à la fois légère et traditionnelle, comme le Portugal en a l’habitude. Mais encore une fois, la victoire se refuse au pays.

16. YOUGOSLAVIE : Tvoj dječak je tužan par Krunoslav Slabinać (né en 1944)

        Paroles : Zvonimir Golob         Musique : Ivan Krajač                        Chef d’orchestre : Miljenko Prohaska

            Sélection : 1° place lors de Pjesma Eurovizije à Domzale

            Battu l’année précédente par Eva Sršen, Krunoslav Slabinać prend sa revanche et remporte la sélection yougoslave en 1971 avec une chanson dont la musique a été composée par Ivan, le chanteur qui avait représenté le pays à Madrid. Parmi les candidats qui espéraient aller à Dublin, on remarque Esma Redžepova – qui foulera la scène de l’Eurovision 42 ans plus tard !

17. FINLANDE : Tie uuteen päivään par Markku Aro (né en 1950) & Koivisto Sisters

        Paroles et Musique : Rauno Lehtinen                                     Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1° place lors de l’Euroviisut le samedi 13 février 1971 à Helsinki

            Vainqueur de la sélection finlandaise (où concourait également Lasse Mårtenson, candidat pour le pays en 1964), le jeune Markku est accompagné des sœurs Koivisto, que l’on reverra au Concours, en particulier auprès de Fredi en 1976. Pour l’heure, leur chanson, étrangement composée mais indiscutablement légère, se fait suffisamment remarquer pour décrocher un classement inhabituellement élevé pour la Finlande.

18. NORVÈGE : Lykken er… par Hanne Krogh (née en 1956)

        Paroles et Musique : Arne Bendiksen                                    Chef d’orchestre : Arne Bendiksen

            Sélection : 1° place du Melodi Grand-Prix le samedi 20 février 1971 à Oslo

            Le moins que l’on puisse dire est que la sélection nationale norvégienne réunit des candidats très différents, des plus âgés (Inger Jacobsen a déjà représenté son pays en 1962) aux plus jeunes (la petite Anita Hegerland n’a que dix ans). C’est un mélange des générations qui séduit le public : Hanne Krogh (tout juste 15 ans) l’emporte devant Odd Børre (représentant norvégien trois ans plus tôt à Londres) avec une chanson écrite et composée par Arne Bendiksen (candidat en 1964). La jeune fille, malgré tout son charme, ne séduit pas à Dublin… mais est promise à un brillant avenir au Concours, puisqu’elle le remportera en 1985. Quant à Anita Hegerland, elle épousera le célèbre Mike Oldfield quelques années plus tard.

Le vote et les résultats

            Ne souhaitant plus voir se reproduire la situation qui avait permis à quatre pays de l’emporter en 1969, l’UER a décidé de changer totalement le système de vote. Tout d’abord, chaque pays doit envoyer sur place deux jurés : l’un doit avoir entre 16 et 25 ans, l’autre entre 26 et 55 ans (dans tous les cas de figure, dix ans doivent les séparer). Ensuite, chacun de ces jurés doit attribuer à chaque chanson candidate (à l’exclusion de celle qui représente son propre pays) une note entre 1 et 5 qu’il présentera à la caméra. Avantage : chaque chanson récoltera entre 34 et 170 points (donc, plus de 0 pointé). Inconvénient : la procédure de vote est ennuyeuse, répétitive et interminable. Sans compter que rien n’empêche un juré de ne donner que des 1 et aucun 5. Dernière information : en cas d’égalité, les jurés de tous les pays non concernés attribueront un vote à la chanson qu’ils préfèrent parmi celles arrivées ex-aequo.

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Les trois premiers couples de jurés
(Beatrix Neundlinger est en bas, à gauche)

            La délicieuse Hanne Krogh ayant terminé sa chanson, la tout aussi charmante Bernadette reprend le micro pour annoncer que les jurés vont pouvoir voter, après un entracte où sont diffusées des images du très beau et très ancien château de Bunratty. On y voit entre autres une chorale de femmes y chanter des airs traditionnels irlandais, et une troupe de danseurs exécuter la si difficile Irish dance au son du violon dans un pub. Cliché quand tu nous tiens…

            Puis, la procédure de vote commence, surveillée par Clifford Brown (qui a déjà été destinataire des votes, sûrement afin que les jurés ne changent pas leurs points en découvrant ceux des autres). Les couples de jurés se présentent sur scène trois par trois (les plus jeunes étant majoritairement des femmes et les plus âgés des hommes…), et affichent les points qu’ils attribuent à chacune des chansons candidates. Parmi les jurés, on découvre Beatrix Neundlinger (qui représentera l’Autriche en 1972 et 1977).

