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Après un article trop bref sur le premier candidat allemand au Concours, en voici aujourd’hui un nouveau, beaucoup plus conséquent. En effet, le 7° participant français à décéder – mais le premier pour le Luxembourg – a eu une très longue carrière artistique, dans des domaines très variés. Il a même participé à notre compétition musicale préférée à deux reprises, à l’instar de Louis Neefs, Claudio Villa et Anita Traversi. À leur différence toutefois, lui l’a remportée. C’est donc notre 2° Étoile gagnante, après Grethe Ingmann.

 

 

ÉTOILE # 24 : Jean-Claude PASCAL (1927-1992)

        Représentant le Luxembourg aux Concours 1961 à Londres, et 1981 à Dublin

        Titres interprétés : Nous, les amoureux et C’est peut-être pas l’Amérique

        Classements: 1° sur 16 – 31 points et 11° sur 20 – 41 points

 

Jean-Claude Roger Henri Villeminot naît à Paris le 24 octobre 1927 dans une famille de riches industriels du textile. Sa mère, Arlette Lemoine – qui n’a que 18 ans à la naissance de son fils – est d’ailleurs l’arrière-petite-fille du célèbre couturier français d’origine britannique Charles Frédéric Worth, qui habilla entre autres l’impératrice Eugénie sous le Second Empire.

Le couturier Charles Frédéric Worth

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Le petit Jean-Claude ne connaîtra pas son père, Roger, qui meurt âgé de 25 ans en 1928, mais il fait la fierté de sa mère lorsqu’il intègre le lycée Janson-de-Sailly. Toutefois, alors qu’il n’a pas encore 17 ans, il décide de s’engager dans la Deuxième Division Blindée du Général Leclerc et participe à la libération de Strasbourg en octobre 1944. On lui décerne quelques mois plus tard la Croix de Guerre pour avoir été le premier à pénétrer dans la ville alsacienne.

Jean-Claude lors de la libération de Strasbourg

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La paix revenue, il s’installe à Paris et étudie brièvement à la Sorbonne. Il abandonne néanmoins assez vite son cursus universitaire pour travailler dans l’entreprise familiale (où on ne lui confie que du travail administratif), puis comme modéliste – dessinateur chez Hermès, Christian Dior et Roger Piguet. Son physique (il mesure 1m88) et sa prestance lui permettent également de poser comme modèle.

Christian Dior, chez qui Jean-Claude travaille comme modéliste

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Ses premiers pas au théâtre se font en tant que créateur de costumes, notamment pour le Dom Juan de Molière que met en scène Louis Jouvet. Mais c’est vraiment la comédie qui l’attire, il s’inscrit donc au Cours Simon en 1948 (suivant ainsi les conseils de son ami de collège, Michel Auclair) et prend le pseudonyme de Jean-Claude Pascal, à la demande de sa famille qui ne souhaite pas voir le nom de Villeminot associé au monde du théâtre. Remercions-en les.

Louis Jouvet, dans Dom Juan

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1949 le voit débuter sur les planches, dans La Dame aux camélias, auprès de Pierre Renoir et Edwige Feuillère, puis dans La Femme en blanc de Marcel Achard. Son premier rôle au cinéma est dans Le Jugement de Dieu, de Raymond Bernard, qui aura une telle notoriété qu’on ne lui demandera bientôt plus que d’interpréter des personnages de séducteurs et d’aristocrates romantiques, souvent dans des films historiques ou de cape et d’épée. Citons par exemple Un caprice de Caroline chérie avec Martine Carol en 1952, Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry en 1954 ou La Belle et l’empereur avec la toute jeune mais déjà talentueuse Romy Schneider, en 1959. Cette même année, on lui décerne le Prix Femina d’Interprétation Masculine pour son rôle dans Pêcheur d’Islande, adapté du roman de Pierre Loti.

Dans Pêcheur d’Islande, rôle qui lui vaut une récompense

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L’arrivée de la Nouvelle Vague met un frein à sa carrière d’acteur, et on ne le verra plus guère sur grand écran, à part dans Angélique et le sultan, dernier épisode des aventures de Michèle Mercier et Robert Hossein. C’est la raison pour laquelle il décide de se consacrer en priorité à une carrière dans la musique, qu’il a débutée dès 1955 avec une chanson écrite par Charles Aznavour, Je voudrais. En 1961, il donne un récital à Bobino, où il interprète des compositions de deux jeunes auteurs bientôt célèbres, Jean Ferrat et Serge Gainsbourg.

