Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Dans le cadre de cette rubrique qui célèbre les candidats du Concours aujourd’hui disparus, rendons-nous outre-Manche afin de parler du premier représentant du Royaume-Uni à nous quitter. Comme 14 autres de ses compatriotes, il a été un valeureux « runner up » comme le disent les habitants de la perfide – et non moins amie – Albion. Contrairement aux étoiles précédemment présentées, celle-ci a eu une remarquable carrière, puisqu’elle a connu un succès mondial.

 

 

ÉTOILE # 11 : Matt MONRO (1930-1985)

        Représentant le Royaume-Uni au Concours 1964 à Copenhague

        Titre interprété : I love the little things (traduction : J’adore les petites choses)

        Classement: 2° sur 16 – 17 points

 

De son vrai nom Terence Edward Parsons, Matt Monro naît le 1er décembre 1930 à Shoreditch, dans le quartier de Hackney (agglomération de Londres). Avec ses trois frères et sa sœur aînés, il mène une enfance difficile car son père, Fred, meurt de la tuberculose quand il n’a que trois ans et sa mère, Alice, qui ne peut se remettre du décès de son époux, fait une dépression nerveuse et est internée en hôpital psychiatrique. En conséquence, les enfants sont envoyés à l’orphelinat, où le petit Terence est particulièrement maltraité. Malgré le retour de sa mère, il reste un enfant difficile, dont la scolarité est très chaotique. Il arrête donc l’école à 14 ans et occupe de petits emplois pour de courtes périodes, avant d’être appelé à 17 ans sous les drapeaux et d’être envoyé à Hong Kong en tant que mécanicien. Là aussi, il a du mal à supporter la discipline, et décide comme dérivatif de participer aux concours de chant organisés chaque semaine par la radio anglaise de Hong Kong – concours qu’il remporte à chaque fois!

Hong Kong, où est affecté Matt Monro en 1947

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En 1953, celui qui se nomme encore Terry Parsons rentre en Angleterre et se voit contraint d’épouser sa petite amie Iris, qui est enceinte. Ce n’est pas un mariage d’amour, d’ailleurs la jeune femme ne croit pas une seule seconde que son mari a un avenir dans le monde de la chanson. Et pour le moment, il faut bien reconnaître que le futur Matt Monro enchaîne les petits boulots (chauffeur routier, conducteur de bus…) et ne chante dans des clubs que tard le soir. Ce qui n’est pas du tout du goût de son épouse. Toutefois, l’un des enregistrements qu’il envoie aux maisons de disques est remarqué par la pianiste Winifred Atwell, originaire de Trinidad, et célèbre à l’époque pour ses interprétations très personnelles de musiques traditionnelles sur des rythmes de charleston, de ragtime ou de boogie-woogie. Elle lui trouve son pseudonyme et lui permet de signer son premier contrat avec une maison de disques. Là, une jeune femme, Mickie, elle aussi malheureuse en ménage, est très impressionnée par le jeune homme. Après avoir chacun divorcé, ils peuvent enfin se marier.

Winifred Atwell, qui découvre Matt Monro et lui trouve son nom d’artiste

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Son premier album, Blue and Sentimental, sort en 1957 et rencontre très vite un grand succès critique. Mais Matt n’est pas vraiment satisfait de la couleur musicale de cet album, qu’il juge peu moderne, et il enregistre sa version de The Garden of Eden, un standard de son idole, Frankie Vaughan.

Sa notoriété est toutefois de courte durée. En effet, à la fin des années 50, il n’a plus d’autre choix pour faire vivre sa famille que d’enregistrer des chansons pour des publicités, en particulier la musique du spot pour le savon Camay à la télévision. En 1959, il publie également I’m bound for Texas, un pastiche de musique country pour un court-métrage muet de Charlie Chaplin, The Pilgrim.

C’est cette chanson qui attire l’attention de George Martin (futur producteur des Beatles), qui lui demande  en 1960 d’enregistrer You Keep me Swingin’,  une chanson satirique dans le style du grand crooner américain Frank Sinatra. Le but est d’offrir un modèle à l’acteur anglais Peter Sellers, qui envisage d’inclure sa propre version à l’album qu’il est en train de préparer, Songs for Swinging Sellers. Mais le génial comédien burlesque préfère la version de Matt Monro, et George Martin demande aussitôt un autre titre à Matt. Ce sera Portrait of my Love, qui se classera 3° des ventes de disques au Royaume-Uni.