  P L A C E S C O R E   A U T   M A L   M O N   S U I   A L L   E S P   F R A   L U X     U K   B E L   I T A     S U È   I R L   N E D   P O R   Y O U   F I N   N O R
AUT 16 66   3 5 2 7 2 3 2 3 3 6 4 6 3 5 4 3 5
MAL 18 52 4   2 2 3 5 3 2 3 4 4 2 4 5 2 2 3 2
MON 1 128 4 5   10 10 2 8 4 8 10 4 10 9 9 8 10 7 10
SUI 12 78 5 5 4   6 2 6 2 6 3 7 4 5 5 6 4 4 4
ALL 3 100 6 5 7 6   8 8 2 6 7 6 6 5 5 7 7 5 4
ESP 2 116 4 8 10 5 7   10 4 7 4 5 6 9 6 7 7 9 8
FRA 10 82 3 2 8 8 5 5   2 5 3 4 4 6 9 5 5 3 5
LUX 13 70 2 7 6 3 2 4 5   6 3 3 2 5 3 6 4 5 4
UK 4 98 4 8 8 6 5 2 8 4   8 3 5 7 5 7 6 6 6
BEL 14 68 3 2 5 4 2 2 5 2 6   3 5 4 6 6 3 6 4
ITA 5 91 4 6 9 8 6 6 9 2 6 2   7 6 2 3 8 2 5
SUÈ 6 85 7 4 4 9 4 2 5 2 5 6 6   3 9 3 6 4 6
IRL 11 79 7 6 6 3 4 5 7 2 6 3 6 2   5 4 5 4 4
NED 6 85 6 2 6 5 4 5 7 2 5 2 2 6 5   9 5 6 8
POR 9 83 4 3 6 2 5 10 8 5 6 4 4 2 3 5   6 5 5
YOU 14 68 6 2 4 2 7 6 6 2 3 2 5 2 5 4 4   3 5
FIN 8 84 4 4 4 4 4 3 4 2 10 10 2 4 6 3 8 6   6
NOR 17 65 3 3 6 4 2 2 5 2 7 6 2 2 7 2 5 4 3  

Après avoir mené lors de la première moitié de la procédure, l’Italie laisse sa place à Monaco, qui va caracoler en tête jusqu’à la fin de la soirée. La victoire ne fait aucun doute, la principauté ayant obtenu 10 points de six couples de jurés. C’est donc une première (et dernière, à ce jour) victoire pour le micro-état, devant l’Espagne (décidément très en verve depuis 1966) et l’Allemagne (3° pour la deuxième année consécutive, avec la même artiste). Malgré les craintes que l’on aurait pu avoir, on assiste à bien peu de votes de complaisance, à l’exception de l’Espagne, qui donne dix points au Portugal.

Bernadette appelle alors sur scène Séverine, qui vient recevoir sa médaille et un très beau bouquet de fleurs des mains de Dana. Karina et Katja Ebstein sont également récompensées, et se placent à droite et à gauche de la gagnante, comme sur un podium. Puis, la jeune Française réinterprète le titre vainqueur.

Mon Top 10

            Une édition très moyenne, à mon sens, qui m’a posé problème pour réaliser mon Top 10. En effet, j’y ai placé par nécessité des chansons que je juge assez médiocres. Seules les cinq premières me plaisent vraiment.

  1. ROYAUME-UNI : Jack in the box par Clodagh Rodgers
  2. MONACO : Un banc, un arbre, une rue par Séverine
  3. ITALIE : L’amore è un attimo  par Massimo Ranieri
  4. ESPAGNE : En un mundo nuevo par Karina
  5. NORVÈGE : Lykken er… par Hanne Krogh
  6. BELGIQUE : Goeie morgen, morgen par Lily Castel & Jacques Raymond
  7. AUTRICHE : Musik par Marianne Mendt
  8. PAYS-BAS : Tijd par Saskia & Serge
  9. LUXEMBOURG : Pomme, pomme, pomme par Monique Melsen
  10. ALLEMAGNE : Diese Welt par Katja Ebstein

Lanterne rouge : SUÈDE : Vita vidder par The Family Four

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 9 novembre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Record pulvérisé !!! Nous avons été 32 cette semaine à nous prononcer sur l’édition 1971. Alors, bienvenue aux 5 nouveaux votants… et merci à tous les fidèles qui m’accompagnent amicalement dans cette belle aventure 🙂

