ETOILES AU FIRMAMENT (25) – DOMENICO MODUGNO

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Aujourd’hui, c’est à un multirécidiviste que nous allons nous intéresser. En effet, cette 4° étoile italienne est le cinquième artiste à avoir tenté au moins trois fois sa chance au Concours – mais il est le premier à nous avoir quittés. Il est surtout le créateur d’une des chansons candidates à l’Eurovision les plus célèbres au monde, et les plus reprises sous le nom de Volare. En cela, il est une vraie star de la chanson, même si son nom est aujourd’hui un peu oublié.

 

 

ÉTOILE # 25 : Domenico MODUGNO (1928-1994)

         Représentant l’Italie aux Concours 1958 à Hilversum, 1959 à Cannes et 1966 à Luxembourg

         Titres interprétés : Nel blu dipinto di blu (traduction : Du bleu peint dans le bleu),

                                                    Piove (traduction : Il pleut) et Dio, come ti amo (traduction : Mon Dieu, comme je t’aime)

         Classements: 3° sur 10 – 13 points, 6° sur 11 – 9 points et 17° – 0 point

 

Domenico Modugno naît le 9 janvier 1928 à Polignano a Mare, près de Bari, dans les Pouilles (région natale de Franca Raimondi, notre Étoile # 16). Déjà parents de trois enfants, son père, Vito Cosimo, est policier municipal, et sa mère, Pasqua Lorusso (rien à voir avec un ancien Ministre de l’Intérieur français ou une chanteuse rousse des années 90), est mère au foyer. En 1937, la famille s’installe à San Pietro Vernotico, dans la Province de Brindisi, où son père est muté. C’est là que le petit garçon, scolarisé à Lecce, apprend un dialecte proche du sicilien et commence à jouer de la guitare et de l’accordéon. À 19 ans, il part pour Turin et travaille dans une usine de pneus. Puis, il effectue son service militaire et passe quelques mois à Rome, enchaînant les petits boulots. Après un concours pour acteur, il intègre le Centre Expérimental de Cinématographie et reçoit une bourse d’étude.

Domenico Modugno à son arrivée à Rome

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C’est à ce moment que le jeune Domenico commence à décrocher de petits rôles au cinéma (il jouera en tout dans un peu plus de 40 films) et au théâtre. La RAI lui propose également d’écrire les textes d’émissions radiophoniques et de les mettre en scène. C’est là qu’il rencontre sa future femme, Franca Gandolfi, qui lui donnera trois fils, Marcello, Marco et Massimo. Parallèlement, il écrit des chansons en dialecte des Pouilles ou en sicilien, parlant de la vie des marins et des mineurs. Parmi elles, Lazzarella, interprétée par le chanteur napolitain Aurelio Fierro, termine deuxième du Festival de la Chanson Napolitaine en 1957.

Encouragé par ce succès, il décide de se présenter l’année suivante au Festival de la Chanson de San Remo, qui doit servir de sélection nationale pour le Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne. Opposé à Johnny Dorelli, il propose une chanson qu’il a composée et co-écrite, Nel blu dipinto di blu. Le niveau est élevé, car concourent aussi Tonina Torrielli (candidate italienne en 1956), Claudio Villa (notre Étoile # 12) et Aurelio Fierro lui-même. Pourtant, c’est lui, Domenico Modugno, qui gagne le droit de représenter son pays à Hilversum le 12 mars. Passé en première position, Domenico Modugno décroche la 3° place avec 13 points – 4 de la Belgique et de l’Allemagne, et 1 des Pays-Bas, de la France, de la Suède, de l’Autriche et de la Suisse.

