Moscow Eurovision Party 2019 : analyse et sondage

Ce mercredi 24 avril, a donc eu lieu la Moscow Eurovision Party 2019, dernière des preparties 2019. Voici les prestations compilées avec l’aide précieuse de Wiwibloggs et accompagnées de mes commentaires personnels (qui comme d’habitude, n’engagent que moi).

Autriche – Paenda – Limits – deuxième demi-finale

Ce choix de l’ÖRF est décidément une excellente idée… du moins lorsque l’on fait abstraction des paramètres compétitifs de l’Eurovision. Vous le savez : se qualifier pour la finale, puis se hisser jusqu’au podium, voire jusqu’à la victoire, implique de présenter trois minutes mémorables, inédites, géniales et incroyables, qui se graveront dans la mémoire des téléspectateurs, voire dans l’inconscient collectif.

Dans cette perspective, le cas autrichien 2019 est éclairant. Vous avez une excellente chanteuse, doublée d’une artiste complète, défendant un morceau moderne, intéressant, en prise avec l’air du temps musical. Vous avez une interprète qui à chaque prestation en direct, déploie un grand talent vocal et instaure une atmosphère unique autour d’elle. Bref, vous avez l’excellente Paenda, avec le très bon Limits. Et pourtant…

…et pourtant, vous le voyez, vous l’entendez, ce ne sera pas suffisant pour offrir une qualification à l’Autriche. Tout simplement parce que ces trois minutes ne sont ni renversantes, ni époustouflantes. Limits est un morceau intimiste, une chanson d’atmosphère, une proposition non compétitive, loin du bois dont on fait les qualifiés. Bref, rendez-vous l’an prochain. Dura lex eurovisionex, sed lex…

Biélorussie – Zena – Like It – première demi-finale

La sélection biélorusse nous a offert une nouvelle définition de l’adjectif « indigne ». Je n’ose imaginer le scandale si pareilles conduites s’étaient vues durant la finale de Destination Eurovision… Au final, nous récoltons de Zena, qui, il est vrai, avait accompli l’une des meilleures prestations de la soirée. Elle l’avait déjà démontré au dernier Junior et elle le prouve ici à nouveau : elle est très à l’aise sur scène, pleine d’énergie et d’allant. Elle nous offrira certainement un joli spectacle à Tel Aviv.

Côté vocal, il n’y a rien à lui reprocher. Zena assure dans les conditions du direct, bien que ses mouvements en tout sens diminuent la qualité de l’ensemble. Mais avec une chorégraphie bien calibrée, elle pourra combiner chant et danse et nous offrir trois minutes réussies. Notez au passage, qu’à seize ans à peine, elle apparaît déjà comme une artiste professionnelle confirmée.

Reste le plan musical… Pour dire vrai, j’étais persuadé que la version de Like It présentée à la finale biélorusse n’était encore qu’un avant-projet et que le morceau serait retravaillé. J’attendais donc, perpétré de certitudes, une version finale qui corrigerait à mes oreilles, les défauts patents de la chanson. Sauf que non… LI restera telle quelle, dans son jus. Du coup, ma moue dubitative s’est transformée en franche grimace. LI est d’une légèreté confinant à l’inconsistance. Il n’y a là rien, rien d’intéressant, rien de construit, rien de beau. J’entends un morceau pop passe-partout, sans âme, vague hommage à ses prédécesseurs des années 2000. Le refrain atteint des non sommets musicaux. En résumé : trois minutes vides de sens et de flammes.

Je pencherais donc pour une élimination. En ce qui me concerne, je ne voterai pas pour la Biélorussie, le 14 mai prochain. Rien à voir avec Zena, mais tout avec sa chanson.

Danemark – Leonora – Love Is Forever – deuxième demi-finale

Ce n’est vraiment qu’au dernier moment qu’elle aura tombé le bonnet… Surpris de voir le public russe chanter LIF en chœur. Et surtout, agréablement surpris d’entendre Leonora retrouver le niveau de la finale danoise. Je la trouve bien plus investie et présente pour ce dernier concert. Oui, elle a bien la voix et le talent nécessaire pour concourir à l’Eurovision. Elle l’avait déjà prouvé, mais je m’étais pris à douter, suite à ses prestations médiocres à Amsterdam, Londres et Madrid.

Hélas, cette bonne forme vocale retrouvée ne change rien à l’équation : LIF est mignon et gentillet, trop que pour affronter et défaire la redoutable concurrence de cette deuxième demi-finale. Leonora devra affronter des participants ayant soit une meilleure chanson, soit de plus vastes poumons. Je reste donc sur mon pronostic d’élimination sur les douze coups de minuit.

