Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Comme le dit le vieil adage : ‘’À quelque chose, malheur est bon.’’ Je profite donc du temps que ce satané virus et le télétravail me laissent pour rédiger quelques articles, et en particulier celui-ci sur une 5ème Étoile espagnole. Pas la plus connue de l’Eurofan moyen, certes, mais comme vous allez le voir, un musicien qui a été une vraie source d’inspiration pour de nombreux artistes, qui se sont réclamés de sa musique ou de sa technique. Filons tout droit redécouvrir notre…

ÉTOILE # 118 : PERET (1935-2014)

        Représentant l’Espagne au Concours 1974 à Brighton

        Titre interprété : Canta y sé feliz (traduction: Chante et sois heureux)

        Classement : 9° sur 17 – 10 points

            Pedro Pubill Calaf naît le 24 mars 1935 à Mataró, une petite commune située non loin de Barcelone. Issu d’une famille d’origine gitane, le petit garçon ne fait pas d’études et quitte très tôt l’école dans les années 1940. En effet, il doit accompagner sur les routes son père, vendeur de tissus ambulant. Cela ne l’empêche pas d’éprouver une passion pour la musique et de jouer très jeune de la guitare.

La plage de Mataró

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            Lorsqu’il a douze ans, il monte un duo, Los Hermanos Montenegro, avec une de ses cousines et se produit pour la première fois sur scène, au théâtre Tivoli de Barcelone, lors d’un festival pour enfants. Dans la foulée, il enregistre son premier disque, qui passe malheureusement inaperçu. Il reprend donc sa vie itinérante avec son père, voyageant jusqu’en Argentine pour négocier l’achat de draps. Il y découvre de nouveaux sons, qui vont beaucoup l’influencer. De retour au pays, il participe à plusieurs émissions de radio et se fait remarquer par un producteur local. Il enregistre deux nouveaux disques, qui rencontrent un certain succès en Catalogne.

Le théâtre Tivoli de Barcelone

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            Très vite, alors qu’il vient d’épouser Santa, le grand amour de sa vie, il s’intéresse à la rumba catalane, style musical créé par un autre gitan, Antonio González dit El Pescaílla. Dérivée de la rumba flamenca, celle-ci intègre des influences cubaines, en particulier le mambo. Parrainé par son père spirituel, Pedro s’installe à Madrid au milieu des années 1960 et commence à se produire dans divers endroits de la capitale, où il joue ses propres compositions. La plus célèbre d’entre elles, El muerto vivo, se taille un beau succès alors que tout le monde à l’époque semble n’écouter que de la musique anglo-saxonne.

            Il enchaîne avec d’autres chansons, qui elles aussi séduisent le public. Citons El gitano Antón, Saboreando ou Borriquito en espagnol, et El mig amic en catalan, qu’il dédie à son père. Mais si on le remarque tant, ce n’est pas uniquement pour la force des titres qu’il interprète. Il est le premier à avoir recours à ce que l’on va bientôt appeler ‘’ventilador’’ – un jeu de guitare qui consiste à utiliser la caisse de résonance de son instrument comme percussion. Pratique que beaucoup de guitaristes, gitans ou pas, vont bientôt imiter.

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            La TVE, dans une spirale très positive depuis 1966, ne peut passer à côté d’un tel talent et demande à celui que plus personne n’appelle autrement que Peret de représenter l’Espagne au Concours Eurovision de la Chanson 1974. Canta y sé feliz, qu’il a lui-même écrite et composée, tranche nettement avec les autres contributions (songeons seulement à Waterloo , Si ou I see a star). Pourtant, le titre ne se classe que 9ème avec seulement 10 points – 3 de Monaco, 2 de la Norvège et du Portugal, et 1 du Luxembourg, de l’Allemagne et des Pays-Bas.

            Huit ans après le Concours, et alors que son succès ne se dément pas auprès du public, Peret décide brusquement d’interrompre sa carrière. Il souhaite maintenant se consacrer à la religion, et intègre l’Église Évangélique de Philadelphie, où il exerce son ministère pendant neuf ans. Il fait toutefois son retour dans le monde de la musique en 1992 quand il crée sa propre maison de disques, juste avant de se produire lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Barcelone.

Barcelone lors des JO de 1992

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            Il repart sur les routes, renoue avec son public qui ne l’a pas oublié (ses concerts aux Nuits de Fourvière en juillet 2010 ou au Camp Nou de Barcelone en juin 2013 sont des triomphes) et se voit remettre de nombreuses récompenses. La Communauté de Catalogne lui décerne en 1999 la Croix de Saint-Georges, il reçoit onze ans plus tard la Médaille d’or du Mérite des Beaux-Arts de la part du Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports. C’est donc à la consternation générale qu’on apprend le 27 août 2014 son décès à Barcelone, des suites d’un cancer du poumon qui l’avait tenu éloigné de la scène depuis plusieurs mois.