Etoiles au Firmament (38) – Ted Gärdestad

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Après une année 1996 particulièrement terrible pour les anciens candidats au Concours, 1997 s’est révélée beaucoup plus clémente puisqu’elle n’a vu qu’un seul participant disparaître. En revanche, le 2° représentant suédois à nous quitter est parti bien jeune, comme vous allez pouvoir vous en rendre compte, et dans des circonstances extrêmement tragiques.

 

 

ÉTOILE # 38 : Ted GÄRDESTAD (1956-1997)

        Représentant la Suède au Concours 1979 à Jérusalem

        Titre interprété : Satellit (traduction : Satellite)

        Classement : 17° sur 19 – 8 points

 

Ted Arnbjörn Gärdestad naît le 18 février 1956 à Sollentuna, au Nord de Stockholm. Ses parents, Arne et Margit, ont déjà deux fils, Kjell et Kenneth, nés en 1944 et 1948.

Les frères Gärdestad

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Le moins que l’on puisse dire est que le petit Ted est un enfant précoce, puisqu’il apparaît pour la première fois à la télévision suédoise en 1962 (il n’a donc que six ans). Il y joue de l’accordéon. Quatre ans plus tard, il décroche un rôle dans une série télévisée de Noël, En småstad vid seklets början.

Ted (à droite) dans une série de Noël

Image associée

Enfin, on le voit en 1971 dans un film américain, Story of a Woman, au côté des célèbres acteurs Bibi Andersson, Robert Stack et James Farentino. Parallèlement, il impressionne en tennis, où il se classe deuxième de sa catégorie nationale derrière Björn Borg.

Björn Borg et Ted Gärdestad

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Mais c’est la chanson qui attire le jeune Ted. Aussi, lui et son frère Kenneth décident-ils d’envoyer une cassette de démonstration à Stig Anderson, le puissant patron de la maison de disques Polar Music, dès 1971. Les chansons qu’on peut y entendre ont été composées par Ted sur des paroles de son frère, et c’est Ted lui-même qui les interprète. Ce sera d’ailleurs le cas pendant toute leur carrière. Anderson n’hésite pas, il fait signer un contrat aux deux garçons, qu’il fait prendre en main par Benny Andersson et Björn Ulvaeus (futurs membres du mythique groupe ABBA).

Le producteur d’ABBA, Stig Anderson

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À la fin de cette même année, Ted sort son premier single, Hela världen runt, très influencé par la musique gospel. Son deuxième disque, la ballade Jag vill ha en egen måne qu’il a composée quand il avait 12 ans, attire l’attention du public suédois. Il devient vite une idole des jeunes (il y en a sûrement qui l’envient…) et fait la tournée des parcs d’attraction !

Andersson et Ulvaeus produisent son premier album, Undringar, qui sort au début de l’année 1972. On peut y entendre Agnetha Fältskog et Anni-Frid Lyngstad (les deux solistes d’ABBA) assurer les chœurs. Ce premier LP sera suivi de Ted (1973), Upptåg (1974) et Franska Kort (1976).

Deuxième album en 1973

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La première tentative de Ted Gärdestad au Melodifestivalen – qui sert de sélection pour le Concours Eurovision – a lieu en 1973. Sa chanson, Oh, vilken härlig dag, se classe 4° ex-aequo avec Lill-Babs (ancienne candidate au Concours 1961), derrière le quatuor qui deviendra ABBA (Ring Ring deviendra toutefois un immense tube) mais devant Lars Berghagen (représentant suédois en 1975) et Claes-Göran Hederström (qui avait défendu les couleurs de son pays en 1968).

Ted concourt à nouveau deux ans plus tard, mais Rockin’ ‘n’ reelin’ ne termine que 7° ex-aequo, ce qui n’empêche pas le titre de devenir un grand succès en Suède.

Le troisième titre, qu’il propose en 1977, est interprété en duo avec son frère, mais la chanson ne passe pas le cap de la demi-finale. Il faut donc au jeune homme attendre 1979, où il remporte enfin la compétition avec Satellit. Il y bat de 9 points seulement Tomas Ledin, qui représentera son pays l’année suivante au Concours.

À Jérusalem, toutefois, c’est la douche froide… peut-être parce que certains estiment que le titre suédois est un plagiat de Hold the Line, du groupe Toto. La Suède ne termine que 17° (son 2° plus mauvais classement depuis sa première participation en 1958) avec 8 points – 6 de l’Irlande, et 1 de la Grèce et d’Israël. Soit, aucun point des voisins scandinaves ! La dernière participation de Ted au Melodifestivalen, en 1980, se solde aussi par un échec puisque Låt solen värma dig (interprété en duo avec sa petite amie Annica Boller) ne décroche que la 5° place, tout juste derrière le duo Chips (vainqueur en 1982).

Pourtant, ces contre-performances n’empêchent pas Ted de rêver à une carrière internationale. Il se rend donc à Hollywood à la fin de l’année 1977 avec son frère et y enregistre son premier album en anglais, Blue Virgin Isles. Le disque ne répond néanmoins pas aux attentes de ses producteurs, pas plus que le deuxième, I’d Rather Write a Symphony, adaptation en anglais de son album en suédois, Stormvarning.

Premier album en anglais pour Ted

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Marqué par tous ces échecs, Ted Gärdestad décide d’abandonner le monde de la musique alors qu’il n’a que 25 ans. Il revient à la comédie, mais ne renoue pas non plus avec le succès. Il se tourne alors vers la méditation et les religions orientales, rejoignant le mouvement mystique indien Osho. Il se fait appeler Swami Sangit Upasani, et s’éloigne progressivement de ses amis et de sa famille. Il n’assiste donc pas à la naissance du deuxième enfant que lui donne l’actrice Ann Zacharias et va s’établir avec d’autres adeptes dans l’Oregon. En 1986, le mouvement est poursuivi pour fraude fiscale et violation des lois sur l’immigration, et la famille de Ted obtient de lui qu’il revienne en Suède. Mais ses problèmes psychologiques éclatent au grand jour.

