Etoiles au Firmament (33) – Magali

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

C’est une histoire immensément tragique que je vais vous conter aujourd’hui. Celles de deux jeunes filles, pour lesquelles aucun proche n’a jamais eu le moindre égard, que ce soit dans leur entourage professionnel ou dans leur vie sentimentale. Tant d’autres ont subi des épreuves semblables, au cinéma, à la télévision ou dans la chanson, mais leur parcours semble être l’exemple parfait de ce que la gloire peut faire à des vedettes à peine sorties de l’enfance.

 

 

ÉTOILE # 33 : Magali GILLES (1964-1996)

        Représentant le Luxembourg au Concours 1980 à La Haye, au sein du duo SOPHIE & MAGALY

        Titre interprété : Le Papa pingouin

        Classement : 9° sur 19 – 56 points

 

Toujours à la recherche d’une première victoire au Concours Eurovision, le producteur allemand Ralph Siegel (déjà détenteur de deux Top 5 sur trois participations) décide en 1980 de doubler ses chances de réussite. Avec l’aide de son désormais complice Bernd Meinunger, il écrit deux chansons et propose la première, Theater, à la célèbre Katja Ebstein, qui a décroché la 3° place au Concours en 1970 et 1971. Elle fera encore mieux à La Haye, puisqu’elle ne sera battue que par Johnny Logan.

Katja Ebstein termine 2° du Concours 1980

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Pour leur deuxième titre, les papes de la chanson populaire allemande recherchent un duo féminin. Ils tombent sur un hebdomadaire français pour adolescents, OK! Magazine, et y découvrent des jumelles de 16 ans originaires de Saint-Cloud qui en sont encore au début de leur carrière de mannequin. Ni une ni deux (ou plutôt si, les deux LOL), leur maison de disques Ariola engage Sophie et Magali Gilles, à qui ils proposent de représenter le Luxembourg au même Concours, avec Le Papa pingouin. La volonté de gagner de Siegel et Meinunger est évidente, puisqu’ils demandent des paroles françaises à deux immenses noms de la chanson hexagonale : Jean-Paul Cara – qui a écrit les paroles de Un, deux, trois (2° pour la France en 1976) et composé la musique de L’Oiseau et l’enfant (vainqueur en 1977) – et Pierre Delanoë, auteur ou compositeur de 6 chansons candidates de 1958 (le titre vainqueur Dors, mon amour) à 1975.

 

Le 19 avril à La Haye, le duo ne se classe que 9° avec 56 points – 8 du Royaume-Uni, de l’Irlande et de la Belgique, 7 de la Norvège et de la France, 6 de la Suède, 4 du Danemark, 3 de la Finlande et de l’Espagne, et 1 de l’Autriche et de la Turquie. Mais le titre va connaître un triomphe dès la fin du Concours : un million d’exemplaires du disque seront finalement vendus en France ! Ravie, Ariola fait enregistrer dans la foulée un deuxième single aux jeunes filles, Arlequin. Malheureusement, le succès escompté n’est pas au rendez-vous et la maison de disques ne reconduit pas le contrat des deux sœurs. On apprendra plus tard qu’elles ont en plus été honteusement exploitées, puisqu’elles ne gagneront que l’équivalent de 5 000 € sur les ventes record de leur premier single.

2° single pour Sophie & Magaly

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L’année suivante, le producteur français Charles Talar décide de donner une deuxième chance aux jumelles en les signant sur son label. Mais Toi et Les Nanas de Zorro passent totalement inaperçues, marquant la fin de leur carrière, qui n’aura duré que deux ans.

Pendant les années 80, Sophie et Magali vivent chacune en couple, mais connaissent bientôt la même désillusion. Quand elles annoncent à leurs compagnons qu’elles sont enceintes, aucun des deux n’est prêt à assumer sa future paternité, et les deux sœurs se retrouvent seules. Magali accouchera d’une petite Jennifer, aujourd’hui militaire. Plus tard, l’homme que Magali doit épouser fait faire un faux certificat pour la visite prénuptiale, décidé à lui cacher sa séropositivité. Il lui transmet le virus du SIDA, auquel la jeune femme succombe en avril 1996. Sophie ne s’est jamais remise de ces tragédies en chaîne, et vit depuis dans un état de dépression chronique profond.

