Etoiles au Firmament (46) – Ofra Haza

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Pour cette rubrique qui célèbre les anciens candidats du Concours qui nous ont quittés, partons aujourd’hui découvrir la première artiste israélienne – et la deuxième participante de l’édition 1983 – à disparaître. Comme plusieurs autres avant elle, cette Étoile a eu une magnifique carrière internationale, qui n’a eu que le défaut d’être trop brève.

 

 

ÉTOILE # 46 : Ofra HAZA (1957-2000)

        Représentant Israël au Concours 1983 à Munich

        Titre interprété : Chai (traduction: Vivante)

        Classement : 2° sur 20 – 136 points

 

Bat-Sheva Ofra Haza-Ashkenazi naît le 19 novembre 1957 à Tel Aviv, où ont émigré ses parents, d’origine yéménite. La plus jeune d’une fratrie de neuf enfants, elle grandit avec ses six sœurs et ses deux frères dans le quartier pauvre de la ville, Hatikva. À l’âge de douze ans, la petite Ofra intègre une troupe de théâtre locale et s’y fait remarquer par sa jolie voix. Le directeur Bezalei Aloni centre toutes ses productions autour d’elle – il deviendra d’ailleurs son mentor et son producteur.

Ofra Haza et son producteur Bezalei Aloni

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Dès son service militaire terminé en 1979, la jeune femme décide de se lancer dans une carrière solo. Son premier album, Al Ahavot Shelanu, sort l’année suivante et rencontre un succès immédiat. Les titres qui en sont extraits – Hageshem, Shir Ahava La’chayal, Kmo Tzipor et Shir Ha’frecha font tous un carton dans les charts. Le dernier est de plus intégré dans un film où Ofra joue un des rôles principaux. Au début, toutefois, les radios ne veulent pas le diffuser, considérant ses paroles trop osées, mais devant le triomphe auprès du public (cinq semaines à la première place des classements et un disque d’or pour l’album), elles sont bien forcées de s’y résoudre.

Les deux albums qui suivent, Bo Nedaber et Pituyim, se vendent tout aussi bien, et permettent à Ofra d’enchaîner les tubes. C’est ce qui décide la chaîne de télévision israélienne à lui demander de participer à la sélection nationale pour le futur Concours Eurovision, qui doit avoir lieu à Munich – ville particulièrement symbolique et de triste mémoire pour le pays. C’est en effet dans la capitale de la Bavière que les athlètes israéliens ont été assassinés pendant les Jeux Olympiques de 1972. C’est également dans cette ville que le parti nazi a été fondé dans les années 20.

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C’est de justesse que le titre interprété par Ofra Haza, Chai, remporte la compétition – il bat d’un tout petit point celui présenté par Yardena Arazi (membre du groupe Chocolate, Menta, Mastik qui avait terminé 6° au Concours 1976). Beaucoup le voient triompher, car Israël a fait appel aux plus grands : le compositeur de la chanson, Avi Toledano, a terminé deuxième l’année précédente, et l’auteur des paroles, Ehud Manor, a déjà écrit les textes de quatre anciennes chansons participantes (dont le titre gagnant de 1978). Et en effet, Ofra Haza, avec une chorégraphie qui inspirera tant et tant de futurs candidats israéliens au Concours, passe tout près de l’exploit et ne s’incline que de six points devant Corinne Hermès, décrochant ainsi une seconde deuxième place consécutive, avec 136 points – 12 des Pays-Bas et de l’Autriche, 10 du Royaume-Uni, de la Yougoslavie, de l’Allemagne, du Portugal, de la Belgique et du Luxembourg, 8 de la France, 7 de la Suisse, de la Finlande et du Danemark, 6 de la Norvège et de l’Espagne, 5 de la Suède, et 3 de l’Italie et de la Grèce. Seules la Turquie et Chypre ne lui donnent aucun point…

Le titre fait à nouveau un triomphe en Israël, mais se vend aussi très bien à l’étranger. Il est inclus dans un album éponyme, certifié disque de platine, dont sont extraites d’autres chansons, qui vont connaître le même succès. De plus, Ofra obtient quatre fois de suite (de 1980 à 1983) la distinction de Chanteuse de l’Année. Dans la foulée, elle sort le premier de ses trois albums consacrés à la musique traditionnelle israélienne, Shirey Moledet, lui aussi disque de platine. Devant un tel intérêt du public, elle enregistre également un album de chansons yéménites – lui aussi disque de platine ! ! !

