Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Pour beaucoup d’observateurs, l’édition 1968 du Concours Eurovision allait forcément entrer dans l’histoire. En effet, ce fut la première année que la chaîne organisatrice allait diffuser la cérémonie en couleurs – incitant ainsi plusieurs candidates féminines à porter des tenues particulièrement flashy. Ce dont personne ne se doutait, cependant, c’était que le résultat final, pour le moins surprenant, allait préfigurer celui de l’année suivante – participant à créer un certain malaise, voire de fortes critiques, sur le système de vote mais également sur la compétition elle-même. Voici donc le…

13ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 6 avril 1968

en direct du Royal Albert Hall de Londres (Royaume-Uni)

présenté par Katie Boyle

L’organisation du Concours

La victoire ayant été remportée l’année précédente par Sandie Shaw, c’est la BBC qui est chargée d’organiser la cérémonie. Pour la 3e fois de son histoire, c’est donc à Londres que se tient la soirée. Mais après la magnifique Grande Salle de la Hofburg de Vienne en 1967, il fallait impérativement que les Britanniques trouvent un lieu de prestige. Par conséquent, on décide que les artistes viendront se produire au Royal Albert Hall, cette sublime salle de concert inaugurée par la reine Victoria en 1871 en souvenir de son époux bien-aimé, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Les plus grands musiciens et interprètes y ont donné concerts et récitals, de Camille Saint-Saëns à Eric Clapton, de Sergey Rachmaninov aux Beatles.

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Le Royal Albert Hall de Londres

Tous les pays candidats l’année précédente s’étant réinscrits, le total de participants reste de 17. Plusieurs artistes ayant échoué par le passé lors de leurs sélections nationales foulent enfin la scène du Concours, mais on assiste également à un retour remarqué – celui d’Isabelle Aubret, lauréate de l’édition 1962. C’est le premier retour d’un ancien vainqueur depuis Lys Assia en 1958 !

La présentation et l’orchestre

Après ses deux premières prestations en 1960 et 1963 saluées par tous, Katie Boyle fait son grand retour en tant que présentatrice. Encore une fois, elle va animer la soirée avec un tel talent qu’on ne découvrira que plus tard qu’elle traverse des moments personnels particulièrement difficiles, la séparation d’avec son époux apparaissant de plus en plus inévitable. Mais en grande dame qu’elle était, la superbe Katie ne laissa rien transparaître de son désarroi.

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Katie Boyle

L’orchestre est pour sa part dirigé par Norrie Paramor (1914-1979), un pianiste et compositeur surtout connu pour avoir produit dès la fin des années 1950 le groupe anglais The Shadows (futurs candidats pour le Royaume-Uni en 1975) et le chanteur Cliff Richard – représentant britannique en cette même édition.

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Norrie Paramor

Les chansons candidates

            Comme cela est devenu la coutume depuis plusieurs années, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier est suivi de l’interprétation par le grand orchestre du titre vainqueur l’année précédente, en l’occurrence Puppet on a string. Puis, apparaît la maîtresse de cérémonie, la si belle Katie Boyle, qui salue tous les pays participants ainsi que ceux qui diffusent également le Concours – établissant un record de téléspectateurs potentiels montant à 200 millions ! ! ! 

1. PORTUGAL : Verão par Carlos Mendes (né en 1947)

        Paroles : José Alberto Diogo              Musique : Pedro Osório          Chef d’orchestre : Joaquim Luís Gomes

            Sélection : 1° place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 2 mars 1968 à Lisbonne

            Lors de la sélection portugaise, le tout jeune Carlos ne bat que de deux petits points Tonicha, future candidate lusitanienne en 1971. À la 3e place, on retrouve José Cid (représentant portugais en 1980). António Calvário et Simone De Oliveira (concurrents en 1964 et 1965) doivent également s’incliner. Malgré une chanson plutôt enjouée, Carlos Mendes n’aura guère de succès à Londres. Mais comme pour beaucoup de ses compatriotes, il reviendra quelques années plus tard avec plus de bonheur.

