Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Au milieu des sélections nationales et autres révélations de choix internes pour le prochain Concours de Rotterdam, allons ensemble redécouvrir le premier chanteur à être monté par deux fois sur le podium final du Grand Prix Eurovision. Un peu oublié aujourd’hui (si ce n’est pour l’immense tube qu’il a signé en 1965), il a été l’un des grands crooners français, à l’image de Jean Sablon ou d’André Claveau, notre Étoile # 61. Mais trêve de bavardages, ré-écoutons l’homme à la voix de velours, notre…

ÉTOILE # 115 : François DEGUELT (1932-2014)

        Représentant Monaco aux Concours 1960 à Londres et 1962 à Luxembourg

        Titres interprétés : Ce soir-là et Dis rien

        Classements : 3° sur 13 – 15 points et 2° sur 16 – 13 points

            Louis François Deghelt naît le 4 décembre 1932 à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, mais c’est auprès de sa grand-mère qu’il grandit, à Barbezieux, en Charente. Après son baccalauréat obtenu au lycée Claude-Bernard à Paris, le jeune homme entreprend une licence de philosophie, qu’il abandonne dès 1951. En effet, c’est le monde de la chanson qui le fait rêver.

Le château de Barbezieux

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            Il commence sa carrière au Tire-Bouchon, un cabaret de Montmartre, et écrit ses premières chansons, Coquette et Vie quotidienne. Le célèbre Jean Nohain le remarque en 1953 lorsqu’il l’entend dans l’émission radio de l’acteur – scénariste Francis Claude, et décide de l’emmener avec lui en tournée dans toute la France. De retour à Paris, il se lie avec Jacques Brel, qui jusqu’alors ne se produisait que dans la rue. Ils écument ensemble les cabarets montmartrois comme L’Échelle de Jacob, Chez Pomme ou Chez ma Cousine.

            François Deguelt remporte en 1956 son premier prix, celui de l’Académie Charles-Cros, mais doit très vite partir en Algérie effectuer son service militaire. Détenteur en 1959 du Coq d’Or de la Chanson Française, il est approché un an plus tard par la télévision monégasque, qui souhaite le voir représenter la Principauté au Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne. Le jeune crooner abandonne donc un temps les récitals qu’il donne à Bobino, à l’Olympia ou à l’ABC pour s’envoler pour Londres. Là, il  conquiert nombre de jurys grâce à sa voix si chaude et au mambo Ce soir-là, qui lui vaut une superbe mais méritée 3° place, avec 15 points – 7 de l’Allemagne, 3 de la France, 2 du Danemark, et 1 de la Suisse, du Luxembourg et du Royaume-Uni.

            Deux ans plus tard, il rempile, toujours pour Monaco, persuadé de détenir le titre qui va lui permettre de remporter le Concours. Il n’est pas le seul à le croire et semble être le favori de tous les observateurs… mais il échoue à nouveau, puisque Dis rien (sur une musique d’Henri Salvador) se classe 2° derrière Isabelle Aubret, avec 13 points – 3 de l’Autriche, des Pays-Bas et du Luxembourg, 2 de la Norvège et 1 de l’Allemagne et de la France.

            Ces deux (relatifs) échecs ne l’empêchent pas d’enchaîner concerts et enregistrements, signant plusieurs succès d’estime comme Je te tendrai les bras, C’était nous ou Le Bal de la Marine. Mais le triomphe arrive avec Le Ciel, le soleil et la mer, qui sera le tube de l’été en 1965. Un bonheur n’arrivant jamais seul, il épouse la même année la comédienne Dora Doll et s’installe dans la région parisienne, près de Rambouillet. Un an plus tard, la télévision française lui demande d’assurer les commentaires du Concours Eurovision en remplacement de Pierre Tchernia, ce qu’il fait de manière magistrale.

            Souhaitant échapper un peu à la pression inévitable après un tel succès, il part pour un long voyage dans l’Océan Indien et dans les Caraïbes (il visite ainsi Madagascar, la Réunion, l’île Maurice, Cuba et la Guadeloupe), dont il revient avec de nouvelles chansons inspirées de ces régions, comme Che Guevara ou On ne s’en va jamais des îles. Mais séparé de son épouse après six ans de vie commune, il commence à s’éloigner de la scène médiatique et s’installe en 1970 sur une péniche près du pont de Saint-Cloud. Il continue toutefois à écrire, composer et enregistrer de très nombreux titres : Le Cœur tranquille, Les Violons ou Toi, manouche.

            Les années 90 le voient s’installer dans le sud, près de Sainte-Maxime, dans le Var, avec sa deuxième épouse, ses enfants et ses bouledogues (sa passion !). En 2006, il participe à la tournée Âge tendre et tête de bois, puis écrit et joue J’ai la mémoire qui chante, lors du Printemps des Poètes à la Sorbonne. Ses derniers enregistrements regroupent des titres beaucoup plus intimistes et poétiques qu’auparavant (citons Nostalgie du futur, Le poète est parti ou Même si je suis loin), mais il disparaît subitement le 22 janvier 2014 au Thoronet, quelques mois après son ultime disque. Il est inhumé au cimetière de Barbezieux, la ville où il a grandi et qui l’honorera en donnant son nom au square bordant son conservatoire, le 25 mai 2019.