Les années qui suivent se caractérisent par des sorties d’albums qui rencontrent tous les faveurs du public. Les ventes de disques sont énormes, quel que soit le style musical abordé (traditionnel, variété, rock, chansons pour enfants…). Mais tout cela n’est rien face au raz-de-marée international provoqué par le titre Im Nin’alu en 1988. Diffusé par MTV dans tout le continent européen, celui-ci se classe très haut dans les charts internationaux (il occupe neuf semaines durant la première place des ventes de disques en Allemagne), et il est même repris et adapté par de nombreux artistes, comme le groupe anglais Coldcut qui l’utilise pour son remix de Paid in Full, le tube d’Eric B. & Rakim.

En 1991, Ofra Haza participe au Festival de San Remo dans la catégorie Artistes Étrangers, face à de grands noms de la chanson internationale : Laura Branigan, Gloria Gaynor, Ute Lemper, Bonnie Tyler (future candidate à l’Eurovision), Tyrone Power Jr (le frère de Romina Power, double candidate aux Concours de 1976 et 1985), Dee Dee Bridgewater, Grace Jones ou Carmel. Mais Today I’ll pray ne marque pas les esprits.

La carrière de la star israélienne se poursuit toutefois sans problème, entre albums à succès, tubes à la pelle et tournées à guichets fermés. En 1994, le Premier Ministre Yitzhak Rabin est assassiné et Ofra chante à ses funérailles Le’orech Hayam, un titre qui n’avait guère été remarqué lors de sa sortie mais qui va vite devenir un hymne pour la paix. Ce sera également le cas de Paint Box, la chanson qu’elle écrit spécialement pour la remise du Prix Nobel de la Paix la même année et qu’elle interprète avec la célèbre chanteuse irlandaise Sinead O’Connor.

Dans les années 90, Ofra Haza s’accompagne des plus grands, qui produisent ses albums ou chantent simplement avec elle : Michael Jackson, Whitney Houston, Khaled, Paula Abdul, Enigma, Iggy Pop, Paul Anka… Elle participe également aux bandes originales des films Colors (avec Sean Penn et Robert Duvall), Dick Tracy (avec Warren Beatty et Madonna), La Reine Margot (avec Isabelle Adjani et Daniel Auteuil) ou Le Prince d’Égypte (produit par Dreamworks).

La Reine Margot, de Patrice Chéreau

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Le 15 juillet 1997, elle épouse l’homme d’affaires Doron Ashkenazi mais décède d’une pneumonie à Ramat Gan, dans la banlieue Est de Tel Aviv, le 23 février 2000 – soit 4 ans jour pour jour après Birgit Brüel (notre Étoile # 32). Le principal journal du pays, Ha’aretz, révèle alors que cette maladie a été provoquée par le SIDA, faisant naître ainsi une polémique nationale. Les rumeurs vont bon train, certains accusant Doron d’avoir transmis le virus HIV à son épouse. Il semble plus probable qu’elle ait été infectée lors d’une transfusion sanguine consécutive à une fausse-couche. En tout état de cause, c’est notre troisième Étoile (après Louis Hendrik Potgieter et Magali Gilles) à succomber à cette horrible maladie. Un an plus tard, le 7 avril 2001, Doron Ashkenazi meurt d’une overdose. Pour le septième anniversaire de la disparition d’Ofra, la municipalité de Tel Aviv rebaptise le parc public du quartier d’Hatikva et lui donne son nom. Un mémorial y est d’ailleurs érigé en son honneur.

Le mémorial en l’honneur d’Ofra dans le Parc de Hatikva

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(15 commentaires)

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    • Pascal on 7 novembre 2018 at 13:07
    • Répondre

    Quelle triste fin pour cette artiste que j’aime beaucoup. Curieusement je l ai d’abord connue pour son grand succès de 1988. « Im nin’alu  » passait même sur les radios pour jeunes de l époque que j’écoutais.

    Elle aura eu une vraie trajectoire d’étoile, éteinte trop tôt

    1. C’est parce que tu es un jeunot 😛 Moi, j’ai vu l’Eurovision 1983 en direct, et je voulais une victoire d’Israël !!!!

  1. Moi aussi 1983 Israël Israël c’était un très beau spectacle ouahhh le show.
    J’ai même le disque.

    Il y en a eu des chansons top près de la victoire pour Israël.

