ETOILES AU FIRMAMENT (18) – GRETHE & JORGEN INGMANN

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Après avoir consacré un article à Gustav Winckler il y a quelques semaines, je vais maintenant vous présenter la 2° candidate danoise du Concours à nous quitter. Elle est d’ailleurs la première des lauréates de l’Eurovision à décéder – 25 ans avant son guitariste de mari, Jørgen. Comme vous le jugerez vous-mêmes, il est assez bouleversant de voir à quel point leur divorce les a émotionnellement détruits.

 

 

ÉTOILES # 18 : Grethe (1938-1990) et Jørgen INGMANN (1925-2015)

        Représentant le Danemark au Concours 1963 à Londres

        Titre interprété : Dansevise (traduction: Spectacle de danse)

        Classement: 1° sur 16 – 42 points

 

Grethe Clemmensen naît à Copenhague le 17 juin 1938 – soit 5 ans jour pour jour après Jean-Paul Mauric, notre Étoile # 2. Elle grandit auprès de son père Carl, ouvrier, de sa mère Kate et de ses cinq frères et sœurs, dans la banlieue de la capitale danoise. D’abord apprentie couturière puis ouvrière d’usine, elle commence sa carrière artistique à l’âge de 16 ans comme choriste dans un spectacle de cabaret. Elle remplace ensuite la chanteuse Inge Østergaards dans le quatuor pop The Malihini Hawaiians, avec lequel elle passe régulièrement à la radio.

The Malihini Hawaiians

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C’est à ce moment, alors qu’elle se produit sur la scène du music-hall La Girafe, que le guitariste Jørn Grauengaard la remarque et lui demande de rejoindre son trio pour enregistrer une série de disques. À l’époque, Grethe connaît déjà le guitariste Jørgen Ingmann, qu’elle épouse le 17 décembre 1956 et à qui elle donnera deux enfants. Les deux époux quittent leurs formations respectives et fondent leur duo. Leur premier succès, Slentre gennem regn, leur permet de partir en tournée au Danemark, en Suède et en Norvège.

Parallèlement, ils effectuent une carrière solo. Jørgen rencontre un succès énorme à cette époque – il obtient un disque d’or et la 2° place des charts américains – avec l’instrumental Apache, qui sort aux Etats-Unis avant même la version des Shadows (représentants britanniques au Concours 1975).

En 1963, le duo se présente au Dansk Melodi Grand-Prix, la sélection nationale pour le Grand Prix Eurovision de Londres. Ils battent Birthe Wilke (représentante danoise aux Concours 1957 et 1959), Dario Campeotto (qui a défendu son pays en 1961), Bjørn Tidmand (qui le fera en 1964) et Gitte Hænning (qui défendra les couleurs de l’Allemagne en 1973). Cette première condition remplie, Dansevise, la valse aux accents jazzy que la jeune femme interprète accompagnée par son mari, remporte la 8° édition du Concours. C’est le premier duo, et la première chanson scandinave, à triompher.

Cette victoire est toutefois sujette à polémique. En effet, lors de la communication des votes, le porte-parole norvégien, Roald Øyen, se trompe dans les numéros de chansons. Katie Boyle, maîtresse de cérémonie (pour la 2° fois après 1960 et avant 1968 et 1974), lui demande de répéter pour plus de clarté. Mais un silence gêné s’ensuit durant lequel le correspondant norvégien consulte ses notes, affolé, avant de demander l’autorisation de revenir un peu plus tard. Alors que la Suisse devance le Danemark de 2 points, Katie rappelle donc la Norvège – qui attribue cette fois 4 points à son voisin le Danemark, soit le double de ce qu’elle lui avait décerné en premier lieu… et 1 à la Suisse, soit 3 fois moins que lors du premier vote. L’explication selon laquelle la Norvège n’avait pas été prévenue par l’UER de l’augmentation du nombre de juges – ce qui l’avait forcée à revoter – ne convainc pas la Suisse, qui estime encore des années plus tard avoir été spoliée d’une deuxième victoire. Officiellement donc, le Danemark obtient 42 points – 5 des Pays-Bas, de la Finlande, de la Suède, de la Belgique et du Luxembourg ; 4 de la Norvège, donc ; 3 du Royaume-Uni, de l’Autriche et de la Suisse ; et 2 de l’Allemagne et de l’Italie. Qui a dit que les votes géopolitiques étaient une plaie moderne au Concours ?

Katie Boyle, présentatrice du Concours à 4 reprises

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Mais il y a toujours une justice, puisque la chanson gagnante ne connaîtra qu’un succès mitigé – hormis la 1° place des charts danois, elle n’entrera que dans le Top 30 aux Pays-Bas malgré une version en allemand et une en anglais –  alors que la représentante de la Suisse, l’Israëlienne Ester Ofarim, rencontrera très vite un succès international.

Ester Ofarim ne termine que 2° pour la Suisse

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Pendant les deux années qui suivent, le couple adapte des succès internationaux en danois et essaie de s’établir sur le marché allemand, mais la réussite n’est pas au rendez-vous. Grethe participe deux fois au concours de Baden-Baden –  en 1963 avec Der King von Soho (qui termine 5°) et en 1965 avec le titre En sommervind (qui n’atteint pas la finale). Mais la version anglaise de la chanson, interprétée en 1966 par Frank Sinatra, devient un hit mondial.