2. PAYS-BAS : Morgen par Ronnie Tober (né en 1945)

        Paroles : Theo Strengers        Musique : Joop Stokkermans               Chef d’orchestre : Dolf van der Linden

Sélection : 1° place au Nationaal Songfestival le mercredi 28 février 1968 à Utrecht

La chanson néerlandaise, composée par le musicien qui avait déjà écrit Katinka en 1962, permet au sympathique Ronnie de remporter largement sa finale nationale. Mais comme pour son prédécesseur portugais sur la scène, le succès ne sera pas au rendez-vous. Certains ont expliqué cette contre-performance par le fait que le représentant néerlandais ne faisait pas mystère de son homosexualité (ce qui fait de lui le premier candidat au Concours à revendiquer son appartenance sexuelle). La victoire pour un membre de la communauté LGBT+ n’était guère envisageable en cette fin des années 60…

3. BELGIQUE : Quand tu reviendras par Claude Lombard (née en 1945)

        Paroles : Roland Dero             Musique : Jo van Wetter                   Chef d’orchestre : Henri Segers

Sélection : 1° place à la finale belge le mardi 13 février 1968

            Claude Lombard – qu’on connaîtra quelques années plus tard en tant qu’interprète de nombre de génériques de dessins animés – signe peut-être là le titre le plus original de toute l’Histoire de l’Eurovision : une mélodie médiévale qui n’est pas sans rappeler le célèbrissime Greensleeves. Sa voix cristalline fait merveille sur cette chanson on ne peut plus romantique. Tonia (candidate belge en 1966) et un certain Eddy Pauly (si si ! ! !) n’avaient aucune chance de battre la jeune femme en sélection nationale. En ce qui me concerne, Quand tu reviendras reste ma 3° chanson belge préférée de toute l’Histoire du Concours.

4. AUTRICHE : Tausend Fenster par Karel Gott (1939-2019)

        Paroles : Walter Brandin        Musique : Udo Jürgens                      Chef d’orchestre : Robert Opratko

Sélection : interne

            Pour la deuxième année consécutive, l’Autriche décide de faire confiance à un chanteur originaire de Tchécoslovaquie. Mais cette fois-ci, on ne lésine pas sur la qualité : Karel Gott a une voix extraordinaire et la chanson qu’on lui demande d’interpréter a été composée par Udo Jürgens, le seul vainqueur autrichien à cette date. L’objectif est évidemment d’effacer l’opprobre du médiocre classement obtenu en 1967 à Vienne. Karel fera-t-il mieux que Peter ? Tout le monde l’espère au sein de l’ÖRF.

5. LUXEMBOURG : Nous vivrons d’amour par Chris Baldo (1943-1995) [Étoile au Firmament # 28]

& Sophie Garel (née en 1942)

        Paroles : Jacques Demarny     Musique : Carlos Leresche                  Chef d’orchestre : André Borly

            Sélection : interne

            Le premier des trois duos de la soirée est peut-être le plus polémique de tous. En effet, alors que le Grand-Duché s’était jusque-là fait remarquer par son choix avisé d’interprètes aux qualités vocales indéniables, c’est un peu au mariage de la carpe et du lapin qu’on assiste en cette année 1968. Le jeune Chris Baldo semble avoir le timbre de Maurice Chevalier (sans le talent et le charisme) alors que la jeune speakerine de RTL Sophie Garel ne brille guère vocalement. Bref, leurs deux voix se marient très mal… et la sanction sera lourde à la fin de la période de vote.

6. SUISSE : Guardando il sole par Gianni Mascolo (né en 1940)

        Paroles : Sanzio Chiesa          Musique : Aldo D’Addario                  Chef d’orchestre : Mario Robbiani

            Sélection : 1° place à la finale suisse le samedi 27 janvier 1968 à Genève

            Le moins que l’on puisse dire est que la Suisse devait nourrir les plus grands espoirs en cette année 1968 : un chef d’orchestre et un auteur déjà habitués au Concours (en 1964 avec Anita Traversi), un chanteur italien doté d’une voix superbe et habillé avec un costume (orange) de la même couleur que ses lunettes – choix vestimentaire qu’il est le seul parmi les candidats masculins à tenter. Mais ce qui avait fonctionné en sélection nationale (face à Paola Del Medico, candidate suisse en 1969, et Charles Level, futur auteur de La Bonne du curé ! ! !) ne fonctionne pas à Londres. Visiblement, les jurys ont été totalement hermétiques aux exploits vocaux ce 6 avril 1968…

7. MONACO : À chacun sa chanson par Line & Willy (décédé en 2018)

        Paroles : Roland Valade          Musique : Jean-Claude Oliver             Chef d’orchestre : Michel Colombier

            Sélection : interne

             Alors que le couple avait remporté en 1966 le Palmarès des Chansons de Guy Lux, puis le 2e prix de la Rose d’Or d’Antibes, les dirigeants de l’ORTF ont repoussé par deux fois leur tentative de représenter la France ! Le duo se console en représentant Monaco avec un titre très traditionnel et particulièrement influencé par les grandes chanteuses des années 50, comme Édith Piaf ou Cora Vaucaire. Il faut croire que c’est ce qu’attendait l’Europe d’un pays francophone, car leur classement ne sera pas mauvais du tout en fin de soirée.