Ce n’est que le début d’une célébrité qui ne se démentira plus et qui lui vaudra le surnom d’Homme à la Voix d’Or. Matt Monro accumule les récompenses et les distinctions, enchaîne les succès – comme par exemple la chanson du deuxième James Bond, From Russia with Love, en 1963. Tout au long de sa carrière, il enregistrera 14 titres qui lui permettront d’occuper le sommet des classements pendant 130 semaines !

En 1964, la télévision britannique le choisit pour participer au Concours Eurovision de la Chanson, qui doit avoir lieu à Copenhague le 21 mars. Lors d’une émission de sélection, il interprète six titres et c’est le 3°, I love the little things (écrit par Tony Hatch, l’auteur du fameux Downtown de Petula Clark) qui remporte les voix du public avec le double de points de la chanson arrivée deuxième. Au Danemark, Matt Monro fait un tabac et se classe 2° – c’est la 4° fois sur 7 participations pour le pays – avec 17 points (5 de la Norvège et de la Suisse, 3 de la Finlande et 1 des Pays-Bas, de l’Autriche, de la France et de l’Allemagne). Mais il ne peut rien contre l’imbattable Italienne de 16 ans Gigliola Cinquetti, qui obtient presque trois fois son score – soit 65% des voix!!!

Dès son retour en Angleterre, Matt Monro enregistre Walk away, une version anglaise de Warum, nur warum? qui a permis à l’Autrichien Udo Jürgens de se classer 6° à Copenhague, puis il reprend le succès des Beatles, Yesterday. En 1966, il remporte l’Oscar de la meilleure chanson originale pour le film Vivre libre de James Hill. C’est un fait unique pour un ancien représentant du Concours. Le compositeur de la chanson, John Barry, connaîtra lui aussi la célébrité puisqu’il a créé les thèmes de James Bond et de la série Amicalement vôtre… et qu’il sera le premier mari de Jane Birkin, puis celui de Sandie Shaw – future gagnante du Concours en 1967. Eh oui, le monde est petit à l’Eurovision, aussi.

Remarqué aux Etats-Unis grâce à son Oscar, il est contacté par le label de Nat King Cole, qui vient de décéder, et part s’installer en Californie, où il enregistre plusieurs albums. Malgré ses addictions à l’alcool et au tabac, Matt Monro poursuit une brillante carrière et chante même le 31 décembre 1976 pour le Jubilé d’argent de la reine Elisabeth II. Réclamé dans le monde entier, il se produit en Australie, au Japon, en Afrique, aux Philippines, au Moyen-Orient et à Hong Kong, en plus de l’Europe et de l’Amérique.

Nat King Cole, dont le label appelle Matt après son décès

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            Atteint d’un cancer du foie (comme Lale Andersen), il décède à l’hôpital de Cromwell, à Londres le 7 février 1985 dans sa 55° année. Il laisse un fils, Mitchell, né de son premier mariage, et une fille et un garçon, Michele et Matt Jr, nés de son deuxième mariage. À l’annonce de sa mort, le grand Frank Sinatra dit de lui qu’il était l’un des meilleurs vocalistes qu’il ait jamais entendus. Les hommages affluent, et de la part de grandes stars : Shirley Basset, Sammy Davis Jr, Paul McCartney, Bing Crosby…  Plus tard, plusieurs chanteurs – aussi célèbres que Michael Bublé ou Rick Astley – citeront Matt Monro comme ayant eu une forte influence sur leur musique. Son propre fils cadet enregistrera même un album de duos virtuels avec son père en 1995, avant d’entreprendre plusieurs tournées où il chantera les succès paternels. Quant à sa fille, elle publiera en février 2010 une biographie à son sujet, The Singer‘s Singer : The Life and Music of Matt Monro.

Matt Monro Jr enregistre un album de duos virtuels avec son père

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