Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Je vous vois d’ici vous demander : « Vladimir Furduj et Bojan Hreljac ? Basseki ? ? ? » Vous vous étiez déjà posé la question pour Mustafa Ismailovski, Jozef Dubán, Nenad Šarić ou Jarosław Pruszkowski, avouez-le 😉 L’évocation de ces quatre précédentes Étoiles vous suggère néanmoins que nous allons de nouveau mettre en lumière des musiciens passés totalement inaperçus lors de leur participation, et pourtant indispensables à la prestation de leur formation sur la scène de l’Eurovision. Allons donc ensemble à la (re)découverte de nos…

ÉTOILES # 126 : Vladimir FURDUJ (1945-2015) & Bojan HRELJAC (1948-2018)

        Représentant la Yougoslavie au Concours 1974 à Brighton au sein de KORNI GRUPA

        Titre interprété : Generecija ‘42 (traduction: Génération 42)

        Classement : 12° sur 17 – 6 points

        Vladimir Furduj naît en 1945 en Yougoslavie (oui je sais, ça n’est pas très précis…), où il apprend très jeune l’accordéon et la guitare. En 1963, il se rend à Makarska, une petite ville située sur la côte adriatique non loin de Split, pour assister au concert donné par le groupe Siluete pour l’inauguration d’un tout nouveau centre sportif. Mais suite à des contretemps, la formation créée deux ans plus tôt se trouve face à un problème : son guitariste, Ilija Stanić, est retenu à Belgrade… pour son mariage ! ! ! La solution est vite trouvée par les autres membres du groupe, qui proposent au jeune garçon de le remplacer au pied levé. Il donne à tel point satisfaction que lorsque le batteur, Miroslav Minić, tombe malade après le retour du jeune marié, c’est à nouveau Vladimir – que ses nouveaux amis surnomment Furda – qui est désigné pour prendre sa place :O

Siluete à la fin des années 60

YU ROCK SCENA

            Comme on le voit, Siluete a bien du mal à fixer son effectif de manière durable. Et de fait, il se sépare à l’issue d’une série de concerts, une partie des musiciens essayant de poursuivre l’aventure alors que Furda, le pianiste Zoran Simjanović et le tout jeune bassiste Bojan Hreljac (il n’a que quinze ans) rejoignent les quatre membres du groupe Elipse. Spécialisés dans des reprises de Cliff Richard & the Shadows (futurs candidats britanniques au Concours), les sept garçons font leurs premiers passages à la radio avant d’accompagner sur scène plusieurs vedettes locales, comme Đorđe Marjanović ou Miodrag Marković. Ils sortent d’ailleurs un premier EP avec ce dernier en 1965.

Elipse en 1963

Pola veka od pojave rokenrola (3): Rokeri sviraju Titu i Jovanki ...

            Un an plus tard, Elipse remporte le premier prix au Festival de la Guitare de Sajmište et sort son deuxième EP.  Mais au printemps 1967, leur guitariste décide de voler de ses propres ailes et la formation engage un nouveau chanteur, Edi Dekeng. D’origine congolaise, le nouveau leader amène avec lui une culture musicale bien différente, qui va beaucoup influencer ses nouveaux camarades. Désormais, c’est vers la soul que le groupe s’oriente, faisant bien plus appel aux cuivres qu’auparavant. Sur leur 3ème EP, on peut ainsi entendre leur reprise de l’immense tube de Nino Ferrer, Le Téléfon.

            Le problème, c’est que tous ces jeunes gens sont encore étudiants, et malgré un énorme succès en août 1968 au Festival de la Paix à Sofia (où le public est tellement déchaîné que la police charge les spectateurs et met fin au concert – Festival de la Paix, je rappelle…), la petite troupe se sépare et chacun retourne à ses livres et examens. Mais Furda et Bojan n’attendent pas longtemps pour retrouver du travail. En effet, ils sont approchés un mois plus tard par Kornelije Kovać (ancien pianiste d’Indeksi auprès de Davor Popović, notre Étoile # 51), qui cherche à monter un groupe afin de pouvoir enregistrer les chansons qu’il écrit. C’est ainsi que naît Korni Grupa, qui va vite devenir célèbre – pour sa musique bien sûr, mais aussi pour les six chanteurs différents (dont les Eurostars Dado Topić et Zdravko Čolić) qui occuperont le poste de leader pendant les quatre premières années d’existence de la formation ! ! !

