Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Pour la première fois depuis que je me suis lancé dans cette rubrique, je vais vous présenter un artiste qui a participé au Concours Eurovision de trois manières différentes : une fois en solo, une fois en duo et une fois accompagné d’un groupe ! Cette cinquième Étoile danoise peut donc prétendre elle aussi au titre de ‘’Mr.Eurovision’’, même si la réussite n’a pas vraiment été de son côté.

ÉTOILE # 58: Tommy SEEBACH (1949-2003)

        Représentant le Danemark aux Concours 1979 à Jérusalem, 1981 à Dublin et 1993 à Millstreet

        Titres interprétés : Disco tango, Krøller eller ej (traduction : Cheveux bouclés ou pas)

et Under stjernerne på himlen (traduction : Sous les étoiles du ciel) 

        Classements : 6° sur 19 – 76 points, 11°sur 20 – 41 points et 22° ex-aequo sur 25 – 9 points

            Tommy Seebach Mortensen naît à Copenhague le 14 septembre 1949. En 1963, il monte son premier groupe, The Colours, dans lequel il joue de l’orgue. Par la suite, il accompagne plusieurs autres formations au piano, ce qui lui vaut le surnom de Boogie-Woogie-Tommy. La célébrité lui vient en 1965 quand il intègre Sir Henry and his Butlers, à qui il propose des titres plus pop que ce qu’ils produisaient auparavant. Plusieurs de ses compositions – Times are getting hard, Beautiful brown eyes ou encore Marianne – rencontrent un énorme succès dès l’année suivante.

            En 1967, Camp devient même un tube international puisqu’il se vend particulièrement bien en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Le titre, un instrumental qui fait la part belle à ce magnifique (?) instrument qu’est le kazoo, est la face A d’un disque qui comprend en face B une autre chanson, Pretty style, accompagnée au sitar.

            Désormais suivi par un public fidèle, Sir Henry sort plusieurs albums, qui fonctionnent tous plutôt bien. Mais Tommy souhaite se lancer dans une carrière solo, et décide de quitter le groupe en 1977 quand il publie son album Tommygum. Il signe son premier tube individuel avec Apache, créé par The Shadows (candidats britanniques à l’Eurovision 1975) et déjà repris par Jørgen Ingmann, vainqueur de l‘édition 1963.

            Décidé à percer sur la scène internationale, Tommy Seebach s’inscrit en 1979 au Dansk Melodi Grand-Prix, qui doit servir de sélection nationale pour le Concours Eurovision de Jérusalem. La concurrence est relevée, car de grands noms de la scène danoise participent aussi : Grethe Ingmann (notre Étoile # 18), Mabel (qui ont défendu les couleurs de leur pays l’année précédente) ou les frères Olsen (futurs vainqueurs du Concours en l’an 2000). Tommy et Grethe arrivant premiers ex-aequo, les jurys doivent revoter… et c’est Disco tango, de Tommy Seebach, qui est déclaré vainqueur. Sur place, le titre se classe 6° avec 76 points – 12 de la Grèce et d’Israël, 10 de l’Allemagne, 8 des Pays-Bas, 7 de la Belgique, 6 de la France, 4 du Luxembourg et de l’Espagne, 3 de Monaco, du Royaume-Uni et de l’Autriche, 2 de l’Irlande et 1 de la Suisse et de la Suède.

            Tommy n’a peut-être pas gagné la compétition, mais son titre marche très bien au Danemark et dans d’autres pays européens… et surtout, il a sympathisé avec Alan Barton, notre Étoile # 29, dont le groupe Black Lace représentait le Royaume-Uni. Il l’aide alors à financer la sortie de leur disque, Hey hey Jock McCray, au pays de la petite sirène, et part en tournée avec eux.