    Shalom

    1. Pour moi, Israël aurait dû gagner en 1973, 1983 et 2010. Je lui offre aussi un podium en 1979, 1982, 1988 et 1991. Et le top 10 en 1976, 1977, 1978, 1981, 1985, 1987, 1989, 1998, 1999, 2003, 2005, 2012 et 2013. Bref, beaucoup de très bons titres 🙂

      1. aussi 1991 le duo DATZ AVEC KAN pour moi c’était eux .

    • marie on 7 novembre 2018 at 19:04
    • Répondre

    Superbe chanson, belle artiste, belle carrière, Triste fin mais elle n’a pas été oubliée par les siens. Bel article !

    1. L’une des grandes interprètes du Concours, c’est certain.

  2. – C’est une artiste qui ne s’oublie pas : sa voix est un enchantement pour les oreilles quelque soient les chansons interprétées. Son décès m’avait fait beaucoup de peine surtout de cette  » S…….E  » de maladie !!

    – Sa chanson pour l’Eurovision était formidable et pour moi, elle était en concurrence avec Corinne Hermès pour la victoire ; c’est cette dernière qui l’a emporté mais toutes les deux auraient mérité la victoire.

    – Quant à son tube  » Im’in alu « , c’était une chanson totalement inédite et d’une originalité folle pour moi.

    – Je tiens aussi à préciser que 1983 fut ma première année où je regardais le concours Eurovision pour la première fois : j’avais presque 7 ans et ma maman qui n’a pas raté un concours de sa vie tenait à me faire connaître cette compétition que je n’ai plus quittée depuis.

    1. Encore un point commun… ou presque. Je regarde le Concours depuis 1977 mais c’est en 1983 que j’ai commencé à faire mes classements annuels, principalement à cause de mon goût pour Chai. Je n’ai jamais abandonné depuis.

    • phileurophage on 9 novembre 2018 at 11:23
    • Répondre

    Alors là, gros dossier !
    D’abord, comme plusieurs d’entre vous, j’étais devant mon poste pour regarder cette édition exceptionnelle du Concours qui marquait de plus le retour de mon pays, la France, après son retrait dû à une décision inique et impardonnable de Pierre B. auquel je n’ai jamais pardonné son mépris.
    Je fus si content de la victoire de Corinne Hermès alors, parce qu’elle chantait une chanson que je comprenais (moi qui défend les chansons dans les langues du pays qu’elles représentent), parce que je la connaissais et avais le 45 tours et parce que c’était tout simplement un excellent morceau et une très bonne interprète.
    Mais c’était sans compter sur le génie d’Ofra Haza et de « Chai ». D’abord l’Eurovision doit être fier d’avoir fait concourir une artiste de cette dimension, une légende, ensuite, je dois reconnaître que dans mes classements faits et refaits depuis, Israël est numéro 1 cette année-là (devant l’Allemagne), sans discussion. C’est une merveille, un bijou, un chef d’oeuvre. Une des meilleures chansons de toute l’histoire de notre ESC.
    Merci encore Francis pour cet article.

    1. J’adore cet enthousiasme !!! J’ai le même pour plusieurs interprètes au Concours, et les années ne me font pas changer d’avis. Heureux comme toujours de voir que ma rubrique te plaise 🙂

        • phileurophage on 10 novembre 2018 at 02:22
        • Répondre

        Merci de prendre le temps et la délicatesse de répondre aux commentaires. Ca me flatte toujours mais c’est toi qui doit être loué pour la qualité de cette collection. Fidèle je suis, fidèle, je demeure. Quant à mon enthousiasme quant aux chansons, aux interprètes, aux éditions, il est inébranlable depuis des lustres, voire, il va en s’aggravant !

        1. Bon bah ça ne se voit pas, mais je rougis là 🙂 En tout cas, notre passion pour le Concours nous rassemble, et ça me réjouit.

    • picasso on 9 novembre 2018 at 22:18
    • Répondre

    Une immense artiste que cette Ofra Haza.
    La bataille fut rude pour battre Yardena Arazi au Kdam et elle aurait pu gagner à Munich …mais la qualité de l’interprétation et la conviction de Corinne Hermes ont fait la différence…en plus de la qualité de la chanson.

    Pour l’anecdote, Ofra à expliqué que durant sa semaine en Allemagne, elle avait visité avec la délégation israélienne un camp de concentration. Ils en furent bien évidemment totalement bouleversés mais cela leur avait donné encore plus de force et de motivation pour représenter au mieux leur pays…

    1. Et reconnaissons que la victoire du Luxembourg était d’autant plus belle qu’elle était serrée. J’aurais toutefois préféré qu’Ofra Haza gagne, toutefois.

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