Certains ont expliqué ce podium par le fait que, pour des raisons techniques (sa diffusion ayant été perturbée dans plusieurs pays), la chanson avait été reprise après la dernière prestation de la soirée.  Bien qu’elle n’ait pas remporté la victoire, la chanson connaît un succès mondial sous un autre titre, Volare, puisqu’elle se classe en tête du Billboard aux Etats-Unis (une grande première pour un titre de l’Eurovision) et y remporte deux Grammy Awards. De même, elle occupe la première place des classements britanniques – alors que le Royaume-Uni ne participe pas au Concours cette année-là – et reste quatre mois en tête des ventes aux Pays-Bas et en Italie. On l’entend même interprétée par une chorale d’enfants dans le film Don Camillo en Russie, avec Fernandel !!! En tout, 22 millions d’exemplaires en seront vendus.

Domenico remporte deux Grammy Awards grâce à Volare

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Fort de cet immense succès international, Domenico Modugno se présente une deuxième fois consécutive au Festival de San Remo, et se retrouve encore opposé à Johnny Dorelli. Il y affronte de nouveau Aurelio Fierro et Claudio Villa, ainsi que Betty Curtis (future gagnante en 1961). Piove, chanson qu’il a composée, lui permet de rafler la mise et de partir défendre les couleurs de son pays au Grand Prix Eurovision. Mais c’est un nouvel échec pour lui à Londres, car la chanson ne décroche que la 6° place, avec 9 points – 3 de la France et de la Suisse, et 1 de Monaco, de la Suède et de la Belgique. Néanmoins, c’est un deuxième succès mondial pour Piove, rebaptisé Ciao, ciao bambina et repris par de nombreux artistes, dont Dalida (numéro 1 des ventes en France pendant quatre semaines).

« Jamais deux sans trois » dit le vieil adage. Domenico n’hésite donc pas et en 1960, s’inscrit une troisième fois au Festival de San Remo, où il retrouve Tonina Torrielli et Johnny Dorelli. Mais Libero ne termine que 2°.

Après une absence d’un an due à un accident de la route, il revient concourir à San Remo en 1962, cette fois opposé à son ancien adversaire Claudio Villa. Addio addio bat les chansons présentées par Johnny Dorelli et Betty Curtis, Aurelio Fierro, Tonina Torrielli, Nunzio Gallo (candidat italien à l’Eurovision 1957) ou Emilio Pericoli (futur représentant de son pays en 1963). En revanche, c’est Claudio Villa qui va chanter à Luxembourg, où il termine 9°.

Devenu un des piliers du Festival de San Remo, Domenico Modugno s’y présente une 5° fois en 1964, mais ni lui ni Ben E. King (si si!), ni Paul Anka (si si!), ni Bobby Solo (vainqueur l’année suivante) ne peuvent rien contre Gigliola Cinquetti et son futur énorme tube, Non ho l’età. Il se console en remportant le Festival de Naples avec Tu si ‘na cosa grande.

Ne s’avouant pas vaincu, il revient à San Remo en 1966 pour y chanter une autre de ses créations, Dio, come ti amo. Le plateau est de nouveau de grande qualité, car il affronte Sergio Endrigo (futur vainqueur en 1968), les Surfs, Iva Zanicchi (gagnante en 1969), Richard Anthony, Françoise Hardy (candidate pour Monaco en 1963) et l’éternel Claudio Villa. Sa chanson est également interprétée par Gigliola Cinquetti, mais c’est lui qui remporte le festival pour la 4° fois (record qui tient toujours) et qui s’envole pour Luxembourg le 5 mars. De manière totalement incompréhensible, Domenico Modugno ne reçoit aucun point le grand soir et termine dernier, ex-aequo avec Tereza pour Monaco. C’est la seule fois en 45 participations que l’Italie décroche cette place infamante et ce score humiliant. Cette dernière place sonne le glas de la carrière de Domenico au Concours. Il aura beau retenter sa chance à San Remo encore cinq fois (en 1967, 1968, 1971, 1972 et 1974), il ne retrouvera plus le chemin de la victoire.

De 1973 à 1975, il incarne Mackie Messer dans L’Opéra de Quat’ Sous de Bertolt Brecht et Kurt Weil. Puis, il retourne en 1978 à la comédie musicale avec Cyrano, adapté d’Edmond Rostand.