8. SUÈDE : Det börjar verka kärlek, banne mej par Claes-Göran Hederström (né en 1945)

        Paroles et Musique : Peter Himmelstrand                                         Chef d’orchestre : Mats Olsson

Sélection : 1e place au Melodifestivalen le samedi 9 mars 1968 à Stockholm

            Vainqueur dans son pays pour seulement deux petits points devant Svante Thuresson (candidat suédois en 1966), le souriant Claes-Göran part à Londres avec une confiance énorme. Et on le comprend, sa voix est très intéressante, il a beaucoup de charme (ses petits coups de langue sont très sensuels…) et sa chanson (au titre peut-être un peu long et difficile à prononcer pour des non-initiés) particulièrement entraînante. De plus, il porte une tenue confectionnée par Yves Saint-Laurent lui-même ! Le résultat sera à l’image de ses espérances…

9. FINLANDE : Kun kello käy par Kristina Hautala (née en 1948)

        Paroles : Juha Vainio                         Musique : Esko Linnavalli        Chef d’orchestre : Ossi Runne                       Sélection : 1e place à Euroviisut le samedi 10 février 1968 à Helsinki

            Largement gagnante à Helsinki, la benjamine de la soirée délivre une prestation particulièrement réussie d’un titre très enlevé. Elle aussi tente la tenue colorée… mais de manière assez incompréhensible, c’est en bas de tableau qu’on la retrouvera à l’issue des votes.

10. FRANCE : La source par Isabelle Aubret (née en 1938)

        Paroles : Henri Djian & Guy Bonnet    Musique : Daniel Faure           Chef d’orchestre : Alain Goraguer

            Sélection : interne

            Ne mâchons pas nos mots : attention chef-d’œuvre ! ! ! Un texte terrible sur le viol collectif et l’assassinat d’une jeune fille (thème très osé pour l’époque) délivré de manière magistrale par une chanteuse à la voix envoûtante, sur une musique apparemment légère mais qui, tout comme la robe bleu ciel que porte Isabelle, fait ressortir toute l’horreur de l’événement raconté. Richard Anthony, Line & Willy, Arlette Zola (candidate suisse en 1982) et aucun des 61 autres prétendants n’avaient la moindre chance d’être sélectionnés par l’ORTF. Pour une fois, le choix était évident, indiscutable et audacieux.

11. ITALIE : Marianne par Sergio Endrigo (1933-2005) [Étoile au Firmament # 69]

        Paroles et Musique : Sergio Endrigo              Chef d’orchestre : Giancarlo Chiaramello      Sélection : interne

            Vainqueur le samedi 3 février du célèbre Festival de la Chanson Italienne de San Remo (devant des pointures comme Gigliola Cinquetti, Al Bano et Massimo Ranieri – futurs doubles représentants italiens au Concours – ou encore Adriano Celentano, Milva, Fausto Leali, Antoine, Dionne Warwick ou Louis Armstrong), le seul auteur – compositeur – interprète de la soirée est choisi par la RAI pour représenter son pays, mais avec un autre titre. Marianne est une magnifique chanson, Sergio l’interprète avec une classe et une émotion sans pareilles… mais la victoire n’est pas au bout de la route.

12. ROYAUME-UNI : Congratulations par Cliff Richard (né en 1940)

        Paroles et Musique : Bill Martin & Phil Coulter                                 Chef d’orchestre : Norrie Paramor            Sélection : 1° place à A Song for Europe le mardi 5 mars 1968 à Londres

            Sélectionné d’office par la BBC, l’immense star Cliff Richard – qui s’était fait connaître dès 1958 avec son premier single Move it – interprète six titres lors de la finale britannique. Le 5e, écrit et composé par le duo gagnant à l’origine de Puppet on a string, remporte presque six fois autant de voix que la chanson arrivée deuxième. Le grand soir, il est le favori indiscutable, sans compter que sa prestation sur scène est parfaite de justesse et de charisme. Mais la tension est à son comble, car les scores sont très serrés avec la France et l’Espagne. Stressé à l’extrême, la grande vedette britannique se réfugie dans les toilettes… où il apprendra le résultat des votes. 

