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            C’est à l’une des adversaires de notre dernière gagnante française que je vais aujourd’hui consacrer cet article. D’abord reconnue pour ses qualités d’auteure – compositrice (une grande première dans son pays), la jeune femme devient vite une grande vedette de la chanson, puis une avocate acharnée du combat contre les violences envers les femmes. Au creux de  sa carrière, elle apportera aussi son soutien à plusieurs politiciens issus du Parti Conservateur. Bref, une personnalité aux multiples facettes que je me devais de vous présenter, notre…

ÉTOILE # 120 : Lynsey DE PAUL (1948-2014)

        Représentant le Royaume-Uni au Concours 1977 à Londres

        Titre interprété : Rock bottom (traduction : Au fond du trou)

        Classement : 2° sur 18 – 121 points

            Lyndsey Monckton Rubin naît le 11 juin 1948 dans le district de Cricklewood, au nord-ouest de Londres. Ses parents, Herbert Paul Rubin et Meta De Groot, sont de confession juive et ont des origines néerlandaises, autrichiennes et allemandes. Bref, la petite fille, tout comme son frère aîné John, a déjà dans le sang de quoi faire d’elle une participante idéale à un concours européen. Mais pour l’instant, elle ne songe qu’à fuir au plus tôt un foyer où les violences paternelles se font de plus en plus fréquentes.

Cricklewood, dans l’agglomération londonienne

Willesden to Cricklewood - L'amour d'une rock star pour une ...

            Bien qu’elle ait appris le violon et le piano dès son plus jeune âge, c’est vers les arts graphiques que Lyndsey se dirige. Elle étudie le design au Hornsey College of Art de Londres, puis, une fois diplômée,  conçoit des pochettes d’albums pour de jeunes artistes en devenir. Désormais indépendante financièrement, elle quitte le domicile conjugal à 21 ans, s’achète un appartement et se lance dans l’écriture de chansons. Elle n’attend pas le succès très longtemps, car Jack Wild, l’enfant-chanteur révélé par la comédie musicale Oliver !, enregistre trois des titres qu’elle a co-écrits (Takin’ it easy, Bring yourself back to me et E.O.I.O.) en 1971 et 1972.

Jack Wild

Pictures of Jack Wild

            Remarquée par plusieurs artistes, la jeune femme s’associe à d’autres paroliers et compositeurs, et propose Storm in a Teacup au groupe The Fortunes. Mais c’est à elle qu’on demande d’interpréter la chanson lors de l’émission The Two Ronnies sur la BBC. Maintenant bien implantée dans le monde de la musique, celle que tous les producteurs aimeraient voir engagée par leur maison de disques décide de se lancer : elle prend un pseudonyme (Lynsey sans D, De en hommage au nom de jeune fille de sa mère, et Paul pour son père) et enregistre son premier single, Sugar me. En plus d’un très bon classement dans les ventes de disques au Royaume-Uni, le titre atteint la première place des charts en Belgique, en Espagne et aux Pays-Bas, et Nancy Sinatra en fait une reprise aux États-Unis.

            La machine est lancée, et Lynsey enchaîne les tubes : Getting a drag, Won’t somebody dance with me ou No honestly (qui lui valent tous deux un Prix Ivor-Novello, exploit qu’elle est la seule femme à avoir réalisé). Elle n’en oublie pas pour autant les autres artistes et continue à leur offrir de nombreuses compositions, ce dont ils ne peuvent qu’être ravis : quatorze des chansons écrites et composées par la jeune femme se retrouvent dans les charts britanniques de 1972 à 1977 !