En 1984, il fait un sévère AVC qui le laisse partiellement paralysé. Il abandonne donc sa carrière artistique et se consacre aux droits des handicapés à partir de 1986. L’année suivante, il est élu député de Turin au sein du Parti Radical, de tendance socio-libérale. Ce n’est pas vraiment une surprise, car Domenico avait souvent protesté par le passé, par exemple contre la dictature d’Augusto Pinochet au Chili (cela lui avait valu d’être déclaré persona non grata dans ce pays) ou pour le divorce (il avait d’ailleurs composé L’anniversario,  une chanson qui avait servi d’hymne à ce combat). De 1990 à 1992, il siège au Sénat puis, son mandat terminé, il enregistre un dernier disque, Delfini, avec son troisième fils, Massimo. Il meurt d’une crise cardiaque le 6 août 1994, dans sa maison de vacances sur l’île de Lampedusa, au sud de la Sicile.

(10 commentaires)

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  1. Encore aujourd ‘hui beaucoup de personnes pensent que Volare avait été victorieux de l eurovision .Portrait très complet que tu nous dresse d ‘un grand Monsieur de la Chanson italienne

    1. Je dois avouer que j’adore ce chanteur, c’est pour moi l’un des meilleurs auteurs – compositeurs – interprètes de toute l’histoire du Concours. Et quelle puissance émotionnelle ! Dio, come ti amo me déchire à chaque fois que je l’écoute :'(

  2. – Vraiment un grand artiste et en plus persévérant ! Et les chansons présentées à l’Eurovision, du moins les deux premières ont été d’énormes succès et très peu de chanteurs peuvent se targuer de cela.

    – Je dirai même que si  » Volare  » avait gagné, ça ne m’aurait absolument pas dérangé. Par contre, je n’aimais vraiment pas la chanson présentée en 1966 : il faudrait que je réécoute cette année là en entier pour voir si cette dernière place était méritée.

    – Enfin, ses dix dernières années ont été très différentes : une nouvelle vie en quelque sorte un peu dictée par les évènements de la vie.

    – Je te remercie une nouvelle fois pour cette rubrique vraiment intéressante et instructive mon cher Francis.

    1. Personnellement, Nel blu dipinto di blu est mon vainqueur de 1958, Piove mon numéro 2 de 1959 et Dio, come ti amo ma médaille de bronze de 1966. Et c’est aussi ma 4e chanson italienne préférée après Grande amore, Rapsodia et Era.

  3. Encore une vie bien remplie, faite de ténacité et de talent, l’une et l’autre étant indissociables pour perdurer, ce qu’est parvenu à faire Modugno. Ses chansons on les connait, ( ou presque en ce qui me concerne), certaines font même partie de notre univers musical, comme si elles avaient toujours existé. Elles sont éternelles. Et même si les fées l’ont un peu abandonné à la fin de sa vie, force est de constater que cet artiste a pu s’exprimer et être reconnu dans plusieurs domaines, ce qui arrive plus rarement de nos jours.

    1. Tu as raison, il a fait une magnifique carrière artistique dans son pays, dans la musique et au cinéma, et a également assuré un mandat politique. Ce n’est pas si courant pour des artistes. En tout cas, une vie bien remplie, c’est vrai.

    • anachorète on 25 août 2018 at 16:44
    • Répondre

    un artiste incroyable, des mélodies magnifiques et un destin exceptionnel!

    1. Véritablement un des candidats incontournables du Concours 🙂

    • Sakis8888 on 28 août 2018 at 16:32
    • Répondre

    Merci pour la découverte de cette artiste mon cher Francis….et des sublimes chansons….vraiment…. Italie est un pays magique pour moi….bonne semaine a toi

    1. C’est clair que la langue italienne est parfaite pour ce type de chanson. Et celles de Domenico Modugno sont ciselées.

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