Le groupe anglais Black Lace

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            La chanson qu’il à écrite pour le duo Lecia & Lucienne étant arrivée 7° au DMGP en 1980, Tommy décide de retenter sa chance deux ans après sa victoire. Associé à la chanteuse américaine Debbie Cameron, qui faisait partie de ses choristes en 1979, il remporte haut la main sa qualification pour Dublin. Mais le soir du Concours, Krøller eller ej ne se classe que 11° (à égalité avec le titre de Jean-Claude Pascal, notre Étoile # 24) avec seulement 41 points – 12 de la Belgique, 7 du Luxembourg, 5 du Royaume-Uni, 4 de la France et de la Suède, 3 de l’Espagne, 2 des Pays-Bas et du Portugal, et 1 de la Turquie et de l’Allemagne. Certains diront que le numéro de danse endiablé de Debbie a desservi la chanson, dont le texte méritait pourtant plus d’attention.

            Visiblement très satisfait de ses résultats à la sélection nationale, Tommy Seebach s’y présente à nouveau quatre fois pendant les années 80. En 1982, il se classe 2° avec Hipp hurra – det min fødselsdag. Deux ans plus tard, Pyjamas for two termine 4°. En 1985, il décroche à nouveau une 2° place avec Det’ det, jeg altid har sagt. Enfin, en 1987, Det’ gratis retrouve la 4° place.

            La fin de la décennie le voit enregistrer singles et albums avec Annette, la fille de son complice Keld Heick, auteur de ses plus grands tubes. Leur plus grand succès, Du skælder mig hele tiden ud, sort en 1989.

            La dernière apparition de Tommy au Dansk Melodi Grand-Prix a lieu en 1993. Accompagné de ses musiciens, son titre à connotation folk Under stjernerne på himlen lui permet d’y remporter une troisième victoire – record qui tient toujours (à égalité avec Hot Eyes). Mais c’est une cruelle déception qui l’attend en Irlande. La chanson ne décroche qu’une scandaleuse 22° place (ex-aequo avec la Slovénie) avec 9 points – 5 de la Bosnie-Herzégovine, 3 du Luxembourg et 1 de la Suède. Ce qui signifie que, comme le stipule le règlement du Concours à l’époque, le Danemark est condamné à la relégation pour l’année suivante, comme cinq autres pays.

            Un tel échec provoque les critiques de beaucoup de monde au Danemark, y compris du public, qui délaisse l’artiste qu’il a pourtant tellement aimé. On ne sait pas vraiment si cette baisse de popularité brutale mais permanente a eu une incidence sur Tommy, mais force est de constater que dès ce moment, son addiction à l’alcool devient profonde. Au point que son épouse Karen, qui lui a donné trois enfants (Nicolai, Rasmus et Marie) se sépare de lui. D’abord invité à jouer dans des discothèques les versions disco de ses plus grands tubes, Tommy Seebach est vite abandonné par ces nouveaux employeurs et ne trouve plus qu’un parc d’attraction à Bakken (au Nord de la capitale) qui veuille encore de lui. Il succombe finalement à une crise cardiaque le 31 mars 2003. Bien qu’il ait résolu en partie son problème avec l’alcool, il est certain que sa dépendance a entraîné son décès.

Tommy Seebach en famille

Image associée

            Ironiquement, c’est après son décès que la popularité de Tommy revient. D’abord, son fils cadet Rasmus – qui se lance dans la production avec son frère aîné – entreprend lui aussi une carrière de chanteur plutôt réussie. Parmi ses succès, Den jeg er explique de manière très émouvante l’influence indiscutable que son père a eue sur lui malgré son addiction à l’alcool.

Rasmus, le fils cadet de Tommy

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            En 2011, le cinéaste Sami Saif réalise un documentaire sur Tommy Seebach, unanimement salué par la presse. Selon les journalistes, Tommy est ‘’de qualité, digne d’être vu et émouvant’’ en ce qu’il décrit Tommy Seebach comme ‘’un artiste devenu la victime du genre musical qu’il avait lui-même aidé à créer, et qui, au lieu d’obtenir la large reconnaissance qu’il avait espérée toute sa vie, finit sa vie avec un statut à mi-chemin de l’héritage national et du pitre ringard’’. Des mots bien durs pour tout artiste, et particulièrement pour Tommy.