13. NORVÈGE : Stress par Odd Børre (né en 1939)

        Paroles : Ola B. Johannessen              Musique : Tor Hultin              Chef d’orchestre : Øivind Bergh

            Sélection : interne

            Vainqueur du Melodi Grand-Prix le dimanche 3 mars avec Jag har aldri vært så glad i no’en som deg (ouf !), le chanteur au nom peu engageant (bizarre ? ennuyeux ?) est préféré à Kirsti Sparboe (double représentante norvégienne au Concours) pour défendre les couleurs de son pays à Londres. Mais accusé de plagiat, l’auteur préfère retirer sa chanson, ce qui force Odd Børre à présenter le grand soir le titre arrivé 2e, Stress (tout aussi bien nommé que son interprète). La chanson n’aura pas plus de succès à Londres que Dukkemann (du même duo d’auteur – compositeur) n’en a eu à Vienne. Heureusement pour nos oreilles !

14. IRLANDE : Chance of a lifetime par Pat McGeegan (1935-1987) [Étoile au Firmament # 13]

        Paroles et Musique : John Kennedy                                                  Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1e place à la finale irlandaise le dimanche 3 mars 1968 à Dublin

            Après une très difficile victoire dans son pays (les candidats arrivés aux quatre premières places sont à un point l’un de l’autre), Pat McGeegan part défendre les couleurs irlandaises à Londres. Il est le 4e soliste masculin à le faire en quatre éditions ! Sa très belle chanson, extrêmement romantique, va faire à nouveau son effet…

15. ESPAGNE : La la la par Massiel (née en 1947)

        Paroles et Musique : Manuel de La Calva &  Ramón Arcusa                Chef d’orchestre : Rafael de Ibarbia           

Sélection : interne

            Initialement prévu pour représenter l’Espagne à Londres, Joan Manuel Serrat avait demandé à la RTE d’interpréter sa chanson en catalan – ce qui aurait été une première pour le pays. Seulement voilà, le dictateur au pouvoir à Madrid, le général Franco, avait décidé que la langue catalane ne devait plus être une langue officielle du pays, et on préféra remplacer le chanteur d’origine par Massiel, beaucoup plus encline à chanter comme on le lui disait. Catalan ou castillan, le titre de la chanson est particulièrement simpliste, et la victoire finale, si serrée, ne sera finalement célébrée qu’en Espagne (où la jeune femme fera un retour triomphal le lendemain) alors que partout ailleurs, et principalement au Royaume-Uni, les critiques les plus acerbes seront formulées.

16. ALLEMAGNE : Ein Hoch der Liebe par Wencke Myhre (née en 1947)

        Paroles : Carl J. Schäuble      Musique : Horst Jankowski                Chef d’orchestre : Horst Jankowski

Sélection : interne

            Ayant échoué à deux reprises à la sélection norvégienne, Wencke Myhre est ravie lorsque le diffuseur allemand lui demande de représenter ses couleurs à Londres. Sa prestation est certes enlevée et pleine de bonne humeur, mais l’impression d’entendre chanter Daisy Duck est finalement assez désagréable…

17. YOUGOSLAVIE : Jedan dan par Luči Kapurso & Hamo Hajdarhodžić

        Paroles : Stijepo Stražičić   Musique : Đelo Jusić & Stipica Kalogjera      

Chef d’orchestre : Miljenko Prohaska

            Sélection : 1e place à Pjesma Eurovizije le dimanche 25 février 1968 à Skopje

            Ayant obtenu trois fois plus de votes que l’artiste arrivé deuxième, le duo Dubrovački Trubaduri part donc à Londres défendre les couleurs de la Yougoslavie. Le problème est que les groupes ne sont pas autorisés à concourir, c’est donc sous leurs noms que les deux garçons se présentent. Leur prestation ne passe pas inaperçue, car leur tenue (pourpoints et hauts-de-chausses) leur aurait valu un indiscutable prix Barbara Dex s’il avait existé à l’époque LOL

L’entracte

            Après que Katie Boyle a rappelé comment chacun des jurys nationaux devra voter, la place est laissée à l’orchestre, qui interprète une série d’airs traditionnels sur une vidéo qui présente les plus jolis sites londoniens (Tour de Londres, Westminster, Tower Bridge, Buckingham Palace, Hyde Park, cathédrale St Paul, Trafalgar Square, Picadilly Circus) ainsi que la relève de la garde… et les célèbres choucas de la Tour.