Comme vous allez pouvoir le constater, le vainqueur n’a jamais été contesté, mais la place de 3° a encore une fois été très disputée. Et celle de dauphin n’en était pas si éloignée! En revanche, il y a de grands écarts entre certaines places, ce qui prouve qu’un certain consensus s’est dégagé. Mais découvrons tout de suite notre classement :

18. Malte : Marija L-Maltija par Joe Grech : 11 points de 5 votants (maximum 6 points) score identique à celui de Dublin

17. Irlande : One day love par Angela Farrell : 18 points de 7 votants (maximum 6 points) – 6 places!!!

16. Luxembourg : Pomme, pomme, pomme par Monique Melsen : 37 points de 9 votants (maximum 12 points de Zipo) – 3 places

15. Finlande : Tie uuten päivään par Markku Aro & the Koivisto Sisters : 40 points de 10 votants (maximum 7 points) – 7 places!!!

14. Belgique : Goeie morgen, morgen par Lily Castel & Jacques Raymond : 56 points de 10 votants (maximum 8 points) score identique

13. Norvège : Lykken er… par Hanne Krogh : 67 points de 14 votants (maximum 8 points) + 4 places

12. Suède : Vita vidder par The Family Four : 67 points de 15 votants (maximum 7 points) – 6 places!!!

11. Yougoslavie : Tvoj dječak je tužan par Krunoslav Slabinać : 69 points de 15 votants (maximum 12 points de RV et Nuit) + 3 places

10. Suisse : Les illusions de nos vingt ans par Peter, Sue & Marc : 80 points de 14 votants (maximum 10 points) + 2 places

9. France : Un jardin sur la Terre par Serge Lama : 82 points de 17 votants (maximum 12 points de Pauline) + 1 place

8. Autriche : Musik par Marianne Mendt : 91 points de 23 votants (maximum 10 points) + 8 places!!!!!!!

7. Pays-Bas : Tijd par Saskia & Serge : 108 points de 22 votants (maximum 10 points) – 1 place

6. Portugal : Menina par Tonicha : 134 points de 24 votants (maximum 12 points d’Arnaud et Florian) + 3 places

5. Espagne : En un mundo nuevo par Karina : 173 points de 28 votants (maximum 12 points de Minsk et Juju) – 3 places

4. Royaume-Uni : Jack in the box par Clodagh Rodgers : 178 points de 24 votants (maximum 12 points de Kikichouchou, Pauly, Sakis, Mr Nathan Harper et Francis) score identique

3. Italie : L’amore è un attimo par Massimo Ranieri : 180 points de 27 votants (maximum 12 points de Yom, Yvonne et Benoît) + 2 places

2. Allemagne : Diese Welt par Katja Ebstein : 188 points de 26 votants (maximum 12 points de Jérémie, Gaël et Betty) + 1 place

  1. Monaco : Un banc, un arbre, une rue par Séverine : 277 points de 30 votants (maximum 12 points de Garfieldd, Nico, Julien, Phileurophage, Taron, Lolotte, Duncky, tHEO, Pascal, Denez, Picasso, Marie et Rem) score identique

Après Édouard en 1958, Taron en 1960, Pascal en 1961 et Yvonne en 1964, Julien est donc le 5° votant à trouver notre podium : Monaco pour une première victoire, l’Allemagne (ave un sixième Top 10 consécutif) et l’Italie (qui obtient un nouveau podium un an parès Gianni Morandi). Pour le reste, nous ne sommes pas vraiment d’accord avec les jurés puisque nous plaçons très bas les pays scandinaves et récompensons davantage l’Autriche, par exemple. En revanche, nous les rejoignons pour Malte, que nous plaçons également dernière (c’est la quatrième fois que nous offrons la lanterne rouge à un néo-arrivant après le Royaume-Uni en 1957, Monaco en 1959 et la Yougoslavie en 1961).

Voilà pour aujourd’hui. Malgré l’engouement dont les lecteurs du site font preuve, je vais toutefois faire une légère pause, fin de trimestre oblige (avec ses réunions, conseils, bulletins et dossiers). De plus, la saison des concerts avec ma chorale reprend, mes dimanches vont donc être assez occupés :/

Merci encore à tous pour votre fidélité et votre enthousiasme. Et je vous dis « à bientôt » pour de nouvelles aventures!!!