Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Les artistes que je vous présente chaque semaine dans cette rubrique sont soit des vedettes qui ont fait une brillante carrière dans leur pays, voire à l’internationale, soit des musiciens ou des interprètes qui n’ont jamais vraiment réussi à percer et ont vite quitté les feux de la rampe. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui a tout raté dans sa vie : sa carrière artistique, sa reconversion dans la restauration, ses campagnes électorales, ses mariages… Mais il a élevé l’échec à un tel niveau, et avec une telle autodérision, qu’il force l’admiration… et disons-le tout net : l’affection la plus authentique. En ce qui me concerne, je l’aime, je l’adore, je me prosterne devant notre…

ÉTOILE # 125 : Ronnie CARROLL (1934-2015)

        Représentant le Royaume-Uni aux Concours 1962 à Luxembourg et 1963 à Londres

        Titres interprétés : Ring-a-Ding Girl (traduction: Petite amie Ding-Dong)

et Say Wonderful Things (traduction : Dis des choses merveilleuses)

        Classements : 4° sur 16 – 10 points et 4° sur 16 – 28 points

            Ronald Cleghorn naît à Belfast, en Irlande du Nord, le 18 août 1934 – soit quarante ans jour pour jour avant Gundars Mauševics, notre Étoile # 64. Issu d’une famille très pauvre (son père, Harry, est plombier), le petit garçon n’a pas d’autre choix que de trouver des petits boulots pour aider ses parents. Il livre entre autres le lait le matin, ou des fruits pour un commerçant du quartier. Au début des années 1950, il arrête l’école et entre à l’usine. Le soir, toutefois, il chante dans des clubs sous le nom de Ronnie Carroll, en imitant ses idoles, Nat King Cole et Frank Sinatra.

Nat King Cole, l’idole de Ronnie

Happy Birthday, Nat King Cole – Tribeca

            Lorsqu’il a dix-neuf ans, il décide de partir pour Londres et intègre une troupe d’artistes, The Hollywood Doubles Show, qui chante un peu partout en Angleterre. C’est là qu’il gagne assez vite le surnom de Ménestrel, lui qui se grime en chanteur noir lorsqu’il interprète les standards de Billy Eckstine ou Nat King Cole. Ce dernier le voit un soir lors d’une représentation à Liverpool, et se déclare impressionné. Encouragé par un tel compliment, Ronnie décide de se présenter à un concours de chant organisé par la BBC, Camera One. C’est là que des représentants de Philips le remarquent et lui font signer son premier contrat. La maison de disques fait bien les choses et s’arrange pour qu’il passe régulièrement à la télévision et à la radio. Résultat : il signe un premier succès en 1956 avec Walk Hand in Hand.

            L’année suivante, il réitère avec The Wisdom of a Fool, mais les autres titres qu’il sort dans la foulée semblent de moins en moins plaire au public. Qu’à cela ne tienne, Ronnie Carroll se fait engager par un théâtre de variétés, où il rencontre d’ailleurs sa première femme, Millicent Martin, une artiste de revue qu’il épouse à la Barbade en 1959. Mais il n’abandonne pas pour autant ses rêves de célébrité, et s’inscrit un an plus tard à la sélection nationale pour le Concours Eurovision. Malheureusement, sa chanson Spring, Summer, Autumn and Winter (Girl with a Curl) ne passe pas le cap de la demi-finale.

            Il ne se décourage pas et retente sa chance en 1962. Cette fois, il l’emporte largement grâce à Ring-a-Ding Girl, qui va donc représenter le Royaume-Uni à Luxembourg. Sur place, il décroche une 4ème place avec 10 points – 3 de la Finlande, 2 du Danemark, de la Suisse et de la Yougoslavie, et 1 de l’Espagne. Il enchaîne avec Roses are Red (My Love), qui se classe également très bien dans les charts et bat la version originale de l’Américain Bobby Vinton. Remarqué par la pianiste de Trinidad Winifred Atwell (déjà à l’origine de la carrière de Matt Monro, notre Étoile # 11), il se produit à ses côtés lors de ses spectacles, avant de donner deux concerts par soirée pendant une semaine à l’Hippodrome de Brighton, en septembre.