Il n’en faut pas plus pour que RTL lui demande de représenter le Luxembourg au Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne. Sur place, il est opposé à Jean-Paul Mauric, Lale Andersen et son amie du Cours Simon Colette Deréal (trois de nos précédentes Étoiles au Firmament), mais Nous, les amoureux l’emporte largement, avec 31 points – 5 points de l’Allemagne et de la Yougoslavie, 4 points de l’Autriche et de Monaco, 3 points de l’Italie et de la Finlande, 2 points de l’Espagne et 1 point du Danemark, de la Suisse, de la France, de la Suède et des Pays-Bas. Merci donc les jurés belges!!! En tout cas, personne ne semble avoir compris que les paroles de la chanson, qui semblent relater le combat de deux amoureux contre les préjugés de l’époque, dénoncent en fait la répression des amours homosexuelles, comme Jean-Claude Pascal devait le préciser quelques années plus tard.

En tout cas, la chanson lui vaut le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros… sans générer de succès international, malheureusement. En dépit d’un échec en sélection interne pour le France en 1962 (contre Alain Barrière, Serge Gainsbourg et la gagnante Isabelle Aubret), le deuxième grand succès de Jean-Claude Pascal sera une version allemande (!!!) des Neiges du Kilimandjaro, de Pascal Danel, en 1967. Après quelques albums de reprises de chansons de Charles Aznavour, Jacques Brel, Barbara, Gilbert Bécaud ou Guy Béart, il délaisse un peu la musique et revient au théâtre et à la télévision.

En 1981, RTL souhaite fêter les 20 ans de la première victoire du Luxembourg à l’Eurovision. On lui demande donc de participer à nouveau, ce qu’il fait avec un titre qu’il a co-écrit et co-composé avec le célèbre chef d’orchestre Jean-Claude Petit, C’est peut-être pas l’Amérique. Malgré le soutien d’une choriste qui deviendra célèbre quelques années plus tard – Carol Fredericks, amie et partenaire musicale de Jean-Jacques Goldman – la chanson ne se classe que 11°, avec 41 points (10 de l’Autriche, 6 de la Suisse, 5 de l’Allemagne et de la Suède, 4 de la Finlande et du Portugal, 3 d’Israël et de la France et 1 de l’Espagne. Encore une fois, merci la Belgique…). Le Luxembourg établit toutefois un record qui tient encore : c’est le délai le plus long (20 ans) entre deux participations du même artiste.

Après avoir été styliste, modèle, costumier, comédien, acteur puis chanteur, Jean-Claude Pascal entreprend dans les années 80 une carrière d’écrivain. En 1986, il publie Le Beau masque, une autobiographie où il évoque ses souvenirs de tournage et les actrices qu’il a côtoyées. Puis, il se lance dans l’écriture de romans policiers et dans deux biographies historiques, La Reine maudite (sur Marie Stuart) et L’Amant du roi (à propos du duc de Luynes, favori de Louis XIII).

Son autobiographie, parue en 1986

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Atteint d’un cancer à l’estomac, il décède à l’hôpital de Clichy le 5 mai 1992 dans l’indifférence générale, puisque les médias ne relaient même pas l’information. Selon ses volontés, ses cendres sont dispersées dans la baie du Mont-Saint-Michel et dans celle d’Hammamet, en Tunisie, où il possédait une villa. Sa mère placera une plaque à son nom sur la porte de la chapelle du caveau familial, au cimetière du Montparnasse.

Le caveau familial, au cimetière du Montparnasse

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Outre sa Croix de Guerre, Jean-Claude Pascal s’était vu décerner les insignes de Commandeur des Arts et des Lettres et de Chevalier de la Légion d’Honneur. De manière plus prosaïque, il fut aussi élu plusieurs années de suite Homme le plus élégant de France, ce qui explique que sa garde-robe fut exposée en 2004 au Musée de la Chemiserie et de l’Élégance Masculine, à Argenton-sur-Creuse, dans l’Indre. C’était tout cela, Jean-Claude Pascal, la légèreté, la distinction, l’éclectisme, la détermination ET la profondeur.

Et pour finir, cette chanson magnifique, qui dit tout :