Etoiles au Firmament (40) – Michèle Arnaud

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

La deuxième Étoile varoise (après Jean-Paul Mauric) à intégrer cette rubrique consacrée aux anciens candidats du Concours aujourd’hui disparus est intéressante à plusieurs points de vue. D’abord, comme d’autres participants du premier Grand Prix de la Chanson Européenne, elle concourt avec deux titres en 1956. Ensuite, à l’instar de notre Étoile # 1, Jacques Pills, dont la fille a foulé la scène du Concours un an après son père, celle dont je vais vous parler dans cet article a vu son fils suivre sa trace, dix ans après sa mère. Enfin et surtout, elle a découvert une des plus grandes pointures de la chanson française, qui écrira d’ailleurs pour l’Eurovision trois des chansons les plus originales ! Bon, trêve de suspense… Découvrons notre

 

 

ÉTOILE # 40 : Michèle ARNAUD (1919-1998)

        Représentant le Luxembourg au Concours 1956 à Lugano

        Titres interprétés : Ne crois pas et Les Amants de minuit

        Classements : non communiqués

 

        Née Micheline Caré, Michèle Arnaud voit le jour à Toulon le 18 mars 1919. Après un passage à Cherbourg (son père est officier de marine), elle s’installe à Paris pour étudier la littérature à l’Université et suivre des cours de droit à l’École Libre des Sciences Politiques. Elle obtient deux certificats de licence de philosophie. Toute sa vie, y compris dans sa carrière artistique, elle sera considérée comme une intellectuelle. Parallèlement, elle fréquente avec assiduité des cabarets tels que Le Tabou ou La Rose rouge.

Le cabaret La Rose Rouge en 1950

Image associée

En 1952, elle est engagée au Milord l’Arsouille, cabaret dirigé par son mari Francis Claude (c’est sûr que ça facilite un peu les choses LOL). Avec la complicité de Léo Ferré, son époux lui écrit une chanson, L’Île Saint-Louis, qui la fait remarquer. Puis, l’année suivante, elle décroche le Grand Prix de la Chanson Française de Deauville avec Tu voulais.

Ces deux succès consécutifs ne passent pas inaperçus, puisque les dirigeants de RTL demandent à la jeune femme de représenter le Luxembourg au tout nouveau Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne, dont la première édition doit se tenir en Suisse le 24 mai 1956. Les votes et classements n’ayant jamais été communiqués, nul ne sait si Ne crois pas et Les Amants de minuit ont plu ou pas – en tout cas, pas assez pour que Michèle reparte de Lugano gagnante.

Peu importe, car les succès qu’elle enchaîne au Milord l’Arsouille ne sont plus à dénombrer. D’autant qu’elle remarque que le jeune homme gauche et nerveux qui l’accompagne à la guitare, et parfois au piano, est bourrelé de talent. Son nom : Serge  Gainsbourg. À sa grande surprise, celui-ci lui avoue que personne n’a jamais voulu interpréter les chansons qu’il écrit. Elle n’hésite pas une seconde et intègre à son propre répertoire La Recette de l’amour fou, Douze belles dans la peau, La Femme des uns sous le corps des autres et Les Papillons noirs… qui font un triomphe. Gainsbourg n’est peut-être pas encore reconnu comme chanteur, mais sa carrière d’auteur est lancée !

Trop littéraire et érudite pour devenir populaire auprès du grand public (elle est une inconditionnelle de Boris Vian), “l’intellectuelle de la chanson” – à qui on préfère la jeune Jacqueline Boyer, plus commerciale, lors de la sélection française pour le Concours 1960 – a trouvé sa vocation : faire découvrir de nouveaux auteurs. Ainsi, elle qui ne supporte pas la prétention de la bourgeoisie parisienne, interprète avec des airs de “duchesse sainte-nitouche” (citation d’un journaliste)  un texte au vitriol d’un jeune inconnu, Robert Ardray : Angelo.

Alors que son fils Dominique Walter revient bredouille de sa tentative au Concours Eurovision de 1966, elle continue à produire des artistes novateurs (comme Guy Béart, ou les duettistes Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras), qu’elle va maintenant présenter à la télévision. Ainsi, elle s’associe à Jean-Christophe Averty pour Les Raisins verts en 1963, ou avec Michel Drucker pour Tilt Magazine en 1966.

Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras

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Dès 1964, elle monte, avec l’aide de Georges Brassens et Jacques Brel, Le Music-Hall de France, une scène itinérante qui fait découvrir à la France entière les talents de demain. En 1972, elle finance la sortie du film Pink Floyd: Live at Pompeii (si c’est pas de l’éclectisme, ça!). Enfin, soutenue par le président Pompidou dont elle est une grande amie, elle crée sa société de production, qui réalise des documentaires et des films sur de grands écrivains, comme Maurice Clavel, Jean Dutourd, Jean d’Ormesson ou Henry Miller.

Pink Floyd : Live at Pompeii

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Couverte de distinctions (elle est nommée Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier des Arts et Lettres)  et riche d’anciens époux (elle s’est mariée cinq fois), Michèle Arnaud décède le 30 mars 1998 à Maisons-Laffitte. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse.

 

(17 commentaires)

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    • marie on 17 octobre 2018 at 12:34
    • Répondre

    Elle a eu une belle carrière. C’est donc la première artiste à avoir chanter du Gainsbourg, elle avait du flair en plus.
    Des deux chansons présentées au concours, je préfère la deuxième: les amants de minuit.
    Sa voix est typique de ces années-là et convient tout à fait à ce genre de chansons.
    C’est dommage qu’on ne sache pas la notation des chansons à l’époque au concours.
    Elle a eu une vie bien remplie et assez longue (79 ans).