            1963 s’annonce sous les meilleurs auspices puisqu’il gagne à nouveau A Song for Europe (ce qu’il est le seul artiste masculin à avoir fait deux années de suite) et remonte sur la scène de l’Eurovision, avec Say Wonderful Things. Le charmeur – qu’une de ses choristes vient embrasser à la fin de sa chanson – se classe à nouveau 4ème, avec 28 points cette fois-ci : 5 de la Norvège et de l’Espagne, 3 des Pays-Bas, de la Finlande, du Danemark, de la Yougoslavie et de la France, 2 de la Suède et 1 de Monaco. Personne ne peut alors imaginer que c’est le dernier succès de Ronnie.

            La vie privée du joyeux drille, qui passe avec son ami Sean Connery des soirées où l’alcool coule à flots, commence à battre de l’aile. Millicent, qui vient enfin d’atteindre une forte notoriété grâce à l’émission de télévision satirique That Was the Week That Was, ne supporte plus les absences de son mari, qui perd de grosses sommes au casino. Et leurs carrières ne sont plus compatibles – si tant est que Ronnie ait encore une carrière, deux ans après son dernier succès. Elle demande donc le divorce en 1965. Jamais à court de bonnes idées, le jeune divorcé s’engage sur des paquebots, parmi lesquels le Queen Elizabeth 2, où il fait profiter un public argenté (dans les deux sens du terme) de ses quelques tubes.

            En 1970, il convole en justes noces pour la deuxième fois, avec une athlète médaillée au 100 mètres aux Jeux Olympiques d’Helsinki et de Melbourne, June Paul. Préférant s’éloigner du pays pour commencer une nouvelle vie, ils achètent sur l’île de Grenade un petit restaurant, qu’ils transforment en boîte de nuit où Ronnie donne des récitals. Mais la situation politique très instable de l’état insulaire les mène vite à la banqueroute, et le couple regagne l’Angleterre quatre ans plus tard. Il s’installent à Londres, où ils achètent à Camden Market une toute petite échoppe où ils vendent hamburgers et saucisses. C’est donc une vraie déchéance pour l’artiste, qui divorce à nouveau malgré la naissance de deux fils, Luke et Jamie.

L’île de Grenade, dans les Caraïbes

Caribbean Living for Less in Grenada

            Remarié à la fille d’un propriétaire de boîte de nuit sud-africain et père de deux jeunes enfants, Ronnie (que sa troisième femme a quitté en 1994) décide de se lancer en politique. Avec un objectif majeur, digne de cet homme extraordinaire, à l’humour ravageur : obtenir le moins de voix possible aux élections législatives de 1997, où il se présente sous l’étiquette du Rainbow Party, une organisation politique qui se bat pour la décentralisation des décisions politiques et l’abolition du Parlement ! ! ! Avec 141 voix, il signe un nouvel échec… puisque c’est le meilleur score que le parti ait jamais obtenu 🙂 Et ce n’est pas faute d’avoir tout fait pour perdre : il a même enregistré un hymne de campagne, Don’t Vote for Me Reg and Tina, une parodie de Don’t Cry for Me Argentina, l’air le plus célèbre de la comédie musicale Evita de Tim Rice et Andrew Lloyd Webber 🙂 🙂 🙂

Tim Rice et Andrew Lloyd Webber

NBC plans Jesus Christ Superstar Live! for Easter 2018

            Après le bide enregistré par Back on Song, l’album qu’il sort en 2005, il se présente une nouvelle fois devant les électeurs lors d’une législative partielle. Il est toujours le candidat du même parti, rebaptisé Make Politicians History, et fait un peu mieux que onze ans plus tôt, n’attirant sur son nom que 29 voix. Sa dernière tentative a lieu lors des législatives de 2015. Engagé sous le nom de l’Eurovisionnaire Carroll, il demande à son porte-parole de déposer sa candidature le 9 avril, soit 4 jours avant son décès. Eh bien, qu’arrive-t-il, je vous le donne en mille ? 113 personnes votent pour lui le 7 mai, près d’un mois après sa disparition, le classant 6ème sur 7 candidats !!! Décidément, Ronnie n’aura jamais atteint aucun des buts qu’il s’était fixés, mais il sera pour l’éternité le Perdant le Plus Flamboyant de toute l’histoire de la Politique Anglaise 😀

Ronnie pour sa dernière campagne électorale

Ronnie Carroll phone-in tribute from Rainbow George (BBC London ...