Le mouvement Osho, que Ted rejoint au début des années 80

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Faussement suspecté par les medias avides de sensationnel de complicité dans l’assassinat du Premier Ministre Olof Palme, Ted se terre dans sa famille. La rumeur repart quelques années plus tard quand certains le soupçonnent d’être un violent cambrioleur de banque responsable de plusieurs meurtres. Tout cela n’aide pas le pauvre garçon, qui plonge de plus en plus dans la dépression. Mais en 1990, son ami, le chanteur Harpo, le tire de sa retraite et l’emmène en tournée. Ils sortent en 1992 un duo, Lycka, qui ne rencontre pas les faveurs du public.

La carrière de Ted est cependant relancée, et il enregistre För kärlekens skull, sa première composition depuis douze ans, qui devient numéro 1 des charts. Il enchaîne avec Himlen är oskyldigt blå, la version suédoise d’un extrait de Blue Virgin Isles, qui est un nouveau succès public. En 1995, il sort son dernier album, Äntligen på väg, dont tous les singles extraits vont être des tubes. Ted se remarie, est à nouveau invité dans des émissions télévisées, repart en tournée…

Bref, tout semble aller pour le mieux quand, de manière totalement incompréhensible pour le public, il se jette sous un train à Häggvik, près de Stockholm, le 22 juin 1997. Ses funérailles ne seront suivies que par quelques fidèles amis, dont Agnetha Fältskog. C’est notre troisième Étoile, après Günter Hoffmann et Betty Mars, à recourir à ce geste désespéré.

La tombe de Ted Gärdestad

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Huit ans plus tard, son frère Kenneth publie une biographie, Jag vill ha en egen måne, où il explique que son petit frère a souffert toute sa vie d’anxiété. Vraisemblablement, cette angoisse s’est transformée en schizophrénie paranoïaque lors de sa retraite avec le mouvement Osho, et après les accusations infondées dont il a été l’objet dans les années 90.

Kenneth, le frère de Ted

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            Les années passant, justice est enfin rendue à Ted Gärdestad. Ses albums sont tous ré-édités avec succès, ses titres sont régulièrement repris par de nouveaux artistes et son héritage musical est reconnu par tous en Suède. En 2018, le réalisateur Hannes Holm tourne même un biopic où il aborde sa carrière, de ses débuts dans les années 70 à son retour en 1992.

L’affiche du biopic Ted

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(10 commentaires)

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  1. Ohhh, merci pour ton travail, bravo pour tes recherches, c’est dingue que de tragédie.

    1. C’est toujours un plaisir de passer du temps à écrire un article quand le retour des lecteurs est positif! Merci à toi 🙂

    • Pascal on 10 octobre 2018 at 12:48
    • Répondre

    Je ne connaissais pas du tout cet artiste. Quelle vie riche en péripéties ! Faire un biopic sur Ted me semble du coup une riche idée…

    C’est quand même appréciable qu’il ait connu à nouveau le succès avant sa fin funeste. Merci Francis Pour cette nouvelle histoire !

    1. Je dois reconnaître que je n’aime aucune des chansons qu’il a interprétées. Mais un tel acharnement à vouloir réussir et une telle série de tragédies rendent forcément le personnage intéressant, voire attachant. D’où ma volonté de le remettre sous les feux de la célébrité.

      Merci en tout cas pour ce commentaire, Pascal!

    • marie on 10 octobre 2018 at 18:28
    • Répondre

    Idem, je ne connaissais pas cet artiste. Quel drame! Quelle courte vie!
    Alors que tout semblait aller pour le mieux pour lui après des années où le succès ne venait pas, dommage!
    Quant à la chanson de l’eurovision, je n’aime pas et son classement ne m’étonne donc pas du tout.

    1. Je pense que malheureusement, Ted Gärdestad était tellement emprisonné dans son mal-être qu’il n’a pas dû profiter du bonheur de se voir à nouveau populaire, et c’est ce qui explique sûrement son geste fatal. C’est toujours difficile de voir qu’un artiste n’est plus rien après avoir été adulé quand il était enfant.

  2. – Sa vie est un véritable roman, hélas tragique par moment mais ce fut très palpitant de découvrir ligne par ligne la vie tourmentée de cet artiste. Et dire que lorsqu’on voit ses débuts dans l’enfance, toutes les étoiles étaient alignées pour une vie artistique brillante…

    – Et si je lis bien entre les lignes, peut-être peut-on dire que l’Eurovision a été un des vecteurs de cette descente aux enfers car à part sa sélection pour l’Eurovision 1979 avec une chanson plus que médiocre, on ne peut pas dire que le concours lui a porté bonheur…

    – Après, sa vie fragmentée et peu conventionnelle par période a aussi contribué à son déséquilibre psychique et je pense que le retour au succès fut aussi inattendu que brutal pour lui et peut-être que… Je n’en dirai pas plus ais tu devines où je veux en venir.

    – Merci pour toutes ces biographies qui enrichissent mes connaissances.

    1. C’est moi qui te remercie de lire fidèlement mes articles, et de commenter à chaque fois de manière détaillée et argumentée. C’est très valorisant pour moi de voir l’intérêt que fait naître cette chronique.

  3. Mon cher Francis …merci pour ton travail de recherche …et merci pour cette chronique…. Triste destin pour ce chanteur..

    Bonne fin de semaine..a toi….

    1. Merci Sakis ! J’ai plein de copies à corriger, et un concert dimanche 😛

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