Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Après l’une des grandes gagnantes du Concours la semaine dernière, laissez-moi vous parler aujourd’hui d’un artiste beaucoup moins connu, mais qui a marqué à sa manière l’édition à laquelle il a pris part. Comme c’est souvent le cas pour les chanteurs originaires de Scandinavie, il n’est guère connu sous nos latitudes – ce qui est dommage si on considère son engagement auprès d’une partie de son peuple. Allons donc ensemble à la découverte de notre…

ÉTOILE # 137 : Sverre KJELSBERG (1946-2016)

        Représentant la Norvège au Concours 1980 à La Haye en duo avec Mattis HÆTTA

        Titre interprété : Sámiid Ædnan  (traduction : Laponie)

        Classement : 16° sur 19 – 15 points

            Sverre Kjelsberg naît le 18 octobre 1946 à Tromsø, la ville la plus septentrionale au monde, puisqu’elle est située au-delà du Cercle Polaire Arctique. Très attaché à sa région, le petit garçon découvre très vite les différentes ethnies qui vivent dans ce Paris du Nord, et il s’attache particulièrement au peuple sami.

Tromsø, au-delà du Cercle Polaire

Tromso, Norway: Where you can visit the real-life version of Game ...

            C’est donc un peu à contre-cœur qu’il décide de quitter son pays pour la Suède en 1965. L’année précédente, il a monté un groupe, The Arctics (on ne peut être plus clair), avec quatre amis musiciens et a commencé à donner de petits concerts. Mais sa région natale est tellement excentrée que la formation a bien du mal à vivre de sa passion. Arrivés à Stockholm, les cinq garçons sont tout de suite pris en charge par Sten Ekroth, un homme d’affaires et promoteur immobilier, qui se révèle un roi du marketing. Tout d’abord, il décide de les rebaptiser The Pussycats et modifie leur look en leur faisant endosser des vêtements à la pointe de la mode de l’époque. Puis, il les place dans de multiples émissions télé, où un producteur les remarque et leur propose de financer leur première tournée (autour de Stockholm, il ne faut pas rêver non plus). Décidément prêt à tout pour qu’on parle dans la presse de ses petits protégés, Ekroth leur fournit même un bus à impériale rouge pour se déplacer ! ! !

Sten Ekroth

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De tels efforts ne peuvent être que récompensés, et les Rolling Stones, en tournée en Scandinavie à la même période, les engagent pour assurer leurs premières parties à Oslo. Nul besoin désormais de lâcher aux médias de fausses infos (en général scandaleuses) au sujet des Pussycats pour occuper la une des journaux, le public est au rendez-vous et la notoriété du groupe grandit. C’est le moment idéal pour sortir un premier album, ! ! Psst ! ! Psst ! ! – que les spécialistes considèrent comme le premier album rock de l’histoire de la musique norvégienne. Le bien-nommé enregistrement attire tellement l’attention des critiques et du public qu’il occupe pendant dix semaines le sommet des charts nationaux – ce que nul disque n’était parvenu à faire auparavant.

Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, estime Sten Ekroth, qui enjoint la formation à enregistrer un deuxième album à Hambourg, alors qu’ils sont en pleine tournée promotionnelle du premier.  ! ! Mrrr ! Mrrr ! (je n’invente rien) rencontre aussi un joli succès, même s’il est plus pop que le précédent. Mais les cinq garçons s’épuisent, ont le mal du pays… et des dissensions commencent à apparaître entre les musiciens et leur tyrannique agent. Le groupe se sépare donc en 1967, même si un dernier disque sort sous le pseudonyme de The Sailors. Sverre et le guitariste des Pussycats, Trond Graff, tenteront bien quatre ans plus tard de relancer le groupe avec de nouveaux musiciens, mais un seul album sortira de cette nouvelle collaboration : Touch Wood, qui mêle les influences jazz au rock progressif. 

Au milieu des années 70, la rupture est consommée – même si Sverre et Trond continueront à se produire sur scène à de nombreuses reprises pendant les décennies suivantes. Pour sa part, Sverre Kjelsberg se lance dans une carrière solo et fait un premier succès alors qu’il occupe la scène du théâtre Hålogaland chaque soir pendant des mois. Ellinors Vise s’inspire du conflit entre deux employés et leur entreprise quand celle-ci décide de les licencier pour avoir tenté de monter un syndicat. C’est la première des chansons à portée politique de Sverre, mais ce ne sera pas la dernière. Comme il le dit lui-même lorsque sort son premier album, Etter mørketia, en 1979 : ‘’Les artistes ont une responsabilité politique envers les générations futures.‘’

C’est sans doute la raison pour laquelle, lorsqu’on lui demande de participer au Melodi Grand-Prix, il refuse d’abord, considérant cette compétition comme trop éloignée de son engagement. Mais il revient sur sa décision, affirmant que finalement, la scène de l’Eurovision est peut-être l’endroit idéal pour porter haut et fort la défense des minorités, en particulier le peuple sami. Il s’aligne donc en 1980 avec Sámiid Ædnan, dont il a composé la musique et qu’il interprète en duo avec Mattis Hætta, un véritable spécialiste du joik. Vainqueurs à l’arrachée de la sélection norvégienne, les duettistes s’envolent pour La Haye, où le titre ne se classe que 16ème avec 15 points – 6 de l’Allemagne, 4 du Maroc, 3 de la France et 2 des Pays-Bas. Soit aucun point des pays scandinaves…

Ce revers ne freine pourtant pas la carrière de Sverre, qui continue à sortir des albums (six jusqu’en 2005), se produire sur scène (seul ou avec les Pussycats) et à défendre les causes qui lui sont chères. Il tente également un retour au Melodi Grand-Prix en 1988, mais la chanson qu’il propose ne passe pas le cap de la demi-finale.

Et puis le 18 juin 2016 (quinze ans jour pour jour après le décès de notre Étoile # 51, Davor Popovic), c’est la stupéfaction générale : on découvre son corps sans vie à son domicile de Tromsø, alors que le combat qu’il avait mené contre le cancer s’était terminé au mieux l’année précédente, date à laquelle ses médecins l’avaient déclaré complètement guéri. Nul ne réussira à établir la cause de son décès, sinon que son cœur s’est simplement arrêté de battre, sans aucune raison apparente.