Croatie – Roko – The Dream – deuxième demi-finale

Lui, par contre, a du poumon à revendre. Roko est certainement l’un des meilleurs interprètes de cet Eurovision 2019, un remarquable vocaliste, un incroyable talent. Il souffle ici littéralement la concurrence, avec une autre prestation magistrale. Et j’en suis convaincu : avec une chanson digne d’intérêt, il aurait pu offrir à la Croatie l’un des meilleurs résultats de son histoire au Concours. Imaginez-le avec un autre Beautiful Mess ou un autre Sound Of Silence…

Malheureusement pour lui (et pour nous – surtout pour moi), il s’en vient nous casser les oreilles avec TD, merveilleuse chanson (attention : sarcasme !) trônant à la quarantième place de mon classement 2019 personnel. J’ai déjà dit précédemment tout le mal que je pensais de ce morceau, je ne me répéterai pas. Je vous propose néanmoins d’en suivre les paroles : je rêve, vous rêvez, nous rêvons tous que Roko revienne au Concours avec une chanson épique et mémorable, mettant en valeur son don de la Nature, tout en étant en phase avec le meilleur de la production musicale actuelle (suivez mon regard accusateur, pointé droit vers l’auteur de ce monument au kitsch).

Vous me direz : le dit auteur s’est hissé jusqu’à la treizième place de la finale avec bien pire encore. Certes, mais la concurrence est telle dans cette deuxième demi-finale, que je vois mal TD se qualifier. Je prie en tout cas pour que Sergey, Duncan, Luca, Tamara, John ou encore Michela fassent barrage de leur morceau pour empêcher toute funeste qualification.

Espagne – Miki – La venda – finale

La force intrinsèque de Lv apparaît à nouveau ici : cette chanson n’a besoin ni d’effets spéciaux en 4D, ni de danseurs gays virevoltant dans une rue recrée, ni de piano-escalier-cercueil-barbecue (ne rien biffer) pour s’imposer. Lv est une chanson de stade, de concert, de salle où le public et l’artiste sont proches l’un de l’autre sur le plan physique et émotionnel. Vous le constatez : la vidéo est mal tournée, le son est médiocre, Miki est seul en scène, il ne dispose d’aucun autre artifice que sa voix et cela marche, cela court, cela galope !

Initialement, Lv me laissait froid comme le marbre d’une tombe un 2 novembre. Cependant, au fur et à mesure des euroconcerts et des preparties, Miki a réussi à me convaincre et je me suis réchauffé. Je ne dirais pas que je suis bouillant comme une baraque à frites un jour de kermesse annuelle, mais je me suis pris au rythme joyeux et insouciant de la chanson. Miki devrait trouver son public, lors de la finale, et récolter d’une belle place. Je lui souhaite une carrière ultérieure réussie, ne fut-ce que pour donner une leçon de vie à cette très chère Maria (ingrate, va !).

Irlande – Sarah McTernan – 22 – deuxième demi-finale

Ça ne va pas le faire. Ça ne va pas le faire du tout. À moins d’une mise en scène digne d’une comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber… 22 est une belle petite chanson, digne de servir de deuxième single, d’être diffusée sur des radios pop-rock et de rencontrer un succès d’estime. Elle est tout à la fois fraîche, tendre et nostalgique. Mais enfin, on la verrait plutôt en bande-son d’une carte postale ou d’un documentaire d’entracte qu’en concurrente sérieuse de l’Eurovision. Je crains fort que cela ne soit son sort : servir de pont musical après Srbuk.

Quant à Sarah, elle signe ici une prestation vocale honnête, mais point éblouissante. Elle aussi perd en qualité de voix, lorsqu’elle s’agite trop sur scène. Bref, je fixerais rendez-vous l’année prochaine à la RTÉ, avec l’espoir qu’enfin, ses responsables trouvent une porte de sortie à l’impasse dans laquelle ils sont bloqués depuis… Seigneur ! …presque vingt ans !

Moldavie – Anna Odobescu – Stay – deuxième demi-finale

Nous devrions lancer un « Annathon »… Une vaste campagne de fonds pour acheter une excellente chanson à Anna. Car vraiment, avec (je me répète) un autre Sound Of Silence, elle ramènerait la Moldavie sur le podium de la finale. Anna nous prouve une nouvelle fois qu’elle est une grande chanteuse, qu’elle possède la voix et l’étoffe d’une championne eurovisionesque. Je l’écoute toujours avec grand plaisir… et j’enrage à chaque fois de cette meringue périmée qu’elle nous ramène. Avec conviction, mais tout de même…

Aucune illusion à se faire, le 16 mai venu : Anna sera éclipsée en une note par Luca Hänni. Son destin me semble ainsi tout tracé : une élimination en demi-finale et un rapide retour à Chisinau. Notez que ce retour s’effectuera la tête haute. Anna n’aura rien à se reprocher à titre personnel. L’enjeu était, de tout façon, là pour la Moldavie : se faire éliminer sans gêne, ni ridicule. Mission accomplie.