La carrière du duo se poursuit jusqu’en 1976, date à laquelle le couple divorce. Un an plus tard, Grethe épouse un publicitaire, Bo Augustinus, puis retente à plusieurs reprises sa chance en solo ou en duo au Dansk Melodi Grand-Prix, mais sans retrouver le chemin du Concours. Elle termine 5° en 1978 avec Eventyr, 2° en 1979 avec Alt er skønt et 3° en 1980 avec Hej, hej, det swinger. Elle enregistre son dernier album en 1985 et donne ses derniers galas avant de prendre sa retraite prématurée, décidée à combattre ses problèmes avec l’alcool.

Seulement âgée de 52 ans, elle meurt d’un cancer du foie – comme Lale Andersen et Matt Monro, nos Étoiles # 3 et 11 – à Frederikssund, au Danemark, le 18 août 1990. Son ex-mari, qui lui survivra un quart de siècle, dira jusqu’à sa mort qu’il n’a jamais aimé qu’elle. On est tenté de le croire si on considère les problèmes qu’il a eus lui aussi avec l’alcool dès leur divorce, et sa décision dans les années 80 de donner ses guitares à son meilleur ami et d’abandonner sa carrière.

(13 commentaires)

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  1. Quelle vie !!une adaptation cinématographique a t elle été faites?Cela mériterait qu ´on s’y penche!!!!!

    1. Je n’ai rien trouvé à ce sujet, mais je peux déjà te dire que des biopics ont été réalisés sur d’anciens participants dont je parlerai plus tard dans cette rubrique.

  2. 1963 est une année importante pour moi, je venais à peine de découvrir le monde, je ne me souviens pas mais mes parents regardaient déjà l’Eurovision devant leur poste de télévision en noir et blanc, c’était déjà un luxe à l’époque. Et oui Tonton Nico a déjà pas mal de kilomètres au compteur. Cela dit, je regrette encore aujourd’hui que la Suisse n’ait pas gagné cette année-là avec la très belle chanson d’Esther Ofarim t’en vas pas ! Enfin, elle restera pour moi la grande gagnante de cette édition et je n’ai jamais aimé cette chanson danoise.

    1. Tout comme toi, j’adore la chanson d’Ester Ofarim. Bien plus que la chanson danoise. En revanche, je ne l’aurais classée que 2ème derrière la France. Elle était si jolie, d’Alain Barrière, est peut-être la chanson qui porte le mieux son nom de toute l’histoire du concours 😉

  3. Voici la chanson !

    1. Ester Ofarim est incontestablement une remarquable chanteuse. A titre personnel, j’adore sa version tango du classique de Noel Coward, Mad about the boy. Sa voix et sa technique sont impressionnantes, écoute un peu:

  4. – Encore une interprète qui disparait à cause d’un cancer… C’est bien triste mais elle aura eu au moins la chance de gagner le concours ( en duo ) même si la victoire restera entachée d’un gros doute…

    – A titre personnel, je ne trouve pas imméritée cette victoire même si la Suisse et bien sûr la France ont été ds concurrents de grande valeur également qui auraient pu gagner.

    – Cette année 1963 fut un bon cru et plusieurs candidats auraient pu gagner et le Danemark en faisait partie : c’est lui qui a obtenu le gros lot…

    1. C’est surtout une édition qui regorge d’artistes qui ont fait depuis de magnifiques carrières. Outre Alain Barrière et Ester Ofarim, citons Nana Mouskouri et Françoise Hardy.

  5. Ses problèmes d’alcool l’ont tuée et sûrement détruit son premier mariage.
    Dommage de mourir ainsi et surtout sitôt…
    Quant à la chanson gagnante en 1963, je n’aime pas, il y avait beaucoup mieux cette année là.

    1. Ou peut-être que c’est l’échec de leur mariage qui a entraîné chez les deux époux cette si forte dépendance à l’alcool… Mais elle l’a payé au prix fort, c’est sûr. Un peu comme Elizabeth Taylor et Richard Burton, mais avec des rôles inversés. De toute façon, c’est toujours très triste de voir s’etioler une telle complicité.

      1. C’est vrai, c’est une possibilité, je ne l’avais pas vu de cette manière. En tout cas, c’est triste.

  6. Encore une fois, merci beaucoup pour cet article ! Une autre artiste disparue trop tôt, un destin tragique… « Dansevise », que j’ai découvert un peu sur le tard, reste pour moi un des plus beaux gagnants de l’histoire du concours. J’aime beaucoup la mélodie et les arrangements à la guitare de Jorgen Ingmann. Un très bon guitariste. Il m’arrive fréquemment de fredonner cette chanson…

    1. Il est certain que, pour l’époque, c’était un titre très original, qui attirait forcément l’attention. Quant à Jørgen Ingmann, il faut reconnaître qu’il était un remarquable guitariste.

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