Le vote et les résultats

            Le système de votes adopté en 1967 est inchangé, c’est donc toujours 170 points qui sont à distribuer.

  P L A C E S C O R E   P O R   N E D   B E L   A U T   L U X     S U I     M O N   S U È   F I N   F R A   I T A     U K   N O R     I R L   E S P   A L L   Y O U  
POR 11 5                         2   3    
NED 16 1                     1            
BEL 7 8 1               1 1 3 1     1    
AUT 13 2                               2  
LUX 11 5   1   1     1     1   1          
SUI 13 2                                 2
MON 7 8   2     1       3     1   1      
SUÈ 5 15 1 1             1     2 6 4      
FIN 16 1                         1        
FRA 3 20   3 6 2 3 3   1     2            
ITA 10 7 1         2                 2   2
UK 2 28 1 2 2   1 4 5 3 2 4 1     1   2  
NOR 13 2         1                   1    
IRL 4 18 1 1 1 4 1     4                 6
ESP 1 29 4     2 1   4   3 4 3   1 1   6  
ALL 6 11         1 1   2       5     2    
YOU 7 8 1   1 1 1                 3 1    

Le suspense est énorme tout au long de la révélation des votes : après avoir mené pendant la première partie, la France ne marque plus aucun point et laisse la place de leader au Royaume-Uni – lequel la conserve jusqu’au vote allemand, qui permet à l’Espagne de l’emporter. La tension est à son extrême, car le superviseur de l’UER, Clifford Brown, a bien vu que le jury yougoslave a donné 11 votes au lieu des 10 réglementaires. Tout le monde attend avec impatience que le dernier porte-parole soit à nouveau en ligne, alors que le pays n’a attribué aucun point aux trois premiers… Bref, aucun changement et les votes sont validés. C’est la première victoire du pays ibérique, avec le plus petit écart jamais enregistré avec le deuxième. Les votes de voisinage, quant à eux, sont revenus en force, la Belgique attribuant 6 points à la France, la Norvège autant à la Suède et l’Espagne 3 au Portugal. De plus, l’Allemagne donne à l’Autriche ses uniques points, ce que fait aussi la Norvège avec la Finlande.

La coutume est maintenant bien établie, et la gagnante de l’édition précédente, Sandie Shaw, monte sur scène (dans une surprenante mini-robe vert pomme portée sous un long manteau transparent de la même couleur doublé de plumes) pour remettre leurs médailles à Massiel et aux auteur et compositeur de La la la. Puis, la jeune femme réinterprète sa chanson, dans une version mêlant l’espagnol à l’anglais.

Quarante ans plus tard, un documentaire espagnol devait affirmer que le général Franco avait à l’époque envoyé dans toute l’Europe des émissaires chargés d’acheter le soutien de plusieurs pays en promettant par exemple d’aider les artistes locaux à sortir leurs disques en Espagne. Ces allégations n’ont jamais été prouvées, et le journaliste à l’origine de cette rumeur dut s’excuser auprès de Massiel (très énervée) et reconnaître qu’il n’avait aucune preuve pour l’étayer. En tout cas, cela prouve une chose : La la la est le premier titre vainqueur à soulever autant de réactions négatives.

Mon Top 10

            Un vrai crève-cœur pour moi, cette édition 1968. Le niveau étant extrêmement élevé, il m’a fallu éjecter de mon Top 10 des chansons que j’apprécie beaucoup. C’est la première (mais pas la dernière) fois que j’y suis contraint.