Monténégro – D mol – Heaven – première demi-finale

Rarement chanson aura plus mal porté son titre. Elle nous promet le paradis, mais nous récoltons hélas de l’enfer. Et chaque prestation nous y ramène. Inutile de tirer plus longuement sur l’ambulance : cette proposition monténégrine 2019 n’a pas le niveau professionnel requis pour l’Eurovision actuel. Je souhaite aux membres de D mol de bien profiter de leur semaine eurovisionesque, de la vivre intensément et de se forger à la fois de beaux souvenirs et de précieuses expériences professionnelles. Et je souhaite à la RTCG de trouver (rapidement, très rapidement) une formule gagnante. Suivant !

République Tchèque – Lake Malawi – Friend Of A Friend – première demi-finale

Insérez ici tous mes commentaires précédents sur Miki et Lv, car ils sont tout aussi valables pour Lake Malawi et FOAF. Je n’en pensais rien, il y a six semaines de cela. Mais au fur et à mesure des euroconcerts, Albert et son groupe m’ont convaincu. Au point sans doute de voter en leur faveur, le 14 mai prochain. Il me semble que la République Tchèque mériterait une nouvelle fois de se qualifier. Surtout qu’Albert est un excellent interprète. Néanmoins, en finale, je verrais nos amis Tchèques autour de la vingtième place, car FOAF ne fissure pas l’écran non plus. C’est une belle chanson, agréable, mais peu susceptible d’enflammer le télévote. Sans doute les jurys y seront plus sensibles. Curieux de voir leur sort que lui réserveront les téléspectateurs belges et français…

Royaume-Uni – Michael Rice – Bigger Than Us – finale

Soulignons avant tout la remarquable implication de Michael dans sa participation au Concours. Rarement un représentant britannique se sera donné autant d’effort pour promouvoir son morceau et sa candidature. Si seulement la BBC s’investissait autant dans l’Eurovision… Le chanteur nous offre une autre interprétation magistrale de sa toute petite ballade. Je persiste : il en fait des tonnes, cela tourne à la démonstration académique et je trouve cela superflu. Mais enfin, c’est son style, sa manière et il se comportera ainsi le 18 mai.

Malgré tous les efforts de Michael, BTU reste hélas une chanson anecdotique. Quitte à repêcher des morceaux d’autres sélections, la BBC aurait dû assumer jusqu’au bout, annuler EYD et choisir en interne Monika Marija, Seemone, Loredana Berte, Electric Fields, Aly Ryan, voire carrément Maruv. Je sais, je rêve tout haut…

Conclusion

Voilà une autre preparty qui prend de l’ampleur et qui attire de plus en plus de concurrents. Je trouve juste idiot de n’avoir pas entendu Sergey. Comme certains d’entre vous l’ont souligné : lors de sa tournée allemande, il a interprété Scream lors de chaque concert. Pourquoi nous en priver ici ?

Soit… Passons au classement. Sans surprise, D mol (à chaque fois, j’entends « D mou ») écope de ma lanterne rouge. Quant à mon podium personnel :

  • Médaille de bronze : ex aequo, Roko et Michael Rice. Tous deux rament dans même galère, ayant récolté de morceaux ne rendant pas hommage à leur incroyable talent. Ils mériteraient de revenir avec mieux ;
  • Médaille d’argent : Lake Malawi. De l’intérêt même de participer à ces preparties. Ils auront convaincu beaucoup d’Eurofans de leur talent et de l’importance de voter pour eux. Espérons qu’ils touchent autant de lambdas, le soir venu ;
  • Médaille d’or : Miki. Le concurrent espagnol convaincrait une pierre de voter pour lui. La RTVE peut se féliciter d’être représentée par chanteur aussi doué et être humain aussi rayonnant.

Sondage

À votre tour de vous exprimer !

Ainsi se terminent les euroconcerts et les preparties. La période intermédiaire touche à son terme. Nous nous retrouverons le week-end prochain pour le grand moment enfin arrivé : les deux semaines de l’Eurovision 2019. Comme l’an dernier, je vous accompagnerai de l’arrivée des délégations internationales au tapis orange. Eurovista prendra alors le relais et vous accompagnera jusqu’à la proclamation du nouveau vainqueur du Concours. Dans l’attente, je vous remercie infiniment pour votre fidélité, vos nombreux commentaires et vos généreux compliments, ils m’ont été droit au cœur ! Je vous envoie mes amitiés depuis Bruxelles et vous fixe donc rendez-vous, avec grande impatience, le samedi 4 mai prochain sur votre site eurovisionesque préféré. À très bientôt !

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