Dernière version en date du Papa Pingouin

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La musique survivant toujours aux artistes qui la créent, Le Papa pingouin retrouvera le succès en 2006 quand il sera repris par Pigloo. Le disque fera un carton en France, bien sûr, mais aussi en Italie, en Allemagne, au Japon et même en Australie.

(14 commentaires)

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    • marie on 23 septembre 2018 at 12:40
    • Répondre

    Mais c’est terrible! Honte à ceux qui ont été lâches et préférés s’enfuir au lieu d’assumer. Quant à celui qui lui a transmis la maladie du Sida, je considère que c’est un crime et qu’il aurait dû être puni pour ce qu’il a fait à Magali. C’est monstrueux! ca m’attriste d’apprendre cela, je ne savais pas du tout. Quelle vie et quelle fin horrible!

    Quant à la chanson, c’est un tube. Elle aurait été idéale pour l’eurovision junior. En tout cas, je l’aime bien parce qu’elle est drôle et que son but est juste de divertir 🙂 🙂 🙂

    1. De tous les destins que je relate dans cette chronique, celui de Magali est de loin le plus terrible. D’autant plus déchirant que leur chanson était effectivement tellement légère et fraîche. Et elle et sa sœur n’étaient encore que des enfants, finalement, si faciles à duper.
      Je trouve leur destinée l’exemple parfait de ce que le monde du spectacle peut faire naître. C’est désolant.

  1. C’est peut-être Sophie et Magaly, plus que Marie Myriam, qui a fait de moi un fan de l’Eurovision. En 1980, j’étais encore gamin, mais j’étais fan des jumelles (j’ai tous leur 45 tours d’ailleurs) et j’étais persuadé qu’elles allaient gagner à La Haye. J’ai été très déçu du résultat même si, avec le recul, j’ai trouvé qu’il y avait mieux dans cette édition.
    Dans son livre mémoire, Michèle Etzel (à l’époque speakerine de Télé Luxembourg et présentatrice de la chanson à La Haye) avait dit que personne, à RTL, ne croyait en leur victoire, ils étaient sûrs de perdre. Moi, dans mon coeur de gosse, c’était mes gagnantes.

    1. Cela prouve qu’envoyer au Concours une chanson dans laquelle on ne croit pas n’est pas nouveau. Ce qui est sûr, c’est que cette chanson aura marqué nombre d’enfants à l’époque, et aura fait naître chez eux une passion intarissable pour l’Eurovision. Et ça, c’est la plus belle des victoires, non ?

    • steven on 23 septembre 2018 at 18:48
    • Répondre

    Quel triste destin !!!!Je croyais que le fait de transmettre le virus était passible de graves sanctions voir de prison lorsque l ‘on cachait sa séropositivité et donc le transmettait le à son conjoint ?

    1. J’imagine qu’à l’époque, la législation n’avait pas encore été mise au point. Et il faut de toute manière déposer plainte, et je ne suis pas certain que Sophie ait été assez forte pour cela 🙁

    • ZIPO on 23 septembre 2018 at 21:54
    • Répondre

    – Sans l’affirmer formellement, je crois que beaucoup de jeunes chanteuses en France ou pays voisins ont été manipulées voire plus par leur producteur et malgré leur succès devant le public, elles ont raté leur vie privée et n’ont pas fait fortune.

