Etoiles au Firmament (69) – Sergio Endrigo

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            C’est aujourd’hui le 8° artiste transalpin – mais le 7° représentant de l’Italie – à nous avoir quittés que je vais vous présenter. Au contraire d’autres participants auxquels j’ai consacré un article de cette rubrique, cette Étoile n’a pas fait de carrière internationale. En revanche, sa renommée dans son pays a été immense, et beaucoup d’artistes en Italie reconnaissent son influence sur leur musique. Allons donc ensemble découvrir notre

ÉTOILE # 69 : Sergio ENDRIGO (1933-2005)

        Représentant l’Italie au Concours 1968 à Londres

        Titre interprété : Marianne

        Classement : 10° sur 17 – 7 points

        Sergio Endrigo naît à Pola, en Istrie, le 15 juin 1933 – soit deux jours avant Jean-Paul Mauric, notre Étoile # 2. Romeo, son père, est peintre et sculpteur, mais c’est aussi un très bon ténor autodidacte. À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les accords internationaux retirent l’Istrie à l’Italie vaincue pour l’intégrer à la Yougoslavie – aujourd’hui la ville, rebaptisée Pula, est en Croatie. Le jeune garçon quitte donc sa région natale avec sa mère en 1947 (son père est décédé en 1939) et s’installe d’abord à Brindisi, puis en Vénétie. Plus tard, Sergio Endrigo relatera ce déracinement dans sa chanson 1947.

            Pour aider financièrement sa mère, Sergio quitte l’école et décroche de petits emplois (liftier dans un hôtel de luxe, porteur de messages au Festival du Film de Venise…). Parallèlement, il commence à jouer de la guitare, et décroche quelques contrats en tant que chanteur et bassiste avec plusieurs orchestres, le plus célèbre étant celui de Riccardo Rauchi. C’est d’ailleurs au sein de cette formation qu’il enregistre en 1959 son premier disque, Non occupatemi il telefono.

            La même année, il participe au premier Festival de Burlamacco, qu’il remporte avec Notte, lunga notte (titre repris plus tard par Domenico Modugno, notre Étoile # 25). Il enchaîne avec quelques succès d’estime, comme Gli innamorati sono sempre soli en 1961 ou Io che amo solo te l’année suivante. Son premier album solo, sorti en 1962, contient quelques chansons écrites par le célèbre cinéaste Pier Paolo Pasolini, ce qui prouve qu’il ne passe pas inaperçu. Un bonheur n’arrivant jamais seul, Sergio se marie en 1963 avec Maria Giulia Bartolocci – dite Lula – dont il aura une fille, Claudia, deux ans plus tard.

            En 1964, il publie un deuxième album, qui lui aussi rencontre le succès. La chanson la plus célèbre qui en est extraite est La rosa bianca, adaptée d’un texte du poète cubain José Marti. Sergio Endrigo se fait d’ailleurs remarquer à l’époque par des chansons plutôt engagées et sujettes à censure, comme Via Broletto 34 (où il parle d’un homicide involontaire) ou Teresa (qui évoque une relation avec une jeune fille qui n’est plus vierge!!!).

            Comme tout artiste italien qui se respecte, Sergio Endrigo tente sa chance au Festival de San Remo (il y concourra neuf fois). Après les échecs de 1966 (Adesso si) et 1967 (Dove credi di andare), la chance lui sourit enfin en 1968 puisqu’il l’emporte avec le titre Canzone per te (non, rien à voir avec le titre suisse de 1991!). Dans la foulée, la RAI lui demande de représenter son pays au Concours Eurovision, et il propose donc Marianne, qu’il a lui-même écrite et composée. Mais à Londres, Sergio ne termine que 10° avec 7 points – 2 de la Suisse, de l’Espagne et de la Yougoslavie, et 1 du Portugal.


            À San Remo, Sergio Endrigo se classe encore 2° en 1969 avec Lontano dagli occhi (également interprétée par Mary Hopkin, la représentante du Royaume-Uni l’année suivante) et 3° en 1970 avec L’Arca di Noè (que chante aussi Iva Zanicchi, candidate italienne en 1969). Dans les années 70, il s’associe à d’autres auteurs, italiens ou étrangers, pour écrire des chansons pour enfants qui ont beaucoup de succès. Citons La Casa ou l’album-concept L’Arca.

            Très éprouvé par le décès de sa femme en 1994, il ralentit le rythme de ses concerts, même s’il se produit encore sur scène pendant plusieurs années, comme par exemple à Cuba et en Amérique Latine en 2000. Souffrant d’un cancer du poumon, il y succombe le 7 septembre 2005 et est inhumé à Terni, en Ombrie, auprès de son épouse.

Sergio Endrigo à la fin des années 90

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Ses titres les plus célèbres sont aujourd’hui repris par les plus grands noms de la chanson italienne, Enrico Ruggeri (candidat italien à l’Eurovision 1993), Franco Battiato (représentant de l’Italie en 1984) ou Gianna Nannini, pour ne citer qu’eux. Sa ville natale ne l’a pas oublié non plus puisqu’une sculpture inspirée de sa chanson L’Arca di Noè a été érigée en 2008 près de l’endroit où il est né. Enfin, Terni organise depuis 2012 un Festival de chanson annuel qui porte son nom. La représentante italienne au Concours Eurovision 2016, Francesca Michielin, s’y est d’ailleurs produite.