Kornelije Kovać

Kornelije Kovac | Free Listening on SoundCloud

            Korni Grupa est parfaitement conscient du fait que pour pouvoir enregistrer leur premier disque, il leur faut d’abord acquérir une certaine notoriété. C’est pourquoi ils s’inscrivent à la sélection yougoslave pour le Concours Eurovision 1969. La chanson qu’ils proposent, Cigu, Cigu-ligu, se classe 3ème alors même que leur nouveau leader, Dušan Prelević, se présente ivre sur scène – ce qui motivera son renvoi illico presto. C’est donc avec un nouveau chanteur, la future vedette Dalibor Brun, que le groupe sort un premier EP et donne son premier concert en solo, le 6 novembre 1969. Le problème est que Brun a de grandes ambitions personnelles et se reconnaît de moins en moins dans les options choisies par Korni. Il jette donc l’éponge en faveur de Dado Topić, qui participe en 1970 au deuxième EP du groupe – duquel est extrait Jedna žena qui vaut à la formation le prix de la meilleure chanson au Festival de Zagreb.

            Mais ‘’au pays de Korni Grupa, plus d’un an ton chanteur tu ne garderas’’, et Dado Topić laisse sa place à Zdravko Čolić – dont on ne comprend pas bien ce qu’il vient faire dans cette galère, vu son type de voix et le genre de musique qu’il affectionne et qui n’a rien à voir avec ce que produit le groupe. Il ne reste que six mois, le temps d’enregistrer trois chansons, puis cède sa place à Zlatko Pejaković. C’est lui qui est présent sur les deux albums que sort Korni, un LP éponyme en 1972 et un autre totalement en anglais, Not an Ordinary Life, publié sous le nom de groupe The Kornelyans un an plus tard.

            Après une 2ème place au Festival de Zagreb et un triomphe à celui de Montreux, Korni Grupa décroche une nouvelle 3ème place à la finale yougoslave en 1973 avec Etida, un titre présent sur leur EP sorti trois ans auparavant :O Mais le succès ne se répercute pas dans les ventes de disques, et leur 2ème LP très rock symphonique  (où figure étrangement un poème de Charles Baudelaire mis en musique par leurs soins) ne décolle pas. Ils s’alignent donc pour la 3ème fois à la finale nationale pour l’Eurovision avec Moja Generacija – qui l’emporte enfin. Mais à Brighton le 6 avril 1974, la chanson, rebaptisée Generacija ’42 même si elle reste en bosniaque, ne convainc pas et termine à une décevante 12ème place avec 6 points – 2 de l’Italie, et 1 de la Finlande, du Portugal, de l’Espagne et de la Belgique.

            La formation ne se remet pas de cet échec, sans compter que des dissensions apparaissent entre les membres du groupe : certains voudraient se cantonner aux chansons pop rock assez commerciales que le public apprécie, alors que d’autres souhaiteraient généraliser l’écriture de titres de tendance rock progressif, qui leur réussissent moins mais qu’ils considèrent plus intéressants. Finalement, Korni Grupa est officiellement dissout le 1er décembre 1974 après un dernier concert à Novi Sad, et il faudra attendre mai 1987 pour revoir Kovac, Furda, Hreljac, Boček et Topić à nouveau réunis pour deux concerts exceptionnels à Zagreb.

En attendant, chacun se lance dans une carrière individuelle, souvent en retrait de la vie médiatique. Bojan Hreljac devient monteur à la télévision yougoslave et producteur pour de nombreux spectacles de divertissement. C’est à lui que l’on doit dans les années 1990 l’édition de coffrets de CD et d’une vidéo récapitulant le parcours du groupe Korni. Pour sa part, Vladimir Furduj travaille quelque temps comme musicien de studio, puis s’inscrit en 1976 à l’Académie de Jazz de Berne pour suivre une formation de deux ans. Fondateur d’une école où il accueille de jeunes batteurs en recherche de formation, il publie également plusieurs ouvrages sur la technique liée à son instrument. Il sort un seul album solo, Furda, en 1985 puis accompagne plusieurs artistes de styles différents (Kire Mitrov et son groupe folk Into, Rock Stars avec Bat Kostić) lors de leurs séances d’enregistrements. Il décède le 1er juin 2015 dans l’indifférence quasi générale. Son ami et ancien complice Bojan Hreljac le rejoint au Paradis des musiciens le 18 décembre 2018.