Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            C’est aujourd’hui l’artiste qui a apporté à la France sa première victoire au Concours que je vais évoquer. Bien sûr, ce n’est pas la première étoile française de cette rubrique – ni même le premier candidat de l’Hexagone à nous avoir quittés – mais comme vous allez le voir, plusieurs zones d’ombre ressortent de cette biographie, alors qu’il a bénéficié d’une notoriété extrême. Qu’elles soient intentionnelles ou non, il me semble intéressant de les mettre en lumière.

ÉTOILE # 61 : André CLAVEAU (1911 ou 1915 ou 1916-2003)

        Représentant la France au Concours 1958 à Hilversum

        Titre interprété : Dors, mon amour

        Classement : 1er sur 10 – 27 points

        André Marcel Claveau naît dans le XV° arrondissement de Paris le 17 ou le 29 décembre 1911 (selon certains, 1915 voire 1916). Ce n’est que la première des incertitudes dans son parcours personnel. Fils unique d’un tapissier, le petit André n’aime pas beaucoup l’école et décide assez vite de reprendre le flambeau de l’artisanat, puisqu’il souhaite devenir ébéniste. Il entre donc comme apprenti à la Compagnie des Arts Français, puis intègre la fameuse École Boulle. S’étant redirigé vers le graphisme et le dessin de bijoux, il réalise des décors de théâtre (pour L’Hermine, de Jean Anouilh, par exemple) et des affiches de spectacles (notamment pour ‘’la tragédienne de la chanson’’ Damia et pour Jean Lumière).

Damia

Image associée

            Il débute sa carrière de chanteur en 1936 en participant à Premières Chances, un concours amateur organisé par une radio. Il en sort vainqueur avec le titre Chez moi (rien à voir avec Serge Lama), ce qui lui permet de se produire dans différents music-halls, comme le Théâtre Mogador ou L’Européen, jusqu’en 1942.

            À cette date, la France vit sous les rigueurs de l’Occupation, mais André Claveau a la chance de rencontrer un impresario célèbre à l’époque, Marc Duthyl, qui, charmé par sa voix et son charisme, le fait entrer à Radio Paris pour y animer des émissions musicales… ce qui est déjà en soi une tache sur un CV quand on sait à quel point ses dirigeants étaient aux ordres des services de propagande nazis ou vichystes (je ne saluerai pas André Dassary ni ses excellents Français…). Mais le jeune chanteur va plus loin encore en se produisant devant la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme, des sinistres Deloncle et Doriot. La période est donc douce pour celui qu’on ne surnomme bientôt plus que Le Prince de la Chanson de Charme, aux pieds duquel les femmes se jettent au sortir de ses concerts. Parmi ses (immenses) succès de l’époque, citons Je suis seul ce soir ou J’ai pleuré sur tes pas.

https://www.youtube.com/watch?v=olRMSfDGSZo

            À la Libération, il est banni des antennes à cause de ses compromissions avec le pouvoir en place pendant la Guerre. Mais ‘’le sang sèche vite en entrant dans l’Histoire’’ et André Claveau retrouve sa place à la radio deux ans plus tard. Et repart de plus belle sur les routes de France où il enchaîne ce qu’on appellera plus tard des tubes – Domino, Cerisier rose et pommier blanc, Deux petits chaussons (inspiré de la musique du film Les Feux de la rampe, de Charlie Chaplin), Bon anniversaire (nos vœux les plus sincères, Que ces quelques fleurs vous apportent le bonheur…) ou encore Le Petit train (repris quelques décennies plus tard par Rita Mitsouko). De même, il apparaît de 1947 à 1955 dans plusieurs films, où il interprète ses succès (Sous le ciel de Paris de Julien Duvivier ou French Cancan de Jean Renoir… avec Jacques Pills, notre Étoile # 1).

            Le 7 février 1958, un jury d’experts choisit la chanson qui représentera la France au 3° Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne. C’est Dors, mon amour, de Pierre Delanoé et Hubert Giraud, interprétée par son compositeur, qui est désignée. Mais c’est à la vedette André Claveau qu’on demande de chanter le titre à Hilversum. C’est un triomphe pour la France, qui remporte son premier Concours avec 27 points – 9 du Danemark, 7 de l’Autriche, 6 de l’Italie, et 1 du Luxembourg, de la Suède, de la Belgique, de l’Allemagne et de la Suisse. Seul le pays-hôte ne lui attribue aucun point !

Toutefois, c’est le chant du cygne pour André Claveau. La vague yéyé emporte tout sur son passage, y compris le premier vainqueur masculin du Concours. Celui qui a chanté plus de 1500 chansons tout au long de sa carrière se voit contraint d’y mettre un terme à la fin des années 60. Il n’apparaîtra plus en public, sauf une fois, en janvier 1978, dans l’émission Loto Chansons de Guy Lux, où il interprète Marlène – non, rien à voir avec la Lili de Lale Andersen (notre Étoile #3). Même son admirateur le plus célèbre, Pascal Sevran, ne parviendra jamais à le faire venir dans La Chance aux Chansons.

            Retiré à la maison de retraite Balivernes d’Agen, il décède d’une embolie cérébrale le 4 juillet 2003 – soit trois jours après Berta Ambrož, notre Étoile # 60. Il est inhumé au cimetière de Brassac, dans le Tarn-et-Garonne.