(10 commentaires)

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  1. Belle voix grave ! Belle carrière aussi!
    La chanson Marianne n’est pas désagréable, mais je pense qu’elle était déjà trop classique pour l’époque où un vent de révolution avait soufflé depuis 1965. Il faut dire aussi qu’en 1968, la concurrence était sévère notamment avec le vainqueur l’Espagne et surtout le Royaume-Uni et son Congratulations. Je me pose des fois la question de comment l’Espagne a pu gagner cette année-là face au Royaume-Uni (un seul point aura suffi).

    1. Je crois que Cliff Richard ne s’en est jamais vraiment totalement remis LOL Se faire battre d’un point quand on est le favori, et sur son terrain en plus… Très dur!

      En ce qui concerne 1968, je suis d’accord avec toi, le niveau était très élevé. La Source, interprétée par Isabelle Aubret, est un authentique chef-d’oeuvre et j’ai beaucoup de tendresse pour Marianne et Chance of a Lifetime, le titre de Pat McGeegan, notre Etoile # 13. Et Quand tu reviendras est la seule chanson de ce genre de toute l’histoire du Concours, donc un incontournable.

      Enfin, je ne résiste pas à ce timbre si particulier de Sergio Endrigo et à sa manière de tenir si sûrement ses notes avec ce léger vibrato, c’est remarquable. A titre personnel, sa trajectoire d’enfant déraciné est forcément émouvante.

  2. – Une très belle carrière pour ce chanteur dont je ne me souvenez plus du tout… Il chante vraiment bien et ça ne t’étonnera surement pas, j’aime nettement mieux son répertoire destiné pour les enfants : la casa me plait beaucoup.

    – Pour les autres chansons et en particulier celle présentée au concours Eurovision, c’était certes bien interprété, mais plutôt ennuyeux : je dirai que c’était plutôt triste ( comme d’ailleurs son enfance…).

    – Mais je me pose une question à moins que je sois totalement ignorant en la matière ? 😆 Pourquoi n’a t-il pas chanté la chanson avec laquelle il avait gagné le festival de San Remo et en a donc présenté une autre ? Je ne savais même pas que c’était permis…

    1. Eh bien, voilà une très bonne question… que j’espérais ne pas me voir poser LOL
      Plusieurs explications sont possibles, à toi de voir :
      1. La chanson avec laquelle il a gagné San Remo a peut-être été juge trop faible pour concourir sur la scène internationale.
      2. La chanson faisant 3mn30, il fallait la raccourcir et peut-être qu’un des auteurs-compositeurs s’y est opposé pour des raisons artistiques.
      3. La chanson avait peut-être été publiée bien plus tôt, et du coup avant la date avant laquelle une chanson candidate ne peut pas avoir été rendue publique.
      4. Sergio Endrigo souhaitait peut-être soumettre une chanson qu’il avait lui-même écrite et composée. Ce n’est d’ailleurs que le 4° auteur-compositeur-interprète à être le sujet d’un article de cette rubrique après Carlos Paiao, Walter Andreas Schwarz et Domenico Modugno.
      Enfin, je rajouterais que l’Italie a toujours fait un peu comme elle l’entend avec San Remo et l’ESC : ou bien elle n’a pas envoyé le titre gagnant, ou bien elle n’a pas envoyé l’artiste gagnant, ou bien elle a choisi un autre interprète que celui qui l’avait remporté mais a conservé la même chanson… Bref, pas toujours facile de s’y retrouver 😛

      1. – 😆 Mille excuses de t’avoir mis dans l’embarras mais je pensais que tu avais la réponse.

        – En lisant toutes les suppositions possibles, finalement je me dis que concernant l’Italie, la question ne se posait finalement pas ! LA COMBINAZIONE ! 😆

    • MonCoeurFaitBoum on 12 février 2019 at 00:10
    • Répondre

    Sa chanson 1947 est très émouvante

    1. Les chansons sur le déracinement sont toujours très touchantes, a fortiori si on est issu de personnes qui ont dû fuir leur pays. Déraciné un jour, déraciné pour toujours. Personne ne quitte de gaieté de coeur la terre de ses ancêtres, certains ont trop tendance à l’oublier.

        • MonCoeurFaitBoum on 12 février 2019 at 08:07
        • Répondre

        Oui ma famille a connu cela je comprends bien ce ressenti. D’ailleurs c’est étrange j’ai justement rêve cette nuit de lieux de mon enfance auxquels je n’ai plus accès aujourd’hui. Cela m’arrive rarement de rêver à cela.

    • phileurophage on 18 février 2019 at 16:30
    • Répondre

    Très jolie, sobre et émouvante chanson dont certaines mesures m’ont toujours rappelé « Le moribond » de Jacques Brel.

    1. Pas faux, même si le rythme général est très différent.

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