            La BBC, qui fait depuis dix ans confiance à ses plus grandes stars pour représenter le pays au Concours Eurovision de la Chanson, ne peut passer à côté d’une telle vedette. Elle l’invite donc avec son nouveau complice Mike Moran à participer à sa sélection nationale – qui n’aura pas lieu à cause d’une grève des techniciens ! Cela n’empêche pas le duo d’être sélectionné pour l’édition de Londres, à laquelle il se présente avec un titre écrit à quatre mains : Rock bottom. La contribution britannique ne termine que 2ème avec 121 points – 12 de Monaco, de l’Autriche, du Luxembourg, du Portugal, de la Belgique et de la France (très fair play), 10 de l’Allemagne, 8 d’Israël et de la Suède, 7 des Pays-Bas et de la Norvège, 4 de la Finlande, 3 de l’Espagne et 2 de l’Italie. Certes, Lynsey et Mike ne l’emportent pas, mais la chanson fait un carton en Grande-Bretagne et dans toute l’Europe, permettant à la jeune femme de signer avec une nouvelle maison de disques beaucoup plus à son écoute… et de se faire approcher par un politicien libéral, John Pardoe, qui lui suggère de briguer un siège à la Chambre des Communes !

            Pour l’heure, Lynsey et Mike continuent leur collaboration et signent de nouveaux succès : Let your body go downtown et Going to a disco pour Martyn Ford, Without you et Now and then. En parallèle, notre Étoile compose les génériques de plusieurs émissions de télévision, The Rag Trade et Hi summer entre autres.

            Au début des années 1980, la star de la chanson engage une liaison avec l’acteur américain James Coburn (l’un des Sept Mercenaires). Elle quitte donc son pays et s’installe en Californie, où elle enregistre Hollywood Romance, un titre fortement inspiré par les grandes stars du cinéma. Le nouvel homme de sa vie lui écrit même deux titres pour son 5ème album, Tigers and Fireflies. Mais leur idylle s’arrête au bout de trois ans, Coburn se révélant au fil des mois tout aussi violent que le père de la petite Lyndsey l’avait été.

            De retour au pays, elle a du mal à retrouver le succès d’antan et s’intéresse de plus en plus à la politique. Elle soutient le Parti Conservateur, participe à ses meetings et compose même un hymne au parti de Margaret Thatcher, Tory, Tory, Tory. La chanson populaire ne lui souriant plus, elle se tourne à la même époque vers la comédie musicale, participant aux productions Aladin et la lampe merveilleuse en 1983 et Pump Boys and Dinettes deux ans plus tard.

L’une des comédies musicales où chante Lynsey

Original Cast of PUMP BOYS AND DINETTES Reunite at Feinstein's/54 ...

            Elle tente un retour au début des années 1990 avec There’s no place like London, puis publie en 1995 un album en l’honneur de l’ouverture de l’Eurotunnel, How do you do, I’m Marcus. Mais le public s’est détourné d’elle, ce qui la pousse à se consacrer désormais à la défense des droits des femmes, en particulier à celles qui ont dû subir, ou qui subissent encore, la maltraitance de leur conjoint ou partenaire. Elle participe en 1992 à un documentaire, Eve fights back, où elle prône l’auto-défense pour les femmes battues, puis sort un DVD, Taking Control, en 2007 où elle explique aux femmes dont elle a connu le martyr comment résister aux violences conjugales.

            Très impliquée auprès des victimes de maltraitance mais toujours présente pour promouvoir la musique dans les émissions auxquelles elle participe à la radio ou à la télévision, Lynsey ne quitte pas le devant de la scène et profite de sa notoriété pour faire avancer les causes qui lui tiennent à cœur. C’est donc avec stupéfaction que le public apprend son décès le 1er octobre 2014 dans un hôpital londonien, suite à une hémorragie cérébrale. Celle qui n’avait jamais voulu se marier pour pouvoir rester indépendante (elle affirmait que son premier amour était la musique, et qu’on ne peut pas trahir son premier amour) est inhumée au cimetière de Handon. Un an plus tard, est mis en place en son honneur le Prix Lynsey De Paul, qui récompense chaque année une nouvelle auteure – compositrice apparue sur la scène nationale.