Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Comme c’est souvent le cas dans cette rubrique, je vais aujourd’hui évoquer un ancien participant du Concours que peu de gens connaissent, hormis les Eurofans qui suivent la compétition depuis de nombreuses années. Cette absence de notoriété est vraisemblablement due au très mauvais classement obtenu par sa chanson, mais ne reflète pas la vedette qu’il était dans son pays, ni l’importance que sa musique a eue pour ses compatriotes et ses collègues chanteurs. Rendons par conséquent un hommage mérité à notre…

ÉTOILE # 124 : KAYAHAN (1949-2015)

        Représentant la Turquie au Concours 1990 à Zagreb

        Titre interprété : Gözlerinin hapsindeyim (traduction: Prisonnier de tes yeux)

        Classement : 17° sur 22 – 21 points

            Kayahan Açar naît le 29 mars 1949 dans l’antique ville d’Izmir, sur la mer Égée. Il passe toutefois sa jeunesse dans la capitale, Ankara, avant de venir s’installer à Istanbul. Auteur – compositeur – interprète, il sort dans la deuxième moitié des années 70 trois albums qui passent relativement inaperçus. Ses deux tentatives pour représenter son pays au Concours Eurovision se soldent également par deux échecs : Dostluk termine dernier en 1981 et Kaç para est éliminé dès le premier tour de vote en 1984.

Tout change lorsqu’il propose à la célèbre chanteuse Nilüfer (candidate turque au Concours 1978) trois titres qui deviennent de grands succès. Pour l’un d’eux, Geceler, Kayahan reçoit même en 1986 une Orange d’Or, l’une des plus grandes récompenses du pays. C’est le début d’une célébrité qui ne s’arrêtera jamais.

Alternant chansons pour enfants, qu’il interprète souvent lors d’émissions télévisées pour la jeunesse, et albums plus aboutis, qu’il sort avec une régularité d’horloge (pratiquement un par an de 1988 à 2002), Kayahan devient vite un favori du public. Même les quelques revers qu’il essuie lors des sélections turques pour l’Eurovision (trois échecs successifs de 1987 à 1989) n’entament pas son succès.

Enfin, la chance lui sourit au Şarkı Yarışması 1990 où il parvient à battre ses quatorze adversaires – dont les futures Eurostars Izel Çeliköz, Can Uğuluer, Sertab Erener et Sibel Tüzün ! De manière assez incompréhensible pour moi, sa très belle chanson, Gözlerinin hapsindeyim, ne séduit pas les jurys, qui ne la classent que 17ème avec 21 points – 7 de la Yougoslavie (pays-hôte), 5 de l’Allemagne, 4 de la Norvège, 3 des Pays-Bas et 2 de l’Islande.

Dès lors, Kayahan se concentre sur le marché national, d’autant plus qu’il signe un de ses plus grands succès avec son 6ème album, Yemin Ettim, sorti en juin 1991. Il enchaîne les tubes à connotation romantique, et certaines de ses chansons sont également reprises par d’autres artistes, comme par exemple Allah’im Neydi Günahim. Domicilié dans la petite ville de Gömeç (dans le Nord-Ouest de la Turquie), où il possède aussi un studio d’enregistrement, il sort un single éponyme avant de rendre hommage, avec 17 Ağustos, aux victimes du terrible tremblement de terre (de magnitude 7,6) qui a ravagé la région en août 1999, tuant 17 000 personnes et laissant 250 000 sans-abri.

Sur le même album, il chante Ninni, une berceuse pour Asli Günel, la petite fille que vient de lui donner sa troisième épouse (une jeune chanteuse rencontrée lors de l’enregistrement de son 8ème album). Puis, deux ans plus tard, il publie Bugün Aslinda Bayram, un titre qu’il dédie à Bariş Manço, le plus grand chanteur de rock du pays, décédé d’une crise cardiaque l’année précédente.

Ayant atteint le statut de star incontestée en Turquie, il se voit décerner en 2003 les plus grandes récompenses : un Papillon d’Or et le Prix de l’Association des Producteurs de Musique pour l’album Ne Oldu Can. À cette occasion, tout le monde a encore à l’esprit le concert qu’il a donné sur la place Kizilay d’Ankara pour la fête nationale en 1992 : 160 000 personnes sont venues le voir sur scène, un record inégalé à cette époque !

La place Kizilay d’Ankara

Ankara Kizilay Square, a photo from Ankara, Central Anatolia ...

Kayahan sort deux derniers albums, en 2007 et 2011, et offre les recettes de plusieurs récitals à des associations de défense de l’environnement. Mais il doit se rendre à l’évidence : le cancer qu’il a réussi à vaincre à deux reprises (en 1990 et 2005) est de retour, plus virulent que jamais. Il fait donc des adieux très émouvants à la scène le 14 février 2015, auprès de sa complice de toujours, Nilüfer, puis se retire dans sa maison d’Inta Sevgi (où chaque rue porte le nom d’une de ses chansons) afin de vivre ses dernières semaines avec sa famille. Il succombe à la maladie le 3 avril 2015 – quatorze ans jour pour jour après Butch Moore, notre Étoile # 50, et dix ans après Tony Croatto, notre Étoile # 66. L’une de ses plus grandes fiertés : le titre de 1ère Dauphine de Miss Turquie 1995 remporté par sa fille aînée Beste.

Kayahan lors de son dernier concert

Kayahan dünya gündeminde

Ce sont pratiquement des funérailles nationales qui sont mises en place pour Kayahan, qui est inhumé au cimetière de Kanlica (surplombant le Bosphore). Les plus grands noms de la musique sont là, et le Président turc, Recep Tayyip Erdoğan, rédige même un communiqué officiel, où il salue le talent de l’artiste et son importance pour l’histoire musicale du pays. Dans les mois qui suivent, est enregistré un album hommage, auquel participent de nombreux chanteurs et chanteuses, dont Tarkan, Ajda Pekkan et bien sûr Nilüfer.

La tombe de Kayahan au cimetière de Kanlica

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