  1. ROYAUME-UNI : Congratulations par Cliff Richard
  2. FRANCE : La source par Isabelle Aubret
  3. BELGIQUE : Quand tu reviendras par Claude Lombard
  4. ITALIE : Marianne par Sergio Endrigo
  5. SUÈDE : Det börjar verka kärlek, banne mej par Claes-Göran Hederström
  6. IRLANDE : Chance of a lifetime par Pat McGeegan
  7. ESPAGNE : La la la  par Massiel
  8. LUXEMBOURG : Nous vivrons d’amour par Chris Baldo & Sophie Garel
  9. YOUGOSLAVIE : Jedan dan par Luči Kapurso & Hamo Hajdarhodžić
  10. SUISSE : Guardando il sole par Gianni Mascolo

Lanterne rouge : NORVÈGE : Stress par Odd Børre

            Voilà pour mon Top 10 personnel… et pour mon bon dernier 😛 J’attends vos classements avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 12 octobre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 23 cette semaine à nous prononcer sur l’édition 1968. Encore une fois, notre vainqueur ne souffre pas de contestation, pas plus que le 2° d’ailleurs. En revanche, la 3° place a été très disputée.

17. Luxembourg : Nous vivrons d’amour par Chris Baldo & Sophie Garel : 10 points de 3 votants (maximum 4 points) – 6 places par rapport à Londres

16. Autriche : Tausend Fenster par Karel Gott : 17 points de 6 votants (maximum 7 points) – 3 places

15. Suisse : Guardando il sole par Gianni Mascolo : 18 points de 5 votants (maximum 8 points) – 2 places

14. Norvège : Stress par Odd Børre : 30 points de 7 votants (maximum 12 points de Gaël) – 1 place

13. Monaco : À chacun sa chanson par Line & Willy : 35 points de 10 votants (maximum 7 points) – 6 places

12. Portugal : Verão par Carlos Mendes : 48 points de 11 votants (maximum 12 points de Minsk) – 1 place

11. Pays-Bas : Morgen par Ronnie Tober : 57 points de 13 votants (maximum 8 points) + 5 places

10. Allemagne : Ein Hoch der Liebe par Wencke Myhre : 61 points de 11 votants (maximum 10 points) + 1 place

9. Espagne : La la la par Massiel : 83 points de 16 votants (maximum 12 points d’Augures) – 8 places!!!

8. Finlande : Kun kello käy par Kristina Hautala : 89 points de 14 votants (maximum 12 points de Pascal et Juju) + 8 places

7. Italie : Marianne par Sergio Endrigo : 93 points de 16 votants (maximum 12 points d’Yvonne et Taron) + 3 places

6. Yougoslavie : Jedan dan par Luči Kapurso & Hamo Hajdarhodžić : 100 points de 17 votants (maximum 12 points de Zipo) + 1 place

5. Belgique : Quand tu reviendras par Claude Lombard : 102 points de 18 votants (maximum 10 points) + 2 places

4. Irlande : Chance of a lifetime par Pat McGeegan : 108 points de 18 votants (maximum 12 points de RV) score identique

3. Suède : Det börjar verka kärlek, banne mej par Claes-Göran Hedertsröm : 126 points de 21 votants (maximum 12 points de Denez et Noar) + 2 places

2. France : La source par Isabelle Aubret : 160 points de 21 votants (maximum 12 points de Yom et Jérémie) + 1 place

  1. Royaume-Uni : Congratulations par Cliff Richard : 197 points des 23 votants (maximum 12 points de Pauline, Marie, Sakis, Betty, Phileurophage, Garfieldd, Pauly, Duncky, Rem et Francis) + 1 place

Troisième victoire (et deuxième consécutive) pour le Royaume-Uni pour les votants de l’EAQ devant la France (qui atteint donc le Top 5 pour la 10° fois!!!). La Suède décroche son premier podium, devant l’Irlande (qui se classe parmi les cinq premiers, pour la 4° fois).

En queue de peloton, le Luxembourg qui obtient la cuillère de bois pour la première fois. Fait notable : jamais depuis notre premier vote dans cette rubrique, nous n’avions placé aussi loin (9°) le titre gagnant. Finalement, la polémique de l’époque au sujet de l’Espagne est toujours d’actualité!

Voilà pour cette 13° édition. Avant de me lancer dans un éventuel article sur le Concours 1969, j’aimerais savoir si mes fidèles votants sont intéressés par un nouveau scrutin. En effet, il y a bientôt deux ans, un épisode de Votre Eurovision lui avait été consacré, et Frida Boccara l’avait emporté. Souhaitez-vous revoter, ou est-il préférable que j’écrive un article sur l’Eurovision 1970? J’attends vos opinions dans les commmentaires ci-dessous avant d’entreprendre les recherches et la rédaction de l’article 🙂