    – Concernant Magali, j’en ai les larmes au yeux : c’est tellement horrible de mourir dans de telles conditions à cause de la lâcheté d’un conjoint qui était tout simplement un  » pourri  » ! ( Je me suis retenu de dire pire ! ) . En outre il a fait une victime collatérale : Sophie la jumelle qui ne s’en est jamais remise…

    – Et pour la chanson, je l’ai bien sûr découverte plus tard puisqu’à l’époque je n’avais que 4 ans, mais dès que je l’ai entendue, c’était évident : c’était ma chanson préférée de cette année 1980 ! Ca correspond à tout ce que j’aime entendre à l’Eurovision tout en était conscient du côté un peu enfantin.

    1. Tu as raison, Zipo, quand tu parles des jeunes artistes exploités par leurs producteurs. Il y en a quantité d’exemples, et pas seulement dans le monde de la musique. Le cinéma et la télévision regorgent aussi de ce genre de profiteurs, c’est certain.

      En ce qui concerne l’immonde assassin à l’origine de la disparition de Magaly, je crois qu’aucun mot n’est assez fort pour décrire une telle lâcheté, et tu as bien raison d’avoir pensé aux pires qualificatifs à son sujet.

      Enfin, Le Papa pingouin est dans les mémoires de tous, y compris de ceux qui ne s’intéressent pas au Concours. C’est donc bien la preuve que cette chanson avait un potentiel de « séduction » indéniable. Et les jumelles y sont pour beaucoup, c’est indiscutable.

  2. Je n’aime pas la chanson je l’avoue mais quel triste destin pour ses deux chanteuses….ce type mérite ….je préfère me taire vraiment… Merci Francis de ta chronique et bonne semaine a toi…

      • Francis A on 24 septembre 2018 at 17:18
      • Répondre

      C’est vrai que la chanson a une cible très claire, celle des pre-adolescents. On peut ne pas adhérer, c’est sûr.

    • Netty Vilar Braamcamp Sobral on 24 septembre 2018 at 18:49
    • Répondre

    Je reste hyper fan du Papa Pingouin, c’est lui qui m’a fait découvrir l’Eurovision et acheter mon 1er 45T de l’Eurovision, quelle tristesse pour moi à l’époque qu’elle n’ait pas gagné ! Avec un regard adulte je comprends mieux aujourd’hui, mais j’adore toujours le titre quand même !
    J’aimerais bien savoir par ailleurs ce qu’est devenu le garçon qui a assassiné la malheureuse Magaly. A-t-il survécu à la maladie, lui ? Ce serait quand même le comble…

    1. Aucune information sur le net à propos de cette… disons, personne. Tu penses bien qu’elle a dû faire profil bas après cet acte monstrueux, et se faire oublier.

      • Nico on 24 septembre 2018 at 20:15
      • Répondre

      J’étais encore un enfant lorsque j’ai entendu le Papa Pingouin pour la première fois, Je savais que c’était une chanson de l’Eurovision, car j’étais déjà fan à cette époque, J’adore toujours entendre ce titre qui me replonge dans cette belle période d’insouciance, Cette chanson est intemporelle et c’est bien dommage que le Luxembourg n’ait pas gagné. Encore aujourd’hui, elle amuse les enfants et tout ceux qui la découvre pour la première fois.

      Le destin de Magaly fait froid dans le dos, On considérait déjà les artistes comme des vaches à lait et on n’hésitait pas à le jeter comme des kleenex lorsque cela ne fonctionnait plus, Cette histoire m’attriste beaucoup, je l’ignorais, quel horrible destinée pour ces deux soeurs jumelles..

      Merci Francis de nous faire découvrir cette histoire même si je trouve cela honteux et de rendre hommage ainsi à Magaly qui restera gravée dans ma mémoire,

      1. Tu sais mon attachement à tous ces anciens participants. Et c’est mon caractère de ne jamais lâcher ceux dont j’estime qu’ils ont besoin d’être défendus ou rappelés à la mémoire de ceux qui les oublient. C’est donc un grand honneur pour moi que de remettre en lumière tous ces destins tragiques, car (comme pour Zelimkhan Bakaev) j’estime inacceptable qu’on ne se souvienne pas.

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