    1. Michèle Arnaud est effectivement une chanteuse un peu à part artistiquement parlant. A titre personnel, je préfère Ne crois pas, dont le texte est très avant-gardiste pour l’époque. « Ne crois pas que ta jeunesse durera, tu seras comme tout le monde, avec le teint décati, tu auras le ventre en mappemonde et toutes les dents desserties »!!! Une bonne claque dans la figure du jeunisme, il y a 60 ans de cela 😛 Et une dédicace appuyée pour Carola ou Charlotte Nilsson : « Le regard en coulisse, tu iras te faire réparer »…

        • marie on 17 octobre 2018 at 18:18
        • Répondre

        Ces paroles sont tellement vraies mais j’avoue que pour la chanson, je me suis basée plutôt sur la mélodie que sur les paroles 🙂

        1. Quand tu penses que certains considèrent que les chansons des années 50 sont forcément lentes, classiques et ennuyeuses, voilà l’exemple parfait d’un titre enlevé, drôle et original. Certains participants du Concours 2018 en étaient bien loin…

    • Pascal on 17 octobre 2018 at 20:56
    • Répondre

    J’aimais beaucoup « ne crois pas  » et j’avais voté pour elle au vote de l’EAQ.

    Je me trompe peut être mais j’ai l’impression que les participants des premières années ont souvent eu des vies plus « aventureuses  » avec des destins et une vie marqués par l’éclectisme, loin de se cantonner uniquement au domaine de la chanson.

    1. Je pense que tu as raison. A l’époque, les artistes ne se spécialisaient pas, c’était vraiment des artistes de music-hall qui touchaient un peu à tout. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins le cas, peut-être que leurs producteurs ne souhaitent pas leur voir prendre tant de risques quand leur argent est en jeu.

  1. – Pour moi, Michèle Arnaud est une bonne chanteuse de son époque : des deux chansons, je préfère également  » ne crois pas  » mais je confirmais malgré tout la victoire de Lys Assia.

    – J’admire sa carrière bien menée à cette époque et surtout la diversité de ses chansons mais aussi de ses activités artistiques.

    – Enfin, si j’ai bien compris, elle est décédée de mort naturelle à presque 80 ans ? Enfin une qui ne me fera pas faire des grimaces de désespoir !

    1. Effectivement, enfin un destin qui n’est pas si tragique, et une femme qui a pris sa vie en mains et ne s’est rien laissé dicter. Une battante de tout premier ordre 🙂

    • Laurent Nietge on 17 octobre 2018 at 22:59
    • Répondre

    Félicitations pour tous ces articles sur nos étoiles. C’est passionnant et émouvant. Bravo. Je n’en loupe pas un.

    1. Merci, ça me fait très plaisir, ces compliments 😀

  2. Comme nous n’avions pas encore de télévision en 1966, la carrière de chanteuse de Michèle Arnaud m’a un peu échappé… Pourtant, si connais mal sa discographie, (un peu moins maintenant), je suis admiratif de ce qu’elle a fait de sa vie, riche d’un éclectisme éclairé, et de ses choix artistiques. Pour moi elle demeure associée à JC Averty dont le magazine « Dim Dam Dom » me laisse de succulents souvenirs accumulés au cours des années 68 à 70.
    Quant à ses maris, quelle santé ! :-) Pire que George Sand, c’est pas peu dire …
    Dominique Walter, son fils, disparu dans les tréfonds du classement de l’Eurovision 1966, n’a hélas pas bénéficié de la fructueuse carrière de sa mère, la sienne ayant été bien plus modeste. Pourtant, lui aussi a su, à un moment, exploiter l’écriture de Gainsbourg, notamment avec ses « Petits Boudins », chanson que le mouvement « Me too » ferait sûrement interdire aujourd’hui ! :-)
    Autres temps, autres mœurs…

    1. Tu as raison, Les Petits boudins a été le seul gros succès de Dominique Walter. Et la bien-pensance actuelle aurait vite faite de le bannir des radios s’il sortait aujourd’hui. On ne va pas vers plus de tolérance, la censure pointe son nez…

    • phileurophage on 18 octobre 2018 at 08:33
    • Répondre

    Encore un article remarquable sur une artiste qui le fut tout autant. Elégante par sa voix, exigeante par ses choix, remarquable par sa carrière. J’ai toujours beaucoup admiré Michèle Arnaud dont une double compilation se trouve dans ma discothèque bien fournie. De plus, contrairement à son fils dont le titre à l’Eurovision fut raté, elle proposa deux morceaux radicalement différents en 1956 mais tout autant réussis : « Ne crois pas » est vif et cruel, « Les amants de minuit » est magnifique.

    1. Je ne peux que souscrire à tout ce que tu écris. Et merci à nouveau pour ton enthousiasme et tes compliments 🙂

  3. Très belle chronique qui nous apprend l’histoire des participants de notre concours préfère…encore merci mon cher Francis bonne fin de semaine et bon week end a toi …..j’ai une petite question concernant ta rubrique….combien de temps cela te prend pour faire un article….merci encore de tout ton travail

    1. Eh bien, entre la recherche d’informations, l’écriture de l’article, la mise en page et le choix des images et des liens YouTube, je dirais que je passe entre 3 et 4 heures par article. Mais je me dois d’offrir à mes lecteurs des articles de qualité 😛 J’espère y parvenir…

      1. Bon courage pour tes chroniques magnifiques…. Et bon courage pour tes problèmes professionnel et prive……. Je souhaite que tout se rétablissent au mieux….a bientôt et bon week end..
        Mon cher Francis…

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